I. Voir HOlro Lcsiujf ,IIh. lioUo), p. 17-2 sqq
Saint-Evrcmond dont il faut lire, par exemple, le portrait de Mme d'Olonne; ni de tous les écrivains ou beaux-esprits qui s'amusent à ces jeux piquants, il suffit de constater que, comme on l'a dil, le livre des Caractères répondit à la curiosité d'un monde amoureux de lui-même et friand de fines indiscrétions. Aussi La Bruyère écrivait-il en sa préface : < Je rends au public ce qu'il m'a prêté ».
Mais il est superflu de démontrer que Molière, ici comme ailleurs, fait un tableau fidèle de la cour et- de la ville. Terminons plutôt en admirant l'art avec lequel il intéresse tous les âges aux vérités générales que recouvrent ces traits de caractère individuels; et pour conclure cette étude, comme nous l'avons commencée, citons ce jugement si judicieux deM. Désiré Nisard sur les personnages du Misanthrope : « Quoiqu'ils ne disent rien qui ne soit dans leur situation, et qu'ils ne se piquent pas d'impartialité en plaidant leur cause, ils ne peuvent pas parler pour eux, en gens d'esprit qu'ils sont, sans répandre çà et là des lumières et des vérités d'expérience, qui nous apprennent à les juger et à lire en nous et chez les autres. Sans être sentencieux, ils sont penseurs; ou plutôt, c'est l'expérience des gens d'esprit qui coule de leurs lèvres sans effort, et qui donne de la profondeur, sous une forme facile, à toutes leurs pensées. Leurs discours sont à la fois ceux des gens les plus occupés de ce qui les regarde, et des moralistes les plus désintéressés. C'est sans doute ce qui rend le Misanthrope si attachant à la lecture; mais c'est peut-être ce qui en rend la représentation im peu froide. Le théâtre veut de l'action; et dans le Misanthrope, quoiqu'il ne se dise rien de trop, on n'agit qu'en parlant. Il ne faut pas trop donner à penser à des spectateurs. »