‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieuresChapitre 93 sur 133 · I. — Faits iiistoriques · texte numérisé non relu

I. — Faits iiistoriques

Froiiiear du pablic. Préjn^é conirr la comédie en prowe.

— (jiioi qu'en disiiil (Irimaifst, le hiou'rapho de Molirro, et, d'après son autorité, les historiens du Thcdtrc français, puis Voltaire, Cailhava •, et bien d'autres, il n'est pas vrai que rAvare subit un premier échec avant de se produire, six mois plus tard, sur la scène du Palais-Royal, car, dans le registre de la troupe, tenu, comme on sait, par La Gianfje dont l'exactitude était scrupuleuse, il n'est l'ait aucune mention de cette comédie avant le dimanche 9 septembre 1608. C'est alors seulement qu'elle ligure, sous le titre de Pièce nouvelle; celte soirée rapporta 1069 livres 10 sous, ce qui atteste l'éveil d'une curiosité très vive. Cependant, après neuf représentations à peu près consécutives, il y eut relâche. La recette avait été de plus eu plus médiocre. Le vendredi 5 octobre, elle n'alla pas au delà de 143 livres 10 sous. Si, le dimanche 16 septembre, on avait récolté 06 i livres, ce mouvement de hausse s'explique par la présence de Monsieur, IVère du Roi, et de Madame. Le 14 déct'mhre, à la suite d'une interruption qui dura deux mois et plus, une reprise eut lieu, et l'Avare fut joué huit l'ois jus- (|u"uu dimanche 30. Mais, pour attirer le public, Molière dut ramurcer par la vogue d'une farce restée inédite, dont l'auteur garda l'anonyme, et qui, intitulée le Pin Lourdaud, ou le Procureur dupé, avait peut-être quelque analogie avec ÏAvocat Faihelin.

11 est donc certain que ce chef-d'œuvre ne reçut pas d'abord du grand public l'accueil dont il était digne. Cependant, il ne fauilrait point exagérer l'indiflërence de cet accueil, du moins

1. Cuilhavu, autour dramatique (1T31-It!ll3) -, avec Jo uonibrouscs pièces, dont la moillouro ost lo Tuteur dupi', il composa uu traiui sur l'Art de la comédie.

chez les connaisseurs, car, dès le 15 septembre 1668, Robinet annonce dans sa Gazette

Un Avare qui divertit, Non pas certes pour un petit, Mais au delà ce qu'on peut dire; Car d'un bout à l'autre il fait rire :

et il constatera, à propos de la grande représentation du 16 septembre, les applaudissements donnés par les Altesses « au divertissant Avare ».

Si ces éloges excluent l'idée d'une chute, on ne saurait niei^ du moins que, par routine ou préjugé, beaucoup de prétendus connaisseurs et gens du bel air se refusèrent à goûter une pièce qui leur semblait manquer aux lois de la haute comédie, parce qu'elle n'était pas écrite en vers. C'est ce que semble confirmer le témoignage de Grimarest rapportant, mais sans préciser le nom ni le lieu, ce propos d'un duc : « Molière est-il fou, et nous prend-il pour des benêts de nous faire essuyer cinq actes de prose? » Cependant, ce n'était pas la première fois que le poète faisait infidélité à l'alexandrin : car il l'avait déjà délaissé dans la Princesse d'Elide, et dans le drame de Don Juan K Mais l'un n'était qu'une improvisation, et l'autre réussit quand même, grâce à l'émoi que causa la cabale des dévots ligués contre l'auteur du Tartuffe. Or, cette fois, le stimulant d'une question religieuse n'existant plus, les partisans de l'étiquette dramatique regardèrent comme une déchéance du genre ce qui n'était ici qu'une suprême convenance.

En effet, nous ne croyons pas, sur la foi de Voltaire, que Molière se proposait de mettre sa prose en vers, et qu'il y renonça, faute de loisirs, ou sur l'avis de ses comédiens qui voulurent jouer la pièce telle quelle. Un poète pour qui les servitudes de notre prosodie étaient un jeu, témoin V Amphitrijon et la fameuse satire II de Boileau,

Dans les combats d'esprit, savant maître d'escrime, Enseigne-moi, Molière, oii tu trouves la rime,

1. Avant Molière, Jean de la Taille (les Corrivaux), Louis le Jars (la Pucelle, \l'&), Pierre Larivey, Cyrano de Bergerac (le Pédant joué), et nombre d'autres, avaient fait des comédies en prose.

n'aurait pas reculé devanl les contraintes d'un travail qu'il eût estimé nécessaire. Mais il ju^ea plutôt, et, selon nous, avec raison, que la nature de son sujot, et la faron dont il entendait le traiter, s'accommoderaient mal de la riiii^ cl de ses entraves; car il y a des plaisanteries de prose et d-s plaisanteries de vers. Or n'apparait-il pas au moins comme inutile le tour de force qui eût consisté à réduire aux gènes du mètre et du rythme l'inventaire des nippes qui entrent dans le prêt usiiraire (IMarpagon, ou son dialogue avec la Flèche, ou les d(deunccs de maître Jacques, ou le monologue de l'Avare, et tant d'autres scènes qui exigeaient les libres saillies d'une franchise toute populaire? Et pourtant quelle ne fut pas la force du préjugé qui repoussait l'emploi de la prose dans la haute comédie! Voltaire qui, dans son Dictionnaire philosophirfU'', au mot Art drumutique {conn'die), après avoir essayé d'expliquer pourquoi l'Avare resta en prose, ajoutait : e personne n'osa depuis y loucher », vécut assez pour voir, en 1775, les vers d'un certain Mailhot profaner la prose de Molière : et cette profanation fut suivie de sept autres, au moins.

Le sujet parut Nombre, dan» son appnrenic {;ailc. — En même temps que la nouveauté de la l'orme déioutait les amis de la tradition, l'impression morale du spectacle contrihua peut-être à la froiileur du sentiment public; car il faut bien avouer que l'ensemble de la peinture est assez sombre, malgré les vifs éclats de rire qui la traversent. La sympathie ne sait guère à qui s'attacher dans cette fable où nul personnage, sauf Mariane, ne mérite estime ou affection. Une fille sans mère que persécute un père sans entrailles; un fils qui le vole, ou le bafoue; un intendant qui le berne et joue dans la maison un lole équivoque; des valets qui détestent leur mailre et le honnissent; un courtier d'usure, et une entremetteuse, voilà le cortège d'Harpagon. Toutes les couleurs sont donc poussées au noir dans ce tableau où la gaité même a comme un arrièregoùt d'amertume. Aussi Gœthe a-t-il pu dire : t Molière est un homme unique; ses pièces touchent à la tragédie, elles saisissent, et personne en cela n'ose l'imiter. L'Avarf surtout, dans lequel le vice détruit toute la piété qui unit le père et le fils, a une grandeur extraordinaire, et est à un haut degré tragique. »

Ne serait-ce point la raison secrète qui troubla les contemporains? Mais la postérité ne s'est pas méprise sur ces apparences, et la revanche de son admiration a confirmé le jugement porté par Boileau, s'il faut du moins en croire sa réponse à Racine qui lui disait un jour : « Je vous vis dernièrement à la pièce de Molière; et vous riiez tout seul sur le théâtre » : « Je vous estime trop, aurait reparti le Maître, pour croire que vous n'y ayez pas ri vous-même, du moins intérieurement. » D'ailleurs, du vivant même de son auteur, comme le constate Tallemant des Réaux, le public revint à V Avare, et de 1669 à 1673, la pièce eut 47 représentations à la ville, et au moins deux à la cour, c'est-à-dire un succès matériel comparable à celui des autres chefs-d'œuvre de Molière *.

Les devanciers de Molière. Boisrobert. Larivey. L'Ariosfe. Lope de Vega. La comédie Italienne. — Ce n'était point la première fois que le théâtre flétrissait l'Avarice, et Molière comptait de nombreux devanciers. Aussi n'a-t-il jamais plus largement usé du droit de prendre son bien où il le trouvait. Sans parler des traits de nature que lui offrit la clu^onique contemporaine ^, on a donc pu relever bien des réminiscences qui se mêlent adroitement à la verve de son invention personnelle. Disons d'abord un mot des emprunts les plus voisins, par exemple de la scène où le flls d'Harpagon reconnaît son père dans l'usurier qui le ruine (acte II, se. i et ii). Il est constant que ce motif fut suggéré par la Belle Plaideuse de l'abbé de Boisrobert (acte I, se. Viii), qui lui-même le dut à une anecdote fort accréditée sur le président de Bersy et son fils. C'est de la même source que procède l'amusante idée du mémoire fantastique où sont énumérés, parmi tant de vieux rogatons, un luth de Bologne, garni de toutes ses cordes, ou peu s'en faut;

1. La première édition de cette comédie est datée de 1669. Elle parut en un in-12 de 150 pages, « chez Jean Ribou, au Palais, vis-à-vis la porte de l'Eglise de la Sainte-Chapelle ».

2. Citons, entre autres, le lieutenant-criminel Tardieu et sa femme dont l'avarice légendaire fut censurée par Boileau (Sat. X) : « Pour tous valets, ils n'avaient qu'un cocher, dit Tallemant ; le carrosse est si méchant et les chevaux aussi qu'ils ne peuvent aller. » Ils furent assassinés le 24 août 16G5. — On parle aussi du cardinal Angelotto bâtonné par son palefrenier, une nuit qu'il volait l'avoine de ses chevaux.

un trou-madame, et une peau de lézard, de trois pieds et demi, rrnijtHe de foin (acte II, se. i), etc. Voici d'ailleurs les vers où iJoisrobert fait un inventaire analogue :

Il fournil le surplus de la somme en guenons VA fort beaux perroquets, en douze gros canons, Moitié fer moitié fonte, et qu'on vend à la livre. Si vous voulez ainsi la somme, on vous la livre.

{La Belle Plaideuse, acte IV, se. n.)

Larivey l'ut mis aussi à contribution '. Dans sa comédie des Esprits, il exprimait, à la suite de Plaute, le désespoir d'un ladre qui cache dans un trou une bourse de deux mille écus, la retrouve pleine de cailloux, et veut alors faire emprisonner la ville et les faubourgs. Ici Molière imita au moins le romanesque ressort par lequel se dénouait cette intrigue; car l'apparilion du père de Valère et de Mariane est le pendant de l'exilé huguenot qui surgissait à propos, dans les Esprits, pour marier •-a fille à Ergaste, le fils du vieil avare Séverin. Dans la Veuve (hi même poète — imitée de la Vedova de Nicolo Buonapartc, pièce à laquelle le nom de son auteur, un ancêtre putatif de l'empereur, valut l'honneur d'une nouvelle traduction, pour celui (le ses descendants qui devait être Napoléon 111 (Florence, 1830), — se rencontre également une aventurière, nommée Guillemette, qui a des airs de pai'enlé avec Frosine, et qui dit au vieil Ambroise amoureux de la Veuve : * Madame Clémence vous aime comme ses menus boyaux ».

Il est vrai que ce type appartenait depuis longtemps au répertoire italien, dont Molière connaissait à fond toutes les finesses. Dans les Suppositi de l'Arioste, l'écornifleur Pasifile s'était avisé déjà d'exploiter la chiromancie, pour Ûagorner le docteur Cléandre, et lui persuader t qu'étant d'une pâte à vivre

1. Pierre Larivey (1540-1611) dcsceDdait de la famille des Giunti (Los Arrivés, d'où son nom l'Arrivé et par corruption Laricey), c<Môbros imprimeurs do Venise et do Kioronco. Il était né à Troyi's, o\\ il devint chanoino. Il est l'auteur d© «Iduzo l'oniédios traduites do l'italien, on proso, avec une verve et uno adresse qui l'ondùi'ont vraiment lo stylo de la comédie. Il nous en reste neuf, qui sonl : les lixprits, les Escaliers, les Jaloti.t, le Laquais, le Morfondu, la WiifC, publiées on 1579; et Constance, le FidèU', les Tromperies, qui datent de 1611. (Sur Larivoy ot son originalité relative, voir le l'récis de la lilUh-atwe française do M. Kugi^no Lintilhac t. I, p. '215-'i-K.)

ÉTUDBS LITTÉRAIRES. I. — 30

cent ans, il mettrait en terre ses enfants, et les enfants de ses enfants ». A en croire le Mdnagiana, et surtout les Observations de Riccoboni sur le génie de Molière, la liste de ses créanciers étrangers serait encore plus longue. C'est ainsi qu'il faudrait chercher dans V Amante tradito, joué à Paris, sous le titre de Lélio et Arlequin, valets dans la même maison, l'ancêtre de Valèrc et le thème du premier acte de l'Avare ; car il y a là un certain Lélio qui, amoureux de Flaminia, fille de Pantalon, riche banquier de Venise, se met au service de ce vieillard pour arriver sûrement à ses fins. De plus, la Cameriera nobile (la fille de chambre de qualité) aurait fourni le germe de deux scènes, celle (acte III, se. ii) où Maître Jacques fait le brave, comme Arlequin, jusqu'aux coups de bâton administrés parValère, exclusivement, et celle (acte IV, se. iv) où le cocher d'Harpagon s'ingénie, comme Scapin entre Pantalon et le docteur, à réconcilier le père et le fils, en leur persuadant que chacun d'eux cède à l'autre sa maîtresse. Quant à cette rivalité d'amour, ce n'était pas une combinaison nouvelle au théâtre; car on la rencontre dans la Discreta Enamorada (la Discrète amoureuse) de Lope de Vega, ou encore dans les Ba7-bons amoureux et rivaux de leurs fils, de Chevalier, comédie jouée au théâtre du Marais, en 1662. Il est vrai d'ailleurs que Molière était assez en fonds pour imaginer à lui tout seul cette situation (acte IV, se. m), que, cinq ans plus tard, en 1673, Racine transporta dans Mithridatc (acte III, se. v) et rendit tragique, sans que personne le lui ait reproché comme un plagiat. Pour épuiser l'enquête, il nous faudrait ajouter que la Sporta (la Corbeille) du Gelli aurait eu encore l'honneur de suggérer à Molière un de ses traits les plus populaires, ce fameux sans dot qui passe aujourd'hui pour être sa propriété définitive et qui, en tous cas, était en germe chez Plante, avant de l'être chez le Gelli. Au reste, ces rapprochements sont peu probants. La plupart des comédies italiennes dont il est ici question furent des impromptus, dont les canevas n'avaient rien de fixe, et variaient selon le caprice des acteurs, qui pouvaient y glisser, après coup, leurs improvisations. Aussi peut-il se faire que Molière ait été imité là où il semble imitateur. Son Avare n'avait-il pas une renommée européenne?

L'Anlnlaria de Plante. L*n\arp par accidriit. Le savetier de La Fontaine. Le VnIttMusd'Iloraee. Origin:ilitr de Molière. Ses iniitatenrM an$;lais. — Mais laissons ces bai^alelles de la petite ériulition, et abordons iAululaire, seul modèle qui mérite d'entrer en comparaison avec F Avare '. Pour savoir dans quelle mesure le thème dramatique de Plante a été renouvelé par Molière, il convient d'analyser brièvement la pièce antique.

Ainsi que l'annonce son titre {AuluUn'ia, la marmite), elle ne roule que sur la découverte d'une marmite pleine d'or qu'a faite le pauvre Euclion, mais pour son malheur, puisqu'elle sera comme la furie vengeresse qui le punit de sa dureté cruelle envers les siens et envers lui-même. D'abord, elle ne l'enrichit pas : car il n'ose toucher à ce trésor, que sa vigilance n'empêchera point de passer, ainsi que sa fille Phédra, en des mains étrangères. Depuis qu'il le couve des yeux, sa négligence paternelle a été si coupable qu'il va bientôt devenir grand-père, h. son insu, et du fait de Phédra, qui restera d'ailleurs dans la coulisse. Cependant, un riche voisin, d'âge mùr, Mégadore, est assez confiant pour lui demander la main de Phédra, dont le cœur est engagé dans d'autres liens. Euclion, qui s'imagine que le prétendant a flairé ses écus, commence par se défier de ces avances, et les repousse; mais, l'honnête Mégadore ne soufllant pas un mot de la dot, il cesse de refuser son consentement Alors, ce gendre généreux commande à ses frais un grand repas de noces, et remplit la maison d'Euclion d'une légion de cuisiniers enrôlés pour les apprêts de la fête. A cette vue redoublent les transes du malheureux. Parmi tant de fripons, comment sauver sa cachette? Le bois sacré de Sylvain est tout proche, et il y court : mais le cri d'un corbeau l'agite de noirs pressentiments; il émigré donc vers le temple de la Bonne-Foi. Vainc précaution! car un coquin d'esclave, qui le guettait, (lêniclie et dérobe la marmite. Aussi quel désespoir! On en juge j)ar ses cris dont l'explosion est un chef-d'œuvre de pathétique plaisant : sa colère est de la rage, sa douleur de la démence.

1. L'Aululaire fut cotnpos(5o post(<riciiromcnt à l'an 195, tlato do la loi Oppia, à laquelle il est évidoniinent fait des allusions. Le sujet dut tStre emprunté A une pic-co do la nouvelle coniëdio ; mais il fut farci do diUails do moeurs ou do coutumes tout romains, selon la recette ordinaire et magistrale de Plant*.

Il s'en prend aux dieux et aux hommes ; il ferait pendre amis et ennemis, puis lui-même après eux.

Pour comble d'infortune, voici que, dans le paroxysme de sa fureur, survient tout à coup le jeune indiscret Lyconide dont les galanteries, favorisées par la licence de la fête des Thesmophories, ont si gravement compromis l'honneur de sa fille Phédra. 11 est justement le neveu du vert-galant Mégadore. Après avoir tout avoué à son oncle qui lui a tout pardonné, il se présente devant Euclion pour confesser sa faute, et la réparer, c'est-à-dire pour demander la main de celle qui va le rendre père. Mais, aux premiers mots de son aveu et de sa prière, Euclion, qui est sous le coup d'une idée fixe, ne peut se douter qu'il y ait eu un autre rapt que celui de son trésor. De là le mémorable quiproquo dont Molière a tiré si bon parti. Le dénoûment, chacun le connaît : le vrai voleur, c'est l'esclave du séducteur de Phédra. Aussi, tout s'arrange. Une fois sa marmite rendue, l'Avare se métamorphose même en un père de famille affectueux et libéral, qui ne s'oppose point au bonheur des deux amants : car il les marie, et les dote de son trésor. Telle est du moins la conversion annoncée par un prologue de Plante, et fidèlement accomplie par son continuateur, Urceus Codrus, ce latiniste Bolonais qui, au xv^ siècle, osa compléter une œuvre mutilée par le temps '.

Cette conclusion suffirait à nous avertir de la différence qui sépare les deux pièces. Sans doute Molière doit à Plante plus d'un incident ingénieux, plus d'un détail plaisant ^ Mais il y a entre eux la distance qui existe entre la comédie de situations et la comédie de caractères. Dans VAululaire, ce n'est pas le vice d'Euclion qui produit les péripéties du drame; car cet indigent qui a trouvé de l'or est victime d'une sorte de fatalité : il subit la vengeance du Dieu Lare qui a voulu châtier en lui l'oubli de ses devoirs religieux. Sa parcimonie a d'ailleurs son

1. Quelques vers isolés conservés par Nonius autorisent, après tout, la fantaisie de ce dénoûment, dont se mêle le dieu Lare qui a voulu récompenser Phédra de sa dévotion, et punir Euclion de sa négligence religieuse. Ceci est bien romain. Voir l'édition de M. E. Benoist (Hachette).

Page 1