En voici le début
La vraisemblance est clioquëe en ta pièce Si l'on on croit et d'Olonne et CriJqui,... etc".
de ceux qui aiment à voir leur nom et leur prose courir le monde, pour y servir d'aliment aux petites passions des coteries littéraires : il eut donc la prudence de faire la sourde oreille. Les indiscrétions de Mme Bourneau ' l'avaient rendu circonspect; et, cette lois, il se contenta d'une réponse aussi courte qu'évasive. Dans une lettre d'affaires, écrite à M. de Lionne, il ne dit en passant que ces mots peu compromettants : « 11 me parait qu'Andromaque a bien l'air des belles choses; il ne s'en faut presque rien qu'il y ait du grand. Ceu.v qui n'entrent point dans les choses, l'admireront; ceu.x qui veulent des beautés pleines, y chercheront je ne sais quoi qui les empêchera d'être tout à fait contents. » Cette réserve trahit le parti pris de ne désobhgcr personne et de s'abstenir.
Dans une autre lettre au même, il ajoutait, revenant sur ce sujet : « Comme je vous l'ai dit, elle (Andromaquc) m'a semblé très belle; mais je crois qu'on peut aller plus loin dans les passions...; ce qui doit être tendre n'y est que doux, et ce qui doit exciter de la pitié ne donne que de la tendresse. Cependant, à tout prendre, Racine doit avoir plus de réputation qu'aucun autre, après Corneille. »
Subli^iiy et la Folle Querelle. — Les six larmes de Mme de Sévigné. — Si Saint-Évremond se garda bien de s'engager dans un mauvais pas, pour le plaisir des oisifs, et baissa pavillon devant un triomphateur, il n'en fut point ainsi d'un méchant écrivain, Subligny ^, dont la plume besogneuse, profitant d'une occasion où le scandale ferait bruit autour de son nom, enfanta une parodie d'Andromaqiie, intitulée la Folle Querelle. Il s'empressa de la porter au théâtre de Molière, qui ne la refusa point, car depuis l'espèce de « complot » de Racine,
1. Elle avait fait circuler do salon en salon la lettre sur l'Alexandre. Dans un billet au comte de Lionne, Saint-Évremond s'était plaint hautement qu'elle lui eut fait « un très méchant tour do montrer un sentiment confus qu'il lui avait envoyé sur l'Alexandre, en lui recommandant de ne le faire voir à personne », et il ajoutait : « Je no connais point Racine ; c'est un fort bel esprit que je voudrais servir ; et ses plus grands ennemis ne pourraient pas faire autre chose que ce quo j'ai fait sans y penser. »
2. Perdon de Subligny, no en 1610, fut avocat au Parlement. Il fit jouer, le l"' août 1070, le Drsespoir extravagant, et publia la Fausse Clélie, satire do Mlle de Scudéry. En 1671, il défendit fh'rt'nici' contre l'abbé do Villars, et lit paraître on 1677 une Dissertation sur les deux Phédres.
selon lemotdeLaGrange, — àsavoir l'émigration d'Alexandre, et l'enlèvement de Mlle du Parc —, il avait droit de représailles, et, cette fois, il en usa. Jouée le vendredi 18 mai 1668, cette misérable satire bénéficia du voisinage de Georges Dandin, et surprit un semblant de succès. On fit même à l'auteur de VÈcole des Femmes l'injure de la lui attribuer. C'était le calomnier; car, dans cette plaidoirie littéraire, Tavocat d'une mauvaise cause est aussi sot que partial. Il y met en scène deux fiancés qui doivent s'épouser, mais se cherchent noise à propos d'Andromaque, et finissent par se tourner le dos. Le champion de Racine, Éraste, est à la fois un ignorant, un sot et un fripon. On devine qu'il est sacrifié d'avance à l'esprit et au savoir d'Hortense qui, dans la discussion, n'a point de peine à lui tenir tête, en attendant qu'elle réconduise de ses dédains victorieux. En prêtant à une femme des propos envenimés contre une œuvre qu'Henriette d'Angleterre favorisait de son suffrage, l'irrévérente ironie d'un maladroit voulait peut-être atteindre la charmante patronne d'Andromaque. Cette intention était bien digne de l'impertinence grossière avec laquelle il traitait l'épouse d'Hector « de grande bête », et Hermione « de guenipe ' ».
Mais oublions ces pauvretés, et opposons-leur le souvenir de Mme de Sévigné qui, malgré sa dévotion pour Corneille, ne se défendit pas contre une tragédie où elle retrouvait son cœur. « Je fus à la comédie, écrit-elle de Vitré à sa fille, le 12 août 1671, ce fut Andromaque, qui me fît pleurer plus de six larmes; c'est assez pour une troupe de campagne ». A l'Hôtel de Bourgogne, elle devait pleurer sans compter ses larmes, et la mère d'Astyanax était ainsi- vengée par la mère de Mme de Grignan.
Sources antiques. — L'Andromaque d'Homère et d'Euripide. — Le péril de Molossos. — Barbarie des mœurs héroïques. — Avant de juger ce parfait exemplaire de l'amour
1. S'étant permis de refaire certaines scènes à' Andromaque, il disait : « Voilà ce que M. Corneille eût fait, et peut-être eût-il mieux fait encore ». Un de ses principaux griefs était rinconvenance d'Oreste tutoyant Pyladc. Cela lui paraissait un crime contre l'étiquette, attendu que les rois ne se tutoient pas. Racine sut profiter de certaines critiques. Il supprima, au cinquiôme acte, la scène m où Andromaque faisait triste figure en face d'Hermioue et de ses imprécations, et il modifia plusieurs vers.
maternel, il convient de dire un mot des sources auxquelles Racine a puisé son inspiration. Remarquons d'abord qu'elles sont toutes antiques : car, si Corneille a peint l'amour paternel, il n"a jamais eu souci des mères : colles qu'on rcnconlrc dans son llicûtre, Mcdée, Cléopâtre, névoltent la nature.
Dès la plus lointaine antiquité, Andromaque représente 1 épouse et la mère. Elle est déjà la Lucrèce de l'Iliade '. Modeste, cachée dans le sanctuaire du foyer domestique, aimant son mari avec respect, et son fils avec une tendresse attristée par de sombres pressentiments, souriante parmi ses larmes dans la scène des derniers adieux, elle voit bientôt le cadavre d'Hector traîné par le char d'Achille; et, au milieu de son désespoir, cette veuve incomparable oublie ses propres infortunes pour les soulTrances de l'orphelin qui est l'idée fixe de ses lamentations.
Dès lors, le type devient définitif. L'altérer serait un sacrilège. Les poètes pourront modifier les aventures qui lui servent de cadre; mais ils respecteront les sentiments qu'il doit à jamais symboliser.
Euripide lui-même, le plus sceptique, le plus téméraire des novateurs, l'ennemi déclaré des femmes, va désarmer devant cette vertu consacrée. Dans les Troycnnes, il demeure fidèle aux principaux traits du caractère : ne pouvant plus sauver son enfant, puisqu'un vainqueur impitoyable l'arrache de ses bras pour le précipiter du haut des remparts de Troie, Andromaque y exhale son deuil en deS accents dont l'éloquence est le cri même de la nature ^. Dans la tiagcdic qui porte le nom d'A/i-