‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieuresChapitre 45 sur 133 · DERNIÈRES PIÈCES : AGÊSILAS, ATTILA · texte numérisé non relu

DERNIÈRES PIÈCES : AGÊSILAS, ATTILA

mais non sans un choc en retour. Car, sept mois après, en 166G, A(ji'silas fit de manifestes avances au parti des t Doucereux » lUcn de plus doux en effet que cette pastorale dont les héros rivalisent avec VArtamène et Vllomtiits Codés de Mlle de Scudéry. C'est un long soupir de tendresse aboutissant à un triple mariage. Aussi ne pouvons-nous trouver injuste l'interjection que Boileau a désormais rendue inséparable du nom (ÏAgésihts.

Attila, i 667. — Nous n'en dirons pas autant du Holà qui accompagne Attila; car il est trop rigoureux. En effet, si l'on pouvait supprimer de cette œuvre des amours ridicules, des détails choquants, par exemple la puérile et plate description du saignement de nez d'Attila, elle mériterait plus qu'un souvenir, ne fût-ce queparle vif sentiment de l'époque où elle nous transporte. Corneille y fait revivre ce sombre héros qui se précipita comme un ouragan du fond de la Grande Tarlarie, ce vrai barbare qui, voulant tout envahir pour tout détruire, personnifia le ravage sans rançon, le massacre sans pitié, le despotisme sans frein *. Plus d'une scène ne languit pas si on la compare au rapport de Priscus, à la chronique de Jornandès, et à l'épopie des Niebelungen.

L'entrée d'Attila par exemple ne remplit-elle pas de prime abord l'idée qu'on se faisait de son despotisme hautain, "et ses premières paroles ne sont-elles pas à sa taille :

Ils no sont pas venus, ces deux rois? qu'on leur die Qu'ils se font trop attendre et quWllila s'ennuie.

(Acte I, se. 1, v. 1-2.)

N'y a-t-il pas d'admirables vers dans la conférence du roi des Huns délibérant avec Ardaric et Valamir * sur le parti qu'il doit

1. Los Ooths, les Vandales, les Burgondes, les Snèvos, les Ilërules, les I.onitianls et les Francs n'envahirent que pour s'établir sur lo sol dont ils devinrent los défenseurs. Mais les Huns et leur chef avaient horreur do la vie sédentaire.

0. Ardaric est roi des Gëpides.et Valamir des Ostropoths. L'un aime Hooorio, sipur do Valontinian, et conseille au roi des Huns d'épouser lldiono, sa-ur do Mérovéo. L'autre aime lldiono, et l'engage à épouser Ilonoric. Quant aux deux héroïnes, elles délestent Attila, mais veulent l'épouser, l'une par ambilioa, l'autre pour venger le monde par un assassinat. C'est Ildione qui dit :

Il est beau que m& main veuge tout l'univerm.

prendre entre la France qui s'élève et Rome qui tombe. Ecoutez ces paroles de Valamir :

Un grand destin commence, un grand destin s'achève :

L'Empire est près de choir, et la France s'élève :

L'une peut avec elle affermir son appui,

Et l'autre en trébuchant l'ensevelir sous lui.

Vos devins vous l'ont dit : N'y mettez point d'obstacles,

Vous qui n'avez jamais douté de leurs oracles :

Soutenir un Etat chancelant et brisé,

C'est chercher par sa chute à se voir écrasé.

(Acte I, se. II.)

La réplique d'Ardaric n'est pas moins vigoureuse :

Cependant, regardez ce qu'est encor l'empire : Il chancelle, il se brise, et chacun le déchire; De ses entrailles même il produit des tyrans; Mais il peut encor plus que tous ses conquérants.

(Acte I, se. ii.)

Et Valamir de riposter :

L'empire est quelque chose, et l'empereur n'est-rien. . Les deux fils n'ont rempli les trônes des deux Romes Que d'idoles pompeux, que d'ombres au lieu d'hommes.

(Acte I, se. II.)

Cette plaidoirie contradictoire est nourrie de réflexions profondes, de raisons ingénieuses ou solides, de vues décisives sur les personnages ou les intérêts qui sont alors aux prises. To.ir à tour solennel ou familier, toujours serré, nerveux et origiiu.l, le style s'approprie habilement aux caractères, témoin ce portrait de Mérovée tracé par OcLar en trois vers :

Il montre un cœur si haut sous un front délicat

Que dans son premier lustre il est déjà soldat :

Le corps attend les ans; mais l'âme est toute prête.

(Acte II, se. v.)

Ce dernier trait n'est-il pas même supérieur à celui du Cid :

Je suis jeune, il est vrai; mais aux âmes bien nées La valeur n'attend pas le nombre des années!

Attila, comme le voulait l'histoire, associe l'ambition et la férocité au génie inflexible et délié du Tartare qui fut rciïroi du

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