ÉTUDES LITTÉR-VIRES. I
non sans quelque lourdeur, judicieuse, ingénieuse même, mais avec trop de réserves, modérée dans la forme, mais sévère au fond, puisqu'elle condamnait le sujet comme « immoral et dénaturé », cette censure, malgré toute sa diplomatie, ne réussit pas plus à satisfaire la malveillance de Richelieu et les prétentions de Scudéry, qu'à diminuer la gloire du poète que le public admirait obstinément, témoin les fameux vers de Boileau :
En vain contre le Cid un ministre se ligue; Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. L'Académie en corps a beau le censurer, Le public révolté s'obstine à l'admirer.
« On ne se cotise pas, dit Sainte-Beuve, pour sentir une flamme; on ne plaide pas la passion devant la raison. » Pourtant La Bruyère élait fondé à vanter cette pièce comme « l'une des meilleures critiques qui aient été faites sur aucun sujet ». Sans doute on y peut relever dans les « Remarques sur les vers » des observations mesquines, des corrections qui frisent le ridicule, mais les « Sentiments de l'Académie » proprement dits ont une grande portée critique et qui date. Ils n'ont guère qu'un tort, mais grave : c'est, malgré l'effort visible pour « tenir la balance droite », comme l'écrivait Chapelain à Scudéry, celui de paraitre prendre parti pour la médiocrité prudente contre les heureuses hardiesses du génie.
Telle quelle, cette critique eut du moins le bon effet d'animer à de nouveaux exploits dramatiques le grand homme qui avait le cœur et le caractère de ses héros.