On pourra comparer les scènes suivantes
Av. : 1, 3; Aul. : I, 1, IV, 4(la servante chassée); — Av. : I, 7; Aul. : II, 2(le8 allées et venues d'Harpagon veillant sur sa cassette) ; — Av. : IV, 7 ; Aul. : IV, 9 (le monologue do l'avare); — Av. : V, 3; Aul. : IV, 10 (le quiproquo).
L'AVAHE. 469
excuse dans une longue habitude de la pauvreté. Mis par le hasard en possession d'une grosse somme dont il ne sait que l'aire, il est plutôt soucieux que ladre; ou, s'il le d*>vient, c'est moins par tempérament que par la faute do cette aubaine inattendue qui l'cblouit, l'embarrasse, le trouble, lallole, et finit par détruire l'équilibre de sa raison. Il ressemble bien moins à Harpagon qu'au Savetier de La Fontaine, dont la gaité, l'appétit et le sommeil ont disparu
Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.
Non, sa monomanie soudaine n'a pas de racines : l'efTet peut cesser avec la cause. Il en sera de lui comme du Vultéius Menas d'Horace qwi recouvre la santé du corps et de l'esprit dès qu'il a renoncé à ses arpents de terre, ainsi que sire Grégoire à ses cent écus. Voilà pounjuoi M. Naudet — se souvenant sans doute de la spirituelle saillie de ce bachelier du Gil Btus qui montre dans le vent le personnage principal d'Iphigt'nic en Aulide — dit avec justesse que, dans t'Atttul'iiie, la Marmite est le personnage, et fait à elle seule l'unité de l'action. On doit même convenir que la guérison d'Euclion n'a rien d'invraisemblable, lorsque, pour se délivrer de ses transes, il donne tout à coup cet or qui l'ut son génie malfaisant. Aussi Plante n'a-t-il pas inlilulésa pièce Avarus, comme il avait appelé d'autres comédies Pscutiolus, Miles gloi'iosus. € Si les Grecs, dit M. E. Benoisl, avaient pu entrevoir ce que doit être la comédie de caractères, les Romains n'y pensaient pas. Cette conception abstraite n'aurait pas été comprise de ses contemporains. » Donc, s'il faut admirer chez Fiante la verve du dialogue, ne lui demandons point une profondeur d'observation qui est la gloire de Nfoliére. Surtout, ne voyons pas des emprunts habilement déguisés dans l'émulation d'un génie qui, même en imitant, reste créateur; car, tout ce qu'il touche, il le rend sien, et c'est encore la nature qu'il étudie dans les livres. Ce tjui était bon devitMil alors excellent; ce qui était obsc^ir brille désormais en pleine lumière. Sa copie honore l'original, ou le fait oublier; et son théâtre mérite ainsi d'être à son tour une source commune on les maîtres de la scène ne cesseront pas de puiser l'inspiration.
Nous ne pouvons passer sous silence, vu le bruit qu'elles ont fait, depuis Voltaire, deux imitations anglaises. The Miser (l'Avare) est le titre de l'une d'elles, œuvre de Shadwell, qui fut jouée à Covent-Garden en 1671, et imprimée en 1672, avec une préface, dont l'impertinence émut la bile de Voltaire. L'œuvn! parut donc du vivant même de Molière. L'auteur osait dire que nos meilleures pièces maniées par les pires écrivains de son pays y gagnent beaucoup. C'était une insolence ajoutée à une platitude. Mais, en 1732, Fielding fit jouer à Drury- Lanc, sous le même titre {The Miser), une seconde imitation, respectueuse et adroite, qui eut un grand succès, el doit nous faire oublier le Shadwell et son piiffisme. 11 déclarait d'ailleurs, dans son prologue : « Le poète est sauvé, s'il laisse Molière sain et saut ».