II. — Collecteur de Saint-Denis
Débit en vingt-quatre heures : 43,200 mètres cubes; j minérales j lk,378
Matières j
organiques j déduit, 1 ,378
| azote
Total.
HYGIENE
Ces éléments divers ne sont pas également insalubres.
La constitution minérale de la Seine (qui ne reçoit des égouts aucune des substances vénéneuses provenant des résidus industriels que ces conduits charrient dans d’autres localités) n’est pas, dit M. Schlœsing, sensiblement modifiée par les apports des collecteurs. L’ammoniaque augmente, du pont de Bièvres à Saint-Denis, dans la proportion de 0mmg, 06 par litre à lmme, 5. Mais cet alcali, même à cette dose, n’est point insalubre par lui-même ; s’il faut le redouter, c’est à cause de ses relations avec les matières organiques qui l’ont engendré et dont il accuse la présence.
Les matières minérales insolubles proviennent presque en totalité de l’usure des chaussées, ne sont pas insalubres et ne doivent préoccuper qu’au point de vue des frais de draguage.
C’est exclusivement dans les matières organiques insolubles et solubles que résident les causes d’infection. La décomposition de ces substances, quand la vie a cessé en elles, est une combustion dans laquelle l’atmosphère leur restitue l’oxygène qu’elles avaient émis pendant la période de la synthèse organisatrice. Cette combustion est compliquée par l’apparition d’une foule d’organismes végétaux ou animaux qui l’accélèrent et y concourent dans des conditions encore mal déterminées. Mais elle se produit, en somme, suivant deux modes différents : 1° la combustion avec excès d'air , rapide, complète, inoffensive; et 2° la combustion où l'air fait défaut, combustion lente, imparfaite, insoluble.
Par exemple, une matière organique est divisée dans une masse minérale, poreuse, humide, où l’air se renouvelle sans peine : l’oxygène atmosphérique entre alors directement en fonction et les phénomènes sont de l’ordre de ceux de la combustion simple complète. L’azote lui-même est oxydé au moment où il sort de combinaison, et converti en acide nitrique. La série des réactions n’est, à aucun moment, insalubre. Il n’en est pas ainsi quand l’accès de l’oxygène est nul ou insuffisant : les phénomènes de combustion lente sont remplacés par ceux de la putréfaction et les produits qui en résultent sont éminemment insalubres; à défaut d’oxygène gazeux, libre, la matière organique prend de l’oxygène déjà combiné dans l’eau, dans les sulfates, dans les nitrates; elle extrait l’oxygène de ces combinaisons et s’en empare, mais non sans résistance; aussi ne trouve-t-elle pas ainsi tout l’oxygène qu’il lui faudrait pour être brûlée complètement. Sa combustion est donc imparfaite : elle exhale de l’hydrogène, de l’hydrogène carboné, de l’hydrogène sulfuré, de l’oxyde de carbone, gaz destinés à une combustion ultérieure sous l’action des forces naturelles. L’azote devient libre en partie ; le reste se combine à de l’hydrogène et forme de l’ammoniaque.
Les eaux d’égout nous offrent des exemples très-nets des deux sortes de combustion. Sont-elles emmagasinées et au repos dans des réservoirs, ou bien versées dans un milieu peu oxygéné, comme l’eau d’un fleuve, elles deviennent le siège d’une putréfaction intense ; au contraire, répandues à la surface du sol, pour se répartir ensuite dans son intérieur et y entrer en contact intime avec l’air, alors la combustion est simple, directe et absolument inoffensive. Dans une foule de cas, la combustion lente et la putréfaction sont simultanées et superposent leurs effets : quand, par exemple, des matières organiques sont entassées, l’air baigne et brûle l’extérieur du tas, pendant que l’intérieur est envahi par la putréfaction. Souvent aussi elles sont consécutives : ainsi, un cadavre enfoui est d’abord entièrement livré à la putréfaction, puis les produits solubles diffusés dans la terre y brûlent au contact du gaz oxygène. C’est pour faciliter cette deuxième phase de la décomposition, remarque incidemment M. Schlœsing, qu’il faut placer les cimetières dans des sols poreux et
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élevés, de manière que les produits liquides soient brûlés avant de pouvoir atteindre la nappe d’eau souterraine.
L’insalubrité de la matière organique atteint son maximum, lorsqu’elle est organisée et vivante (microzoaire, microzymas, microphytes, etc.). Le danger est moindre quand elle n’est pas organisée; cependant il ne faut pas perdre de vue qu’elle est alors dans la période de décomposition, qu’il lui faut de l’oxygène; qu’après avoir quitté celui qu’elle trouve dans l’air, elle se putréfie, si on ne le renouvelle pas. Les germes partout disséminés s’y développent, soit aux dépens de la matière organique, soit aux dépens des éléments de la décomposition, et la matière morte est redevenue vivante et insalubre au premier chef. Rien ne prouve d’ailleurs que cette transformation soit nécessaire pour que l’eau soit malfaisante : l’existence de ferments solubles à côté de ferments figurés autorise à penser que l’organisme humain peut être atteint par des matières simplement solubles, aussi bien que par des microzoaires et des microphytes.
Ainsi la matière organique peut être insalubre directement, surtout si elle est organisée, ou indirectement, en consommant l’oxygène de l’eau et en servant d’aliment à des êtres organisés. Et plus la matière organique soluble est avide d’oxygène, plus on doit la redouter. La rapidité avec laquelle elle absorbe l’oxygène dissous dans l’eau est le signe et même souvent la mesure de son insalubrité.
On a été contraint, en Angleterre, de chercher à quelles doses les matières organiques étaient dangereuses dans les eaux. La commission d’enquête parlementaire de 1868 propose de fixer la proportion-limite de carbone à 2 pour 100,000 parties d’eau, et celle de l’azote organique à 0,3.
Les procédés d'épuration proposés jusqu’à ce jour ont été classés par M. Schlœsing en quatre catégories :
1° Épuration par simple filtration à travers des substances minérales poreuses ;
2° Épuration par des procédés chimiques ayant pour effet de précipiter les impuretés;
3° Épuration par le sol ;
4° Épuration par un procédé chimique employé concurremment avec l’épuration par le sol.
Le premier mode d’épuration n’a d’autre effet que de retenir les matières en suspension; il est insuffisant, puisqu’il laisse dans les eaux filtrées les éléments solubles.
Les procédés chimiques reviennent tous à introduire dans les eaux d’égout une ou plusieurs substances ayant la propriété d’accélérer la précipitation des matières en suspension et d’y englober autant que possible les matières organiques solubles. Un grand nombre de substances ont été recommandées : la chaux, les sels d’alumine, l’argile, divers charbons, les dissolutions acides de phosphates naturels , des sels de magnésie, le chlorure et le sulfate de fer... Parmi elles , l’argile et surtout le charbon paraissent les plus propres à entraîner les matières solubles : tout le monde sait que le charbon désinfecte , qu’il absorbe les matières colorantes, extractives, etc. ; mais, dit M. Schlœsing, lors même qu’on étendrait cette propriété à toutes ces matières solubles, l’emploi du charbon ne serait pas moins rendu impossible, en pratique, par Pénorme quantité qu’il en faudrait pour purifier la masse des eaux d’égout de Paris. Quant aux produits chimiques proprement dits , ils peuvent être d’excellents clarificateurs , mais ils n’exercent sur les matières solubles qu’une action trèslimitée : celles-ci demeurent dissoutes ; les eaux traitées restent trop riches en matières putrescibles et ne peuvent être admises dans lesf rivières. Telle est la
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conclusion générale des épreuves auxquelles les procédés chimiques ont été soumis en Angleterre.
En outre , on renonce absolument par l’emploi de ces procédés à utiliser les principes fertilisants , tels que la potasse et l’ammoniaque dissoutes dans les eaux d’égout.
Le sol est l’épurateur le plus parfait des eaux chargées de matières organiques ; et nul ne l’a mieux démontré queM. Schlœsing.
Cette propriété épurative est enseignée , dit-il , par les faits naturels. Les eaux limpides des sources ont été purifiées par leur trajet dans l’intérieur du sol. Les irrigations à l’eau d’égout faites en Angleterre et l’expérimentation scientifique ont confirmé cette propriété.
Quand des eaux fangeuses sont versées sur un sol meuble , les matières insolubles sont arrêtées, pour la plupart, par un premier filtrage mécanique. Plus avant, le sol s’imbibe de l’eau filtrée ; chaque particule de terre s’enveloppe d’une couche liquide extrêmement mince; et l’air confiné dans le sol brûle la matière organique dissoute et la transforme en acide carbonique , eau, azote , et même acide nitrique, quand la combustion plus difficile de l’azote a pu s’opérer. Les matières insolubles retenues par le filtrage n’échappent pas davantage à la combustion lente, surtout quand un labour les a incorporées dans le sol. Tout ce qui en reste est un sable extrêmement fin, qui comptera désormais parmi les éléments minéraux de la terre.
Il y a, en outre, dans les résidus d’oxydation des matières végétales qui constituent Y humus ou terreau , dont aucune terre n'est dépouvue , une vertu propre dont l’effet est d’exciter la combustion de certaines substances, notamment de l’ammoniaque (Boussingault), vertu liée sans doute avec celle de l’absorption des matières solubles que la terre végétale fixe sur ses particules dans une certaine mesure (Huntable, Thompson, Way). On explique ainsi que les sols argileux , généralement riches en terreau , parce que l’argile conserve la matière humique, épurent mieux que les sols sableux; mais l’air, agent indispensable de la combustion, s’y renouvelle plus lentement. Les sols sableux sont plus pauvres , mais la circulation de l’air y atteint sa plus grande activité.
Rien n’autorise à croire que les plantes absorbent une partie des impuretés organiques des eaux , qui sont généralement très-peu diffusibles à travers ces membranes végétales. Les plantes concourent à l’épuration en évacuant par l’évaporation une partie de l’eau versée sur le sol , en augmentant de leurs débris la provision des terreaux qu’il contient , enfin en déchargeant les eaux épurées d’une partie de leur ammoniaque et de leur acide nitrique qu’elles utilisent.
Il y a donc des dépendances évidentes entre les mouvements de l’eau (irrigation , filtration, évacuation) et les mouvements de l’air consistant en échanges renouvelés entre le sol et l’atmosphère. On prend le sol tel qu’il est, mais, outre qu’on est maître de régler la quantité des eaux dont on lui confie l’épuration , on peut l’ameublir, le drainer, et activer par là même les mouvements de l’air.
La réglementation de la distribution de l’eau est basée avant tout sur ce fait que sa progression dans le sol s’opère par déplacement. Le maximum de la distribution d’eau à Gennevilliers est de 30 litres tous les deux jours pour 1 mètre superficiel. Plus les arrosages sont fréquents, et, par suite, faits sous de petites doses, mieux s’opère la descente régulière de l’eau par déplacement dans tout l’intérieur des filtres.
Il faut aussi assurer par le drainage l’évaporation de l’eau , quand le terrain trop compacte, reposant sur des sous-sols peu perméables, comme il y en a beaucoup en Angleterre, lui livre difficilement passage, ou bien encore lorsque, sous
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un sol filtrant bien, existe un sous-sol imperméable qui arrête l’eau et en favorise l’accumulation sous forme de nappe souterraine dont l’irrigation accroît peu à peu l’épaisseur.
Utilisation. Nous n’avons pas à nous étendre sur l’utilisation des eaux/Tégout, qui intéresse plus l’agriculture que l’hygiène.
A Paris, les expériences de Gennevilliers nous semblent suffisamment probantes, en ce qui .concerne l’irrigation. Les résultats agricoles, dit M. Alfred Durand-Claye ( Rapport la à la Société des agriculteurs de France, 20 février 1877), ont continué à être satisfaisants. A mesure que les irrigations avancent dans la plaine de Gennevilliers , une transformation radicale s’opère dans les usages de la culture; les céréales disparaissent, elles sont remplacées par les légumes, les prairies artificielles, les plantes industrielles, les racines. Les rendements à l’hectare ont atteint des chiffres élevés. Le prix de location de l’hectare est resté de 90 à 120 francs dans les parties non irriguées ; il atteint 300 à 500 francs dans les parties irriguées.
Il y aurait donc lieu d’étendre l’application du système. Toutefois il faut bien distinguer, avec M. Schlœsing, l’épuration des eaux d'égout de leur utilisation agricole. Car, si 2,000 hectares de terrain peuvent suffire pour épurer 100,000,000 de mètres cubes d’eau, à raison de 50,000 mètres cubes à l’hectare, il faudrait 40 à 60,000 hectares de terrain pour utiliser complètement les propriétés fertilisantes de ces eaux, puisque ces 100,000,000 de mètres cubes contiennent déjà 5,400,000 kilogrammes d’azote qui représentent 1,200,000 de kilogrammes de fumier.
Inversement, l’épuration exige un drainage énergique, parce qu’on amène alors un grand volume d’eau sur une surface restreinte ; au contraire , l’utilisation exigeant de grandes surfaces rend le drainage inutile.
L’utilisation est possible pour de petites villes. Quand une cité compte de 10 à 20,000 habitants, et produit 1 à 2,000,000 de mètres cubes d’eau d’égout, 100 à 200 hectares lui suffisent. Qu’on double , qu’on quadruple le nombre des habitants, il devient déjà bien difficile de trouver 400 à 800 hectares; et, quand la ville a de 1 à 2,000,000 d’habitants , la difficulté prend de telles proportions qu’on renonce à les vaincre.
Avant tout , il faut épurer ; le projet d’irrigation des terrains situés au nordouest de la forêt de Saint-Germain , qui comprennent 6,654 hectares, suffirait à l’épuration; mais ce n’est qu’une étape de la question : pour utiliser les eaux , il faut que les communes riveraines des canaux d’irrigation arrivent à les détourner peu à peu dans leurs champs et que les propriétaires les utilisent à leurs frais : c’est de cette manière seulement qu’on trouvera les 60,000 hectares nécessaires à l’utilisation agricole.
A Reims, la question s’est présentée sous une autre face.
Les eaux largement contaminées de cette ville se rendent à la rivière la Yesle et y versent d’une manière plus ou moins directe 30,000 mèt. cubes d’eau par jour, soit 11,000,000 de mètres cubes par an. Les environs de la ville présentent en quelques points des conditions favorables à l’épuration par le sol , ou même à l’utilisation agricole ; mais ces conditions ne sont pas générales et il a fallu chercher un procédé plus pratique et moins onéreux. On a eu recours à la clarification chimique qui s’offre à Reims dans des conditions excellentes et même exceptionnelles, bien qu’on puisse les rencontrer ailleurs.
Ces conditions sont , d’une part , l’importance médiocre de la Yesle pour les besoins alimentaires de la population, ce qui permet d’y veyser des eaux d’égout simplement clarifiées; d’autre part, l’abondance sur les lieux mêmes des matières premières destinées à la clarification.
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Il existe, en effet, dans le département de la Marne, et à peu de distance de Reims , des couches considérables d’argiles sableuses , mélangées de pyrites de fer et contenant des veinules ou rognons de lignite. Ces argiles, exposées à l’air, s’imprègnent d’oxygène; une combustion spontanée s’y établit, et leurs matières organiques brûlent en dégageant une chaleur qu’il faut quelquefois modérer. Le soufre des pyrites brûle, à son tour, sous l’influence de cette chaleur et se transforme en acide sulfurique , dont une partie demeure à l’état de sulfate de fer, tandis que le reste attaque l’argile pour former du sulfate d’alumine. Le produit définitif de cette combustion est une marne terreuse connue dans le pays sous le nom de cendres noires ou terres noires , composées de sulfate de fer, de sulfate d’alumine, de charbon provenant du lignite incomplètement grillé et d’un résidu argilo-siliceux mélangé de pyrites qui ont échappé à la combustion.
Ces matières, auxquelles on ajoute, depuis quelque temps, un lait de chaux, sont ainsi composées d’éléments dont le pouvoir clarificateur est bien connu et depuis longtemps utilisé.
La clarification, à Reims, a paru à la commission ministérielle nommée pour constater les résultats , aussi complète que possible : l’eau clarifiée n’a pas de saveur!
A ces réactifs , on ajoutait aussi du phosphate de chaux dissous dans l’acide chlorhydrique, coûteuse innovation dont le but était de provoquer, en même temps que celle de l’alumine et de l’oxyde de fer, la précipitation d’un phosphate basique , qui , en se mêlant aux boues des bassins , eût élevé la valeur agricole du résidu. Le mélange étant incertain , l’on a, depuis, jugé plus sûr de mêler directement aux boues sèches des phosphates pulvérisés que l’on trouve dans le commerce.
Nous n’avons pas à nous prononcer sur la valeur agricole de ces boues brutes ou ainsi mélangées, non plus que sur les avantages économiques du procédé. Il nous suffit ici d’en établir la valeur hygiénique. Or, les conclusions de la commission sont que « la clarification chimique par les procédés de MM. Houzeau, Devédeix et Holden donne à Reims des résultats aussi satisfaisants que possible. La commission a constaté que des caractères d’imprimerie pouvaient être lus sous une épaisseur considérable de l’eau clarifiée devant elte ».
Quoique les dépenses nécessitées par l’application de ce procédé ne sortent pas, à Reims, des limites acceptables, cette application par d’autres villes est évidemment subordonnée à la facilité avec laquelle on s’y procurera les matières premières et au mode d’utilisation réservé aux cours d’eau dans lesquels se déverse l’eau d’égout clarifiée, mais non épurée.
En Angleterre, — si nous en croyons le rapport cité plus haut de M. Durand- Claye, — les grandes villes continuent à déverser dans les cours d’eau leurs eaux d’égout, leur sewage, en l’éloignant autant que possible des centres d’habitation. C’est ainsi qu’à Londres, 400,000 mètres cubes d’eau infecte continuent à tomber dans la Tamise à Barking et à Crossness; aucune suite n’a été donnée aux projets et aux travaux de la Metropolis sewage and Essex réclamation Company, qui devait conduire les eaux d’égout jusqu’à la mer du Nord en pratiquant en route l’irrigation.
Les villes d’importance moyenne , pressées , la plupart du temps , par les protestations des riverains, poursuivent, au contraire, avec succès l’assainissement de leurs cours d’eau. D’après une statistique dressée en 1876 par ordre de la Chambre des Lords, sur quatre cent soixante-deux villes de plus de cinq mille habitants, trois cent quarante-une continuent à jeter leurs eaux d’égout dans les rivières, cent vingt-une les soumettent à un traitement régulier; soixantequatre ont adopté , comme moyen d’épuration , l’irrigation (soit vingt de plus
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que dans la statistique dressée en 1873 par ordre de la Chambre des Communes); dix-huit emploient les procédés chimiques (il y en avait trente en 1873) ; trenteneuf en sont encore à de simples procédés de filtration mécanique (soit quinze de moins qu’en 1873). L’épuration par le sol est considérée partout comme supérieure et suffisante; mais l’utilisation agricole n’a nulle part couvert les frais d’établissement.
En Allemagne, la municipalité de Berlin a adopté l’irrigation, laquelle devra s’étendre sur deux domaines de 1,560 hectares. A Dantzig, 800 hectares de dunes maritimes ont dû être soumis à l’irrigation ; et l’Association allemande de salubrité publique, réunie à Dusseldorf en 1876, a vivement recommandé ce moyen de préférence aux autres.
A Bruxelles, 4,000 hectares ont été affectés à l’irrigation. V Italie a devancé les autres contrées dans l’application du procédé. Zurich vient d’y affecter 100 hectares de prairies situés aux portes de la ville.
En Autriche-Hongrie, en Espagne, dans les États-Unis, la question est encore à l’étude.
Salubrité des terrains irrigués. — Les enquêtes faites en France et en Angleterre nous ont laissé convaincu de l’innocuité des irrigations pratiquées au moyen des eaux d’égout.
La section de chimie du congrès de Bradford en 1874, étudiant la question dans une enquête minutieuse, concluait que l’on n’a rien à redouter pour la santé des personnes vivant dans le voisinage des fermes ainsi irriguées , alors même que le procédé d’irrigation est des plus défectueux ; rien ne prouve que les légumes de cette provenance soient inférieurs à ceux qui sont récoltés dans d’autres conditions; au contraire, il est de toute évidence que ces légumes conviennent parfaitement à l’alimentation de l’homme et des animaux; et le lait des vaches nourries dans ces pâturages est parfait sous tous les rapports; par exemple, l’usage de ce lait dans un quartier déterminé (Merthyr-Tydvil) non-seulement n’a pas accru la mortalité des enfants, mais semblerait* la diminuer, puisque, de 48 à 52 p. 0/0 qui est la proportion généralement observée, elle tombe à 39 p. 0/0. Et bien loin de produire la diarrhée, l’usage des légumes de cette localité semblerait la prévenir, puisque cette maladie y est moins commune qu’en aucun autre lieu de l’Angleterre ou même du pays de Galles.
Le comité d’enquête concluait donc à la parfaite salubrité de ces produits alimentaires. Quant à la présomption de la propagation d’une épizootie par ce genre d’irrigation, tous les faits qu’on a pu recueillir, toutes les expériences qui ont été faites, démontrent que les eaux d’égout, telles que les emploie l’agriculture , n’ont pas d’autre influence que les produits de cette nature utilisés dans d’autres industries, ou sont même moins pernicieuses si, au lieu de faire paître les animaux dans les prairies ainsi irriguées, on leur porte le fourrage fauché d’avance.
Le point de (départ de l’émotion produite à ce propos en Angleterre fut l’explosion d’une épidémie de fièvre typhoïde dans un quartier de Londres où se vendait le lait de la ferme de Croydon , dont les vaches étaient nourries avec du fourrage des prairies ainsi irriguées. Comme toujours, on négligea de relever les faits d’innocuité qu’il eût été si facile de recueillir partout.
En France, à Gennevilliers , ce fut pis encore. On crut devoir attribuer aux irrigations l’apparition de la fièvre paludéenne dans leur voisinage. Des médecins , analysant l’air et l’eau , y retrouvaient le miasme paludéen sous des formes palpables. L’algue découverte par Salisbury dans les marais de l’Ohio s’est développée dans leurs vallons; l’épidémie, en réalité peu redoutable, leur
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a paru suivre les phases de l’irrigation et devait cesser, suivant eux, le jour où on la suspendrait.
La vérité est qu’on n’a pas pu déterminer au juste dans quelles proportions les fièvres paludéennes ont augmenté depuis l’établissement des irrigations , et qu’il semble établi qu’elles ont de tout temps été observées dans le pays.
Cependant, disions-nous à ce sujet ( Liberté du 30 janvier 1877), en dehors de toute statistique , le témoignage d’un ancien praticien d’une localité est toujours respectable ; car l’expérience , en pareil cas , parle plus haut que la statistique. Si donc les médecins de Gennevilliers et des environs croient que les fièvres ont augmenté, c’est qu’elles ont augmenté réellement, et le fait seul du pharmacien vendant une quantité de quinine double de celle qu’il vendait autrefois , sans que la population se soit sensiblement accrue , suffirait à l’établir.
On en a donné une explication satisfaisante. Au nord-ouest de la ville se trouvent des mares d’eau stagnantes et, en divers points, des fossés sont partiellement inondés dans des conditions qui en font des marais véritables. De plus, des carrières autrefois exploitées ne peuvent plus l’être; l’eao des puits n’est plus potable; beaucoup décavés sont remplies d’eau qui ne s’écoule pas complètement et dont le niveau varie. Il n’en faut assurément pas tant pour entretenir l’épidémie ou même pour la faire naître , si tant est qu’elle soit récente. Dans tous les cas, elle est bénigne, puisque l’on n’a pu relever, depuis 1873, que quatre-vingt-cinq observations de fièvre, la plupart du temps insignifiantes.
Il importe cependant de faire la part légitime des irrigations dans ces causes d’insalubrité. Il est bien avéré que la nappe d’eau souterraine s’est élevée depuis qu’elles sont établies; et, si le barrage de la Seine établi à Bezons et l’abondance des pluies expliquent en partie ces exhaussements, on ne saurait admettre que les irrigations n’y sont pas pour quelque chose. La ville est tenue à drainer le sol qu’elle arrose, ce qui a été négligé jusqu’ici, et à assurer l’écoulement de l’eau qu’elle y déverse. Cela fait, les habitants de Gennevilliers et des environs se débarrasseront sans doute de l’épidémie qui les atteint, et, point plus important, assainiront leurs puits et leurs sources d’eau potable, en étendant le drainage dans les parties de la commune qui n’est plus irriguée et dont l’assainissement leur incombe.
Une remarque rassurante, au point de vue de la salubrité du système, c’est que levillage des Grésillons, qui s’est formé et se développe rapidement au centre des irrigations , n’a pas présenté de cas de fièvre , et qu’aucun des employés du service municipal n’a été atteint. D’ailleurs, les eaux épurées n’ont aucune saveur mauvaise, l’analyse a établi leur salubrité; et même l’eau des parties inondées n’a pas les propriétés de l’eau d’égout.
En sera-t-il toujours ainsi? Cet .arrosage continu ne rendra-t-il pas le sol imperméable dans un avenir plus ou moins éloigné? Le rapport de M. Schlœsing répond que le sol brûle définitivement toutes les matières organiques qui lui sont confiées; et les débris de cette combustion n’assurent que mieux l’épuration ultérieure. La culture n’intervient ici que pour favoriser l’épuration ; elle peut chômer sans compromettre l’assainissement. Enfin, l’eau non épurée qui circule dans les rigoles à ciel ouvert n’a presque pas d’odeur et ne se putréfie que lorsqu’elle séjourne.
Il suffit donc, pour garantir la salubrité, d’assurer le drainage du sol dans les terrains arrosés, en même temps que l’on régularisera la quantité d’eau allouée aux cultivateurs , en la limitant au taux maximum de 50,000 mèt. cubes par hectare. 7
Cimetières (crémation). — Les cimetières peuvent-ils devenir une source
d’infection ?
INFLUENCE DES QUALITÉS DE L’AIR ET DU SOL. 59
Incontestablement. Un cadavre inhumé n’est pas dans les conditions d’une combustion rapide ; il subit les phénomènes de la putréfaction. Les gaz qui s’en dégagent filtrent à travers le sol et se dégagent dans l’air ambiant. Ce dégagement est lent, il est vrai ; mais l’air n’en serait pas moins rapidement contaminé si l’agglomération des cadavres était plus grande ; et les chances d’infection sont relatives à la quantité qu’on en accumule dans un temps donné, à la nature du sol, à l’étendue de l’espace où on les enterre; c’est-à-dire, en définitive, aux chances de combustion plus ou moins complète auxquels ils sont soumis.
Les gaz dégagés sont : l’acide carbonique, l’oxyde de carbone, l’hydrogène carboné, l’hydrogène phosphoré, le sulfhydrate d’ammoniaque, etc. Ces gaz se trouvent dans les caveaux de famille en plus grande quantité que dans l’atmosphère des cimetières ; mais ils existent également dans celle-ci. Le plus commun est l’acide carbonique et la quantité. de ce gaz dans les tombeaux est d’autant plus considérable qu’on le recueille plus profondément. M. Pellieux attribue la présence de ce gaz dans les caveaux à trois causes : 1° les émanations du corps ou des corps contenus dans le cercueil; 2° l’acide libre de l’air des cimetières, qui, dans les temps froids, gagne les parties inférieures; 3° la construction des caveaux dans les lieux où auraient existé antérieurement des fosses communes et où la décomposition des terreaux se faisait tardivement.
Si les gaz vicient moins l’atmosphère en raison de leur diffusion, l’eau qui imprègne le sol et qui se charge au contact des cadavres des substances organiques vivantes ou non , mais éminemment nocives , peut devenir une source plus sérieuse de dangers , d’abord parce qu’elle se mêle aux cours d’eau , aux fontaines et aux puits du voisinage, ensuite parce qu’elle peut porter au loin l’infection.
Nul ne peut nier ces conséquences ; et ce n’est pas sans raison que les municipalités des grandes villes s’en sont préoccupées. Ici, les agglomérations des cadavres les rendent plus urgentes, bien que cette agglomération ne soit pas moindre dans les cimetières ruraux qui sont placés encore dans l’enceinte des villages et où l’espace est encore plus parcimonieusement mesuré aux morts.
En principe, le mal n’est pas absolument irrémédiable , puisqu’il ne s’agirait que d’agrandir suffisamment les cimetières et de les mettre hors de portée des lieux habités.
Mais, d’une part, leur agrandissement dans une mesure suffisante nécessite des dépenses hors de proportion avec les ressources des municipalités, et, d’autre part, leur éloignement est incompatible avec le culte des morts auquel les populations sont encore si fort attachées.
Le même reproche peut être adressé à une proposition de M. Delasiauve de favoriser les translations des cadavres, afin de répartir sur tout le territoire les cadavres agglomérés dans d’étroits espaces.
Toutefois, l’urgence qui a dicté ces propositions simplifie la question, et le culte des morts n’aura plus d’aliment le jour où il sera donné suite à l’une d’elles par la force des choses.
Ce sont surtout, en effet, des raisons de sentiment que l’on a fait valoir en faveur de l’inhumation et que l’on a opposées aux partisans de l’incinération des cadavres ou de la crémation, comme on l’appelle aujourd’hui. « Phosphate si l’on veut, mon phosphate m’est cher (1) » : c’est le dernier mot de ce plaidoyer.
(1) Fonssagrives, Hygiène des villes,
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Le système de la crémation passionne aujourd’hui l’opinion. Il n’est pas douteux pour nous qu’il ne soit un jour adopté, non pas qu’il nous paraisse le seul praticable, mais pa'rce qu’il fait partie de l’arsenal où les adversaires des vieilles traditions ont réuni des armes de toute nature.
On a bien dit aussi que l’inhumation facilitait les constatations juridiques; mais il est clair que, si la crémation oblige à l’autopsie et à l’analyse chimique médico-légalo préalables , elle aura introduit dans les mœurs un progrès désirable. Elle se défendrait donc plutôt au nom môme de la justice.
D’ailleurs, la question se simplifie du moment où les partisans se bornent à demander l’autorisation de l’appliquer sans prétendre en faire une obligation générale.
Les arguments en sa faveur qui ont eu le plus de succès sont les arguments utilitaires. On s’est préoccupé du tort que l'inhumation, telle qu’elle est pratiquée, cause à l’agriculture. Quand nous voyons, dit Moleschott, accumuler une abondance prodigieuse de ces phosphates dans un cimetière, où ils ne sont utiles qu’aux vers et à l’herbe, tandis que, sans peine et presque sans frais, on pourrait les ramener dans le cercle de la vie, qui crée toujours de nouveaux centres de matière et de force, pourquoi resterions-nous esclaves de la coutume des cimetières perpétuels, après avoir renoncé aux sacrifices sanglants et aux procès des sorciers? Qui donc voudrait , après la mort, rester encore maître de son phosphate de chaux, s’il réfléchissait qu’il peut être ainsi la cause que ses descendants mourront de faim? Il est bien plus raisonnable de laisser voyager le phosphate de chaux à travers les animaux. Il suffirait de déplacer les cimetières tous les six ou dix ans pour transformer les anciens en champs fertiles.
Thompson a présenté des arguments plus topiques. Puisqu’un corps enterré, noyé, enfermé dans une grotte, un caveau ou une tombe, doit nécessairement, au bout d’un temps plus ou moins long, faire retour à la vie végétale, il n’y a pas de raison de le laisser devenir la cause des accidents qui résultent de la prolongation du temps de sa transformation.
Sur les 3,254,260 individus qui formaient en 1871 la population de Londres, 80,430 moururent dans l’année. La quantité de résidu d’os et de cendre, qu’une combustion parfaite de tous ces cadavres aurait donnée, est, en poids, d’environ 206,820 livres. Ce résidu représente , en argent, une très-grande valeur; car il correspond à six ou sept fois son poids d’os desséchés. La quantité des autres matières solides qui auraient pu être transformées en éléments de nutrition gazeuse pour des plantes, si on eût calciné les corps, a été rendue inutile par suite de l’enfouissement, ou du moins, elle a été reculée de cent ans. Cette quantité est d’environ 5,554,000 livres, ayant une valeur immense.
La population totale de l’Angleterre, à la même époque, était de 31 ,783,700 habitants, ou dix fois la population de Londres. Én mullipliant par 10 les chiffres précédents, on aurait le produit utilisable chaque année pour toute l’Angleterre, produit qui est détourné pour longtemps de sa destination finale , par suite du mode d’inhumation aujourd’hui adopté.
La perte des produits nécessaires à la vie organique que fait chaque nation doit être compensée, si elle ne veut pas voir sa population s’éteindre. Cette compensation se fait en achetant des matières analogues aux autres contrées. La somme nécessaire à cet achat est, pour l’Angleterre, de 1 2,500,000 francs. En 1 872, la valeur des os importés dans la Grande-Bretagne , qui fureut presque tous employés comme engrais, a été de 18,828,376 francs.
De plus, on dépense, pour les funérailles de 80,000 individus, 20,000,000 de francs .
Il y a là plus d’un argument faible. D’abord, on dépensera davantage pour la crémation. Ensuite, tout ce qui est enfoui n’est pas perdu, puisque l’eau et
INFLUENCE DES QUALITES DE L’AIR ET DU SOL
l’air se chargent de répandre au loin les produits de la décomposition. Enfin, nos arrière-neveux hériteront de ces champs funèbres et récolteront ce que nous y avons semé.
Car, il faut bien que les défenseurs du culte des morts se le disent : les cimetières se déplacent à la longue; ce n’est qu’une affaire de temps, et, tout compte fait, les ossements qui résistent à l’usure du temps se confondent dans les ossuaires si quelque anthropologiste ne les a pas distingués. En se pénétrant bien de l’inanité de cette ambition de voir survivre le squelette dépouillé à la personnalité défunte, on tiendrait moins à son phosphate.
D’ailleurs, ajoutent leurs adversaires, la crémation est un système funéraire également traditionnel, qui sauvegarde la morale et la religion, autant que l’hygiène et l’économie publique; il permet de conserver les cendres des ancêtres dans une certaine mesure; enfin, pourrions-nous ajouter, le pauvre est désintéressé ou à peu près dans le débat, et le pauvre, c’est 1a. masse de la nation.
Nous croyons pouvoir passer sous silence l’historique de la question, les phases qu’elle a traversées, les discussions dont elle a été l’objet dans les congrès et les conseils municipaux ; nous résumerons notre opinion en peu de mots : la crémation ne choquera bientôt plus aucun sentiment; parmi les préjugés qu’elle a contre elle , la crainte d’être brûlé vif ou même mort entre pour une grande part; il y a d’autres moyens de sauvegarder l’hygiène, sans préjudice pour l’agriculture ; cependant il faut l’autoriser, et c'est le meilleur moyen qu’elle s’acclimate peu à peu dans notre esprit et nos habitudes.
Notre confrère et ami le Dr de Pietra-Santa, l’un des plus ardents soutiens de la cause, a exposé d’une manière complète dans son journal d’hygiène les différents procédés de crémation. Nous les rétrouverons en parcourant le matériel de l’hygiène à l’Exposition.
Le procédé qui réunit le plus de garanties de toutes sortes est celui de Thompson modifié par W. Siemens.
M. Siemens place le corps dans un cylindre de fonte qu’il fait rougir à blanc par un foyer extérieur, et qui ne renferme que le corps à incinérer. Les gaz provenant de la décomposition arrivent dans une chambre très-chaude, à travers un grand nombre d’interstices ménagés dans la disposition des briques du foyer. De cette façon ces gaz brûlent rapidement et sans fumer. L’expérience faite sur un corps du poids de 227 livres ne dure que 55 minutes et laisse 5 livres de cendres.
Nous aurions à relater également ici ce qui a été entrepris pour l’installation en diverses contrées des obitoires ou maisons mortuaires , aussi bien que les études faites pour la constatation des signes réels de la mort; mais ces détails se rapportent plutôt à la médecine légale qu’à l’hygiène, et les limites qui nous sont assignées nous les interdisent.
Hôpitaux. — La mortalité dans les hôpitaux se règle : 1° sur la force de résistance vitale des individus qui y sont admis ; 2° sur la nature des maladies qu’on y traite; 3° sur les conditions hygiéniques de l’hôpital.
Ne tenir compte que de cette dernière catégorie d’influence, c’est prendre par le petit côté une question complexe. Voilà la conclusion que nous tirons de tout ce qui a été dit et écrit sur ce sujet.
Beaucoup de détails relatifs aux dispositions architecturales des locaux dont il s’agit trouveront leur place dans d’autres parties de cette encyclopédie, et nous devons nous en tenir ici aux données générales.
A. Sous le premier point de vue, nous distinguerons : 1° les malades débilités par la misère et les maladies antérieures à leur admission; 1° les opérés; 3° les accouchées; 4° les enfants .
HYGIÈNE
Personne n’est tenté de contester que l’état relativement misérable des malades traités dans les hôpitaux ne contribue à accuser davantage le contraste signalé entre la mortalité en ville et la mortalité à l’hôpital. Cet état de santé antérieur met les malades des hôpitaux dans des conditions mauvaises, au point de vue de la résistance aux maladies et des chances de curabilité; ils présentent une proie sûre aux ferments morbides dont l’action s’ajoute à celle des consomptions épuisantes. Cependant le séjour à l’hôpital est, pour eux, en tous points désirable et l’Assistance ne peut songer à se départir de ce moyen d’action précieux et économique.
Pour les opérés, il n’en est pas de même. Tous les chirurgiens sont d’accord sur ce point que le traitement dans les hôpitaux leur est éminemment préjudiciable. Ils y trouvent, en effet, accumulés tous les ferments contagieux, auxquels ils présentent le milieu le plus favorable à leur développement : une plaie béante en suppuration ; et en même temps, tout concourt pour les infecter : chirurgiens, aides, infirmiers, instruments et objets de pansement leur apportent de tous côtés et incessamment le germe morbide; enfin la fièvre traumatique paraît exercer sur le développement des germes déposés une influence accélératrice, quelle qu’en soit la nature.
Le fait n’est pas douteux pour l 'infection purulente qui reconnaît pour causes : 1° la fièvre traumatique; 2° l’accès de l’air apportant des germes de putréfaction; 3° le séjour du pus modifié et le mélange des liquides étrangers au pus; 4° la misère physiologique (1).
Commç le ferment de l’infection purulente, le ferment de Y érysipèle nosocomial se transmet par contact. Celui-ci est plus capricieux dans ses apparitions , cependant l’air fui sert aussi de véhicule, et, différent en cela du précédent; l’air suffit à le transmettre en dehors de tout contact. Aussi les épidémies d’érysipèle sont-elles plus difficiles à localiser.
L’agglomération est la condition habituelle du développement de la pourriture d’hôpital, le fléau des ambulances militaires.
La conviction s’est faite également à l’égard des maternités. En réunissant toutes les maternités, dit M. Le Fort, — dont les belles études ont élucidé la plupart des questions d’hygiène nosocomiale, — en réunissant toutes les maternités, tous les hôpitaux où sont reçues les accouchées, tant en France que dans le reste de l’Europe, on arrive au résultat suivant : il meurt en moyenne une femme sur vingt-neuf dans les maternités et les hôpitaux ; en ville , il n’en meurt que une sur deux cent douze.
Suivant M. Husson, la mortalité des femmes accouchées a été à Paris ; pour l’Hôtel-Dieu, de 1802 à 1862, de 3,12 pour 100; pour la Maison d’Accouchement (1802 à 1862), de 4,75 pour 100; pour Saint-Louis (1808-1862), de 3,98 pour 100; pour Saint-Antoine (1811-1862), de 6,98 pour 100; pour la Clinique (1835-1862), de 4,56 pour 100; pour Lariboisière (1854-1862), de 7,86 pour 100.
On a observé des épidémies tellement meurtrières que près de la moitié des accouchées succombaient. Quelques hôpitaux ont été longtemps épargnés;en 1827, Saint-Louis, sur cent quarante-cinq accouchées n’a pas eu de décès. Lariboisière et la Clinique ont eu surtout de mauvaises périodes. En 1860, on a compté quatre cent trente-huit décès dans les deux services et cinq cent soixante-dix-sept en 1861. A la Maternité, en 1864, il y a eu un décès sur cinq cent trois accouchements.
La mortalité de la Maternité de Paris est plus élevée d’un tiers que celle de
(1) Bouchardat, Hygiène des hôpitaux, dans Revue scientifique , décembre 1*873-.
INFLUENCE DES QUALITÉS DE L’AIR ET DU SOL
toutes les maternités de l’Europe; en 1872, les proportions étaient égales. La mortalité la plus faible de Paris est celle de la Pitié.
Les conditions de développement de la fièvre puerpérale semblent analogues aux précédentes; le ferment accumulé dans les maternités trouve ici le milieu favorable d’une vaste plaie en suppuration et l’impulsion de la fièvre de lait quand elle existe. Tout porte à croire que l’infection se transmet surtout par contact. (Bouchardat.)
La mortalité des nouveau-nés dans les hôpitaux n’est pas moins effrayante.
L’an II de la République, dit M. Bouchardat, on en reçut deux mille six cent trente-sept; sur ce nombre deux mille quatre cent trente-cinq moururent. L’an III, on eut pour trois mille neuf cent trente-cinq admis, trois mille cent cinquante morts. L’an IV, deux mille cent vingt-deux admis, mille neuf cent huit morts. En 1837, il en mourut encore mille quatre cent cinquante-huit sur cinq mille quatre cent soixante-sept, soit un mort sur 3 3/4, tandis que les décès sur les enfants conservés par leur mère, mis en nourrice ou secourus par l’Administration, ont été de un sur quatorze; encore ces calculs portent-ils sur une durée de trois mois d’observation ; tandis que le séjour des premiers à l’hôpital n’était que de dix jours.
On a incriminé la débauche des parents diminuant pour les enfants les chances de viabilité. Cette cause, dit M. Bouchardat, n’a qu’une inlluence trèsfaible ou équivoque. Les véritables causes seraient : le refroidissement , qui, pendant la saison froide, détermine ces cas nombreux de sclérèmes et de bronchite capillaire si promptement mortels. En second lieu, Y alimentation insuffisante par insuffisance de nourrices, par défaut de ces soins tendres, minutieux, continuels, que réclame le nouveau-né, détermine l’affaiblissement progressif de l’inanition, les diarrhées incoercibles, l’ictère enfantile. En troisième lieu, Y agglomération d’un grand nombre d’enfants amène à sa suite, surtout avec l’insuffisance des nourrices, la propagation de Yoïdium albicans et des épidémies de muguet, si meurtrières quand elles s’attachent à des enfants parvenus à la dernière limite de l’affaiblissement.
La mortalité des enfants plus âgés est également considérable, mais elle décroît : en 1864, la mortalité des enfants assistés était de 9,17 pour 100; en 1867, elle était de 8,61; en 1868, de 788; en 1869, de 6,82. — Celle des enfants déposés à l’hôpital par leurs parents malades était : en 1864, de 3,31 pour 100; en 1867, elle était de 2,33; en 1868, de 2,32; en 1869, de 2,21.
A l’hôpital des enfants malades, où l’on admet des enfants de deux à cinq ans, la mortalité a toujours été très-considérable; dans la période de 1804 à 1814, elle a été de 1 sur 4 1/2. C’est encore aujourd’hui la plus forte de tous les hôpitaux. Pour la période de 1833 à 1864, elle a été de ! sur 3,46; pendant cette période, elle était à Sainte-Eugénie de 1 sur 6,2.
Cette mortalité résulterait, suivant M. Bouchardat, de coque les enfants, débilités par une maladie même légère, subissent l’influence des miasmes nosocomiaux pendant leur convalescence. Les maladies qui les déciment alors sont : la variole, la rougeole, la scarlatine, la coqueluche, le croup, qui sont, pour ainsi dire, spéciales à l’enfance, et contre lesquelles ces autres malades sont garantis, en général, par une première atteinte. Et la débilité du sujet fait que ces maladies deviennent plus meurtrières dans les hôpitaux qu’elles ne le sont en ville.
B. M. Bouchardat distingue aussi, dans le travail que nous citons, les maladies pour lesquelles le séjour à l’hôpital est particulièrement désavantageux.
Il en est pour qui l’encombrement nosocomial tel qu’il existe dans les hôpitaux convenablement ventilés, ne contenant qu’un nombre normal d’habitants, ne présente aucun inconvénient oü n’a que de faibles inconvénients, compensés
HYGIENE
par de réels avantages. En première ligne, nous trouvons les maladies inflammatoires, telles que les rhumatismes articulaires, les bronchites, les pleurésies, les pneumonies, toutes les intoxications au nombre desquelles on peut comprendre les maladies paludéennes ordinaires, puis beaucoup d’ophthalmies, la plupart des maladies de l’appareil génito-urinaire, de l’encéphale, les affections de la peau, les maladies contagieuses qui ne sont transmissibles qu’au contact ou par inoculation, telles que les affections vénériennes; et l’on pourrait, sans crainte d’erreur, y joindre les tuberculeux.
Le séjour à l’hôpital ne présenterait, ni pour ces malades, ni pour leurs voisins de salle, aucun inconvénient hygiénique ; et, en plaçant un nombre limité de malades qui ne doivent pas être encombrés, au milieu de ceux-là, on diminue considérablement les dangers de l’encombrement spécial : ainsi placer une femme en couches dans une salle de femmes atteintes soit de maladies de peau, soit de fièvres intermittentes, ne présente aucun inconvénient, ni pour l’accouchée, ni pour ses voisines. C’est ce que M. Bouchardat appelle la dispersion dans des salles occupées.
11 distingue, en second lieu, les maladies pour lesquelles l’encombrement nosocomial a des inconvénients indubitables, mais beaucoup moindres qu’on ne serait tenté à priori de le croire (il en excepte les enfants et les accouchées, pour les raisons que, d’après ce qui précède, chacun peut pressentir).
Ces maladies, ce sont les affections contagieuses qu’il désigne sous le nom de maladies contagieuses à miasme diffus permanent (variole, rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde). Dans les hôpitaux d’adultes, la scarlatine et la rougeole offrent peu de chances de propagation d’un scarlatineux ou d’un rubéoleux aux autres malades de la salle ou ils sont couchés : car la plupart de ces malades éprouvent le bienfait d’une préservation, pour avoir, dans leur jeune âge, subi les atteintes de ces maladies. 11 en serait de même pour la variole. On peut dire pour la fièvre typhoïde que les chances de contagion sont si faibles qu’elles échappent à un examen superficiel; mais, quand on réunit un grand nombre de jeunes gens non acclimatés, les chances de contagion augmentent et l’évolution peut prendre un véritable caractère épidémique.
Quoi que l’on pense de la contagion, on ne peut manquer de trouver ces distinctions judicieuses.
Tant que la vaccination ne sera pas généralisée et que l'on ne régularisera pas les revaccinations, un hôpital de varioleux serait utile. On y laisserait les malades éteindre leur maladie, que l’on éviterait de disséminer dans les asiles de convalescents, comme on l’a déjà fait imprudemment.
Les maladies contagieuses qui ne se montrent qu’à de longs intervalles seraient plus à redouter que les maladies « à miasme diffus permanent », parce qu’elles apparaissent au milieu de populations qui n’ont point ressenti l’influence de ces miasmes spécifiques et qu’à ce point de vue on peut dire inacclimatées. Le danger paraît moindre pour le choléra que pour la fièvre jaune et le typhus, la plus redoutable de toutes ces maladies, dont le danger de nocivité est encore mal déterminé sous ce rapport.
C. Les statistiques demortalité n’ont pas appris grand’ chose sur les conditions relatives de salubrité des différents hôpitaux. La mortalité calculée par M. Bouchardat, pour Paris, d’après le nombre des individus sortis par guérison ou par mort, divisé par le nombre des morts, a donné dans les différents hôpitaux :
Hôtel-Dieu (ancien). . 834 lits. — Mortalité décennale : 1 décès sur 8,69 malades
Pitié . 726 — — — — 7,83 —
Charité . 467 — — — — 9,65 —
INFLUENCE DES QUALITÉS DE L’AIR ET DU SOL
Saint-Antoine ..... 594 lits. — Mortalité décennale : 4 décès sur
Necker . 445 — —
Cochin . . 497 — —
Beaujon . 416 — — —
Lariboisière . 634 — — —
Hôpitaux généraux : moyenne. —
Saint-Louis . 823 lits. — — — —
Midi . 336 - —
Lourcine . 276 — — — —
Enfants Malades. ... 618 — — — —
Sainte-Eugénie .... 345 — — — —
Maternité . 300 — — — —
Clinique . 152— — — 4 —
Hôpitaux spéciaux : Moyenne. — — —
Maison de Santé. . . . 351 lits. — — — —
Moyenne générale dans les hôpitaux ci-dessus . 8114 lits. — Mortalité décennale : 1 décès sur
8,83 malades.
Il est étrange , sans doute , que l’on meure moins à l’Hôtel-Dieu et à la Charité qu’à Necker et à la Pitié, mieux construits, mieux aménagés, plus spacieux. A ceux qui ont attribué une fâcheuse influence aux cours d’eau , on peut opposer l’Hôtel-Dieu à Beaujon; à ceux qui incriminent les bas-fonds, on peut opposer l’Hôtel-Dieu et la Charité à Beaujon et Lariboisière; l’aération, l’isolement, l’espace sont en faveur de Lariboisière, Beaujon, Necker, et cependant on meurt moins à la Charité bloquée dans un quartier populeux.
A quoi tiennent ces différences? Les considérations dont nous avons fait précéder cette statistique aideront peut-être à le découvrir ; mais , jusqu’à présent, il est difficile de se faire une opinion à cet égard. Quoi qu’il en soit, la science ne doit pas se décourager et elle continue, en effet, à rechercher les précautions utiles à la salubrité.
Nous distinguerons lés prescriptions relatives à la prophylaxie et à l’assainissement dans les hôpitaux déjà construits des données qui paraissent acquises pour établir les bases des constructions futures.
a. On avait beaucoup compté sur la ventilation ; mais elle n’a pas donné les résultats qu’on en attendait. Lariboisière , Necker, Beaujon , sont admirableblement ventilés ; on n’y perçoit aucune odeur, même dans les cabinets d’aisance; cependant la mortalité y est grande, bien qu’on n’admette dans les salles et le bâtiment que de l’air à une température convenable : 15 degrés pour les salles, 10 degrés en hiver pour les escaliers. On ne sait ce qu’il adviendra du procédé coûteux de M. Wœstyn , qui propose de brûler l’air destiné à l’aération avant de l’introduire dans les salles ou tout au moins celui qui en sort et peut infecter de germes morbides les habitations du voisinage. Il suffirait peut-être de le tamiser, si cela était possible, à travers des filtres de ouate.
On peut en dire autant des désinfectants que l’on peut diviser en quatre catégories : les gaz , les vapeurs , les corps poreux , les substances métalliques (Boucbardat).
Les substances métalliques (sels solubles de zinc — sulfate et chlorure , — de fer, de manganèse, l’azotate de plomb, etc.) agissent, d’abord, en s’emparant de l’hydrogène sulfuré libre ou combiné avec l’ammoniaque; puis, mêlés aux liquides, ils détruisent la vitalité des organismes inférieurs. Ce sont des désinfectants, dans la pure acception du mot : ils font disparaître l’odeur de l’hydrogène sulfuré et celle de la putréfaction.