Voir M. Aubô, Polyeucte dans l'histoire, Didot
Acte IL — H se présente en effet devant Pauline elle-même, dont il espère encore obtenir la main. Aussi quelle douleur est la sienne lorsqu'il ai)prend qu'il n'y a plus pour lui d'espérance! Mais celle dont le cœur a cessé d'être libre impose silence à des regrets qu'elle ne peut entendre sans faillir à son devoir. Tandis que ses flères consolations irritent la tristesse qu'elle voudrait adoucir, l'action s'engage par l'attentat de Polyeucte qui, converti par Néarquc, et brûlant de signaler son zèle, s'est élancé vers le temple, où il a renverse les faux dieux.
Acte III. — Ainsi donc, les pressentiments sinistres deviennent une réalité. C'est ce que confiime Slratonice qui, d'un accent indigné, raconte le scandale du sacrilège. Pauline n'a plus de recours possible qu'auprès de son père, qu'elle supplie de faire grâce. Malgré sa colère, il se laisserait fléchir si le coupable voulait consentir à une abjuration; et, pour l'imposer par la terreur d'un sanglant exemple, il ordonne le supplice de Néarque, non sans avouQr en secret que le trépas de Polyeucte pourrait bien lui donner dans Sévère un autre gendre et un protecteur puissant.
Acte IV. — Mais les ruses d'un politique égoïste ne sauraient séduire ou vaincre le chrétien qui, dans sa prison, exhale en strophes lyriques les joies d'une âme fortifiée par la vertu d'un baptême tout récent. La Grâce sera la plus forte et il affrontera sans crainte les larmes de Pauline, dans une rencontre où, résistant aux plus pressantes instances de l'amour conjugal, il leur oppose l'élernclle félicité qu'une âme déjà chrétienne par ses vertus serait digne de partager avec lui. Au lieu de rétracter ses croyances, il veut donc initier à la foi l'épouse qu'il se propose de confier à l'amour de Sévère, par l'effort d'un renoncement sublime jusqu'à l'invraisemblable. A cet héroïsme répond celui de Pauline : car, résolue à ne jamais trahir la mémoire de celui qu'elle aime enfin à force de l'admirer, elle implore la générosité d'un rival en faveur du malheureux qui se précipite à sa perte.
Acte V. — Sévère a la magnanimité de se rendre à cet appel. Mais Félix n'y voit qu'un piège. Avant de sévir, il consent pourtant à une suprême démarche; et, laissant entendre à son gendre qu'il songe lui-même à renoncer aux idoles, il lui
demande seulement de dissimuler pendant quelques jours. C'est alors que Polyeucte, impatient de couper court à d'indignes pensées, pousse à bout la fureur du proconsul par une admirable profession de foi, dont la fierté, jugée comme un intolérable défi, va précipiter enfin l'heure de la délivrance qui lui ouvre l'immortalité. — Le dénoûment, on le prévoit. Son sang opérera le miracle qu'appelait une ardente et impérieuse prière. Car Pauline est illuminée tout à coup; ses yeux se dessillent; et désormais chrétienne, elle revient demandera un père barbare d'achever son ouvrage. Emu par ce spectacle, Sévère à son tour reproche à Félix des calculs intéressés; mais, tandis qu'il parle, la Grâce touche un cœur jusqu'alors trop insensible aux mouvements généreux, et transforme l'égoïste gouverneur en un chrétien repentant auquel pardonne le stoïcien tolérant qu'étonnent et attendrissent des vertus inconnues à l'ancien monde.
De l'action. Le principal ressort. Le personnage de Sévère. — Sans analyser de près des combinaisons toujours naturelles et logiques, bornons-nous à en indiquer le principal ressort. L'esquisse précédente montre assez que le plus heureux artifice du poète est d'avoir imaginé le personnage de Sévère et l'amour qu'il éprouve encore pour Pauline. Aussi s'en applaudit-il en ces termes : « Les tendresses de l'amour humain y font un si agréable mélange avec la fermeté du divin, que sa représentation a satisfait tout ensemble les dévots et les gens du monde ». Il était à craindre en effet que la figure de Polyeucte ne pût, à elle seule, suffire à l'intérêt dramatique et que la pièce, ayant le défaut de celles de Buchanan (Jephté) et de Grotius {la Passion) , dont les exemples avaient enhardi Corneille, ne fût pas assez fournie, comme il dit. Ce n'est pas que nous ayons la moindre envie de répéter avec Voltaire :
De Polyeucte la belle âme
Aurait faiblement attendri,
El les vers chrétiens qu'il déclame
Seraient tombés dans le décri,
N'eût été l'amour de sa femme
Pour ce païen son favori,
Qui méritait bien mieux sa flamme
Que son bon dévot de mari.
Celle irrévérence ne fait de tort qu'à celui qui se la permit. Pourtant une vertu trop pure, comme le déclarait Aristote, est rarement tragique, parce qu'elle ne comporte guère les conflits intérieurs de la passion et du devoir. Il convenait donc d'introduire ici l'occasion d'un combat engagé entre les cœurs et les conscienees. C'est le service que rend à la situation l'arrivée imprévue de Sévère. Elle donne carrière à tous les nobles sentiments qui se déploieront à l'envi, dès que le péril de Polyeuclc sera devenu le nœud d'une action, dont toutes les péripéties se déduiront comme des conséquences de leurs principes. C'est ainsi que nous voyons une émulation d'héroïsme s'établir entre des âmes généreuses dont les sacrifices concourent à produire les plus pathétiques transports. Mais avant d'admirer ces beau.x caractères, signalons le mérite du cadre dans lequel ils vont se mouvoir.
Le sens historique chez Corneille. Lutte du psignuisnic et du christianisme. — La tragédie de Polyeucte est un épisode de la lutte qui, durant trois cents ans, mit aux prises deux religions représentant l'une le passé, l'autre l'avenir. Or on peut dire que Corneille a pénétré aussi bien, d'intuition, l'histoire de l'Église primitive que celle de Rome républicaine ou impériale.
De tous les témoignages révélés par la critique contemporaine ressort avec évidence cette vérité que le paganisme et le christianisme, étant incompatibles, ne pouvaient se faire grâce l'un à l'autre. La société civile était alors, depuis tant de siècles, si intimement solidaire de la société religieuse, que toutes deux devaient succomber ensemble. Leur immobilité ne leur permettait pas de se transformer, mais les condapinait à s'écrouler simultanément. Bien que la croyance eût disparu, du moins dans les classes éclairées, ces divinités qui ne comptaient plus de fidèles n'en étaient pas moins partout présentes, dans les mœurs comme dans les lois et les institutions; si bien qu'ouvrir le Panthéon au Dieu invisible, c'eût été renverser du même coup une cité qui se sentait caduque, et voulait relarder au moins l'heure de sa chute. Une guerre était donc inévitable entre des ennemis que ne pouvaient réconcilier ni paix ni trêve.
Ce n'est pas que les chrétiens fussent des séditieux. Car ils avaient pour maxime de rendre à César ce qui appartenait à
César, et l'armée n'eut point de meilleurs soldats que la légion Thébaine. Mais la divine logique de l'Evangile, tout en faisant un devoir de l'obéissance légale, affranchissait la conscience, et lui interdisait des accommodements sacrilèges. En dépit d'une soumission extérieure qui condamnait la révolte, il lui fallait tout sauver ou tout perdi^e. Pour la doctrine qui appelait tous les esclaves à la liberté, tous les hommes à l'égalité, il n'y avait pas d'alliance possible avec un ordre public ou privé dont les vices, contraires à la justice et à la raison, étaient condamnés si ouvertement par les vertus mêmes de ces cœurs indépendants et courageux qui couraient à la mort comme à la gloire.
Je dois ma vie au peuple, au prince, à sa couronne; Mais je la dois bien plus au Dieu qui me la donne,
disaient alors les plus humbles frères de Polyeucte. Ils creusaient un abîme entre la religion et l'Etat, et avec un éclat qui a fait dire à M. Victor Duruy qu'en regard de la société de leur temps, ils furent « les plus grands révolutionnaires que le monde ait jamais connus ».
De là le péril d'une nouveauté contagieuse comme tous les grands exemples; aussi le vieil esprit romain s'en émut-il dès l'abord. Il avait pourtant presque toujours pratique la tolérance envers les cultes étrangers, envers celui de Mithra par exemple, alors si florissant à Rome, excepté pour certaines des pratiques venues de l'Orient qui avaient uh air d'initiation clandestine. Ainsi Rome n'eût pas demandé mieux que de s'annexe;' le Dieu des juifs et des chrétiens. On sait qu'Alexandre Sévère avait fait placer dans sa chapelle domestique l'image du Christ entre celles d'Orphée et d'Apollonius de Tyixne. Mais les chrétiens se refusaient à une telle alliance : voilà ce qui étonnait et indignait le monde païen. Il s'irrita surtout de Visolement où voulait rester le Dieu nouveau, et de son dédain pour les autres dieux. De bonne heure l'instinct qui porte tout être vivant à se conserver et à se défendre avertit les empereurs qu'il fallait, à tout prix, purger la terre de cette secte mystérieuse qui, par la seule puissance de la parole, attaquait au cœur toutes les traditions auxquelles semblait attachée la fortune de l'empire.
Ils frappèrent donc sans pitié ces insoumis à qui leur Dieu
défendait tout partage avec l'impiété du siècle. Voilà pourquoi le sang fut versé à flots, même par dos princes qui se croyaient humains, entre autres par Marc-Aurèle, qui pensa faire œuvre de salut public, en s'armant de tout son pouvoir contre la redoutable douceur et l'invincible faiblesse de cette Eglise calomniée par la peur, et factieuse à son insu par la seule pureté de ses mœurs.
Ajoutons que ces violences eurent le plus souvent l'impassible sang-froid de la raison d'Etat. Elles ne furent que rarement l'explosion d'un fanatisme indigné vengeant son dogme et ses dieux. Car les rites n'étaient plus guère que des formes, des cérémonies, des habitudes séculaires, consacrées seulement par d'antiques souvenirs, ou protégées par des intérêts. Les haines cruelles et convaincues n'existaient qu'en bas, dans les foules ignorantes. Mais en haut ne régnaient plus que des nécessités sociales; car la philosophie grecque, aidée de l'indifférence, avait depuis longtemps renversé définitivement les idoles; et, pour les patriciens, la religion consistait tout entière en démonstrations officielles ; ils n'y voyaient que le décor du théâtre où ils jouaient leur rôle. Or ils n'en étaient que plus acharnés à poursuivre une guerre d'extermination, comprenant que la question de vie ou de mort se posait pour la vieille société dont ils étaient les privilégiés et les défenseurs attitrés.
Ces sentiments que l'apparition du christianisme inspirait à l'ancien monde, nous les retrouverons dans cette pièce qui nous montre au vif la phase suprême d'un duel à outrance. On en jugera par l'expression des physionomies que nous allons passer en revue. Nous y reconnaîtrons tous les éléments dont se composait alors la société romaine : les chrétiens de la veille et du lendemain, les païens politiques ou fervents, et entre ces camps les esprits modérés qui, sur la frontière des deux cultes, s'étaient réfugiés dans la sagesse d'une tolérance désintéressée.
Les caractères. — Polyencte. Le néophyte. I/ppon:«. — Pour commencer par le personnage qui donne son nom à la tragédie, Polyencte est bien ici le chrétien récent sur lequel agit pleinement la grâce tout entière. Si au début il a je ne dis pas ses défaillances, mais ses délais et ses langueurs, s'il faut
d'abord que Néarque le gourmande, il n'en est plus ainsi quand, une fois enivré par les eaux du baptême, il a reçu la force victorieuse que lui confère le sacrement miraculeux. Dès lors il prend bien- sa revanche, et devance à ce point les plus zélés, que leur feu parait tiédeur auprès du sien. Entré le dernier dans l'arène, il s'élance soudain au premier rang. Loin d'avoir besoin d'aiguillon, c'est lui maintenant qui à son tour entraîne Néarque à rencontre des faux dieux. Tandis que la prudence de son premier guide veut modérer sa fougue, c'est lui qui fait honte aux lenteurs d'une fol pusillanime, et la précipite vers les aveugles témérités. C'est le cas de remarquer que Corneille a tort, dans la simplicité de son cœur, de craindre qu'on ne lui reproche d'avoir péché contre Aristote, en produisant sur la scène un héros aussi parfait. Ses scrupules font voir trop de délicatesse. Car Polyeucte a une faiblesse : il se livre à un excès de zèle que l'Eglise elle-même déclarait coupable, et par là il se réconcilie avec Aristote.
NÉARQUB
Fuyez donc leurs autels.
Je les veux renverser Et mourir dans leur temple, ou les y terrasser.
Cet emportement, Yollairc ne le lui pardonne pas. Sa malveillance va jusqu'à professer qu'un tel caractère serait plus propre à figurer dans la Vie des saints que sur la scène. A ses yeux, le mari de Pauline est moins intéressant que son rival. Il ose même le déclarer « ridicule et bourgeois, lorsqu'il résigne sa femme à Sévère, ainsi qu'un bénéfice ».
Nous ne partagerons point les préventions de cette ironie injuste et malséante. Et d'abord l'auteur d'Alzire devait être plus respectueux pour des beautés qu'il imita, lorsqu'il fit aussi paraître un chrétien, Guzman, touché tout à coup de la Grâce, et cédant celle qu'il aime à son ennemi, à son assassin, à un idolâtre. Puis il ne nous convient pas, j'imagine, d'être plus exigeants que Sévère admirant l'enthousiasme religieux d'un cœur assez maître de lui pour ne pas envier à l'amant de Pau-
linc un bouheurdont ce cœur sait tout le prix. Si dédaij^ner un Irùiic est un efTorl qui passe l'ordinaire et ravit les applaudissements, que dire de celui qui remporte une semblable victoire sur SCS plus chères toinirosses? Si nous sommes électrisés par la grandeur de ces républicains qui s'immolaient, eux et leurs oni'anls, aux intérêts de leur ville naissante, comment refuser notre émotion à ce Romain d'un autre âge qui, d'une âme si vaillante, se détache de tous les liens terrestres, pour se sacrifier à la patrie invisible et céleste? C'est le même sang qui couledans leurs veines. 11 n'y a de changé que l'idéal du devoir; et, si l'on aime des vertus plus qu'humaines, l'avantaige reste encore à celles qu'inspire la charité chrétienne : car entre elles et les autres il y a la même distance qu'entre les exemples de Pliilarquc et les leçons de l'Evangile.
Allons plus loin, et soutenons contre les détracteurs de Polyeucte qu'on se méprendrait, en l'accusant trop légèrement d'indilTérence cruelle pour Pauline. Sans doute, il a pu donner prélcxte à ce grief par certains mots qui vont un peu au delà du nécessaire. Nous accorderons par exemple que le sens humain est blessé quand il lui arrive de dire :
Et je nu regarde Pauline Que comme un obstacle à mon bien.
Mais, quoiqu'il se juge désormais invulnérable, son impassible sérénité n'en recouvre pas moins une affi'clion qui est d'autant plus profonde qu'elle va perdre Pauline dans le temps pour la posséder dans l'éternité. Si, à l'heure de la séparation, il s'écrie :
Je ne vous connais plus si vous n'êtes chrétienne,
colle durolé n'est de sa part qu'une façon de brusquer un dénoùment qu'attardent d'inutiles prières. Mais son cœur dément sa bouche, et les preuves en sont manifestes d'abord, dans cet adieu suprême, à la (in de la même scène, lorsqu'il court à la gloire :
Ch^it Pauline^ adieu, conservez ma mémoire 1
et aussi dans l'incomparable scène où il veut initier à la foi celle qu'il honore par cet éloge :
Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétienne.
(Acte IV, se. III.)
C'est d'abord cet hélas! qui échappe à son stoïcisme. Ce sont les pleurs qu'il ne peut contenir, et que Pauline accueille par ce cri :
Mais courage! il s'émeut! je vois couler ses larmes.
C'est encore le faux-fuyant, moitié trompeur, moitié sincère, par lequel il explique cette soudaine faiblesse, et attribue au chrétien le regret de l'époux.
Le déplorable état où je vous abandonne
Est bien digne des pleurs que mon amour vous donne,
Et si l'on peut au ciel sentir quelques douleurs,
J'y pleurerai pour vous l'excès de vos malheurs.
C'est surtout cette prière pressante qui semble vouloir faire violence à la Grâce, et lui commander le miracle de la conversion qu'il serait heureux d'acheter de tout son sang. Aussi ses rudesses apparentes ne sont-elles que le gage certain d'une tendresse éprouvée par une âme pour une âme. Mais si l'on veut comprendre cette langue nouvelle où les mots perdent leur sens, il faut entrer en sympathie avec l'esprit qui le fait parler, et lui assure le droit de dire en toute simplicité :
Je vous aime
Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que moi-même.
Quant aux excès qui étonnent ici la mollesse de nos courages, ils ne sont qu'un trait de vérité morale et historique. Au lieu de railler, comme Voltaire, louons donc la clairvoyance de Corneille ressuscitant si fidèlement le chrétien de l'Eglise souffrante et militante, de ce temps où le royaume des cieux n'appartenait qu'aux violents, où les richesses, la liberté, la famille et la vie n'étaient rien aux yeux de ces exaltés qui voyaient faiblesse et te:itulions jusque dans les plus purs et les plus légitimes engagements de la terre. Alors, le vrai baptême
étant le martyre, c'était peu d'accomplir le devoir prochain de chaque jour; on ne visait qu'à la sainteté. Or, pour la conquérir, il fallait le renoncement ahsolu, l'audace de l'impossible et cet enthousiasme perpétuel qui justifie ces hyperboles de Balzac : < Chose étrange et digne d'une longue considération! En ce temps-là, il y avait de la presse à se faire déchirer, à se faire brûler pour Jésus-Christ. L'e.xtrême douleur et la dernière infamie attiraient les hommes au christianisme ; c'étaient les appas et les promesses de cette nouvelle secte. Ceux qui la suivaient et avaient faveur à la cour avaient peur d'être oubliés dans la commune persécution; ils allaient s'accuser euxmêmes, s'ils manquaient de délateurs. Le lieu où les feu.x étaient allumés, et les bêtes déchaînées, s'appelait en la langue de la primitive Église la place où l'on donne des couronnes. • Et c'est le mot que nous retrouvons dans la bouche de Polyeucte :
.... Sans me donner lieu de tourner en arrière. Sa faveur n?e couronne entrant dans la carrière.
Aussi ne nous étonnons pas si, le sacrifice consommé, il répète textuellement, et avec quelle vertu plus haute! le vers du Cid, cette devise de famille, chez les héros de Corneille :
Je le ferais encore, si j'avais à le faire.
Pauline. I/licroïiic du devoir. L'épouse déjîk elirétienue. Sa conversion. La Grâce. — Pour ce qui est de Pauline, celte création mériterait de compter parmi les gloires de la poésie, comme l'Antigone de Sophocle, la Didon de Virgile, la Desdénione de Shakespeare, la Françoise de Rimini de Dante, et la Marguerite de Gœthe. Mais en France où l'on aime avant tout la passion, on en veut un peu à la fille de Félix d'avoir obéi à son père, de s'être mariée à Polyeucte, et de nous offrir un type accompli du devoir.
Voilà pourtant l'originalité de son caractère. C'est par là qu'elle se dislingue dans l'élite des plus pures, dans la famille des Andromaque, des Monime, des Sabine et des Cliimène. Ne parlons pas de la païenne, si elle l'est de naissance, par l'éducation du foyer, avec une sorle de candeur ingénue, elle a déjà
les délicatesses d'une conscience à laquelle ne fait plus défaut que le signe extérieur d'un christianisme latent qui s'ignore. Oui, elle est vraiment promise à la lumière, et porte la marque visible de sa prédestination. Mais, ce qui la recommande pardessus tout, c'est encore la supériorité d'une raison qui ne perd jamais l'équilibre ; Romaine et Française tout ensemble, pratique et précise jusque dans l'idéal, elle ne cesse de concilier le bon sens et l'héroïsme.
Si, avant d'épouser Polyeucte, elle aima Sévère, ce fut d'une simple inclination; et, malgré « cette surprise de l'âme et des sens », elle n'hésita pas à tourner court, dès que son père le commanda. Aussitôt elle sut renoncer à l'idée « de son parfait amant », et cela sans arrière-pensée d'amertune; car, depuis qu'elle appartient à Polyeucte, nulle secrète souffrance ne trahit le moindre vestige de flamme mal éteinte. N'en déplaise aux esprits romanesques, cette déférence aux volontés paternelles nous paraît donc en elle une grâce de plus. Quant on ne peut faire ce que l'on veut, le meilleur n'est-il point de vouloir ce que l'on doit?
Aussi, lorsque Sévère revient, n'a-t-el!e pas besoiu de se justifier de celte obéissance; tout au contraire, elle s'en fait honneur :
Quand je vous aurais vu, quand je l'aurais haï, J'en aurais soupiré, mais j'aurais obéi; Et sur mes passions ma raison souveraine Eût blâmé mes soupirs et dissipé ma haine.
De là cette sécurité qui lui permet de revoir l'objet de son premier rêve, et même de soupirer encore, mais tout haut, sans que Polyeucte ait lieu d'en prendre ombrage. La crainte ne }ui en vient même pas, car ce serait une égale offense pour tous les deux.
N'allons donc pas, comme Voltaire, prendre au sérieux la plaisanterie de Mme la Dauphine, disant avec esprit, mais à tort : « Eh bien! voilà la plus honnête femme du monde, mais qui n'aime pas son mari » ! Il fallait dire : « mais qui n'aime pas encore son mari ». Mais qui ne sent qu'elle l'aimera quand elle le saura si grand et si fort! Si cette épigramme était juste,
l'ULYEUCTE. 93
le rôle ne saurait nous toucher. La méprise vient tic ce que, parmi nous, le signe de la tendresse parait être je ne sais quoi d'égaré, d'éperdu. Or il faut se résigner ici à un tout autre tempérament; car Pauline est une âme forte et bien réglée, qui se conduit par principes, et non par fantaisie d'imagination, ou caprice de sensibilité. Ne le déclare-t-ellc pas, quand elle définit sa situation morale par ces vers :
Je donnai par devoir à son afTeclion Tout ce que l'autre avait par inclination?
Lorsque sa confidente essaie d'autoriser des représailles par ce trait perfide :
Qui traliit tous nos dieux aurait pu vous trahir, ne lui impose-t-elle pas silence par ces nobles paroles :
Je l'aimerais encor, quand il m'aurait trahie.... Apprends que mon devoir ne dépend point du sien; Qu'il y manque, s'il veut : je dois faire le mien.
(Acte 111, se. n.)
Elle se découvre tout entière en cette sublime réponse, comme aussi dans les scènes où elle tente des assauts désespérés sur un cœur inexpugnable. Est-œ une indifférente qui plaide avec tant de logique la cause d'une affection dont la réserve ne fut que de la dignité, jusqu'au moment où, n'ayant plus d'espoir que dans ses larmes, elle laisse enfin éclater sa douleur dans celte véhémente tirade :
Tu me quittes, ingrat, et le fais avec joie; Tu ne la caches pas, tu veux que je la voie; Lit ton cœur, insensible à ces tristes appas, Se figure un bonheur on je ne serai pas! C'est donc là le dégoût qu'apporte l'hyménce? Je te suis odieuse, après m'ôtre donnée?
F.st-ce uniiiuement pour affecter une belle attitude, que plus tard repoussée par celui qui ne la coiuiail plus, et victime dun aveuglement qu'elle croit un mépris ingrat, elle tombe au.\ pieds de son père, qu'elle le supplie en laveur « de ce cher cri-
minel », qui « préfère la mort à l'amour de Pauline », et qu'elle prononce ces mots poignants :
Un cœur à l'autre uni jamais ne se relire; Et, pour l'en séparer, il faut qu'on le déchire.
Non; ce n'est pas seulement l'honneur qui lui inspire l'accent dont elle refuse au vœu suprême de l'époux qui voudrait la rendre à Sévère. Lorsqu'elle se révolte à cette seule pensée, et dit avec un abandon sublime dans sa familiarité :
Mo7i Polyeucte toiiclie à son heure dernière,
le public tout entier, au théâtre, sent que l'admiration a fini par la ravir jusqu'à l'amour, dont le symptôme infaillible est ici la joie du renoncement à celui qui naguère lui arrachait cet aveu :
Un je ne. sais quel charme encor vers vous m'emporte,
et auquel elle dit maintenant tout court et d'un ton sans réplique : Brisons là.
Telle est la première conversion qui prépare l'autre; et il faut avoir le parti pris de Voltaire pour ne pas s'en apercevoir. Si soudain que soit ce coup de foudre, il est de la plus incontestable vraisemblance; on le pressent, on l'attend. Ce miracle, on pourrait l'appeler naturel, tant il se produit par nécessité. Le sang de Polyeucte, voilà le baptême qui triomphe en elle. L'union des cœurs est maintenant démontrée victorieusement par celle des âmes. Car la grâce conjugale a tout fait, et elle crie à son père :
Mon époux en mourant m'a laissé ses lumières;
Son sang, dont tes bourreaux viennent de me couvrir,
M'a dessillé les yeux, et me les vient d'ouvrir.
Mais, pour fixer une impression définitive, ajoutons que ce dévoûment de l'épouse a constamment la sérénité du devoir accompli. Par cette possession d'elle-même, et cet air de réflexion que Pauline conserve dans les crises les plus violentes , elle nous rappelle plus d'une femme illustre du xvii° siècle, entre autres Mme de Sévigné, si vraie, si franche, si sérieuse, qui eut toujours le cœur si haut et la tête si ferme, dans le charme de ses qualités si attrayantes.
Sévère. L*héroï»>iiic liiiuiaiu. Le stuïrîcn iiratiqae. L'honnête homme. La tolérance. — Les gens du moudo pouvaient être déconcertés par la continuité d'un héroïsme trop surnaturel. Aussi Corneille crut-il devoir opposer aux vertus extrêmes de Polyeuclc un rôle plus rassis et plus voisin de nous. Cette pensée nous valut le personnage de Sévère, dans lequel on pourrait voir une sorte de précaution dramatique destinée à forcer les suffrages des salons.
Nous ne serons pas surpris de retrouver en lui certains traits qui nous ramènent à Thùtel de Rambouillet. On lui a même reproché d'être un bel espnt qui a lu VAslrde, et de ressembler à un chevalier de roman plus qu'à un Romain du 111» siècle. On a raillé sa galanterie froide ou précieuse, dont les faveurs se souviennent trop du langage des ruelles. Nous ne prétendons point les excuser. Mais est-ce rendre justice à son beau caractère que de s'en tenir à ces petits travers, dont la mode fut seule responsable? Nous ne le croyons pas. Laissons donc de côté les accidents de costume, le vocabulaire qui s'imposait alors au théâtre, et allons droit à la personne, aux sentiments qui la distinguent.
Ils défient, ce nous semble, toute critique. Qu'on en juge par les situations fausses dont il se tire si glorieusement. Blessé dans un combat où il a sauvé l'empereur, pris les armes à la main par le roi de Perse qui le traite en Bayard, investi de la laveur impériale dont il n'abuse en rien, il retrouve Pauline mariée à un rival, la revoit, lui parle, veut lui arracher un simple regret : quoi de plus humain? Et, dès qu'il a cru surprendre ce regret espéré, ne souhaitant plus qu'une belle mort sur le champ de bataille, il finit par s'écrier :
Puisse le juste ciel, content de ma ruine, Combler d'heur et de jours Polycucle cl Pauline!
N'est-ce point vraiment là comme le sublime de l'idéal chevaleresque?
Plus tard, quand Polyeucle, par une revanche plus généreuse encore, veut lui donner celle que sa mort va rendre veuve, Sévère, qui a repris espérance, se voit tout à coup précipité de son bonheur par la résolution de Pauhne; mais il n'en reste pas
moins bon et clément. Car le chrétien qu'on lui préfère, il le défend, il le sauverait si ce héros de la folie de la croix ne s'obstinait à se perdre. Est-il possible d'imaginer une magnanimité plus désintéressée?
Parmi les vertus qui en font un sage, on louera surtout sa tolérance. Car cette religion que calomnient les préjugés d'une haine aveugle', il la juge avec autant de sympathie que d'impartialité. Qui ne l'admirerait disant à Fabian, mais avec confidence :
La secte des chrétiens n'est pas ce que l'on pense : On les hait; la raison, je ne la connais point. Et je ne vois Décie injuste qu'en ce point.
(Acte IV, se. VI.)
Les paroles qui siyvent nous laissent entendre qu'il mettrait volontiers au rang deô dieux le fondateur du christianisme, comme le fit son homonyme, l'empereur Alexandre-Sévère. On serait même tenté de dire aussi de lui : Il a trop de vertus pour n'être pas chrétien. Et pourtant, le deviendra-l-il jamais? Nous en doutons : il représente la haute société romaine, éclairée par la philosophie grecque, mais hésitant à se convertir : car on ne délaisse pas sans déchirement de cœur sa patrie morale. Et si d'une part il célèbre la morale évangélique, il laisse de l'autre échapper ce trait :
Peut-être qu'après tout ces croyances publiques Ne sont qu'inventions de sages politiques, Pour contenir un peuple ou bien pour l'émouvoir, Et dessus sa faiblesse alTermir leur pouvoir.
Cet aveu, qui ne se lit que dans les premières éditions, Corneille ayant cru devoir l'effacer ensuite, nous explique
1. Les chrétieus étaient accusés de pratiques mystérieuses et de sortilèges. Ils autorisaient ces erreurs par les voiles et les précautions dont il leur fallait > user pour dérober aux profanes leurs divines pratiques. Leurs sacrifices, leurs ] repas mystiques, et les emblcnies peints dans leurs demeures souterraines, temples et tombeaux tout ensemble, inspiraient une sorte d'effroi à qui n'était point initié. On les confondit d'abord avec les juifs, puis avec les devins et les sorciers. La société élégante et polie les associait à ces mages, à ces disciples de la cabale qui prédisaient l'avenir, et défiaient le sort contraire par leurs conjurations.
rcngoûmcnt que les philosophes du xvin* siècle ont éprouvé ; pour Scvèi'o. I.l est vrai que des réserves coriigerit son latif^'age lors<iue la mort de Polyeucte, suivie d'une double conversion, ébranle son cœur si profondément qu'il s'écrie :
Qui ne serait toiiclié d'un si tendre spectacle! De pareils changements ne sont pas sans miracle. Sans doute, vos chrétiens qu'on persécute en vain Ont quelque chose en eux qui surpasse l'humain. Je les aimai toujours, quoi (|u'on ail pu m'en dire : Je n'en vois point mourir que mon cœur n'en soupire, Kt peut-être qu'un jour je les connaîtrai mieux.
En attendant, il ajoute :
J'approuve cependant que chacun ait ses dieux.
Viiyuns donc suitout en lui le modèle de l'honnèle homme qui, détaché du paganisme sans être conquis au christianisme, lui lend »m hommage où se reconnaît déjà celte parole prononcée anlérieurement, et bien avant le vicaire savoyard de J.-J. Rousseau, par de nobles esprits : c Si la vie et la mort de Socratc sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu ». Il va respectueusement jusqu'au seuil du sanctuaire, I mais il s'y arrête, comme dut le faire, en celle époque de transition, plus d'une àme de bonne volonté, éclairée de loin par l'aube orientale de la Bonne Nouvelle. A l'heure décisive qu'il Il averse, il représente ces stoïciens pratiques dont le groupe choisi repose nos regards attristés des misères de la décadence.
I'"<4lx. Le ppéret. I.e père. Le politique. — Nous n'en dirons pas autant de Félix, dont la bassesse est décidément odieuse, et la conversion peu acceptable. Avec ses calculs, ses expédients, ses ruses et ses subterfuges, qui afTectent un semblant de profondeur politique, il finirait par nous révolter, M son embarras ne lui donnait parfois une teinte comique iluit on est tenté de sourire, et qui nous repose, comme une ilticiile de l'admiration continue. Il est telle rencontre où on lui appli(|uorait volontiers ce mot de Molière : Le pauvre homme ! Cependant, ne soyons pas trop durs pour le père de Pauline. Outre qu'il est nécessaire à l'intérêt du drame, il suffit, pour qu'on l'épargne, qu'il soit possible et vrai. Or il y aura des Félix dans Unis les temps. Il dut y en avoir surtout dans celte
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phase de transformation sociale et d'anarchie reh'gieuse ou pohtique, durant laquelle, toute lumière de justice et de vérité venant à pâlir ou à s'éclipser, les intérêts et les habitudes se substituaient aux principes et aux croyances. Parmi les gouverneurs de province, combien ne s'en trouva-t-il pas de réduits, comme lui, à n'être plus que des fonctionnaires tremblant pour le lendemain, écoutant avec anxiété les ordres contradictoires de leurs empereurs élevés ou renversés par les jeux de la force ou du hasard, armant leur bras, mais sans conviction, contre des innocents qu'il fallait traiter en criminels, ne fût-ce que pour obéir à des lois dictées par la peur, et pour assurer un respect d'apparence à des autels désertés qui tombaient en mines, à des dieux impuissants à se protéger eux-mêmes. Yoilà où en était ce patriciat conservateur officiel d'un néant politique qui se croyait encore l'empire éternel. Aussi Félix est-il parfois plus à plaindre qu'à blâmer, d'autant que ce préfet trop soucieux de sa place est un père de famille naïf dans son égoïsme vulgaire, que corrigent certains accents de bonhomie presque touchante (acte V, se. m). Ne tombe-t-il pas aux pieds de son gendre, en s'écriant :
Veux-tu nous voir tous deux embrasser tes genoux?
Bref, pardonnons-lui, comme a fait Polyeucte, puisque son intercession lui a valu la faveur du miracle final dont il avait besoin, plus que tout autre, pour devenir un homme nouveau. Les rôles seeondaires. — Dans une pièce où l'art est si voisin de la perfection que son auteur a pu se rendre ingénument justice en ces termes : «A mon gré, je n'ai point fait de pièces où l'ordre du théâtre soit plus beau et l'enchaînement des scènes mieux ménagé », les confidents eux-mêmes ne sont point à dédaigner. Si Fabian et Albin se recommandent parleur loyauté, leur bon sens et une affection vraie, Stratonice, si dévouée à sa maîtresse, n'est-elle pas la païenne dévote, dont la colère éclate contre
Un méchant, un infâme, un rebelle, un perfide, Un traître, un scélérat, un lâche, un parricide, Une pesle exécrable à tous les gens de bien. Un sacrilège impie, en un mot un chrétien?
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Dans ces injures dont s'oflcnsc la dignité conjugale de Pauline qui irplique :
Ce mot aurait suffi sans ce torrent d'injures,
il y a le sentiment d'une vérité historique. Corneille a compris que la lervcur de l'idoliitrie régnait encore dans les basses régions de la société antique. — Une nuance analogue doit aussi se remarquer dans la figure de Néarque : il est le chrétien de la veille, chez li'qucl s'est un peu refroidie l'action capiteuse de la grâce ; et sa piudonco fait d'autant mieux ressortir la fougue de Polyeucle. I.c sijlc de Polyeucle. — Et que de beautés de détail révélerait l'analyse dos scènes principales * ! Mais il faut se borner : terminons du moins par un mot sur le style de cette tragédie. 11 se dislingue par une expression tendre que l'on rencontre rarement chez Corneille. Jamais il n"a été plus souple, plus varié, plus vif; et cela sans rien perdre de sa force et de sa concision. Car de cette trame serrée se détachent aussi, à chaque instant solennel, de ces vers grondants qui auraient mérité de résonner sous le ma"sque de la Muse grecque. Jamais non plus vous ne rencontrerez des dialogues plus pathétiques, où les ripostes se croisent avec une dialectique plus ardente, et un mouvement plus rapide*. Toutes les notes se combinent dans cette langue agissante, où tout est nerf et substance. Elle sait gémir et vibrer, soupirer et retentir, monter et descendre. Nous en aimons jusqu'aux familiarités censurées par Voltaire; elles nous semblent une grâce de plus, parce qu'elles communiquent au sublime un air de souverain naturel, et produisent de charmants effets de contraste. A peine pourrait-on relever, dans le détail, quelques taches ^ qu'il ne faut pas imputer au poète seul; car il a dû payer tribut au vocabulaire du jour. Des formes signalées comme des fautes dans les notes de Voltaire, dont la sévérité grammaticale n'a ici pour excuse trop souvent que son ignorance llagrante de l'histoire de la langue, étaient
1. Acte I, se. I, exposition; se. m, lo rëoit du sonpo. Acte II, se. ii, entrevue do Pauline et do Sévôro; se. vi, Polyciicto entraîne Né.irquo au temple. Acte III, se. II, lo sacrilùge. Acte IV, se. ii, les strophes; se. m, entrevue de Polycucto et do Pauline. Aeto V, se. m, les adieux.
•2. Lisez entre autres la seèno vi do l 'aeto II, la sci-no m de l'aeto IV.