DISCOURS DE CICÉRON
tente de la loi par laquelle nous avons vu condamner à la fois deux consuls désignés (i3).
Laissons cet A.ntoine, brigand dans Tarmée do Sylla, sicaire à l'entrée du dictateur, et cocher pour célébrer son triomphe (i4)-
Mais toi , Catilina ! que tu brigues le consulat , que tu oses y penser, n'est-ce point une monstruosité, un prodige ? A qui le demandes-tu ? Aux principaux citoyens .... qui , rassemblés par le consul L. Volcatius, n'ont pas même voidu te permettre la candidature (1 5) ?
Aux sénateurs dont un décret , après t'a-
voir dépouillé de tous tes honneurs , t'a , pour ainsi dire, livré captif aux orateurs de l'Afrique ? (16) A l'ordre équestre, dont tu fus l'assassin? Au peuple , à qui ta cruauté a donné un spectacle que nul n'a pu voir sans désolation , ni se rappeler sans gémir.
Depuis le Janicule jusqu'au temple d'Apollon, il la porta au dictateur, dans ses propres mains,
cette tête pleine encore de chaleur et de vie !
. . Qu'allégueras-tu pour ta défense ? la même excuse que les autres assassins? Mais ce qu'ils ont dit ,
tu as perdu le droit de le dire ( r 7)
Enfin, ils ont pu nier, et ils ont nié : Toi, tu n'as pas laissé à ton impudence la ressource d'une dénégation. Et combien on doit louer l'équité des juges qui condamnent Luscius (18) malgré ses dénégations, et absolvent Catilina malgré son aveu (19)! Il convient donc qu'il n'a pu se rendre coupable par
.8o IN TOGA CANDIDA.
imperitos se homines esse, et si quem etiam iiiterfecissent , imperatori ac dictatori paruisse dicerent. Ac negare quoque posse : Catilinam verô inficiari non posse.
Hanc tu habes dignitatem , quâ fretiis me contemnis et despicis ? an eam, qiiani reliqiiâ vità es consecutus ? cùm ita vixisti , ut non esset lociis tàm sanctus, quo non adventus tuns, etiam cùm ciilpa niilla subesset, crimen afferret.
Cùm deprehendebare in adulteriis ; cùm depreliendebas adiilteros ipse ; cùm ex eodem stupro
tibi et uxorem, et filiam invenisti
Stupris se omnibus ac flagitiis con-
taminavit, caede nefariâ cruentavit; diripuit socios, leges, quaestiones, judicia violavit.
Quid ego , ut violaveris provinciam, praedicem , cuncto populo romano clamante , ac resistente ? Nam, ut te illic gesseris, non audeo dicere, quoniam absolutus es. Mentitos esse équités romanos, falsas fuisse tabulas honestissimae civitatis existimo ; mentitum Q. Metellum Pium, mentitam Africam; vidisse puto nescio quid illos judices qui te innocentem judicarunt. O miser, qui non sentias illo judicio te non absolutum , verùm ad aliquod severius judicium et majus supplicium reservatum.
Praetereo illum nefarium conatum tuum, el
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ignorance; et c'est tandis que les autres sicaires allèguent que s'ils ont commis quelque meurtre, hommes dépourvus de lumières , ils n'ont fait qu'obéir à leur général , au dictateur. Ils pouvaient même nier absolument leurs crimes : Catilina ne le peut pas.
Est-ce là l'illustration qui t'enhardit à me dédaigner, à me mépriser? Est-ce la gloire dont te couvre le reste de ta vie? toi qui as toujours vécu de manière qu'il n'est point de lieu si sacré où ta présence ne motivât une accusation , même quand tu n'y commettais point de crime !
Toi, souvent surpris en adultère, et qui cherciiais aussi à surprendre les adultères (20) ; toi, qui, dans le fruit d'un adultère , as trouvé à la fois ta fille et ton
épouse ! Souillé de tous les forfaits et de toutes
les turpitudes, sanglant de mille assassinats , corrupteur des lois , des procédures, des jugements !
Faut-il rappeler comment tu as envahi (21) le gouvernement d'une province , malgré les cris et la résistance de tout le peuple romain ? Quant à la manière dont tu l'as administrée, je n'ose en parler, puisque tu as été absous. Il faut que je croie mensongers et les chevaliers romains, et les actes d'une cité respectable, et Q. Metellus Plus, et l'Afrique entière; il faut me persuader que tes juges ont découvert je ne sais quel motif pour te déclarer innocent. Misérable ! tu ne sens pas que leur arrêt ne t'a point absous, mais réservé pour un jugement plus sévère et une condamnation plus terrible.
Je passe sous silence cette entreprise exécrable ,
i82 IN ÏOGA CANDIDA,
penè aceibum et luctuosiiiii populo romarro dieiii , cùm Cn. Pisone socio, neque alio iiemine, caedem optimatiim facere voluisti.
An oblituses, te ex me, cùm praeturam peteremus, petisse, ut tibi primum locum concederem ? Quod cùm saepiùs ageres, et impudentiùs à me contenderes; meministi me tibi respondere, impudenter te facere, qui id à me peteres , quod avunculus nunquam impetrasset ? Nescis , me praetorem primum esse factum , te concessione competitorum, et collatione centuriarum, et meo maxime beneficio, è postremo in tertium locum esse sublectum ?
Qui posteàquam illo, ut conati erant , Hispaniensi pugiunculo nervos incidere civium romanorum non potuerunt , duas uno tempore conantur in republicâ sicas distringere.
Hune vos scitote Licinium gladiatorem jam immisisse cupidum Catilinae , judices, Q. Curium , hominem quaestorium.
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et ce jour qui faillit être pour la république si amer et si désastreux, lorsque ayant pour complices Cn. Pison , et quelque autre encore (22), tu tentas de massacrer nos principaux citoyens.
As-tu donc oublié, Antoine, que lorsque nous demandions ensemble la préture, tu m'osas solliciter de te céder le premier rang ; et comme tu me pressais sur ce point et que tu t'y obstinais effrontément, je te répondis qu'il y avait, de ta part, de l'impudence à me demander ce que Roculus (aS) même n'eût jamais obtenu de toi. Ignores-tu que je fus nommé préteur le premier ? Toi , par la condescendance de tes compétiteurs, la collation àe^ centuries (24) > et surtout grâce à mes bons offices, du dernier rang tu passas au troisième.
N'ayant pu alors, comme ils le tentaient, porter au peuple romain un coup mortel avec ce stylet espagnol, aujourd'hui ils s'efforcent de tourner contre la république deux poignards à la fois (25).
Sachez donc qui , déjà , a dépêché le gladiateur Licinius , si avide de servir Catilina : un homme hono ré de la questure, Q. Curius (26) !
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1. — hi togâ candi (1 â : littéralement, discours prononcé par Ciccron revêtu de la toge blanche , celle que portaient les candidats.