‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 4)Chapitre 29 sur 124 · ENFANTS · texte numérisé non relu

ENFANTS

De la ville

De la campagne

légitimes

illégitimes

légitimes

illégitimes

garçons, filles. . .

garçons, filles. . .

garçons, filles. . .

garçons, filles. . .

Il résulte de l’examen de ce tableau que la mortalité des enfants est toujours plus grande à la campagne qu’à la ville, et que cette aggravation de la mortalité pèse surtout sur les enfants illégitimes. Dans la première semaine de la vie, la mortalité des enfants légitimes étant 100, celle des illégitimes est de 193 dans les villes; elle est de 215 dans les campagnes. Dans la semaine suivante, la mortalité des légitimes étant toujours 100, celle des illégitimes est dans les villes 289, dans les campagnes 309.

Toutefois, dans d’autres contrées que la France, la campagne paraît, au contraire, exercer une action favorable sur la première enfance. Au lieu qu’en France, la favorable influence de l’air des champs se fait à peine sentir au

troisième mois (voir le tableau) , en Suède, dès le premier mois, la mortalité qui est de 56,7 dans les villes, n’est que de 47,5 dans les campagnes. En France, elle est alors de 87,5 dans les villes et de 87 dans les campagnes.

M. Bertillon, discutant ces faits et ne pouvant les attribuer à des conditions de race et de climat, y voit un résultat de l’ignorance.

Malgré la mortalité moindre de l’âge adulte, l’ignorance est encore la cause des infirmités qui affligent de bonne heure les paysans. Après soixante ans, dit Villermé, ils deviennent souvent incapables de gagner leur vie; et ceux qui persistent dans leur pénible labeur sont fréquemment enlevés par des maladies aiguës contractées dans leurs occupations. Si les maladies chroniques sont plus rares à la campagne, les maladies aiguës sont plus généralement mortelles. Les femmes sont déformées et flétries de bonne heure ; elles avortent davantage ; et les mort-nés, si nombreux à la campagne, le sont surtout pendant les mois des travaux agricoles. Le Dr Michel (de Cavaillon) a trouvé que, pour le département de Vaucluse, ces mois où la proportion des mort-nés est plus considérable sont : 1° le mois de mai (travail des vers à soie), 2° le mois d’août (binage des pommes de terre), 3° le mois de décembre (petits pois, semis du printemps), 4° le mois d’octobre (haricots).

M. Alex. Layet (1), relevant la série des préjugés qui compromettent la santé du paysan, signale : le transport du nouveau-né au loin pour le baptême, l’emprisonnement trop complet du maillot (?), son abandon au berceau pendant que la mère est aux champs, l’alimentation précoce ou excessive, le défaut de soins quand il est malade, l’abus des anthelminthiques ; pour l’adulte, le mépris des règles les plus élémentaires de l’hygiène, les excès de nourriture et de boisson, l’alcoolisme, favorisés par la multiplicité des foires qui sont une occasion de débauche.

Malgré cela, pendant que la mortalité des villes est, en France (non compris le département de la Seine), de 26,1 pour 1,000 habitants, elle n’est que de 21,5 dans les campagnes. L’excès est donc dans le rapport de 100 à 121,4; et cet excès est plus marqué pour les hommes (100 : 122) que pour les femmes (100 : 118). A Paris, l’excès est moindre, puisque la mortalité n’y dépasse pas 25,4, ce qui tient à ce que l’on y compte beaucoup d’adultes aux âges de travail et de faible mortalité et relativement peu de vieillards et de très-jeunes enfants (Bertillon).

Les travaux agricoles qui compromettent surtout la santé du paysan sont : le labour à la charrue , par les efforts de main qu’il exige; le travail à la bêche , qui entraîne la cyphose chez la plupart des vieux laboureurs; la fauchaison , dont le mouvement de va-et-vient est particulièrement fatigant; la moisson, qui s’opère sous un soleil ardent, provoque la sueur et rend les refroidissements plus dangereux, en même temps que la chaleur invite à la sieste en plein champ et pousse à boire outre mesure ; Yengrangement des récoltes, qui surcharge l’air de poussières nuisibles, moins peut-être que le battage et le nettoyage des grains, le soufrage de la vigne... etc, (Layet). Dans les professions rurales qui se spécialisent, on trouve d’autres prédispositions, particulières aux charbonniers, bûcherons, sabotiers, vanniers, tisserands, etc,; mais beaucoup de ces spécialités rurales disparaissent quand l’été ramène le temps des récoltes, qui occupe tout le monde et généralise, ici, la dysenterie, là, la fièvre typhoïde, maladies de la saison chaude, où chacun se surmène et se livre à des excès de boisson. D’autres maladies, enfin : fractures, luxations, hernies, ulcères, varices, sont plus graves dans les campagnes parce qu’elles sont plus négligées ou mal soignées par les rebouteurs.

(1) Hygiène rurale ( Dict . encycl. des Sciences médicales).

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Cependant le travail aux champs est un correctif de la mauvaise hygiène du village et de la chaumière. Ici, la rue est transformée en un marais fangeux et nauséabond, où le paysan gaspille son engrais au détriment de sa santé. Les tas de fumier, autels du dieu Sterculius, qui, selon la remarque de François de Neuchâteau, compte à la campagne autant de prosélytes qu’il y a d’habitants, — les tas de fumier encombrent les rues, s’étalent à la porte même des maisons, et l’ordure qui en suinte| de toutes parts fait une mare de chaque ruisseau. Malgré quelques tentatives des législateurs, on peut dire que tout est à créer, sous ce rapport, en fait de police rurale. Mais il se passera surtout bien du temps avant qu’on arrive à inculquer au paysan les notions de propreté et de culture corporelle qui sont cependant banales dans des pays voisins du nôtre. Chaque localité a ses traditions qui régissent l’architecture rurale (V.Layet, ouvr. cité ); mais, en France, l’incurie, la promiscuité, le pêle-mêle des sexes, des animaux, des hommes, l’aération parcimonieuse, l’entassement des éléments les plus insolubres, la contamination de l’air ambiant par des poussières, des miasmes, des germes parasitaires, se prêtent un mutuel concours pour constituer un milieu où les épidémies germent, s’épanouissent et s’alimentent avec une terrible facilité.

En même temps, l’alimentation du paysan est fort peu réparatrice, presque exclusivement féculente; et les convalescents des maladies graves ne se rétablissent pas malgré l’action vivifiante de l’air des campagnes. Dans l’article du Dict. encycl. des sciences médic., que nous avons plusieurs fois cité, M. Layet fait une revue des plus intéressantes de l’alimentation rurale dans nos provinces de France. Nous y renvoyons le lecteur.

Le vêtement ne laisse pas moins à désirer, et, n’obtiendrait-on du paysan que le lavage de son linge de corps, il y aurait de quoi tenter les philanthropes. Même ses pieds nus sont d’une malpropreté sordide, dans les localités où l’eau pure coule à torrents. Beaucoup de gens s’étonnent que le clergé n’use pas de son influence pour inspirer à ses ouailles rurales quelque respect pour la « guenille » dont l’entretien est par trop négligé.

L’usine et l’atelier. — L’hygiène industrielle se présente sous deux aspects différents : 1° la morbidité et la nature des maladies 'professionnelles ; 2° la salubrité des manufactures. Nous n’envisageons ici que le second seulement.

Comme le paysan, l’ouvrier est mal logé, mal nourri, mal vêtu, malpropre. On ne sait lequel des deux, sous tous ces rapports, est inférieur à l’autre. L’ouvrier a la débauche en plus à son bilan ; et, si ses enfants meurent moins peut-être dans l’âge de l’allaitement, ils s’étiolent d’une manière irrémédiable pendant l’apprentissage. Mais ce qu’il faut remarquer surtout, c’est que le paysan trouve l’air pur de la campagne, au sortir de sa chaumière enfumée et malsaine, tandis que l’ouvrier quitte son galetas pour l’usine et l’atelier, où d’autres influences pernicieuses l’attendent.

Il faut considérer les manufactures dans leurs rapports avec la santé des ouvriers qui y vivent et avec la santé publique qu’elles menacent par leurs émanations et leurs résidus plus ou moins insalubres. Les ouvriers sont directement exposés à l’influence nocive de ces émanations et de ces résidus; mais ils souffrent en outre, non pas, sans doute, de l’encombrement, comme on l’a dit, mais du confinement, de la température élevée de l’atmosphère confinée, des poussières et des émanations qui la souillent, de l’humidité de l’air et du sol, influences auxquelles se joignent celles résultant de l’attitude gênante et anormale imposée par le travail.

Ce concours d’influences donne à l’ouvrier son aspect chétif, sa petite stature, son teint blafard, sa faiblesse relative, son aspect anémique, étiolé; il fait les enfants souffreteux que l’alcool achèvera d’épuiser plus tard et qui, devenus

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hommes, donneront naissance, dans une procréation hasardeuse, à une race abâtardie. A Lille, pour avoir 100 soldats, il faut 300 hommes’; il en faut 266 à Rouen; 210 à Mulhouse; 268 à Elbeuf; 247 à Nîmes; tandis que, pour toute la France, il n’en faut que 186 (Thouvenin).

Cependant il ne faudrait pas croire que l’industrie diminue la population. C’est le contraire qui a lieu. Dans l’état actuel des choses, dit Villermé, en France et en Angleterre, c’est dans les grands centres de fabrication de tissus, et surtout des tissus de coton et de laine, que la population s’accroît le plus vite, que la mortalité générale est la plus forte, que les naissances sont plus nombreuses, que les enfants deviennent le moins souvent des hommes faits ; tandis que, d’une autre part, c’est dans les districts agricoles que la population augmente le plus lentement et que la vie est la plus longue.

L’hygiène industrielle pivote sur ces trois points : 1° moraliser l’ouvrier, 2° assainir l’usine, 3° garantir le voisinage contre son influence malsaine.

Les cités ouvrières, qui ont été si vantées à l’Exposition universelle de 1867, ont aujourd’hui fait leur temps. Dans l’ordre matériel, c’est l’agglomération humaine avec tous ses inconvénients et affranchie du contrôle et des garanties de l’hygiène. Dans l’ordre moral, c’est pire. Collectivement, l’ouvrier sera toujours niaisement frondeur, fanfaron de vice, « gobeur » et malfaisant. Si jamais on le réhabilite, s’il n’est pas fatalement voué à cet avenir que l’ Assommoir nous a dépeint, c’est qu’au lieu de flatter ses instincts dépravés dans des conférences ou des congrès, on l’aura instruit, éclairé, moralisé individuellement, au foyer domestique. La cité ouvrière, telle qu’on la comprend aujourd’hui, c’est-à-dire composée, comme à Mulhouse, d’une réunion de cottages, a l’avantage de développer chez l’ouvrier l’ambition du propriétaire, en même temps que les instincts du père de famille; mais c’est toujours plus ou moins la vie en commun, à laquelle nous ne voyons que des désavantages malgré les ressources qu’elle procure pour améliorer le vêtement, l’alimentation, la culture du corps et celle de l’intelligence, et compenser l’insuffisance des salaires.

A l’atelier, du moins, on peut atténuer plus facilement les influences délétères qui menacent la santé : diminuer le confinement qui , dans les grandes usines, est, en réalité, peu redoutable; diminuer l’humidité sur laquelle se règle la température , à ce point que le drainage d’un sol humide élève celle d’une localité malsaine ; enfin supprimer les poussières et les émanations : en un mot assainir l’usine.

Cette question de l’assainissement des usines ou ateliers a été traitée avec tout le soin désirable par M. Ph. Grouvelle dans l’article Insalubres du Dictionnaire des arts et manufactures (1) de M. Ch. Laboulaye, auquel nous empruntons les détails qui vont suivre et les figures annexées.

L’auteur rapporte à trois méthodes les procédés d’assainissement :

« 1° Ventilation, moyen par excellence, toujours suffisant pour les ouvriers employés aux opérations insalubres , pour les industriels et souvent pour le voisinage, lorsque les gaz et les poussières peu délétères sont mélangés avec de grandes masses d’air et versés dans l’atmosphère à une grande hauteur ;

« 2° Décomposition des gaz par la chaleur et la combustion;

« 3° Actions chimiques détruisant ou transformant en produits utiles les substances insalubres. Dilution de ces substances dans une grande masse d’eau. »

On sait que les établissements industriels sont répartis en trois classes.

Les établissements de la première classe sont ceux qui doivent être éloignés des habitations particulières ; ils peuvent cependant s’établir dans l’enceinte des villes, mais dans de certaines positions et à de certaines conditions dont l’Ad-

(1) 4e édition, chez Lacroix, 54, rue des Saints-Pères.

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ministration est juge. Il est clair que le perfectionnement des moyens d’assainissement doit de plus en plus en restreindre le nombre.

Les établissements de seconde classe sont ceux dont l’éloignement des habitations n’est pas rigoureusement exigé , mais dont le travail doit être assez perfectionné pour ne pas nuire aux voisins.

Les établissements de troisième classe sont ceux qui peuvent fonctionner sans inconvénients près des habitations , sous la surveillance de la police.

1° Dans la première classe, nous trouvons d’abord les abattoirs composés de quatre parties principales : 1° celles où sont renfermés les animaux; 2° l’abattoir , proprement dit ; 3° les lieux où l’on prépare les viandes des animaux abattus; 4° les lieux où l’on travaille les graisses et le suif.

Ces établissements doivent être établis, sinon hors des villes, au moins le plus loin possible du centre ; isolés , placés dans une situation élevée , entourés d’une ceinture d’arbres qui tamise les émanations miasmatiques; pourvus de salles vastes , hautes , largement aérées , dallées et voûtées en dessous , éclairées par des fenêtres faciles à ouvrir en tout temps , fournies en abondance de l’eau nécessaire au lavage et que l’on dirige vers les égouts à l’aide d’un branchement spécial, résultant de la réunion des canaux d’évacuation passant sous chacune des salles destinées à l’abatage. Les salles doivent être maintenues fraîches à l’aide de fontaines et de bassins ; il est avantageux qu’elles soient laissées dans une demi-obscurité, qui, avec la ventilation et la fraîcheur, retarde la putréfaction.

La fonte du suif donnant naissance à des vapeurs incommodes, Darcet a proposé le fourneau représenté ci-contre, fîg. 3, dans lequel les vapeurs provenant de la fonte du suif en branches passent à travers le foyer où elles se brûlent avant d’arriver à la cheminée. L’air chargé de vapeurs descend par deux carneaux verticaux dans le cendrier du fourneau; et, comme ce cendrier est fermé par une porte, les vapeurs et les gaz dont l’air est chargé sont brûlés sur le foyer avant de se rendre dans la cheminée de l’usine.

Avant 1830, presque toutes les fabriques d'acide sulfurique perdaient une proportion considérable de ce produit ; le rendement ne dépassait pas 150 ou 200 d’acide pour 100 de soufre ; toutes ces fabriques jetaient donc sur les terrains qui les entouraient des masses de gaz sulfureux et nitreux et des vapeurs d’acide sulfurique qui détruisaient tout, arbres et récoltes, à une très-grande distance. Le procédé de M, Holker réalisa d’abord un progrès hygiénique considérable, tout en portant la production d’acide à 310 pour 100. Mais une quantité triple d’acide fabriquée dans chaque chambre augmentait le volume des gaz acides jetés dans l’air; d’ailleurs, des défauts subsistaient dans la manipulation. M. Kuhlmann les a fait disparaître et a annulé le dégagement d’acide sulfureux, en même temps que celui d’acide nitreux, en interposant, entre les chambres de plomb et le tuyau de dégagement du gaz, une série de trente bonbonnes reliées entre elles, où les gaz se lavent dans des lessives alcalines. Le résultat de ce lavage est la production d’un sulfate de baryte éminemment commercial qui compense largement les frais du perfectionnement.

Les dégagements d’acide chlorhydrique sont atténués notablement par un procédé analogue.

C’est aussi à l’aide de lessives alcalines que l’on modère les dégagements des

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gaz nitreux . Dans la fabrication du sel ammoniaque, on ne peut, quelques soins que l’on prenne , empêcher le dégagement de vapeurs ammoniacales et empyreumatiques, qui se font sentir assez loin, mais n’ont rien de dangereux pour la santé ni pour la culture. Ces fabriques sont ordinairement isolées des villes et des villages.

L 'affinage des matières d'or et d'argent est l’une des industries les plus dangereuses pour les industriels qui l’exercent , pour les ouvriers et pour les voisins , à cause des vapeurs d’acide sulfureux mélangées d’acide sulfurique qui se dégagent au contact de l’acide sulfurique et des alliages en fusion. Le système créé par Darcet consiste à condenser les vapeurs acides en faisant passer les produits sortant des cornues en platine — où se font le mélange et l’ébullition des matières et de l’acide, — dans de gros tuyaux en plomb, entourés d’eau, et dans cinq ou six tambours en charpente garnis intérieurement en plomb, remplis à la partie inférieure d’eau froide , qui passe d’un tambour à l’autre en sens contraire des gaz, brassés au passage. Des caisses en plomb, tournant autour de moyeux fixes et chargées d’hydrate de chaux, recueillent les gaz à leur sortie des tambours et absorbent les dernières parties d’acide non encore condensées et l’acide sulfureux.

2° Dans les établissements industriels de la deuxième classe, nous trouvons : les fabriques de colle animale et de gélatine, dont quelques-unes sont encore laissées dans la première, les buanderies et lavoirs, les fonderies de plomb , les fabriques où l’on manipule le caoutchouc, les fulminates, les cuirs, toiles, cartons vernis, fanons de baleine, tabac, celles où l’on galvanise le fer (V. art. cité). Nous décrirons seulement l 'appareil salubre au moyen duquel on éteint le coke dans les usines à gaz.

Au moment où l’on éteint le coke embrasé, au sortir des cornues, en l’arrosant rapidement pour lui conserver un bel aspect métallique , il s’en dégage une masse de vapeur d’eau chargée d’ammoniaque, d’hydrogène sulfuré et d’autres vapeurs dangereuses pour les ouvriers et incommodes pour le voisinage.

Darcet a inventé , pour cette opération , un appareil où l’extinction du coke s’effectue dans trois cases en brique , fermées de trois côtés. Le coke y est porté sur des chariots en fer, en sortant des cornues; des trémies plates en tôle, percées de trous, sont descendues ensuite sur le coke, et de l’eau est jetée rapidement sur la trémie par des tuyaux et robinets d’un gros diamètre. Ces plateaux, percés de trous , répartissent très-également l’eau sur toute la surface du coke et l’éteignent rapidement, en lui conservant toutes ses qualités.

La vapeur fétide dégagée l’abandonne alors et, mêlée à l’air de l’atelier qu arrive par le devant de la case , elle est emportée à travers de larges ouvertures pratiquées au mur du fond des cases et qui communiquent par-dessous terre à de vastes carneaux souterrains, lesquels amènent la vapeur dans un espace réservé de la grande cheminée de l’usine , où une cloison l’isole jusqu’à une hauteur de 10 mètres de la fumée des fours à gaz.

3° Parmi les établissements de la troisième classe (Y. Y article cité), nous citerons les amphithéâtres de dissection où des dispositions ingénieuses ont été proposées pour combiner la conservation des cadavres avec la ventilation des salles , le lavage des tables de dissection, la macération des pièces anatomiques, etc.

La table de dissection proposée par Darcet, fig. 4 et 5, peut être construite en fonte ou en bois ; elle doit être creuse dans toutes ses parties ; son couvercle doit être percé de trous nombreux , et il faut que son intérieur soit mis en communication avec un canal souterrain allant aboutir à une cheminée dans laquelle le tirage convenable doit être bien établi. Le service de la salle de dissection exigeant qu’on y place un poêle , une étuve et une chaudière , c’est de ces appareils qu’il faut se servir, isolément ou simultanément, comme de four-

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neaux d’appel ; c’est dans ce but qu’ils ont été tous trois réunis et placés au pied de la grande cheminée. Nos deux premières figures représentent cette disposition, et les flèches indiquent la marche des courants d’air entraîné autour du cadavre et, par le fond de la table, vers la cheminée d’appel. Des clefs ou soupapes, placées sur le canal souterrain, permettent de régler le tirage de manière à ne pas incommoder l’opérateur. La partie gauche des deux premières figures donne les dispositions des baquets de macération au-dessus desquels des

Fig. 5.

tables à charnière, que l’on abaisse et que l’on relève à volonté, permettent de déposer des cadavres.

Les tables de dissection, construites pour l’Hôtel-Dieu sur les plans de M. Ph. Grouvelle, sont en fonte, composées de deux pièces ajoutées ensemble : d’un pied cylindrique creux, fixé dans une pierre de taille, sur le caniveau qui communique au cendrier du fourneau d’appel, et d’une table creuse alésée de manière à entrer à frottement gai sur le pied. Les moulures du pivot de la table et celles du pied , qui se raccordent , portent chacune à l’intérieur un e rainure demi-cylindrique qui reçoit de petites sphères de fer ou d’acier, servant de galets, pour faciliter le mouvement de la table autour de son pied . Un clef, ajustée dans ce pied, sert à régler le tirage.

Cette disposition permet aux eaux de s’écouler sans rouiller l’appareil de glissement, et d’ouvrir la table sans enlever le cadavre.

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La caserne et les camps. — Ce que nous avons dit du système Tollet, à propos des hôpitaux, nous laisse peu de choses à ajouter ici. Le casernement Tollet, où tout est prévu, en ce qui concerne le choix de l’emplacement et des matériaux de construction, la distribution des locaux principaux et de leurs annexes, le cubage, la ventilation, nous paraît réunir tous les perfectionnements désirables. 11 en sera, d’ailleurs, question de nouveau dans d’autres parties de ce recueil.

D’autre part, l’organisation nouvelle de notre armée laisse à l’étude la plupart des question afférentes à l’hygiène militaire ; il serait prématuré de juger dès à présent les institutions nouvelles.

Enfin, le matériel des ambulances est également étudié à part, dans cette Encyclopédie.

Nous nous bornerons donc à dire quelques mots des camps, dont nous avons fait dans ces dernières années une expérimentation forcée.

M. Marvaud (1) a fait l’histoire des camps occupés par nos soldats autour de Paris et de Versailles, en 1871-1872, à Satory, Villeneuve-l’Étang, Rocquencourt, Saint-Germain, Saint-Maur et Meudon.

Le camp de Satory, situé sur un plateau, à l’orient de Versailles, par 179 mètres d’altitude, légèrement déclive vers le midi, où se trouvent des étangs, était borné à l’est par des bois; le sol est sablonneux, facilement perméable et se dessèche facilement, sauf dans les parties basses où il est argileux et reste humide dans les journées pluvieuses. Deux divisions y étaient baraquées ; dans les premiers temps, lorsque les hommes couchaient encore sous la tente, les cas de fièvre intermittente ne furent pas rares parmi les troupes occupant la partie méridionale.

Le camp de Villeneuve-l’Étang, situé à 85 mètres d’altitude, sur un sol argileux où de larges plaques d’eau persistent dans le temps de pluie, dut être empierré et drainé à la surface. Malgré les bois du voisinage, l’aération y était bonne. Il était occupé par deux divisions d’infanterie, deux batteries d’artillerie et une compagnie du génie.

Celui de Meudon était placé sur un terrain relativement accidenté. Deux régiments d’infanterie étaient campés sur une esplanade ; un autre, logé avec l’artillerie dans les communs du château; le génie et les chasseurs à pied étaient baraqués sur une terrasse étagée en contre-bas de la façade qui regarde Paris au nord-est. Les campements, placés par 125 mètres d’altitude, sur un terrain fortement déclive, eussent été dans de bonnes conditions, si l’étang des Fonceaux, situé à 30 mèt. du camp, et le voisinage du réservoir d’eaux boueuses de Bel-Air, n’eussent donné naissance à des émanations malariennes. Le quatrième régiment de la division était campé dans une prairie artificielle en entonnoir au fond de laquelle se trouve l’étang de Chalais. Les baraques s’échelonnaient sur les pentes du vallon; mais le sol argileux, constamment humide, y entretenait une humidité permanente.

Le camp de Saint-Germain, à 70 mèt. d’altitude, entouré d’arbres, était occupé par une division d’infanterie; malgré la ventilation excellente, le sol argileux et le voisinage d’un petit étang marécageux le mettaient dans des conditions désavantageuses.

Le camp de Rocquencourt, naturellement humide, a dû être empierré et sablé. II était occupé, à l’époque dont nous parlons, par une division de cavalerie et quelques détachements du train, du génie et de l’administration.

Le camp de Saint-Maur, à 56 mèt. d’altitude, occupait un vaste plateau, dont le

(1) Etudes sur les casernes et les camps permanents , dans Annales d’hygiène , 1878, t. XXXIX.

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sol sablonneux était facilement desséché. On y avait logé dans des baraques une brigade d’infanterie, un bataillon de chasseurs' et] une compagnie d’infanterie.

A tous ces camps, M. Marvaud reproche l’absence de plancher et l’insuffisance de la ventilation, abandonnée au hasard. L’espace cubique alloué à chaque homme, sans déduction de l’espace occupé par le mobilier et les effets d'équipement, était évalué ainsi :

Chaque baraque :

Au camp de Saint-Maur, destinée à 60 hom., cube 840mc,000, soit 14mc,000 par hom.

Meudon .

Rocquencourt ....

Villeneuve-l’Étang. .

Satory .

Saint-Germain ....

Sauf à Saint-Maur, l’espace réservé à chaque homme était donc de beaucoup inférieur aux fixations réglementaires (12 mèt. cub.). Les lits occupaient tout l’espace disponible et on dut les remplacer par des hamacs. Les latrines étaient assainies par le système Goux, dont nous avons eu l’occasion de constater les avantages et où la désinfection s’opérait au moyen des substances absorbantes : paille, balayure, etc., qui recueillent directement les immondices.

Les hommes étaient fatigués d’avance. Ils avaient, pour la plupart, fait la campagne d’hiver 1870-1871 et celle d’avril-mai 1871. Toutes les conditions semblaient donc réunies pour les rendre plus impressionnables aux influences morbigènes et favoriser le développement des affections dont ils avaient pris le germe à la guerre ou en captivité. Or, pendant la période écoulée du 1er septembre 1871 au 31 août 1872, l’armée de Versailles présentait une proportion d’entrées aux hôpitaux de 242 sur 1,000 hommes d’effectif, tandis qu’en 1867, les troupes en garnison à Paris, Versailles, etc., présentaient une proportion d’entrées aux hôpitaux de 291 pour 1,000 hommes. Les chiffres analogues pour toute l’armée à l'intérieur avaient été de 1862 à 1868 de 313 pour 1,000; en 1868, de 336; en 1869, de 305. Ces résultats méritent d’être retenus.

Du reste, parmi les soldats composant cette armée de Versailles, les uns ont séjourné dans les casernes de Paris et de Versailles, les autres dans les camps; les premiers ont offert la moyenne de 243 entrées aux hôpitaux sur 1 ,000, les autres 242, chiffres identiques et prouvant que les campements n’ont pas tout l’honneur de cet état de choses.

La valeur hygiénique des différents camps peut être appréciée en partie par

le nombre de malades qu’ils ont fourni :

Satory, entrées aux hôpitaux : 198 pour 1,000

Villeneuve-l’Étang . 257 —

Meudon . 241 —

Saint-Germain . 286 —

Saint-Maur . 294 —

Rocquencourt . 222 —

L’expérience n’a pas paru concluante à tout le monde. Nous avons dit notre pensée à cet égard. La question est complexe; car la vie de camp a ses inconvénients, mais le système de casernement tel qu’il a été conçu par M. Tollet nous paraît trouver un appui dans les résultats de cette épreuve faite dans des conditions défavorables.

Le vaisseau cuirassé. — La publication récente de la seconde édition du Traité d'hygiène navale, de M. Fonssagrives , nous permet d’apprécier l’état actuel de cette branche intéressante de l’hygiène et les conditions de salubrité ou d’insalubrité qui résultent de la transformation actuelle de la ma-

HYGIENE

rine et de l’adoption dans les constructions navales des types nouveaux, en particulier des cuirassés.

En premier lieu , Y arrimage actuel paraît particulièrement désavantageux. Les principes de l’arrimage Lugeol (voyez la figure 1 de la PL II) (1) paraissent aujourd’hui définitivement abandonnés. M. Bourel-Roncière, dans une étude magistrale de l’hygiène des cuirassés (2) , regrette le cloisonnement excessif des cales actuelles de ces bâtiments , cloisonnement qui ne peut que se multiplier de plus en plus en vue d’assurer la sécurité de ces navires menacés d’abordage. C’est ainsi que le type le plus récent [Richelieu) a neuf cloisons étanches. « Les dispositions les plus communes, dit M. Nielly, sont les suivantes : un deuxième faux-pont représente , sur les cuirassés , l’ancienne plate-forme de la cale perfectionnée. Une grande coursive médiane va d’un bout à l’autre du bâtiment. Sur l’arrière, elle permet de circuler le long de la ligne d’arbre, à fond de cale; elle donne accès, tribord et bâbord , dans le deuxième faux-pont, à diverses soutes;.... en avant, elle conduit sur la machine. Sur l’avant, elle prolonge la chambre de chauffe à fond de cale jusqu’au magasin général; en ce point, elle communique avec l’atmosphère du pont par une manche à vent en tôle;... dans le deuxième faux-pont, elle permet aux chauffeurs de fuir rapidement, en cas d’explosion, et donne accès aux diverses soutes avant, aux prisons, à la cambuse. Cette dernière, située au milieu du navire, interrompt la coursive médiane ; en ce point , la circulation de l’air se fait par deux coursives qui sont latérales à la cambuse; elles confinent en arrière à la coursive médiane et se terminent à l’avant au magasin général par deux portes à claire-voie. Les caisses à eau , les pièces à vin et les chaînes sont à fond de cale sur l’avant et l’arrière. Certains navires ont deux cales à eau; d’autres n’en ont qu’une. La machine et la chambre des chauffeurs interrompent, bien entendu, la coursive médiane. On pourrait dire que les cales actuelles sont partagées en deux étages : 1° la cave ou fond de cale; 2° le rez-de-chaussée ou deuxième faux-pont, ou ancienne plate-forme de la cale. » Nous représentons ci-contre (3) les cales du Redoutable et du La Galissonniére. On a dû renoncer au doublage intérieur en cuivre qui avait pour but de protéger les parois des cales contre l’imprégnation des bois et leur altération par l’eau et les corps gras. Les procédés d’assainissement de cette partie du navire n’ont pas sensiblement changé. M. Bourel-Roncière ne laisse pas d’illusion sur l’efficacité des manches à vent pour renouveler l’air des cales de cuirassés, ceux de tous les navires dont les cales ont le plus besoin de ventilation. Les trompes fixes qu’on y installe ne sauraient remplir cet office, et on est obligé de recourir aux manches en toile.

Le faux-pont des cuirassés n’est pas moins défectueux, surtout dans les types nouveauxj pourvus de cloisons étanches plus nombreuses. Sur ces navires, le faux-pont offre des dispositions particulières. Sur les corvettes , il est coupé en deux parties par la machine, et ces deux parties ne communiquent entre elles que par les coursives qui séparent, en abord, les chaudières des soutes à charbon ; le faux-pont avant est encombré , mal aéré , mal éclairé ; le faux-pont arrière est aussi encombré, mais il a plus de lumière. Sur les grands cuirassés, des types Océan , Marengo, Richelieu, il y a, à proprement parler, deux fauxponts : 1° L’un, supérieur, à peine émergé, muni de hublots, d’une hauteur de 2ra,20, subdivisé par le réduit en trois compartiments : l’un, médian, c’est le réduit, éclairé par douze hublots, encombré par le tuyau , les caissons, le four, à parquet en fer; le deuxième, sur l’arrière, logeant cent douze hommes

(1) Les figures sont empruntées à l’ouvrage de M. Fonssagrives.

(2) Archives de méd. navale, 1875.

(3) Voyez la Planche II.

L’HOMME

et contenant des chambres d’officiers et le poste des élèves ; le troisième , sur l’avant, logeant une partie de l’équipage et contenant les chambres et le poste des maîtres 5 ce faux-pont supérieur est nere par soixante-quati o hublots et sept panneaux ; il a une surface aératoire de 51mi,o23, réduite à28mcJ,629, et il cube 21d5m(i,20; 2° le second, inférieur , immergé, interrompu par des cloisons étanches , logeant à l’avant et à l’arrière quatre-vingt-onze hommes , qui disposent d’un espace cubique et superficiel assez convenable, mais auxquels manque la lumière ; dans ce faux-pont inférieur sur lequel empiètent les soutes à charbon , se trouvent la chambre des stoppeurs , le poste des blessés. Nous donnons, dans la Planche II, le plan du faux-pont à bord du Redoutable et du La Galissonnière.

V hôpital occupe des emplacements différents , suivant le type. Sur les premiers cuirassés, il avait été placé sur le pont. « L’hôpital, dit M. Bourel-Roncière , était possible sur le pont large et dégagé des anciennes frégates blindées j et les médecins de la marine avaient applaudi à cette innovation imaginée sur la Gloire et conservée sur la plupart des types dérivés de ce premier modèle; mais, dans le cas présent, la forme pointue de l’avant, la forte rentrée des œuvres mortes à cette extrémité, l’étroitesse consécutive du gaillard, l’encombrement du pont, qui en est la conséquence, et l’exiguïté de l’espace disponible , entraînaient nécessairement l’abandon de cet emplacement. Revenu dans la batterie haute , l’hôpital est réellement à sa place , et nul autre point de l’avant ne s’accorderait mieux à cette destination. »

Quant aux dimensions , la comparaison des différents types de navires, au point de vue de la grandeur absolue de leurs hôpitaux, donne, d’après M. Fonssagrives , le classement suivant : ancien trois-ponts ; vaisseau de deuxième rang en bois ; vaisseau mixte ( Duquesne ) ; cuirassés anciens ; cuirassés du type Richelieu; frégates en bois de deuxième rang; frégates en bois de premier rang; cuirassés actuels de premier rang; frégates en bois de troisième rang; corvettes de deuxième rang; cuirassés actuels de deuxième rang; frégates à vapeur à aubes ; corvettes anciennes à batterie couverte.

Le tableau suivant (Fonssagrives et Bourel-Roncière) donne le cube absolu (fictif) des différents types et leur cube spécifique ou par lit :

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