‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 4)Chapitre 31 sur 124 · TOME VIII. — NOÜV. TECH · texte numérisé non relu

TOME VIII. — NOÜV. TECH

LA PARFUMERIE

aux opérations plus qu’au pays lui-méme » — Le mot « opérations » est surtout à noter, dans ce passage, car il vient à l’encontre de l’opinion trop facilement admise qui veut que dans l’antiquité la parfumerie n’était pas déjà une science et que les parfums ne fussent alors employés qu’en l’état où nous les offre la nature ou tout au plus dissous dans des véhicules appropriés.

On pourrait meme inférer de la lecture de certains auteurs que les Grecs n’ignoraient aucun des secrets de nos parfumeurs; qu’ils savaient aussi bien que ces derniers séparer l’essence de l’eau et l’esprit de l’huile, qu’ils connaissaient l’enfleurage aussi bien que la macération au bain-marie.

Dans une foule de passages de la Bible, nous voyons que les juifs faisaient un grand usage des parfums et des aromates, non pour leur toilette, mais pour les cérémonies de leur cuite, et aussi pour les répandre sur les morts, les embaumer. Les chrétiens adoptèrent l’usage des juifs.

A Rome la vente des parfums fut d’abord défendue aussi sévèrement qu’elle l’avait été à Sparte, d’où les parfumeurs même étaient bannis comme gens qui gâtaient l’huile ; mais lorsque, maître du monde, ce peuple n’eùt plus qu’à jouir de sa victoire et qu’il se laissa aller à tous les plaisirs, rechercha toutes les satisfactions de la sensualité, l’emploi des odeurs et des cosmétiques devait entrer dans ses mœurs, même devenir d’un usage non moins exagéré que chez les Grecs. Il en fut ainsi, en effet, aux témoignages de Properce, d’Horace, de Martial, d’Ovide qui a écrit un livre avec ce titre : La cosmétique. Comme les Athéniens, les Romains avaient des essences particulières pour chacune des parties du corps ; ils parfumaient leurs meubles, leurs bains, leurs couches ; ils couronnaient leurs convives et se couronnaient de fleurs pendant les festins et parfumaient leurs boissons ; le velarium qui garantissait les spectateurs du cirque contre les rayons du soleil était imprégné d’eau de senteur qui, durant les représentations, tombait en pluie fine et odoriférante. Comme eux aussi ils avaient coutume d’oindre de parfums le corps des personnes mortes. On rapporte que Néron fit brûler sur le bûcher de sa femme Sabine Poppée — en signe de repentir sans doute, car on sait qu’il l’avait tuée d’un coup de pied dans le ventre, — plus d’encens que n’en produisait toute l’Arabie en une année. — Rappelons ici — et c’est bien le lieu, que c’est la mère de cette impératrice infortunée autant que belle, que c’est à Poppée qu’est due, non pas comme on l’a cru, l’idée de se voiler le visage, car l’usage du voile remonte à la plus haute antiquité, les juives en portaient un — mais l’invention d’un fard onctueux composé de seigle bouilli avec de l’huile et formant une pâte épaisse. Elle s’en couvrait le visage dans la matinée pour l’avoir frais le soir; elle le détachait au moyen d’un lavage au lait. Cette sorte de masque, qui resta longtemps en crédit parmi les grandes coquettes de Rome, s’appelait, du nom de celle qui l’avait inventé, Poppcana Pinguia > ou encore masque au mari parce que lui seul en était victime.

.Les parfums les plus estimés des Romains, les plus à la mode chez ce peuple devenu fastueux et voluptueux à l’égal des orientaux ses vaincus, étaient les roses de Pæstum, le nard, le megalium, le telinum, le malabathrum, l’opobalsanum, le cinnamome, etc. — Le jonc odorant était réservé aux courtisanes. — Mais nous venons de voir par l’exemple du masque de Poppée que ce n’était pas seulement les parfums qui étaient en honneur à Rome, mais aussi les cosmétiques, et l’emploi de ceux-ci comme le goût de ceux-là y devint exagéré. Dans Properce, dans Pline, dans Ovide on pourra trouver les recettes des huiles, des pommades, des fards les plus employés, les plus en crédit, même les noms de ceux qui les fabriquaient, des parfumeurs les plus en vogue : Notons ceux de Nicéros, de Cosmus, de Folia.

Nous pourrions, poursuivant cette revue rétrospective de l’industrie de la par-

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fumerie, montrer que les odeurs et les cosmétiques furent à toutes les époques et chez tous les peuples en grand honneur. Ainsi Hérodote nous apprend que les femmes scythes broyaient sur une pierre du bois de cyprès, du cèdre et de l’encens; elles y versaient ensuite une certaine quantité d’eau jusqu’à ce que le tout prît la consistance d’une pâte qui servait à enduire le visage et les membres; cette composition répandait d’abord une odeur agréable, puis quand on l’enlevait le lendemain, elle donnait à la peau de la douceur et de l’éclat.

Les Égyptiens n’enveloppaient pas seulement leurs morts d’aromates, comme le font encore aujourd’hui les Chinois, ils portaient toujours sur eux des sachets de gommes-résines odoriférantes. Dans un livre qui est moins un roman qu’une restitution historique, un vrai tableau de mœurs, dans Sa'lamboo, M. Gustave Flaubert nous montre les Carthaginois et les Phéniciens ne dédaignant pas de s’occuper en grand du commerce de la parfumerie; les Vénitiens et les Génois leur succédèrent naturellement, puis vint le tour des Florentins, qui, amenés en France par Catherine de Médicis, gardèrent le monopole de la vogue jusqu’à Louis XÎV; alors, chacun, à l’imitation du roi, prétendit détester les parfums. Aujourd’hui la suprématie dans l’art de la parfumerie appartient sans conteste à la France. *

Nous disons aujourd’hui ; toutefois nous pourrions montrer que les anciens déjà étaient nos tributaires à cet égard, et que les Romains non-seulement tiraient de notre province leurs parfums les plus délicats, mais que leurs plus célèbres parfumeurs appartenaient à la nation gauloise. Sans remonter à cette époque, notons dans nos vieux chroniqueurs et poètes quelques passages qui prouvent que même à cette époque durant laquelle il fit nuit noire sur la France, en plein moyen âge, en pleine barbarie, derrière les épaisses murailles des donjons, les cassolettes brûlaient, aussi bien que dans les palais de Babylone et que les femmes, à l’exemple de Jésabeth, ne dédaignaient pas de peindre et d’orner leur visage.

C’est ainsi que Grégoire de Tours nous dénonce Clotilde, Brunehant, Galsinthe comme relevant par les fards et les pommades l’éclat de leurs attraits, attraits funestes qui entretinrent entre les rois de la famille mérovingienne des querelles permanentes, et firent couler tant de sang !

Le même chroniqueur nous apprend que les Francs et les Gaulois, à l’exemple des gourmets de Rome et d’Athènes, faisaient usage de vins parfumés [vino odoramentis immixta). Mathieu de Coucy rapporte que dans un banquet donné par Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, on voyait sur la table du festin une statuette d’enfant qui pissait de l’eau de rose. Lorsque Haroun-al-Raschid envoya une ambassade à Charlemagne, il eut soin de ne pas oublier des boîtes de parfums parmi les présents qu’il lui fit offrir. Puis vint l’invasion des Maures qui apportèrent ou plutôt rendirent plus général l’usage des odeurs et des cosmétiques. Enfin les croisades nous firent connaître des parfums nouveaux. Mais déjà depuis longtemps l’industrie de la parfumerie avait atteint un développement tel que les parfumeurs étaient soumis au régime des corporations. « En 1190, dit M. Claye {Les talismans de la beauté), Philippe-Auguste octroya aux parfumeurs des statuts qui furent confirmés par le roi Jean le 20 décembre 1357, et par lettre royale de Henri III le 27 juillet 1582, qui régirent cette industrie jusqu’en 1636. Sous Colbert, qui donna une grande impulsion à l’industrie française, les parfumeurs ou parfumeurs-gantiers, comme on les appelait, obtinrent des patentes enregistrées au Parlement qui prouvent leur importance acquise; leur confrérie était établie à la chapelle Sainte-Anne de l’église des Innocents; par patentes données le 20 juillet 1426 par Henri II, roi d’Angleterre, qui se qualifiait roi de France pendant les troubles qui marquèrent le règne de Charles VII, leurs armes enregistrées en l’armorial général de France, sont :

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d’argent à trois gants de gueules au chef d’azur chargé d’une cassolette antique d’or. »

Avec les Médicis l’emploi des odeurs et des cosmétiques se généralise en France de plus en plus, en même temps que les Italiens — les Florentins surtout — accaparent peu à peu tout le commerce de la parfumerie, en jouissent comme d’un privilège exclusif, d’un monopole. 11 est vrai qu’eux seuls s’occupent sérieusement de cet art et qu’ils lui font faire de grands progrès : de cette époque, en effet, datent les ouvrages remarquables de Saigini, de Guet, de Detazzi, d’Isabella Cortese, de Marinello. Avec Henri 111 et ses hideux mignons qui retrouvent le masque de Poppée, les pâtes, les pommades, les fards deviennent d’un usage tellement exagéré qu’une réaction était inévitable, la parfumerie tomba dès lors en effet dans le discrédit le plus complet pour ne se relever que sous Louis XIII par l’influence d’Anne d’Autriche. « La pâte d’amandes, dit Réveil, et les crèmes au cacao et à la vanille, importées d’Espagne, servaient à blanchir les mains et les épaules des belles dames de la cour et de l’hôtel de Rambouillet; c’est alors que les noms les plus précieux et les plus recherchés, empruntés pour la plupart au vocabulaire du Tendre, furent employés pour désigner les cosmétiques ; ils furent proscrits une seconde fois par Louis XIV qui les détestait, et ils sè relevèrent définitivement sous la Régence. La beauté presque séculaire de Ninon d’Enclos montre les progrès que l’art du parfumeur avait faits à cette époque. »

Déjà, depuis longtemps du reste, quelques savants français avaient, et non sans succès, tenté de ravir aux Italiens le monopole que ceux-ci s’étaient attribué; ils avaient fait de la parfumerie une étude très-sérieuse et publié des traités consultés encore aujourd’hui avec fruit. Nous ne pouvons nous dispenser d’en noter ici quelques-uns, prévenant qu’on en trouvera la bibliographie complète dans le petit livre du bibliophile Jacob intitulé : L'art de conserver la beauté (Paris 1858, in-32). Dès 1530, André Le Fournier publie : La décoration d'humaine nature et ci ornement des clames , etc., ouvrage qui fut réimprimé plus de dix fois dans le courant du xvie siècle. Puis vient Michel de Notre-Dame avec un excellent et moult utile opuscule qui traite de diverses façons de fardements et senteurs, etc. (Lyon 1555, in-1 6). En 1582 parait un des plus importants ouvrages qui aient été publiés sur la parfumerie, celui de Jean Liebaut; il a pour titre : Trois livres de V embellissement du corps humain (Paris, in-8°). Viennent ensuite : Flurance Frébault, L'art d’embellir... (Paris 1608, in-12); L. P. B. L. Histoire de l'embellissement... (Paris 1616, in-8°); Louis Guyon, Le miroir de la beauté et de la santé corporelle (Lyon 1623 et 1643, 2 vol. in-8°) ; Bodeau de Somaise, Le secret d'être toujours belle (Paris 1666, in-12); De Blegny, Secrets concernant la beauté et la santé... (Paris 1689, 2 vol. in-8°); Ant.-le-Camus, L'art de conserver la beauté... (Paris 1748,4 vol. in-12); Buclioz, Toilette de Flore ou Essai sur la manière de préparer les essences , les pommades (1).

Terminons en quelques lignes l’histoire de la parfumerie, de ses progrès comme art et comme science, et aussi des progrès de son commerce par l’emploi de ses produits chaque jour d’un usage plus généralisé.

e Nous en étions au siècle dernier, à cette époque où le maréchal de Richelieu

que n’auraient point désavoué les raffinés de Rome et d’Athènes — vivait dans

une atmosphère odorante que des soufflets lançaient continuellement dans ses appartements. Les grandes coquettes de cette époque ne dédaignaient pas plus que les grandes coquettes de Rome et d’Athènes de s’occuper elles-mêmes de la cosmétique : Ninon d’Enclos, la Pompadour, laquelle dépensait en parfums plus

(1) Guide pratique du parfumeur , dictionnaire raisonné des cosmétiques et parfums, par le Dr A.-B. Lunel, 1 vol. in-8 de 340 pages, 4 fr. — E. Lacroix, éditeur.

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de 500,000 fr. par an, la Dubarry ne le cèdent en rien aux Aspasie et aux Sabine Poppée. On invente la fameuse poudre. à la maréchale; et aussi la non moins fameuse frangipane, poudre composée de tous les aromates connus, en égales proportions, auxquels on ajoute de la racine d’iris en poids égal à la totalité avec un pour cent de musc et de civette. Le petit-fils du grand seigneur romain qui avait inventé cette poudre, et lui avait donné son nom, Mercurio Frangipani, jaloux de la gloire qui avait illustré son grand-père plus que ne l’eût fait une victoire, à son tour inventa la liqueur à la Frangipane. Chacun sait que ce parfum, qui a surtout le mérite d’être entre tous le plus durable, se prépare en faisant dissoudre de la poudre de frangipane dans de l’esprit-de-vin rectifié qui dissout les principes odorants.

Pendant la Révolution, l’industrie de la parfumerie fut, et cela se conçoit, peu prospère; mais elle se releva bientôt et plus florissante que jamais avec le Directoire, dont les belles coquettes remirent à la mode les bains de lait d’ânesse, de Sabine Poppée. Mmc Tallien, voluptueuse émérite, leur préférait les bains préparés avec des fraises et des framboises. Elle y demeurait une heure et, quand sa peau s’était bien imprégnée du suc de ces fruits, on la frictionnait doucement avec un linge fin ou avec une éponge imbibée de lait. Le commerce de la parfumerie ne fit que progresser sous l’empire : Napoléon Ier était trèssensible à l’action des parfums; il versait lui-même tous les matins de l’eau de Cologne sur sa tête et sur ses épaules; l’impératrice Joséphine avait pour les Heurs et les parfums le goût d’une créole; elle avait apporté de la Martinique des cosmétiques dont elle n’abandonna jamais l’usage.

Pour compléter cette première partie de notre travail, il nous reste à montrer par les documents et les chiffres officiels l’état actuel de l’industrie de la parfumerie.

Cette industrie a pris en France, surtout depuis 1820, un développement des plus considérables et elle tend à s’accroître encore.

D’après la statistique de la direction générale des douanes, de 1866, le chiffre d’affaires du commerce de la parfumerie fut pour les marchandises exportées de 16 millions de francs et de 10 millions pour les produits consommés en France.

En nous appuyant sur des renseignements puisés aux meilleures sources, nous pouvons affirmer que la valeur des marchandises exportées en 1877 a dépassé le chiffre de 17 millions, et que celle des marchandises consommées sur les marchés français n’a pas été moindre de 12 millions 500,000 francs.

Les pays où notre importation est la plus considérable sont, d’après le catalogue officiel publié par le commissariat général de l’Exposition :

L’Angleterre . 225,000 kilogs.

La Belgique . 185,000 —

Les possessions espagnoles en Amérique . 172,000 —

Le Brésil . 150,000 —

L’Allemagne . 135,000 —

Les États-Unis . 135,000 —

Les grands centres de fabrication française sont la Provence et Paris. Comme nous le dirons plus loin, la Provence s’occupe presque spécialement des matières premières qui , en cette qualité, appartiennent à la classe 47 (produits chimiques). Paris, au contraire, fournit les produits prêts à être livrés à la consommation, tels que pommades, huiles parfumées, vinaigres aromatisés, eaux de toilette, poudres, cosmétiques, etc. C’est à Paris seul que les principaux fabricants savent donner à l’enveloppe de ces produits un cachet de goût et d élégance, si recherché et si apprécié de tous ceux qui les consomment.

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En France, le commerce de la parfumerie occupe près de 4,000 ouvriers, tant hommes que femmes; les usines utilisent environ 400 chevaux-vapeur; enfin la moyenne des salaires varie, pour les hommes, entre 3 fr. 50 et 5 fr., et pour les femmes et enfants, entre 2 et 3 fr.

Depuis 1867, des perfectionnements assez importants ont été apportés dans l’outillage et dans la fabrication de la parfumerie ; le travail mécanique s’est, dans un grand nombre d’usines, substitué au travail manuel. Enfin, les progrès de la chimie ont permis de simplifier et de rendre moius coûteux un certain nombre de procédés. On a même espéré, grâce à cette science, fabriquer de toute pièce des parfums artificiels. Nous signalerons plus loin les essences nouvelles qui, en ces dernières années, ont été introduites dans le laboratoire du parfumeur, les excipients nouveaux, et en particulier la vaseline , que l’on a cru un moment pouvoir remplacer les corps gras auxquels on a eu recours jusqii’ici. Enfin quelques modifications heureuses ont été apportées à des appareils dont nous donnerons la description.

II. Matières premières. — Leurs provenances. — Statistique des cultures florales. — Parfums d’origine animale. — Parfums artificiels. —

L’industrie de la parfumerie emprunte ses matières premières au règne végétal et au règne animal; elle va les chercher dans tous les pays du globe, sous toutes les latitudes. Car même dans les contrées les plus désolées, dans celles qui paraissent les plus déshéritées, croissent des arbres où poussent des fleurs d’où l’on extrait, ou d’où l’on pourrait extraire de délicieux parfums. Au sommet des Alpes, du milieu des neiges se dégagent les plus délicates senteurs. M. Louis Piesse écrivait des régions sauvages de l’Australie méridionale qu’il explorait avec le capitaine Sturt : «les pluies ont revêtu la terre d’une verdure aussi belle que celle des prairies du shorosphire au mois de mai, et de fleurs aussi douces que la violette d’Angleterre, à laquelle l’anémone blanche ressemble sous le rapport du parfum. L’acàcia jaune (cassie) en fleur est magnifique et exhale une odeur pénétrante. » Forster Ker, du haut Canada, écrivait au célèbre parfumeur que nous venons de citer: « Je vous envoie quelques brins de notre gazon indien (indian grass) dont vous ne manquerez pas de remarquer la délicieuse odeur. Vous n’avez rien en Angleterre à y comparer et je m’étonne que vos parfumeurs ne l’emploient pas. Il est très-abondant ici. »

Nous sommes tributaires pour un grand nombre de parfums très-précieux des Indes orientales, de Ceylan, du Mexique, du Pérou. La Sicile nous envoie le citron et l’orange, Florence nous a toujours donné son iris et la bergamote, le Tlionkin son musc; depuis quelques années, l’Algérie, sa myrrhe et ses résines; le Pérou et Tolu (Amérique du Sud), les baumes qui portent ces noms; l’Angleterre a presque le monopole de la lavande et de la menthe poivrée, que l’on cultive à Miteham dans le comté de Surrey et à Hitchin dans le comté de Hertfort.

L’Angleterre ferait même une concurrence très-sérieuse à la France, si elle avait nos alcools et si elle possédait ce coin de terre qui s’étend de la Méditerranée aux Alpes, cette province qui est une corbeille dans laquelle on a jeté à plaisir toutes les fleurs de la création, d’où s’exhalent les parfums les plus suaves. Sur cette terre bénie, sont cultivés avec le plus rare succès, le jasmin, la rose, la tubéreuse, la jonquille, l’œillet, le réséda, l’héliotrope, le citronnier et l’oranger, le thym, le romarin, l’aspic, la lavande, le néroli.

Les plus importantes cultures sont établies à Grasse, à Nice et à Cannes, d’autres de moindre étendue, se trouvent aux environs de Nîmes et de Montpellier. Notons, sans sortir de la France, que l’on cultive aux environs de Paris la menthe (plaine de Gennevilliers), l’angélique, l’estragon, l’hysope, le daricus, la camo mille, l’absinthe, etc. A Grasse on cultive surtout le jasmin, la rose, la tubé-

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relise, à Cannes les fleurs de cassie et l’oranger, à Nice les violettes, à Montpellier et à Nîmes le thym, le romarin, l’aspic et la lavande.

Depuis quelques années on a établi en Algérie, dans la plaine de la Metidja et sur une superficie de quatre cents hectares la culture du géranium. On enlait trois récoltes par année qui produisent environ six mille kilogrammes d’essence.

Ce chiffre qui, a première vue, semble bien élevé, est relativement minime si on le compare à l’importance qu’a acquise en Provence la culture florale et l’étendue considérable de terrain qu’elle comporte.

Voici, en effet, d’après une statistique récente, les quantités et les valeurs annuelles des six principales fleurs qu’on consomme pour la parfumerie à Grasse, à Cannes et à Nice:

Quantités. Valeurs.

Fleurs d’oranger . 2,000,000 kilogr. 2,000,000 fr.

Roses. . . . . . 500,000 — 500,000

Jasmins . 80,000 — 200,000

Violettes . 80,000 — 400,000

Cassis . 40,000 — 160,000

Tubéreuses . 20,000 — 80,000

On fabrique avec ces fleurs à peu près 500,000 kilos de pommades et d’huiles parfumées, 1 million de litres d’eau de fleurs d’oranger, 100,000 litres d’eau de rose et 1,200 kilog de néroli.

M. Piesse a fait, à propos des fleurs d’oranger, une réflexion très-juste : « Eu égard, dit-il, à la quantité de fleurs d’orangers produite à Cannes, à Grasse, à Nice, il n’est pas possible aux distillateurs de fabriquer plus de quatre-centsoixante-cinq mille litres ou kilogrammes d’eau de fleurs d’oranger pure avec la quantité de fleurs qui leur est fournie par les fabricants de pommades ; mais la fabrication de cet article est si grande qu’on exporte plus d’un million de kilogrammes d’eau de fleurs d’oranger frelatée. » il est donc très-important que la distillation de ces fleurs soit soumise à une rigoureuse surveillance.

Disons maintenant quelques mots de chacune des plantes dont les fabricants de parfumerie sont le plus spécialement tributaires.

Le Chèvrefeuille des jardins, de la famille des capri foliacées, arbrisseau indigène, sarmenteux et volubile, produit un parfum aussi délicat que durable. Il n’est toutefois pas employé en parfumerie. On préfère vendre sous l’étiquette de cette fleur charmante un extrait ainsi composé :

Extrait alcoolique de pommade à la rose . 57 centilitres

— . — de violette . 57 —

— — de tubéreuse . 57 —

Extrait de vanille . 14 —

— de tolu . 14 —

Essence de néroli . 10 gouttes

— d’amandes . 5 —

L’Églantixe. — 11 en est de cette fleur comme de la précédente, au lieu d’en recueillir l’odeur, on aime mieux en faire un extrait artificiel.

LaGAULTHÉRiNE. — Cette plante de la famille des Éricacées, est un joli arbuste de l’Amérique septentrionale ; ses fleurs mâchées laissent dans la bouche l’arome de la fleur d’oranger ; elles sont officinales au Canada, et employées en infusion théiforme, de là leur nom de montain tea; leur fruit, nommé box berry , est comestible. L’essence du gaultheria procumbens, ou de Wintergreen , comme on l’appelle, se combine avec les bases et forme des sels nommés gaultherates .

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L’acide salicyleux ouspyroïleux, ou essence de reine des prés ou d’ulmaire, spir ea ulmaria (rosacées-spiracées), s’obtient artificiellement en distillant un mélange de salicine, de bichromate de potasse ou d’acide sulfurique. La formule est == C14 H6 O4 = G14 H5 O4 H. Ce n’est qu’un des parfums artificiels dont nous parlerons plus loin.

Le Géranium ou plus exactement le pélargonium , de la famille des géra niacées, plante du Cap, dont on cultive en France des centaines d’espèces, variées àl’infini.Nous n’avons à nous occuper ici que des pélargoniums roseum et capitum qui fournissent à la distillation une essence qui sert à falsifier l’essence de roses. 1 00 kilogrammes de feuilles donnent environ 120 grammes d’huile essentielle. Dissoute dans l’esprit de vin à raison de 125 grammes par litre, cette essence forme l’extrait de géranium du commerce.

L’Héliotrope, plante de la famille des borraginêcs. — Nous dirons plus loin comment le parfum de cette fleur est extrait, à l’aide de sulfure de carbone, par le procédé Millon, modifié par M. Piver. Voici, en attendant, un moyen simple, à la portée de toute personne ayant un jardin; il nous est indiqué par M. Piesse : Prenez un de ces petits pots dans lesquels on fait fondre la colle forte à l’eau bouillante : c’est en réalité ce que dans le langage de laboratoire on appelle un bain-marie. Il doit pouvoir contenir 500 grammes au moins de graisse fondue. A l’époque où la plante fleurit, ayez 500 grammes de beau saindoux, faites fondre, passez à travers un tamis de crin serré, et laissez la graisse liquide, en sortant du tamis, tomber dans un vase plein d’eau de source froide. Cette opération en sépare les membranes et le sang sous forme de caillots. Pour obtenir une graisse parfaitement inodore, on peut répéter cette opération trois ou quatre fois, en ayant soin d’ajouter chaque fois dans l’eau une pincée de sel ou une pincée- d’alun. On lave ensuite cinq ou six fois à grande eau, enfin on fait refondre dans une bassine pour qu’il ne reste plus une goutte d’eau.

Maintenant, mettez le saindoux clarifié dans le vase à macérations et placez-le près du feu, de manière à ce que la chaleur le conserve liquide. Jetez-y autant de fleurs que vous pourrez, et laissez-les digérer pendant 24 heures ; au bout de ce temps, retirez les fleurs épuisées, et remplacez-les par des fraîches; répétez pendant une semaine. Nous sommes convaincu qu’après le filtrage définitif, vous aurez une graisse très-parfumée et qui, refroidie, pourra à bon droit s’appeler pommade à l'héliotrope.

La pommade divisée en gouttelettes, on la versera dans l’alcool aussi pur que possible, on la laissera digérer pendant au moins une semaine. L’alcool qu’on passera ensuite au filtre donnera un parfum délicieux pour le mouchoir, un véritable extrait d'héliotrope. La théorie de l’opération est très-simple.

On peut varier cette expérience avec toute espèce de fleurs qu’on a en abondance. Ainsi, au moyen d’un bain à macérer, plus grand que celui que nous avons indiqué, on pourrait dans toutes les serres faire une excellente pommade et une excellente essence aux mille fleurs.

L’HysoPE,de la famille des labiées, contient, comme toutes les espèces de cette famille (le thym, les menthes, le basilic, la mélisse), une huile volatile, un principe gommo-résineux, de l’acide gallique. C’est à la combinaison variée de ces diverses substances que les labiées doivent leurs vertus. Chez les unes domine une huile volatile, renfermée dans les glandes vésiculaires situées sous l’épiderme des parties herbacées; chez les autres, l’huile volatile tient en dissolution une certaine quantité de stéaroptène, carbure d’hydrogène, analogue au camphre; chez quelques-unes, le principe amer s’unit à l’huile volatile ; chez d’autres enfin, l’huile volatile, le stéaroptène, l’acide gallique et les principes amers sont réunis.

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Les espèces aromatiques sont employées, selon le plus on moins de stôaroptène que contient leur huile volatile, soit pour assaisonner les aliments, soit pour préparer des eaux médicinales ou autres médicaments, soit pour parfumer des cosmétiques.

De ces derniers estl’hysope qui fournit à la distillation une huile essentielle, employée dans la parfumerie commune. L’huile d’hysope est incolore et jaunit au contact de l’air et se résinifie; elle bout à 160° centigrades.

Le Jasmin. — Cette plante appartient à une famille, les jasminées , dont les nombreuses espèces possèdent toutes dans le tissu de leur corolle une huile volatile que l’on obtient, non par la distillation, mais en stratifiant des fleurs sur du coton imbibé d’huile de Ben. Cette huile fixe, inodore et peu susceptible de se rancir, dissout rapidement l’huile volatile du jasmin, et la conserve avec tout son arôme. Les espèces employées en parfumerie sont le jasmin odoriférant de l’Inde, dont les corolles ont l’odeur et la couleur de la jonquille; le jasmin grandi flore ou jasmin d'Espagne ; ses corolles sont grandes, rouges en dehors, blanches en dedans et d’odeur suave; enfin et surtout le jasmin sambac, arbrisseau grimpant de l’Inde, nommé encore jasmin d’Arabie, dont les fleurs trèsodoriférantes, surtout pendant la nuit, se succèdent perpétuellement. On cultive le jasmin dans le midi de la France, surtout aux environs de Cannes où beaucoup de paysans ont des coins de terrain plantés de cette fleur, qu’ils vont vendre à la ville par petits lots de 4 à 6 francs le kilogramme. « L’autre jour, raconte Alphonse Karr, j’ai vu à Nice deux cultivateurs dans un jardin : l’un achetait à l’autre 4,000 pieds de jasmin d’Espagne. Je n’assistais pas aux débats, mais ils avaient dû être chauds et animés. Lorsque j’arrivai, le marché était conclu. Le prix ordinaire du jasmin d’Espagne est de 3 ào francs les 100 pieds. Ceux-ci étaient magnifiques et couverts de larges fleurs blanches et de boutons violets; l’acheteur prit une bêche et les déracina. Je le crus fou. En France les jasmins déplantés au mois d’août, quand ils sont en pleines fleurs, seraient regardés comme perdus et bons à mettre en fagots pour allumer le feu. Mais mon homme emporta les jasmins chez lui, les mit en terre, leur donna quelques arrosoirs d’eau et les laissa tranquilles. Trois jours après j’allai les voir : ils étaient dans un état superbe et n’avaient pas cessé de se couvrir de fleurs. »

Malheureusement les odeurs extraites de ces diverses variétés de jasmins sont peu stables ; sous certaines influences atmosphériques elles s’évaporent rapidement et il ne reste plus qu’un produit en quelque sorte inerte. 11 n’en serait pas de même avec le jasmin à double corolle qui croît dans les pays tropicaux. De même que ceux dont nous venons de parler, il ne donne pas d’essence; mais si on le traite par les huiles légères de pétrole, on en retire un extrait d’où se dégage le plus délicieux parfum. Cette substance a fait pour la première fois son apparition à la dernière Exposition ; nous l'avons remarquée dans la vitrine de M. Rigaud. C’est un incontestable progrès.

La Jonquille, de la famille des amaryllidées, aux feuilles menues comme du jonc, aux fleurs jaunes et odoriférantes, se traite de la même manière que le jasmin. Toutefois il faut dire que dans l’extrait vendu sous l’étiquette de cette charmante fleur, il entre bien rarement de la jonquille et que le plus souvent cet extrait est composé d’extraits de jasmin, de tubéreuse, de fleurs d’oranger et de vanille liquide.

Le Laurier d’Apollon, indigène dans le midi de l’Europe ; ses feuilles persistantes, longues et larges, coriacées et lisses, renferment un parfum trèsagréable qu’on obtient par distillation ou par macération dans l’huile ou la graisse. .

LA PARFUM ELUE

La Lavande, originaire de Perse, des Canaries ou du midi de l’Europe, est cultivée en France, surtout à Grasse et à Cannes; mais l’Angleterre peut à bon droit réclamer la supériorité pour les produits extraits de cette plante, produits qui sont un des plus importants du commerce de la parfumerie. C’est à Mitcham, dans le comté de Surrey, et à Hitchin, dans le comté d’Hertfot, que la lavande est cultivée en grand. C’est de ce dernier lieu que vient la plus belle essence ; elle y est fabriquée par M. Perks, et on pouvait en voir dans la section anglaise des échantillons d’une remarquable beauté. Us ne doivent pas nous faire oublier cependant ceux soumis à notre appréciation par M. Roure-Bertrand, de Grasse, qui, il y a quelques années, a introduit avec succès, dans ses cultures, des plantes de lavande anglaise nitcham.

Les Lilas appartenant à la famille des oléiniês, en renferment d’assez nombreuses variétés : c’est du lilas commun qu’on extrait par enfleurage ou par macération le parfum contenu dans ses corolles.

Les Lis, de la famille des liliacées, cèdent leur doux parfum quand on les fait infuser dans de l’huile d’amandes douces ou dans de l’huile d’olive. L’infusion doit durer deux jours au moins et l’on doit changer les fleurs tous les jours. Les lis de la Limagne sont les plus estimés.

La Marjolaine, de la famille des labiées , est une plante vivace, souvent annuelle dans nos jardins et très-variable ; ses fleurs tonnent des épis dont les bractées, serrées et blanchâtres, sont disposées sur quatre rangs. Cette plante était désignée par les anciens sons le nom à’ Amaracus, et il en est parlé dans Y Enéide « la tendre marjolaine l’enveloppe de son ombre et de ses parfums. » Cent kilogrammes d’herbe sèche de marjolaine donnent par la distillation 625 grammes d’essence de marjolaine ou d'origan , pour donner à cette essence le nom sous lequel elle est connue dans le commerce. On prépare encore une essence d'origan avec Y origanum vulgare , plante qui croit dans tous les bois secs et montueux de toutes les régions tempérées de l’hémisphère boréal.

Le Myrte, auquel les anciens attribuaient la vertu de préserver de l’ivresse, est un élégant arbrisseau méditerranéen ; il est aromatique dans toutes ses parties, mais on ne se sert que de ses feuilles en parfumerie : 50 kilogrammes produisent par distillation 155 grammes d’huile volatile. L’eau de fleur de myrte porte dans le commerce la dénomination d’eau d'anges.

Le Narcisse appartient comme la jonquille à la famille des amaryllidées ; on en compte plusieurs variétés, mais c’est le narcisse poétique qui est surtout employé par les parfumeurs qui le traitent par l’enfleurage ou la macération. Il est en Provence l’objet de grandes cultures.

Le Néroli ou huile essentielle de fleurs d’oranger . — Ce qu’il convient d’en dire dans un travail tel que celui-ci a déjà été dit plus haut.

L’Œillet, de la famille des caryophy liées, exhale une odeur suave et péné- 1 trante, il n’a pourtant pas jusqu’aujourd’hui été mis à contribution par les parfumeurs qui, sous le nom de cette plante, vendent un extrait composé de :

Esprit de roses . 28 centilitres.

— de fleurs d’oranger . 14 —

— de fleurs d'acacia . 14 —

— de vanille . 56 grammes.

Essence de girofle . 6 gouttes.

LA PARFUMERIE

Le Patchouly, qui appartient à cette famille des labiées à laquelle les parfumeurs doivent le thym, le romarin, la lavande, la marjolaine, est une espèce indienne, sous ligneuse, voisine des basilics, à fleurs d’un violet pille. L'huile volatile à laquelle il doit son odeur et qui le fait tant rechercher est, contenue dans ses feuilles; on l’en extrait par la distillation. 50 kilogr. d’herbe donnent 875 grammes d’une huile essentielle d’un brun foncé, d’une odeur très-puissante.

Les Pois de- senteur, de la famille des légumineuses , donnent par enfleurage une très-délicate odeur mais peu employée par les parfumeurs, qui préfèrent composer un extrait artificiel de cette plante. 11 en est de môme de la reine des 'près ou spiriéy de la famille des rosacées.

Le Réséda, de la famille des rêsédacées , dont la plupart des espèces habitent la région méditerranéenne, est une fleur originaire d’Egypte. Sous ligneux dans sa patrie, il reste herbacé et annuel en Europe; mais si on le tient en serre tempérée en l’empêchant de fleurir la première année, il devient un petit arbuste qui fleurit tout l’hiver et dure plusieurs années. Le parfum suave du réséda s’obtient par enfleurage; c’est ainsi qu’opère M. March, de Nice, dont la pommade au réséda est la spécialité. Pour l’extrait de réséda on fait macérer la pommade dans l’esprit de vin rectifié, dans les proportions de 800 grammes de pommade par litre d’alcool; on filtre au bout de quinze jours, et à l’essence obtenue on ajoute 28 grammes d’extrait de tolu.

Le Romarin, de la famille des labiées , est un petit arbrisseau de 3^ 4 pieds, très-rameux, qui fleurit au commencement du printemps ; on le cultive dans les jardins, mais il croît spontanément dans le midi de l’Europe et surtout près des rivages maritimes. C’est au romarin que le miel blanc de Narbonne doit sa saveur aromatique. C’est par la distillation des feuilles et des fleurs de cette plante qu’on obtient l’huile qui porte son nom, huile aux propriétés stimulantes, à l’odeur très-aromatique et que les parfumeurs emploient beaucoup, combinée avec d’autres essences. 50 kil d’herbes fraîches donnent environ 1 kilogramme d’essence. Les pharmaciens et les parfumeurs, ces derniers surtout aujourd’hui, préparent un alcoolat et une eau ayant pour base l’essence de romarin, c’est la fameuse eau de Hongrie , dont voici la recette :

Esprit de vin rectifié . lit. 4.54

Essence de romarin . 56 gram.

— de citron . 28

— de mélisse . 28

— de menthe . 8

Esprit de roses . 56 centil.

Extrait de fleurs d’oranger . 56

Grasse et Cannes fabriquent annuellement 1,000 kilogrammes d’essence de romarin.

Les Roses (famille des rosacées ), destinées à l’extraction de l’essence, sont cultivées de la même manière que les roses ordinaires. Je dois ajouter, au sujet de la distillation, qu’il faut mettre dans une chaudière parties égales de roses et d’eau, faire bouillir ensemble, extraire l’essence à l’alambic ; vous ôtez ensuite les roses de la chaudière, vous faites bouillir une seconde fois l’extrait sorti de l’alambic, et c’est ce second produit qui donne l’essence de rose.

L’essence obtenue par la distillation de la rose de Provence a un bouquet caractéristique provenant, croit-on, des abeilles qui transportent dans les boutons de rose le pollen des fleurs d’oranger. L’essence française est plus riche en

LA PÀUFl’MElUE.

stéréoptène que l’essence turque; 9 grammes se cristallisent dans un litre d’alcool, à la même température qui veut 18 grammes d’essence turque pour produire le même elfet. Les meilleures préparations se font à Cannes et à Grasse. Les fleurs n’y sont pas traitées pour l’essence; elles sont soumises au procédé de la macération dans la graisse ou dans l'huile. Il faut 10 kil. de roses pour enfleurer 1 kil. de graisse. — Le prix des roses varie de 50 cent, à 1 fr. 25 cent, le kilogramme.

La Sauge, de la famille des labiées, donne par la distillation de ses feuilles une essence qui sert surtout à parfumer les savons. — Les feuilles séchées et pulvérisées entrent dans la composition des sachets.

Le Sureau (capri foliacées) entre dans une foule de préparations en vente chez les parfumeurs : le lait de sureau, l’extrait de sureau, le colcream à la fleur de sureau, l’huile de sureau pour teindre les cheveux... Toutes ces préparations sont faites avec une liqueur que l'on prépare, d’après le procédé de Krembs, de la manière suivante : Distillez 5 kilogrammes de fleurs de sureau avec de l’eau, jusqu’à ce qui passe dans le récipient n’ait presque plus d’odeur, ce qui arrive ordinairement lorsque 7 à 8 kilogrammes ont passé. A la liqueur distillée ajoutez 5 kilog. d’alcool, et distillez le tout jusqu’à ce que vous ayez recueilli environ 2 kilog. Cette liqueur contient toute l’odeur des fleurs. Pour faire l’eau ordinaire ajoutez 57 gr. de cette liqueur à 57 gr. d’eau distillée.

Le Thym et le Serpolet, de la famille des labiées , sont de petits arbrisseaux qui croissent dans les lieux arides et pierreux de la région méditerranéenne. Les anciens les estimaient beaucoup comme stimulants et il en est souvent parlé dans Virgile. Nos parfumeurs enretirent par la distillation une essence qui est surtout employée pour les savons ,|et un acide, Y acide thymique ou thymol, dont M. Roure-Bertrand (de Grasse) avait exposé de très-beaux échantillons ; ce nouveau produit est aujourd’hui fort usité comme anti-septique, et, dans ce but, il remplace avantageusement l'acide phéniquc dont il n’a pas l’odeur désagréable. Séchées et concassées, lesfcuilles de cette plante rentrent dans la composition des sachets. Grasse etCannes produisent annuellement 1,000 kilogrammes d’essence de thym.

LaTuBÉREUsE ( liliacées ). — On traite cette fleur par enfleurage. Pour parfumer 1 kilog. de graisse il faut 3 kilogr. de fleurs à raison de 5 francs le kilogramme. On peut obtenir l’extrait en laissant macérer durant un mois la pommade dans l’alcool rectifié : 3,500 gr. de pommade par 4^,50 d’alcool.

La Verveine, de la famille des vervénacées, contient dans ses feuilles une huile essentielle douée d’un parfum délicieux, auquel les anciens attribuaient de grandes qualités. La verveine servait aux cérémonies lustrales; les pythonisses se couronnaient de verveine pour entrer en délire; les Druides se servaient aussi de verveine pour prononcer leurs oracles ; ainsi faisaient aussi les magiciennes : elles brûlaient de la verveine avec de l’encens pour entrer en verve. Aujourd’hui la verveine n’est plus employée que par les parfumeurs qui en extraient une odeur très-rechercliée. Toutefois, comme l’essence de verveine revient à un très-haut prix, ils préfèrent composer et vendre sous son nom un extrait fait avec :

Esprit de vin rectifié . 0,56 cent.

Essence de schœnante, appelée aussi verveine de l’Inde. ... 5 grammes

Essence d’écorce d’orange . 56 —

— d’écorce de citron . 14 —

La Violette, de la famille des violacées , plante vivace, cultivée dans tous les

LA PARFUMERIE

jardins et qui facilement se double, offre cette particularité singulière que tandis que ses racines sont émétiques, sa fleur, qui elle-même a une saveur nauséabonde, possède le parfum le plus doux, le plus agréable et entre tous le plus recherché. Le parfum de la violette s’obtient en le combinant avec l’alcool, l’huile ou la graisse, par macération ou par enfleurage, même en employant successivement ces deux méthodes : la macération précédant bien entendu l’enfleurage. Les fleurs de violette valent environ 4 fr. 50 le kilogramme; il faut 4 kilogrammes de fleurs pour enfleurer 1 kil. de graisse; l’extrait s’obtient en faisant digérer la pommade dans l’alcool rectifié. Nice et Cannes, où se trouvent les plus grandes cultures de violettes, récoltent annuellement vingt-cinq mille kilogrammes de cette fleur, dont la transformation en pommades et en huiles donnent douze mille kilog.

Le Volkameria, de la famille des verbenacées , originaire de Java et que l’on cultive dans nos serres, exhale une odeur délicieuse qui a fait donner son nom à un extrait fort à la mode et dont voici la formule :

Esprit de violette. .

— tubéreuse.

— jasmin . .

— rose . . .

Essence de musc. .

— bergamote

0,55 livre 9,55 —

56 grammes

Nous n’avons pas donné la nomenclature de toutes les plantes auxquelles les fabricants de parfums et de cosmétiques empruntent les matières premières propres à leur fabrication : donner complète cette nomenclature eût été presque refaire celle établie par Tournefort et qui comprend, chacun le sait, 10,000 espèces — même l’augmenter, car depuis 1694, on a trouvé des espèces nouvelles, dont un grand nombre ne peut entrer dans la classification du célèbre naturaliste.

Toutefois, nous devons dire quelques mots des nouvelles plantes introduites en ces dernières années dans le commerce de la parfumerie. Il est bien entendu que nous ne mentionnons que les principales :

Sous le nom de ylangylang , on exportait en Europe, depuis assez longtemps déjà, une essence provenant d’une plante dont l’espèce n’avait pas été déterminée. 11 y a une dizaine d’années, M. Rigaud a fait connaître le véritable nom de cette plante, c’est l'unona odoratissima. Grâce aux procédés nouveaux de distillation qu’il a fait adopter aux îles Philippines par les producteurs, cette précieuse essence ne coûte pas, actuellement, plus cher que l’essence de roses; aussi est-elle aujourd’hui répandue dans le monde entier. De magnifiques échantillons se trouvaient exposés dans les vitrines de plusieurs fabricants français et étrangers.

Le Champacca, de la famille des magnoliacêes. Le michelia champacca est une plante qui croît à Java (Indes néerlandaises). Par la distillation elle ne cède pas d’huile essentielle, mais c’est à l’aide du sulfure de carbone et des huiles de pétrole, croyons-nous, qu'on en obtient un extrait solide doué d’un parfum exquis. Malheureusement le prix de revient de cet extrait est très-élevé, puisqu’il n’est pas au-dessous de 15,000 fr. le kilog.; mais grâce à la diffusion de ce produit, il est possible d’en préparer des cosmétiques divers, d’une odeur suave et pénétrante et d’un prix relativement assez bas.

Chose curieuse, les feuilles du miclielia champacca deviennent fétides en se flétrissant, aussi l'extrait dont nous venons de parler doit-il être préparé sur place. Du reste cette plante, qui appartient à la famille des magnoliacêes , jouit

LA PARFUMERIE

dans tout l’archipel malais d’une grande réputation; ses feuilles, son écorce, ses graines, ses bourgeons possèdent, dit-on, les plus remarquables propriétés thérapeutiques.

Citons encore parmi les diverses plantes que l’on ne distille que depuis quelques années et qui ont fait leur première apparition à l’Exposition universelle.

Le Kananga du Japon, une des nombreuses variétés de Yunona odoratissima (de la famille des anonacées). En raison du bon marché du produit odorant que l’on en extrait, sa consommation tend à augmenter tous les jours.

L’Eupatoire des Antilles, de la famille des enpatoriacèes. Il importe de ne point confondre cet eupatoire avec Yeupatoire d’Avicenne , ni avec Yeupatoire de Mésuè qui sont, l’un et l’autre, quelquefois employés en médecine mais non en parfumerie.

On extrait de l’eupatoire du Brésil un principe odorant offrant une très-grande analogie avec la coumarine ou stéaroptène que l’on retire de la fève tonka, et qui se trouve également dans les fleurs du mélilot, dans l’aspérule odorante et le fabam.

Un progrès important a encore été accompli en ces dernières années dans l’art de la parfumerie, c’est la fabrication d’essences naturelles concrètes obtenues directement des fleurs.

C'est le domaine des essences agrandi, c’est l’introduction dans l’industrie de nouvelles substances entièrement solubles dans l’alcool, portées à leur maximum de concentration et qui se recommandent par leurs qualités naturelles et leur emploi facile.

Nous avons surtout remarqué dans la vitrine de plusieurs fabricants, et notamment dans celle de M. Roure-Bertrand fils, des essences concrètes de jasmin, de jonquille, de tubéreuse, de violette et du cassia farnesiana.

Nous n’avons presque exclusivement parlé jusqu’ici que des plantes dont le parfum réside dans la fleur ou les feuilles ; or, le parfum ne se cache pas là toujours : tantôt il se trouve dans le bois ou dans l’écorce, dans la racine, dans la graine ou dans le fruit. Nous n’avons, entre parenthèse, et comme fait trèscurieux, que certaines plantes qui présentent plusieurs odeurs distinctes; ainsi Po ranger en a trois : des feuilles et des petits fruits on extrait le petit grain , des fleurs le néroli et de l’écorce des fruits l’huile dite de Portugal.

Ce serait commettre une lacune véritable que de ne pas noter dans le règne végétal les baumes, les gommes, les écorces, qui sont des matières premières fondamentales dans l’industrie du parfumeur. Nous ne parlerons du reste que des principales et très-brièvement, pour passer ensuite aux parfums tirés du règne animal.

Les Baumes. — On distingue quatre substances portant ce nom, ce sont les baumes du Pérou, de Tolu et de Storax qui viennent de l’Amérique, du Chili et du Mexique, et le baume de la Mecque dont on ne connaît qu’une plantation dans l’Arabie Pétrée. «

Le Baume du Pérou est extrait d’un arbre dont la hauteur atteint environ 16 mètres, aux feuilles d’un vert foncé et brillant et dont le fruit a la forme d’une amande. L’arbre produit à cinq ans, dit le docteur Dorât, de San Salvador, et vit très-longtemps; il préfère un sol pauvre et sec, mais on ne le trouve jamais à une altitude de plus de 325 mètres. L’odeur se sent à une distance de plus de 100 mètres. La récolte du baume du Pérou, dont nous ne pouvons décrire ici le modus faciendi , doit commencer, par u# temps sec, dès les premiers jours de novembre*

LA PARFUMERIE

Le baume que l’on obtient par incisions est d’un brun foncé, sale et consistant comme de la mélasse ; alors on le nettoie et on le clarifie sur place en le faisant reposer et bouillir de nouveau; la lie monte à la surface et on l'écume. Cette lie se vend pour faire une teinture que les Indiens emploient comme médicament.

Le baume, en cet état, se vend sur la côte aux prix moyen de trois à quatre réaux la livre (le réal vaut 27 centimes).

On sait que le baume du Pérou est employé surtout pour parfumer les savons. Proportions : 900 grammes de baume par 25 kilog. de savon figé.

On distingue le baume du Pérou sec, le baume du Pérou brun, le baume de San Salvador ou noir et le baume du Pérou liquide. Les uns et les autres sont formés d’une résine liquide [cinnamèine) et d’acide cinnamique.

Le Baume de Tolu se distingue aussi en baume de Tolu sec et en baume de Tolu mou; l’un et l’autre donnent par la distillation avec de l’eau une essence composée de trois corps volatils : 1° la toluène , essence liquide bouillant à 120°, formée de C24 H18 ; 2° d 'acide benzoïque : 3° de cinnamèine , bouillant à 340°.

Le baume de Tolu est soluble dans l’alcool et il est employé pour former la base des bouquets dont il rend le parfum permanent. Proportions : 125 grammes par litre d’esprit de vin.

Le Baume de Styrax ou Storax ne se distingue des précédents par aucune propriété particulière. L’arbrisseau duquel on l’extrait par incisions croît dans l’Asie mineure. 25 grammes de styrax dissous dans un demi-litre d’esprit de vin rectifié donnent la teinture de styrax qu’on trouve chez les parfumeurs.

Le Baume de la Mecque, que cultivaient les rois de Juda et était une des richesse de la Palestine, ne se trouve plus aujourd’hui dans le commerce. Ce que l’on vend sous son étiquette est une huile extraite des graines et des noyaux de 1 ’amyris opobalsamum, mais non le baume qui ne sort point de l’Arabie pétrée où se rencontre la seule plantation du précieux arbuste.

Les GOMMES. — Les gommes (résines) odorantes les plus employées sont le benjoin, la myrrhe, l’oliban, l’opopanax.

Le Benjoin provient du styrax benzoin , arbre de la famille des slyracèes qui croit à Sumatra, à Java et dans le royaume de Siam. Cette gomme odorante découle par des incisions faites à la tige, sous forme d’un suc blanc qui se solidifie et se colore au contact de l’air. Chaque arbre peut en fournir deuxàtrois kilos, et les incisions peuvent être continuées pendant dix ou douze ans. Le benjoin est livré au commerce en pains composés de fragments de diverses couleurs, les uns pellucides, les autres opaques ; leur odeur est pénétrante ; leur saveur d’abord douce et balsamique, irrite ensuite fortement la gorge. L’acide benzoïque, cristallisé en aiguilles, est tiré par sublimation de cette substance. On l’obtient aussi par le dédoublement de l’a<ûde hippurique, qui luimême est tiré de l’urine des herbivores; au contact des acides énergiques, il s’assimile alors deux équivalents d’eau et forme de l’acide benzoïque et du glycocolle ou sucre de gélatine d’après l’équation suivante :

8 H8 AZo5, Ho-+-2Ho=C14H5o3Ho-f-C4H4AZo3Ho

acide acide ,

hippurique benzoïque 8 J,C0C01

Le meilleur benjoin se récolte dans le royaume de Siam où il fait l’objet d’un commerce important. Les différentes sortes obtiennent des prix proportionnés à leur bonté ; la plus belle qualité varie de 4 à 8 francs le kilog.

Les parfumeurs emploient la teinture de benjoin pour donner du corps et de

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la durée aux parfums. Ils en usent aussi dans la fabrication des pastilles et des pommades à la vanille artificielle et également pour empêcher les corps gras de rancir. Pour obtenir ce résultat, il suffit de faire digérer 2 parties de benjoin en 2 parties de tolu dans 400 parties du corps gras et en particulier d’axonge. Dans ce dernier cas, on obtient l’axonge balsamique qui constitue un excipient d’une odeur agréable et qui ne rancit pas.

La Myrrhe, si célèbre dans les littérature profane ou sacrée, provient du Balsamodendron-Kcitaf, de la famille des surseracèes ; cet arbre croît dans l’Arabie heureuse. On recueille la myrrhe, comme le benjoin, en pratiquant des incisions en janvier et en mars.

D’après Brandes, la bonne myrrhe renferme 2,60 pour 100 d’huile volatile, 22,24 de résine molle, et 5,56 de résine sèche ; elle renferme en outre, 55 pour 100 environ de gomme.

Les parfumeurs font entrer la myrrhe dans une foule de leurs produits, dentifrices, pastilles, clous fumants, etc.

L’Oliban est extrait de plusieurs espèces d’arbres qui appartiennent, comme celui dont on tire la myrrhe, à la famille des surseracèes, ce sont les Boswellia serrata thurifera glabra qui habitent les montagnes au delà du Gange. Le suc qui découle spontanément ou par incision, de ces arbres, se fige en larmes solides au contact de l’air. Le plus précieux est le meyeti, qui se vend 6 fr. 60 par neuf kilogrammes. L’oliban contient une petite quantité d’huile volatile, une résine soluble dans l’alcool, une gomme soluble dans l’eau, une résine insoluble dans l’eau et dans l’alcool. La teinture d’oliban s’obtient en faisant dissoudre 500 grammes de gomme dans 5 litres d’alcool.

L’Opopanax est une gomme résine tirée d’une plante de la famille des ombellif'eres et dont le parfum rappelle celui de la myrrhe. C’est aujourd’hui un des parfums les plus à la mode, les produits exposés en font foi.

Parmi les bois odorants employés par les fabricants de parfums, nous citerons le bois de rose, le cèdre, le santal, le sassafras.

Le Bois de rose, dont le nom est commun à plusieurs autres bois des légumineuses ou des laurinées , est fourni par une convolvulacêe arborescente, non volubile, qui croit aux Canaries. 50 kilogrammes de bois de rose — et non de Rhodes, ainsi qu’on l’appelle improprement quelquefois — donne 100 grammes d’une huile plus légère que l’eau, d’une couleur jaunâtre et d’une odeur de rose. Pulvérisé, le bois de rose sert de base aux sachets.

Le Cèdre, conifère de la famille des abièlinèes, fournit un parfum qui de tout temps fut grandement apprécié. Sans parler du temple de Salomon, tout entier construit avec ce bois odorant, on lit dans Yitruve que de son temps, c’est-à-dire au premier siècle de notre ère, on se servait d’une huile extraite du cèdre pour enduire les feuilles de papyrus qui se trouvaient ainsi parfumées et préservées des insectes. Le cèdre entrait dans la foule d’aromates qu’employaient les Égyptiens pour embaumer leurs morts.

C’est le cèdre de Virginie, et non comme on le croit généralement le cèdre du Liban, qu’on emploie dans la fabrication des parfums. A la distillation et par 45 kilogrammes, il donne 790 grammes d’huile essentielle. La teinture s’obtient par la macération du bois dans l’esprit de vin rectifié. L’huile s’emploie surtout pour parfumer les savons; la teinture, mêlée à l’esprit de rose, pour les mouchoirs; la poudre, dans la confection des sachets.

Le Santal appartient à la famille des santalaùèes et habite las régions tempérées de l’un et l’autre hémisphère. On le cultive dans l’île de Timor. Par la

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distillation, on retire de 50 kilogrammes 930 grammes d’une huile couleur paille foncée. Dissoute dans l’alcool, cette huile produit un extrait qui entre dans la composition d’une foule de bouquets vendus par les parfumeurs.

Le Sassafras, de la famille des Laurinèes , croît dans la Virginie, la Floride et au Brésil. Le bois et l’écorce de sa racine ont l’arome du fenouil uni à une odeur de camphre. A la distillation ils produisent une huile volatile, plus pesante que l’eau, incolore d’abord, mais se colorant plus tard en jaune, et qui exposée au froid laisse déposer des cristaux volumineux nommés sassafrol = C10 H5 o2. La teinture de bois de sassafras est beaucoup employée — surtout en Allemagne — dans la fabrication des cosmétiques.

Nous nommerons parmi les parfums tirés des écorces, ceux de cannelle, de casse, de cascarille, cédrat, bergamote, citron, orange.

La Cannelle n’est autre chose que l’écorce du laurier cinnamome, de la famille des Laurinèes; il croît à Ceylan et dans les colonies intertropicales. L’écorce séparée de son épiderme est récoltée par incision sur les rameaux âgés de plus de quatre ans. Sa couleur est blonde, sa saveur est chaude, aromatique et sucrée; son odeur est suave. Les parfumeurs emploient l’écorce et l’huile qui s’obtient par la distillation dans la composition de quelques pastilles, des poudres dentifrices, des sachets ; ils la font entrer dans la composition où le girolle est employé.

Le Laurier cassia, également de la famille des laurinèes et qui croît au Malabar, à la Cochinchine, en Chine et dans les îles de la Sonde, fournit la cannelle commune ; l’essence qu’on en extrait s’appelle essence de casse , on l’emploie surtout pour parfumer les savons.

Tandis que l’essence de cannelle de Ceylan se vend de 15 à 20 francs les 30 grammes, l’essence de casse ne vaut que 40 francs les 1,000 grammes.

L’essence de cannelle pure peut être considérée comme un hydrure de cinnamyle = C18 H8 o2 = C18 H7 o2 H, que les oxydants énergiques transforment en acide cynnamique et plus tard en essence d’amandes amères et acide benzoïque.

La Cascarille est extraite d’une plante de la famille des euphorbiacées . Originaire de l’Amérique du Sud, son écorce entre dans la composition de la frangipane.

Le Cédrat est extrait de l’écorce du fruit de cédratier, arbre de la famille des Hesperidêes qu’Alexandre trouva spontané en Perse et en Médie et que Virgile a fidèlement décrit sous le nom de pomme de Médie. Le cédrat est extrait par expression; il entre dans plusieurs produits de la parfumerie. 50 grammes d'huile essentielle de cédrat dans 50 centilitres d’alcool donnent l’extrait de cédrat.

La Bergamote est extraite également par expression de l’écorce du fruit du bergamotier, qui appartient également à la famille des Hespêridées. Mêlée à l’esprit de vin rectifié dans la proportion d'environ 50 grammes de bergamote par litre, elle donne l’extrait de bergamote. Comme toutes les essences, sauf celles de rose et de giroflée, elle doit être tenue dans un endroit obscur; la lumière, et principalement les rayons du soleil, en altèrent promptement l’odeur.

Le Citronnier, qui est le principal genre de la famille des Hespêridées et dont les fleurs donnent par distillation une espèce de néroli, produit par distillation aussi ou par macération de ses zestes l’essence de citron. Cette essence incolore et légèrement jaune est composée d'hydrogène et de carbone C10 H8; sa densité est de 0,840, la densité de sa vapeur 4,84 à 4,82.

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