DON LOPE
A qui, Carlos?
CAHLOS.
A mon vainqueur.
(Acte I, se. IV.)
A la nouvelle de cet étrange défi qu'accepte seul don Alvar, Isabelle, alarmée des suites d'un combat qu'elle n'avait pas prévu, fait appeler les trois compétiteurs, et leur annonce que, rétractant sa volonté première, elle prétend disposer de sa main eu faveur de celui qui consent à devenir beau-frère de Carlos : car chacun d'eux a une sœur.
Tandis qu'ils se l'écrient, et que Carlos s'oppose à cette proposition, le bruit se répand que le jeune roi don Sanche d'Aragon n'est pas mort, comme ou le pensait depuis vingt ans, et qu'il pourrait bien être l'obscur soldat dont la renommée est maintenant si glorieuse. Déjà même Carlos s'étonne des respects dont il est l'objet, et qu'il regarde comme l'injure d'une railleuse ironie :
Je pense avoir rendu mon nom assez illustre
Pour n'avoir pas besoin qu'on lui donne un faux lustre.
Reprenez vos honneurs où je n'ai point de part.
J'imputais ce faux bruit aux fureurs du hasard,
Et doutais qu'il pût être une âme assez hardie
Pour ériger Carlos en roi de comédie.
(Acte V; se. ii.)
Don Lope et don Manrique persistant à ne pas vouloir lui rendre raison d'un outrage, parce que le secret de sa naissance n'est point encore éclairci, Carlos va s'en plaindre à la reine, dont le trouble involontaire provoque l'aveu d'un amour partagé. Mais, au moment où se révèle la tendre inclination d'Isabelle, arrive le vieux pécheur que Carlos reconnaît pour son père, dans ce magnifique élan de piété filiale au travers duquel éclatent ces accents qui auront véritablement un écho direct dans Ruy Blas :
Je suis fils d'un pêcheur, mais non pas d'un infâme : La bassesse du sang ne va pas jusqu'à l'âme; Et je renonce aux noms de comte et de marquis, Avec bien plus d'honneur qu'aux sentiments de fils.... Sanche, fils d'un pêcheur, et non d'un imposteur, De deux comtes jadis fut le libérateur; Sanche, fils d'un pécheur, mettait naguère en peine Deux illustres rivaux sur le choix de leur reine; Sanche, fils d'un pêcheur, lient encore en sa main De quoi faire bientôt tout l'heur d'un souverain;