‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieuresChapitre 24 sur 133 · II. — ÉTUDE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

II. — ÉTUDE LITTÉRAIRE

Les sources do cette tragédie. Analyse da Kujot. — C'est dans la Vie des saints complélie par Mosander, d'après Surius et Siméou le Mélaphraste (x<= siècle), que Corneille a rencontré

1. La pièce fut imprimëe la niêaie année : l'achevé d'imprimer est du 20 ocnbro 1643. Un frontispice gravé montre Polyeucte vêtu d'un pourpoint cspaliol, d'un haut-do-chausscs à crevés, et coiffé d'une toque à plumes, brisant idoles à coups do marteau. « L'acteur, dit Voltaire, ôtiiit sos yanls et sou

ipcau pour faire la prière à Dieu. Sévère arrivait le chapeau sur la ttlo

I Féli.x l'écoutait chapeau bas. »

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le martyr obscur auquel il donna la gloire, et dont beaucoup apprirent le nom à la comédie plutôt qu'à l'église. Cette légende raconte que, sous le règne de l'empereur Décius (249-251), il y avait à Mélilène, en Arménie, deux jeunes gens, Néarque et Polyeucte, l'un chrétien, l'autre prêt à le devenir. Un édit de persécution ayant été lancé, Néarque craignit de voir faiblir le courage de son ami. Mais, pour rassurer ces alarmes, Polyeucte, avant même d'être baptisé, vole au temple et y brise les idoles, dans un pieux transport. Chargé d'exécuter l'édit en qualité de simple commissaire impérial, Félix, son beau-père, voulait le sauver; mais ses prières n'y réussirent pas plus que ses menaces, et les larmes de sa fille Pauline étant également impuissantes, il dut ordonner le supplice de son gendre, qui courut à la mort comme à un triomphe. Rappelons par une brève analyse le parti que Corneille sut tirer de la donnée de Métaphraste.

Une découverte récente vient d'ailleurs d'établir la réalité du martyre de Polyeucte, officier grec de la douzième légion ainsi que son ami Néarque, et celle de l'intervention pathétique de sa femme, dans une entrevue où, comme l'Andromaque d'Homère, elle veut le fléchir, au nom de leur fils *.

Acte I. — Deux scènes qui nous éclairent sur tous les détails nécessaires à l'intelligence de la situation apprennent au spectateur que Polyeucte vient d'épouser la fille de Félix, gouverneur d'Arménie. Mais, cette union n'a été pour Pauline qu'un acte d'obéissance filiale. Car elle aimait un chevaUer du nom de Sévère, éconduit, malgré son mérite, par la volonté d'un père ambitieux qui lui a préféré la fortune et le crédit d'un autre prétendant. Mariée depuis quinze jours à peine, elle raconte à sa confidente Stratonice les alarmes qui inquiètent son imagination. Dans un songe, elle a vu Sévère porté sur un char de triomphe, et Polyeucte percé par Félix d'un coup de poignard, au miUeu d'une assemblée de chrétiens. — Or, au moment où s'achève le récit de son rêve, voici que Félix annonce l'arrivée, de Sévère, devenu le favori de l'empereur, auquel il a sauvé la vie. 11 vient présider à un sacrifice offert aux dieux pour célébrer une victoire remportée sur les Perses.

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