NOUV. TECH
HYGIÈNE
position normale par simple mélange; l’enlèvement mécanique des dépôts et la seule dilution par le courant des substances dissoutes suffiraient, à la rigueur, pour faire disparaître cette altération. Mais, lorsque les eaux affluentes contiennent des matières organiques, animales ou végétales, lorsqu’en même temps la vitesse est peu considérable, comme en Seine, le fleuve devient lui-même le siège de décompositions multiples qui altèrent ses eaux de manière à compromettre, la salubrité publique.
Les matières organiques se transforment, en effet, dans le fleuve même, en acide carbonique, eau, carbures d’hydrogène, ammoniaque, acide sulfhydrique et substances minérales diverses. Cette transformation implique toujours une absorption d’oxygène emprunté aux gaz dissous dans l’eau et d’une production de corps minéraux azotés. Tant que les matières organiques azotées sont abondantes, l’eau est absolument viciée, susceptible de fermentation, impropre à un usage quelconque, fût-ce même à l’arrosage des voies publiques. Lorsque la fermentation est achevée, lorsque les matières organiques sont toutes passées à l’état de matières minérales, inoffensives par elles-mêmes, les eaux présentent à la fois une diminution dans l’oxygène dissous et une disparition des matières organiques azotées, remplacées par des matières minérales azotées, par l’ammoniaque. Les eaux deviennent alors propres à la plupart des usages courants; elles peuvent rester quelque temps pauvres en oxygène, mais l’absence d’oxygène est une conséquence et non un caractère parallèle à la fermentation; une simple action mécanique, telle que le mouvement dû au courant ou aux chutes des barrages, peut ramener progressivement les eaux à leur état normal et les rendre enfin réellement potables.
Les dosages ont, en effet, démontré que l’eau est profondément altérée par des matières organiques fermentescibles dans toute la largeur de Clichy à Saint- Ouen, tout le long de l’île Saint-Denis, comme entre Bezons et Marlv; que, dans ce dernier parcours, elle est encore chargée de matières azotées minérales; qu’en outre, cette eau, dépouillée progressivement de son oxygène jusqu’à l’extrémité de l’île Saint-Denis, conserve une aération absolument insuffisante jusqu’à Marly et au delà, et n’arrive à une bonne qualité que vers Meulan.
En somme, entre Clichy et l’extrémité de l’île Saint-Denis, en amont d’Argenteuil, l’eau de Seine, dans le bras qui reçoit les collecteurs, est absolument impropre à un usage domestique quelconque ; elle renferme des éléments fermentescibles prêts à entrer en décomposition et à répandre l’infection; l’oxygène dissous a presque totalement disparu. Entre Argenteuil et Marly, sur le bras gauche, l’eau devient moins impure, et, au point de vue chimique, elle est susceptible de se prêter à une grande partie des usages courants auxquels peuvent la ‘consacrer les riverains '; sans être impropre à l’alimentation, elle a encore une aération suffisante et est chargée d’une assez forte proportion de substances minérales azotées. Au-delà de Marly, l’amélioration est progressive.
Les gaz dégagés présentent une proportion pour 100 de ; hydrogène protocarboné, 72,88; acide carbonique, 12,30; oxyde de carbone, 2,34; acide sulfhydrique, 6,70; divers, 4,38.
Comme on le voit, le gaz est constitué en majeure partie par l’hydrogène protocarboné (gaz des marais).
Outre les éléments asphyxiants (hydrogène carboné, acide carbonique), il renferme des éléments toxiques (oxyde de carbone et acide sülfhydriqüe). Cependant la majorité de la commission n’a pas cru que ces gaz dussent être véritablement nuisibles, dilués qu’ils sont immédiatement dans une masse d’air considérable. De fait, rien n’est venu démontrer leur action nocive. (Alf. Düraiid-Claye.)
Épuration. — Les systèmes proposés pour remédier à cet état de Choses ont été nombreux i
INFLUENCE DES QUALITES DE L’AIR ET DU SOL
En premier Heu se présentait le draguage. Les collecteurs versent en Seine, par an, 150,000 tonnes de matières solides, soit un volume vaseux de 200,000 à 300,000 mèt. cubes. Les parties les plus lourdes forment les bancs qui émergent périodiquement et que le service de la navigation enlève chaque année dans une proportion moyenne de 66,000 mèt. par an. Ces opérations exécutées sur les saillies des bancs d’atterrissemenl , appliquées, comme on le voit, à des cubes inférieurs à l’apport annuel des collecteurs, ne peuvent éviter le comblement des bas-fonds et l’encrassement progressif du lit du fleuve, comme le prouvent l’extension et l’accroissement annuel des phénomènes de fermentation dans les profondeurs mêmes du courant, pollué à la surface par les matières fermentescibles dissoutes. Le draguage n’est donc qu’un palliatif insuffisant.
Quant aux projets de prolongement des collecteurs jusqu’au confluent de l’Oise ou jusqu’à la mer, ils ne font que reculer la difficulté. La dilution des eaux d’égout par un apport plus considérable d’eau pure dans les collecteurs ne ferait qu’étendre l’infection sur un espace plus considérable. Nous n’avons d’ailleurs aucun motif de nous y arrêter.
Les autres modes d’épuration des eaux charriées par les collecteurs ont été étudiés par M. Schlœsing dans le rapport remarquable annexé à l’enquête.
Suivant M. Schlœsing, les matières qui souillent les eaux d’égout se divisent en matières insolubles ou solides (organiques ou minérales), et matières solubles et dissoutes (organiques ou minérales).
En général, la nature et les proportions de ces matières sont très-variables : elles dépendent des genres d’industries et des habitudes des populations, de l’organisation des services de la voirie, du mode de vidange adopté, de la quantité d’eau distribuée dans les maisons et sur la voie publique.
A Paris, voici le débit annuel et la composition moyenne des eaux des deux grands collecteurs de Clichy et de Saint-Denis :