LES DERNIÈRES PIÈCES DE CORNEILLE
Il n'y a pas en éclipse chez Corneille, mais erreur et
i:«épiîsc. — On a souvent considéré les dernières pièces de Corneille comme les fruits chétifs d'une verve épuisée, et l'on s'est habitué à voir dans la période qu'on appelle sa décadence la brusque éclipse d'un poète trahi subitement par son génie. N'ayant pas ici le loisir de réfuter ce préjugé par l'examen détaillé d'oeuvres aujourd'hui trop oubliées, nous voudrions du moins démontrer que ces disgrâces d'une verte vieillesse furent des erreurs, mais non des défaillances, et qu'au lieu d'être un symptôme d'impuissance, elles procédèrent d'une force mal employée. Oui, si Corneille paraît inférieur à lui-même, la faute en est à des excès de doctrine, à des méprises dans la conception de son art, mais non à des langueurs ou à des éclipses d'intelligence. En d'autres termes, il s'égare, mais il ne tombe pas. Ses merveilleuses ressoucces se dépensent en artifices et en expédients, il perd de plus en plus le sentiment de la vraisemblance, il vise à l'incroyable ou au révoltant; mais, jusque dans ces aventures, se soutient encore la virilité de son style et de sa pensée. De magnifiques éclairs traversent ses idées fausses ; et, quand il revient à la vérité, il ne cesse pas de retrouver tout son élan, toute sa vigueur, toute sa netteté. Voltaire lui-même, malgré son esprit de dénigrement, reconnaît par exemple que dans ses dernières pièces il faut admirer encore « le style de Rodogune ».
Des germes de fanatisme dans ses clief<»-d'fleuvrcs. — Du reste, ses chefs-d'œuvre même contenaient déjà comme en germe la menace d'un péril. En admirant Horace et Polyeucte, on peut en effet s'inquiéter parfois de l'air trop rigide que semble affecter leur vertu; il y entre par instants je ne sais quel entêtement d'esprits qu'on pourrait appeler étroits, si l'on ne craignait de manquer de respect à de nobles caractères. Dans certaines rencontres, on dirait des acteurs qui se composent un