‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieuresChapitre 12 sur 133 · I. — Faits uistorioues · texte numérisé non relu

I. — Faits uistorioues

Popularité du CId. — Au moment où le Cid fit son apparition, les esprits semblaient dans l'attente. Si la poésie, après Malherbe, n'en était plus à son coup d'essai, elle n'avait pourtant pas eu son œuvre maîtresse, dic^ne de passionner et d'enlever le public. Or cette victoire décisive, c'est Corneille qui, suivant la remarque de Sainle-IJeuve, la remporta, vers la fin de décembre 1636 ', à l'heure où Corbie venait d'être reprise sur les Espagnols (14 novembre 1636), alors que, tous les cœurs ayant été émus d'une crise périlleuse, on commenrail seulement à respirer librement et à pleine poitrine. Ce dut être un vrai jour de fête que celui qui vit surgir, après des commencements obscurs, cette merveille où se révélait enfin, avec le génie d'un grand poêle, l'idéal de l'art tragique.

Pélinitivement établi dans la première quin/.ainc de janvier 16;n, le succès alla toujours grandissant. A la date du

1. Los frères Parfaict nous disent (t. VI, p. 91) : • />• Cid fut reprt" •■ ' ■ ■ ■•■-; 1.1 lin ilo novonibro 16;î6 ». D'auiro part, aa revu do la lettre de Mi'; plus l»as, Chapelain écrit, & la date du ii janvier I6S7 ; « Depmt 7 . le public a é\é diverti du Cid *. En aUondant cl'autrcs documents, preuuus la nio^'onne, soit la seconde moitié de ddccmb^o.

18 janvier 1637, le fameux acteur Moadory, le Roscius auvergnac, comme l'appelle avec admiration Mairet, écrivait à Balzac : « Je vous souhaiterais ici, pour y goûter entre autres plaisirs, celui des belles comédies qu'on y représente et particulièrement d'un Cid qui a charmé tout Paris. On a vu seoir en corps aux bancs de ses loges ceux qu'on ne voit d'ordinaire que dans la Chambre dorée et sur le siège des fleurs de hs. La foule a été si grande à nos portes, et notre lieu s'est trouvé si petit que les recoins du théâtre qui servaient les autres fois comme de niches aux pages ont été des places de faveur pour les cordons bleus ; et la scène y fut d'ordinaire parée de croix de chevaUers de l'Ordre. » Pellisson atteste de son côté « qu'on ne pouvait se lasser de cette pièce. On n'entendait autre chose dans lès compagnies. Chacun en savait quelque partie par cœur; on la faisait apprendre aux enfants, et il était passé en proverbe de dire : Cela est beau comme le Cid. » « Ne vous ètes-vous pas souvenu, répliquera Corneille à Scudéry, que le Cid a été représenté trois fois au Louvre et deux fois à l'hôtel de Richelieu? » Non seulement « tout Paris pour Chimène -eut les yeux de Rodrigue », mais, traduite dans toutes les langues de l'Europe, « hors l'esclavone et la turque ' », cette tragédie ^ fut imitée, comme un original, par les Espagnols eux-mêmes qui en avaient conçu la première idée. Car en 1658, sous le titre de El Honrador de su padre, il en parut à Madrid une version, dont l'auteur était don Juan Bautista Diamante, que Voltaire, pour le dire en passant, crut, bien à tort, antérieur à Corneille. Rappe-. Ions qu'heureuse de voir les passions et les caractères de sa chère patrie reproduits avec tant de puissance, Anne d'Autriche témoigna ses bonnes grâces au poète, en donnant des lettres

1. Témoignago de Foatenelle. Voir, dans l'édition des Grands Ecrivains (Hachette), t. XII, p. 521 et suiv., la liste des traductions étrangères du Cid. En Allemagne, traduit par Grefflini/er (1650), par Clauss Isaac (1655), Gottfried Langen (1699), etc., le Cid donna lo signal de l'imitation française qui régna jusqu'à Lessing, par Gottsched et son école. (Voir Lessing et le goût français en Allemagne de M. Crouslé, Paris, Durand, 1863.)

2. C'était une tragi-comédie. « On appelait ainsi, dit Geoffroy, un drame dont les acteurs étaient d'un rang distingué, et qui se terminait heureusement (exemple V Amphitryon de Plante), ou bien celui dont la catastrophe était funeste, lorsque les acteurs étaient d'une classe commune (exemple Scédase ou l'Hospitalité violée de Hardy, dont lo sujet plaisait tant à Corneille).

de noblesse à soq père qui, depuis vingt ans, remplissait roftice

•1'' maitre particulier des eaux et forets en la vicomte de Rouen.

ï.c lendemain dn triomphe; griefs du cardinal. — Ce fut

donc un triomphe éclatant, mais dont le lendemain prouva que l'insulte fait souvent cortège à la gloire et que, suivant le vers aussi trouvé que cherché de Béranger :

De tout laurier un poison est l'essence.

On sait en effet quelle cabale s'insurgea contre un rival qui sortait de pair, et qu'elle prélendit étouffer de ses clameurs l'explosion de l'applaudissement universel. Dans celte émeute de pamphlets écœurants, où l'envie est aggravée de sottise, ce qu'il y a de plus triste, c'est la complicité clandestine ou avouée du grand ministre qui, de loin ou de près, encouragea ce déchaînement d'une impuissante médiocrité. Sous ses rancunes se cachait certainement la vanilé du poêle; car il eut l'ambition de diriger souverainement les lettres comme les affaires; et, ayant enrôlé Corneille dans le groupe dit des cinq auteurs ', il ne lui pardonnait ni de s'y être montré indépendant, ni d'en être sorti pour aller au-devant d'une gloire si éclatante. H nous en coûte pourtant d'e.vpliquer seulement par des raisons mesquines ce que Tallemant des Réaux appelle la jalousie enragée du cardinal^; et sans justifier l'attitude de celui qui « faisait de si mauvais vers avec Colletet, et de si bonne politique à lui tout seul * », nous inclinons à croire que des pensées d'un autre ordre se mêlèrent aux rancunes du confrère dramatique.

Dans son discours de réception à l'Académie, M. Alexandre Dumas fils prétait à Richelieu ce discours où la fantaisie d'un paradoxe ingénieux recouvre une part de vérité : « Quoi! c'est au moment où j'essaie de refouler et d'e.xterminer l'Espagnol

1. Il faisait joue): sur soa théâtre du Palais-Cardinal des tragédies on comédies, dont lo plan, imaginé par lui, devait ôtro mis en vers par l'Étoile, Colli'tet, Boisrobert, Rotrou et Cornoillo. Dans ce répertoire, citons IJirame, la (irande Pastorale, i Aveugle de Smiji'ne, et les Tuilerios.

2. Boisrobert « fit jouor le Cid en ridicule devant Son Éniinonco par des l.-iquais et des marmitons ». Lorsque don Dièpue dit à son tils : Iio>lriyue, at-tu du crur? le parodisto répondait : « Jo n'ai que du carreau ».

3. Ce trait est do M. le comte d'Hausson ville (Réponse au discours de réception à l'Académie française do M. Alexandre Dumas, 11 février 1875).

qui harcèle la France de tous les côtés; qui, vaincu au Midi, reparait à l'Est, qui, vaincu à l'Est, menace au Nord; c'est quand j'ai à combattre, à Paris même, les révoltes et les conspirations que l'Espagnol me suscite; c'est quand une reine espagnole, encore jeune, correspond secrètement avec son frère le roi d'Espagne et prête les mains à toutes les conspiralions qu'une cour légère et ignorante trame contre moi, sans se douter du mal qu'elle fait à la France; c'est en un pareil moment que tu viens exalter sur la scène française la littérature et l'héroïsme espagnols ! Tu ne vois donc pas que tu conspires, toi aussi, que tu gênes mes desseins, et que, plus tu as de talent, plus je dois te combattre? » C'est une légende substituée à une autre.

Observons seulement qu'aux yeux d'un ministre ombrageux Corneille pouvait paraître, en célébrant l'Espagne, oublier un peu trop, dans la candeur de son génie, de quelle situation politique on sortait à peine. Constatons d'ailleurs que le parterre l'oubliait comme lui, et que, moins rancunier que Son Éminence, content de voir l'Espagnol chassé du sol français depuis un m'ois, il ne marchandait pas ses applaudissements à la bravoure d'un ennemi vaincu.

La question espaguole. — On avouera du moins qu'à l'heure où le Cid se produisit sur la scène, il pouvait ajouter aux embarras d'une situation difficile, et susciter de légitimes ombrages chez un homme d'Etat qui tenait en main l'épée de la France. N'est-ce pas en 1636 que Piccolomini revint d'Allemagne en toute hâte, ferma la retraite aux maréchaux de Chàtillon et de Brézé, envahit la Picardie, prit la Capelle, enleva le Catelet et s'empara de Corbie, sur la Somme, à trente lieues de Paris? On se rappelait encore la consternation répandue par cette nouvelle. Lorsque des avant-postes ennemis se montrèrent aux environs de Compiègne, l'alarme fut telle que Richelieu lui-même faillit en être un instant déconcerté ; mais réconforté par le surintendant BuUion, et surtout par le Père Joseph qui le traita, dit-on, de poule mouillée, il ne tarda pas à retrouver sa présence d'esprit, parcourut la ville à cheval, releva partout les courages, enrôla les gens du peuple, improvisa une armée de quarante mille hommes, et, après avoir

repris Corbie, réussit enfin à refouler l'Espapnol jusqu'aux irontières.

Entre la mauvaise humeur du cardinal devant le succès du Cid et celle de Napoléon I"^"" proscrivant le livre dans lequel Mme de Staël exaltait rAllemagnc, au moment même où celleci soulevait contre nous une coalition européenne, il y a donc une diiïérence à faire, et qui n'est pas en laveur du premier.

Le CId et les éflits contre le dnel. — N'oublions pas d'ailleurs que le Cid était une apologie du point d'honneur, de ce préjugé qui bravait des édils sévères lancés contre la fureur du duel. Le comte ne disait-il pas à don Arrias, qui le pressait de réparer un outrage :

Ces satisfactions n'apaisent point une âme;

Qui les reçoit n'a rien, qui les fait se dilTame;

Et de pareils accords l'elTet le plus commun

Est de perdre d'honneur deux hommes au lieu d'un?

Ce passage parut même si téméraire qu'il dut être retranché; car il s'agissait là d'une question encore toute vive, et des feux mal éteints risquaient de se rallumer. Oui, nous nous figurons que la provocation de Rodrigue suscita comme un frisson dans les rangs de la jeune noblesse, et que plus d'une épée dut alors brûler le fourreau. 11 y eut donc là de quoi faire froncer le sourcil au maitre impérieux et hautain qui, dix ans auparavant, après avoir fait décapiter le duelliste Monlmorency-Bouttevillc, adressait à un parent du malheureux, ;i Henri 11 de Montmorency, sa future victime lui aussi, un billet commençant par ces mots : « L'accident qui est arrivé à M. de Boutteville », et qui avait écrit au roi, en lui demandant la tète de Des Chapelles et du susdit BouUevillc, coupables de s'être battus sous la lanterne même de l'édit interdisant le duel, sous peine de mort : < Il ne s'agit plus d'une simple inl'raclion des édils, mais d'une habitude à rompre, d'une profession publique de mépriser l'autorité royale, de violer toute sorte de loi dont le respect est le fondement des Etats.... Ces Messieurs ont toujours fait les gladiateurs à gages, et réduit en art ce qui ne tend qu'à la destruc tiou do la nature. Au lieu que jusqu'ici les duels n'ont été en usage que pour repousser les injures oarticulières, il semble

qu'ils ne les aient recherchés que pour en faire au public, surtout en cette dernière occasion où ils ont violé la dignité de votre personne, les lois du royaume, et la majesté de la Justice, où ils ont choisi Paris, un lieu public, la Place Royale, pour jouer à la vue de la cour, du Parlement et de toute la France, une sanglante et fatale tragédie pour l'Etat.... Il est question de couper la gorge au duel, ou aux- édits de Votre Majesté. »

La cabale; Excuse à Ariste; Obsertations sur le Cid; la lelire de Boîsrobert (1637); Sentiments de l'Académie sur le Cid (1638). — A ces griefs envenimés par des haines obscures il fallait pourtant une occasion. Corneille eut l'imprudence de l'offrir. Le prétexte des hostilités fut VExcicse à Ariste : on affecta de voir un orgueilleux défi dans ces accents de légitime fierté :

Pour me faire admirer, je ne fais point de ligue, J'ai peu de voix pour moi, mais je les ai sans brigue, Je satisfais ensemble et peuple et courtisans. Et mes vers en tous lieux sont mes seuls partisans. Par leurs seules beautés ma plume est estimée; . Je ne dois qu'à moi seul toute ma renommée, Et pense toutefois n'avoir point de rival A qui je fasse tort en le traitant d'égal.

Mairet engagea l'attaque par une réponse de l'Autheur du vray Cid espagnol à son traducteur françois, composée de six stances injurieuses qu'il signa don Ballazar de la Verdad, et dont voici la fin :

Ingrat, rends-moi mon Cid jusques au dernier mot; Après, tu connaîtras, Corneille déplumée. Que l'esprit le plus vain est souvent le plus sot, Et qu'enfin tu me dois toute ta renommée.

A cet outrage Corneille riposta par un rondeau malencontreux, que terminait un mot plus que vif, et dont nous ne citerons que ce début :

Qu'il fasse mieux, ce jeune jouvencel A qui le Cid donne tant de martel, Que d'entasser injure sur injure.

Rimer de rage une lourde imposture,

LE cm. 15

Et se cacher ainsi qu'un criminel.

Cliacun connaît son jaloux naturel,

Le montre au doigt comme un fou solennel....

Que Scudéry ait cru sincèrement se reconnaitre dansée trait, bien que Mairet l'eiàt relevé pour son compte, ou qu'il en ait pris texte pour donner cours à sa jalousie, toujours est-il qu'il s'empressa de publier les Observations sur te Cid, diairibe où il s'évertuait à prouver :

Que le sujet nen vaut rien du tout,

Qu'il choque les principales règles du poème dramatiqiiey

Qu'il manque de jugement en sa conduite,

Qu'il a beaucoup de méchants vers,

Que presque tout ce qu'il a de beautés sont dérobées.

Corneille se défendit, et prit même rofTensive dans une lettre apologétique dont la dignité ne fil qu'offenser ses ennemis, parmi lesquels on regrette de rencontrer, à côté du ridicule Claveret, Mairet (1604-1685), qui avait eu l'honneur de Taire applaudir, en 1634, dans sa Sophonisbe, la première en date de nos tragédies régulières, et que le succès de l'auteur du Cid était venu inquiéter dans la possession de sa gloire. Voyant que le public restait indifférent à ses libelles, Scudéry mit tout en œuvre pour intéresser à sa cause l'Académie française, et l'inviter à juger en dernier ressort. Tel fut l'objet d'une solennelle requête de sa part qui flattait le désir secret du cardinal. Mais les plus judicieux de cette compagnie répugnaient à ce rôle d'arbitres, dont l'arrêt pouvait déplaire aux deux partis. D'ailleurs les statuts de l'Académie exigeaient, en pareil cas, le consentement de l'auteur par cette clause expresse, que le Parlement y avait fait prudemment insérer, lors de sa fondation, et justement par défiance du fondateur : * L'Académie ne pourra connaître que de la langue française et des livres qu'elle aura faits, ou qu'on exposera à son jugement ». On fit donc la sourde oreille; alors Boisrobert, chargé de la négociation qui devait obtenir l'aveu de l'auteur, obséda Corneille de sollicitations si importunes qu'après de longs pourparlers, celui-ci finit par dire : « Messieurs de l'Académie peuvent faire ce qu'il leur plaira ». On s'empressa de fonder sur celle réponse la juridiction qu'invoquait Richeheu; et, le 10 juin 1037, ne

pouvant plus reculer, les académiciens nommèrent trois commissaires, MM. de Bourzey, Chapelain et Desmarets, auxquels fut déféré VExamen général du Cid, se réservant d'ailleurs, pour eux tous, celui du détail des vers. De cette collaboration résulta bientôt un rapport * soumis au cardinal, qui le fit apostiller en sept endroits - par M. Citois, son premier médecin, et approuva l'ensemble, mais en exprimant le vœu qu'on y jetât « quelques poignées de fleurs ». Pour lui complaire, on confia le manuscrit à MM. de Serizay, de Cérisy, de Gombaud et Sirmond qui eurent charge de le polir. Ils s'en acquittèrent avec tant de zèle qu'après la lecture des premières feuilles. Son Eminence jugea cette fois « qu'on y avait apporté trop d'ornement et de fleurs », et suspendit l'impression. Enfin, au bout de cinq mois ^ consacrés à des retouches que contrôla de près ce ministre € qui avait toutes les affaires du royaume sur les bras et toutes celles de l'Europe dans la tête ^ », la rédaction de Chapelain mérita son agrément.

Dans l'intervalle, la guerre s'était ralentie *. Toute polémique

1. Il appartient à la Bibliothèque nationale, où il figure sous le n" 5541 du Supplément français.

2. Deux au moins de ces apostilles sont de sa niain. On y lit, entre autres notes (p. 5 du manuscrit) : « L'applaudissement et le blànie du Cid n'est qu'entre les doctes et les ignorants, au lieu que les contestations sur la Jérusalem et le Pastor Fido ont été entre les gens d'esprit ».

3. « Registres, 23 novembre 1637 », dit ici, dans son Histoire de l'Académie^ Pellisson, de qui sont aussi les passages ci-dessus entre guillemets.

4. Citons les derniers vers d'un sonnet contre les ennemis du Cid :

Corneille sait porter son vol si près des cieux Que, s'il ne s'abaissait pour vous combattre mieux, Vos coups injurieux ne pourraient pas l'atteindre.

Voici encore un quatrain curieux :

Toi dont la folle jalousie

Du Cid te veut rendre vainqueur.

Sois satisfait : ta frénésie

Te fait passer pour un Vain cœuf.

Mentionnons enfin le Jugement du Cid composé par un bourgeois de Paris, marguillier de sa paroisse, in-8, sans lieu, ni date, et V Épitre familière du sieur Mayret au sieur Corneille sur la tragi-comédie du Cid (4 juillet 1637), parmi d'autres pièces plus ou moins curieuses. (Voir, pour le détail de la querelle, l'édition des Grands Écrivains, Hachette, t. III et XII; et la Querelle du Cid, pièces et pamphlets publiés d'après les originaux, avec une Introduction, chez II. Welter, où M. A. Gasté vient de réunir les pamphlets si curieusement documentaires qu'il avait réédités d'abord un à un sous les auspices de la Société des Bibliophiles normands).

fut même arrêtée court par une lettre que Boisrobert adressait à Mairct, le 5 octobre 1637, sur l'ordre de Richelieu. Ce document prouve, à n'en pas douter, qu'il ne cessa jamais d'avoir l'œil et la main dans les intrigues que son secrétaire appelle par euphémisme « des contestations d'esprit agréables et des railleries innocentes ». Mais à la veille du jour où le Cid allait être, selon la propre expression de Boisrobert, « assez mal mené par les sentiments de l'Académie », comme l'annonçait fornudlement le secrétaire de Son Eminence, une volonté souveraine crut convenable d'étoufl'er la querelle. « Son Eminence, dit Boisrobert, m'a commandé de remontrer à M. Corneille le tort qu'il se faisait, et de lui défendre de sa part de plus faire de réponse s'il ne voulait pas déplaire.... Elle m'a commandé de vous écrire que si vous voulez avoir la continuation de ses bonnes grâces, vous mettiez toutes vos injures sous le pied, et ne vous souveniez plus que de votre ancienne amitié, que j'ai charge de renouveler sur la table de ma chambre, à Paris, quand vous serez tous rassemblés. » Il ajouta en son nom : € Pour vous dire ingénuement ce que je pwise de toutes vos procédures, j'estime que vous avez suffisamment puni ce pauvre M. Corneille de ses vanités, et que ses faibles défenses ne demandaient pas des armes si fortes et si pénétrantes que les vôtres ».

Tandis que les débats étaient clos si brusquement, Balzac faisait la leçon à Scudéry dans une lettre qui fut rendue publique à la fin de 1637 ou au commencement de 1638, et dont la convenance et la mesure honorent tout ensemble son goût et son caractère. Il y laissait entendre poliment que « toute la France entre en cause avec Corneille ». « Savoir l'art de plaire, écrivait-il, ne vaut pas tant que savoir plaire sans art », c'est-à-dire « encore que ce ne soit pas par le chemin d'Aristote ni par les adresses de sa poétique ». Sa conclusion était que « si le Cid est coupable, c'est d'un crime qui a eu récompense; s'il est puni ce sera après avoir triomphé ; s'il faut que Platon le bannisse de sa république, il faut qu'il le couronne de fleurs en le bannissant, et ne le traite pas plus mal qu'il a traité autrefois Ihuiière ».

Enfin parurent en 1638 les Sentiments de lAradihnic. Sl'ii-:l'0,

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