‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 4)Chapitre 32 sur 124 · TOME VIII. — NOUV. TECH · texte numérisé non relu

TOME VIII. — NOUV. TECH

LA PARFUMERIE

L’Orange. — Nous avons déjà fait connaître cette propriété singulière de l’oranger de donner trois parfums différents, parfaitement distincts, suivant qu’on traite les feuilles et les petits fruits de cet arbuste, ou ses fleurs, ou l'écorce. C’est de l’écorce, et en opérant par expression ou par distillation, que les parfumeurs obtiennent l’essence d’orange, plus souvent appelée essence de Portugal. Cette essence forme l’élément principal des préparations étiquettées sous les noms d'eau de Portugal et d'eau de Lisbonne.

Les fruits dont on extrait des parfums sont ceux de l’amandier, de l’anis, de l’aneth, du carvi, du fenouil, du muscadier, du piment.

L’Huile essentielle d’amandes amères , qui entre dans un très-grand nombre de produits fabriqués par les parfumeurs, entre autres dans le savon, le cold cream, la bandoline, certaines pâtes, etc., est extraite du fruit de l 'amandier amer , arbre indigène de l’Afrique et cultivé aujourd’hui dans toute l’Europe tempérée. Cette huile s’obtient par expression. Le tourteau que fournit le pressoir est arrosé d’eau et de sel, et ainsi délayé il est distillé, ou bien étendu sur un tamis à travers les mailles duquel on fait passer un courant de vapeur. Quatorze kilogrammes de tourteau donnent environ soixante grammes d’huile essentielle qui, étendue dans l’esprit devin, en proportion de dix grammes d’huile pour un litre d'alcool, produit le délicat parfum que chacun connaît. L’essence pure d’amandes amères peut être représentée par C14 H6 o2. Au contact de l'air elle se transforme en acide benzoïque d’après l’équation suivante :

Essence Acide

d’amandes amères. benzoïque.

On fabrique une huile artificielle d’amandes amères, appelée Mirbane , avec lebenzole ou benzine, produit extrait de l’huile de goudron. On trouvera plus loin quelques détails sur les parfums artificiels.

L’essence d’Anis s’obtient par la distillation des fruits de l’anis de la famille des ombellifères , plante spontanée en Grèce et en Égypte, et cultivée dans d’autres contrées. Cette huile volatile est blanche d’abord, puis jaune, d’une saveur sucrée, d’une odeur très-forte et se congèle à la température de 10 degrés centigrades. On distingue dans le commerce les anis du Midi, de Russie, d’Allemagne et d’Espagne. Ce dernier anis qui vient d’Alicante est surtout recherché.

L’Anis étoilé ou Badiane est un arbrisseau de Chine, toujours vert, dont le fruit se compose de capsules ligneuses, verticillées sur une seule série ; nommé anis étoilé à cause de sa forme et de son odeur ; on extrait de ses fruits une essence qui possède une huile essentielle semblable en effet à cellé de l’anis, mais de beaucoup plus délicate.

L’Aneth appartient comme l’anis à la famille des ombellifères ; il croît spontanément dans l’Orient. On obtient l’essence d’aneth en soumettant à la distillation son fruit préalablement écrasé dans l’eau.

Le Carvi et le Fenouil appartiennent également à la famille des ombdlifères. Le carvi est une plante très-commune qu’on rencontre dans les prés et les pâturages de presque toute l’Europe. L’huile fournie par la distillation des fruits de cette plante donne deux essences : le carvène = C10 II8 et le carvol = C20H14 O2.

Le fruit du fenouil donne à la distillation une essence de composition analogue. Cette plante croit spontanément parmi les moissons de l’Europe centrale

LA. PARFUMERIE

et on la cultive dans tous les jardins. Gomme le carvi il est, surtout à cause de son prix de revient, très-peu élevé; beaucoup employé par les parfumeurs.

Le Muscadier, de la famille des myristicacées , est un bel arbre des Moluques, introduit dans nos colonies de Bourbon et de l’île de France, puis propagé en Amérique. C’est une des substances odorantes ayant la plus grande importance commerciale. Le produit des muscades aux Moluques a été calculé de 27*2,000 à 317,000 kilogrammes par an, dont une moitié passe en Égypte.

La noix de muscade pulvérisée s’emploie dans la composition des poudres pour les sachets ; sous le pressoir elle fournit une matière grasse qui, combinée avec l’alcool, produit le savon nommé « bandana, » enfin on obtient par la distillation une essence qui entre dans une foule de produits, entre autres la frangipane.

D’après Cloez, l’huile essentielle de muscade peut être obtenue par la distillation au contact de l’eau, ou par le sulfure de carbone et la distillation; l’huile brute est un produit complexe qui commence à bouillir vers 168°, température qui se maintient longtemps pour s’élever plus tard jusqu’à 210°.

L’essence rectifiée est liquide, incolore et ne se concrète pas à — 18° ; elle bout à 166°, dévie le point de polarisation des rayons lumineux vers la gauche ; son pouvoir rotatoire est égal à — 13°, 5, elle peut être représentée par G20 H16, représentant 4 volumes.

L’huile concrète de muscade obtenue par expression, ou beurre de muscade , est préparée sur les lieux de production, c’est-à-dire aux îles Moluques, Sanda et à Cayenne, et se présente sous la forme de pains carrés, longs, enveloppés de feuilles de palmier, solides, onctueux, friables, jaune pâle ou jaune marbré de rouge, d’une odeur forte de muscade; il arrive quelquefois qu’on en a retiré l’essence par distillation, ou qu’on y a ajouté des corps gras inodores.

Le Piment de la Jamaïque est aussi nommé piment des Anglais, poivre de la Jamaïque, et piment toute espèce pârce que le péricarde de ce fruit réunit la saveur et l'odeur de la cannelle, de la muscade et du girofle. Ce piment est le fruit desséché, avant sa maturité, de YÊugenia pimenta , de la famille des myrtacées , arbre toujours vert, que l’on cultive dans les Antilles où il forme des promenades publiques. On obtient le principe odorant de ce fruit, en le distillant avec de l’eau; on en retire une huile essentielle. 400 kilogrammes de piment donnent 6 kilogrammes d’essence. 100 grammes d’essence mêlés dans 5 litres d’esprit de vin rectifié forment l’extrait de piment, qui rentre surtout dans la fabrication des bouquets.

Les plantes, dont les graines recèlent un parfum, sont, parmi les principales, la vanille, Fambrette et le tonkin.

La Vanille, de la famille des orchidées , que l’on cultive dans les terres d’Europe, habite les rivages maritimes de la Colombie et de la Guyane; elle grimpe le long des rochers, enfonce ses racines adventives dans leurs fissures et dans les mousses qui recouvrent l’écorce des arbres voisins. C’est sa gousse ou fruit qui contient l’huile volatile d’odeur si suave que tout le monde connaît, et en plus de l’acide benzoïque que l’on trouve cristallisé en aiguilles: de là le nom de vanille givrée.

L’extrait de vanille se prépare en faisant macérer durant un mois dans l’alcool rectifié des gousses de vanille fendues en leur longueur et coupées en petits morceaux. Proportions : 286 grammes de gousses de vanille dans 41,oîj d’alcool. La vanille givrée, dite encore vanille légitime, est la plus estimée; on en compte de deux autres sortes dans le commerce : la vanille bâtarde, non givrée, et le vanillon.

LA PARFUMERIE

L’Ambrette s’extrait de la graine d’un arbrisseau de la famille des malvacécs, Cet arbrisseau, qui croît spontanément dans l’Inde, est cultivé en Égypte et aux Antilles. L’ambrette pulvérisée a une odeur musquée très-prononcée; on s’en sert dans la confection des sachets.

On entend par Fèves de T on k in ou de Tonka ou de Coumara la graine d’une légumineuse : le dipterix odorata. Son parfum est celui du foin fraîchement coupé. Pulvérisée, elle entre dans la composition des sachets ; macérée durant un mois dans les proportions de : fèves de Tonkin 450 grammes, alcool rectifié 4l,55, elle donne une teinture qui a beaucoup de force. L’emploi de cette teinture est très-répandu sous le nom d'essence de foin coupé , dont on a pu remarquer de très-beaux échantillons, surtout dans la section anglaise.

La fève tonka renferme entre ses lobes la coumarine (C18HG0G), principe cristallisable en aiguilles ou en prismes, -volatil, fusible et d’une odeur aromatique.

Parmi les plantes à odeur de fève tonka et dans lesquelles on a également constaté la présence de la coumarine, nous signalerons un orchis exposé dans la section algérienne, et qui certainement pourrait être utilisé en parfumerie à cause de son odeur très-prononcé de fève tonka.

Parmi les racines qui renferment des principes odorants nous devons noter celles de l’iris, du vétiver, du glaïeul et du soumboul.

L’Iris de Florence, de la famille des iridées , possède un rhizome d’une belle couleur blanche et d'une odeur qui rappelle le parfum de la violette. C’est à cause de cette qualité qu’on en fait un grand usage en parfumerie. Pulvérisée, la racine d’iris entre dans la composition des sachets, des poudres dentifrices, des bouquets, entre autres dans celui dit du Jockey-Club. La teinture ou extrait d’iris s’obtient en faisant macérer durant un mois environ la racine d’iris concassée dans l’alcool rectifié. L’essence liquide d’iris n’avait jamais été obtenue jusqu’ici; il n’existait, sous ce nom, qu’une composition plus ou moins habilement déguisée, rappelant plus ou moins bien le parfum de la plante. En traitant la racine d’iris, on y a découvert deux produits qui, séparés, ont donné une essence liquide d'iris et une autre substance à laquelle a été donnée le nom de beurre d'iris.

Ces deux produits, récemment découverts et qu’on a vus pour la première fois à l’Exposition, et qui sans doute seront bientôt largement mis à profit par la parfumerie parisienne, paraissent être d’un emploi avantageux dans les corps gras, pour parfumer soit les pomniades soit les savons.

Le Vétiver, nommé aussi kus-kus , est la racine fibreuse d’une plante de la famille des graminées , qui croît dans l’Inde. Le vétiver se vend en paquets pour parfumer le linge. Pulvérisé, il entre dans la composition des sachets. A l’état d’extrait il sert à la confection d’un grand nombre de bouquets.

Pour obtenir un extrait de vétiver, faites macérer 2 kilogrammes de racine coupée menue dans 4 litres 50 centilitres d’alcool rectifié. Filtrez après quatre jours.

Un extrait plus fort s’obtient en faisant dissoudre 60 grammes d’huile de vétiver dans 4 litres 50 centilitres d’alcool rectifié.

50 kilogrammes de vétiver donnent par la distillation 450 grammes d’huile essentielle.

La racine glaïeul , ou acore vraie , produit par la distillation une huile que les parfumeurs emploient beaucoup dans la confection des savons et des pommades et aussi pour faire des extraits qui, comme ceux de l’iris et du

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vétiver, entrent dans la composition des bouquets. 50 kilogrammes de racines de glaïeul produisent 500 grammes d’huile. Quand on se sert d'huile de glaïeul, il faut, pour en dissimuler l’origine, y joindre d’autres essences.

Nous n’avons pas, tant s’en faut, parlé de toutes les plantes qui renferment un principe odorant, point même de toutes celles qui sont employées par les parfumeurs. Nous avons voulu noter seulement les matières premières tirées du règne végétal qui sont les plus fréquemment employées dans la fabrication des parfums, des odeurs et des cosmétiques, sans oublier, surtout, celles dont les propriétés odorantes ont été mises à profit en ces dix dernières années.

De même pour les matières premières tirées du règne animal, nous ne mentionnerons que les principales en notant brièvement leur histoire, leur géographie, leurs affinités, etc. Ces matières premières sont le musc, la civette, l’ambre gris et le castoreum.

Le Musc est surtout remarquable par la diffusibilité et la persistance de son odeur. Entre toutes c’est celle que recueillent le plus facilement et gardent le plus longtemps les objets placés, non à son contact, mais simplement dans son voisinage. On assure que, après plus d’un demi-siècle, le cabinet de l’impératrice Joséphine, à la Malmaison, a conservé l’odeur du musc, celle que préférait la voluptueuse créole.

Le musc est une sécrétion animale: on le trouve dans les follicules excrétoires du mâle d’un mammifère ruminant appelé le daim musqué, lequel habite les montagnes qui du nord de l’Inde pénètrent dans la Sibérie et le Thibet. Le musc du Thibet est plus estimé que celui de la Sibérie. Le petit sac (poche en langage commercial) dans lequel le daim garde le musc rappelle le gésier plein d’un gallinacé, il est placé près de l’ombilic, ne se trouve que chez les adultes mâles. Le produit moyen de la précieuse substance est par animal de 28 grammes.

On trouve dans le commerce trois espèces de musc : le musc Kabardin ou musc de Sibérie, lequel se débite en poches et qui se vend 10 francs les 28 grammes ; le musc d’Anam (au sud du Thibet) qui s’expédie aussi en poches, mais renfermées par nombre de deux cents dans des boîtes en fer blanc ; il se vend de 30 à 35 francs les 28 grammes ; enfin le musc de Tonkin le plus estimé, quoique le plus frelaté, et qui se vend de 35 à 50 francs les 28 grammes.

Le musc qu’on emploie, mais rarement aujourd’hui en thérapeutique, sert surtout à parfumer les savons et les sachets ; son extrait sert à fixer les autres parfums et à donner de la durée aux essences volatiles.

La Civette, qu’on emploie comme le musc, surtout pour fixer les autres parfums, est comme lui une sécrétion animale : on l’extrait d’une poche que porte près de l’anus un mammifère digitigrade carnassier, la viverra civetta. La civette, qui habite les contrées les plus chaudes de l’Afrique, est, en Abyssinie, élevée en captivité et entretenue avec soin afin de recueillir le parfum qu’elle sécrète. Une civette bien nourrie de viande, d’œufs, de poissons, d’oiseau peut donner par semaine environ 5 grammes de cette substance.

On apporte aussi de la civette de Calicut et de Janera sur l’Euphrate, et on l’extrait encore de deux autres animaux : l’un c’est le vivera ibetha qui vit aux îles Moluques et aux Philippines ; l'autre a été décrit sous le nom de viverra basse par La Peyronie.

La civette sert, à l’état d’extrait surtout, à fixer quand on mélange des essences volatiles (5 à 6 centilitres par litre). S’il s’agit de parfumer quelque objet le simple voisinage sulfit ; le contact immédiat fait du parfum une odeur désagréable.

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L’Ambrë gris, qui se dégage des cassolettes pour parfumer si agréablement l’atmosphère, dont on imprègne les peaux d’Espagne, le papier à lettre ; qui sert à aromatiser les sachets, a une origine inconnue, mystérieuse. Cependant on croit généralement aujourd’hui que cette substance est une sorte de calcul intestinal rejeté par un mammifère cétacé : le cachalot. Robert Boyle le considère, lui, comme substance végétale ; le capitaine Incklanda dit que ce n’est autre chose que les excréments de la baleine; d’autres ont prétendu qu’on le rencontre dans les intestins des poissons les plus voraces. Quoi qu’il en soit, on le trouve sur les côtes de l’Amérique, du Brésil, de la Chine, du Japon; on le recueille sur les rivages de Sumatra et de Madagascar, on le trouve encore sur les côtes de l’Irlande par blocs qui pèsent parfois jusqu’à 2 kilogr.

Le Gastoreum (fig. 1), dont le parfum est moins goûté, moins à la mode que ceux dont nous venons de parler, est comme la civette et le musc une sécrétion animale : il est retiré d’un mammifère rongeur, le castor fiber, qui habite le Canada et la Sibérie où il vit dans des terriers aux bords des rivières.

M. Guibourt, remarque l’un des annotateurs du livre de M. Piesse, a émis cette opinion déjà reconnue exacte dans un grand nombre de circonstances : c’est qu’il existe toujours une relation entre l’odeur que présentent les excrétions et les sécrétions des animaux avec les aliments dont ils se nourrissent. C’est ainsi qu’il a vu que le castoreum du Canada possédait une odeur térébentliinée, parce que le castor se nourrit surtout de conifères si communs en Amérique, tandis que le castor de Russie ou de Sibérie fournit le castoreum de ce nom, caractérisé par l’odeur de cuir de Russie ou d’écorce de bouleau qui sert tout à la fois à nourrir les castors et à tanner les cuirs.

Comme la civette et le musc, le castoreum s’emploie surtout quand on veut fixer des essences vola-

Fig. 1 — a a, glande du ca^to- tiles, mais, comme pour eux, avec grande réserve : reum: b b, leurs orifices .dans . 1 u

le canal préputial; d ouverture 32 gr. par litre de tout autre parfum.

du canal préputial; ee glandes Disons, entre parenthèse et une fois pour toutes, anales; /'/'.leurs orifices; h por- , , . , , , , , •

tion de la queue ; i, prostave en- qu en écrivant ce travail nous n avons pas eu la preten-

fermée; idc, glandes de Cowper; tion Re composer un traité ex professo de parfumerie, canaux déférents; o vessie. Le nombre de pages qui nous est reserve dans ce recueil n’y suffirait pas. Aussi avons-nous été forcément incomplet dans cette dernière partie : une histoire naturelle des parfums animaux demanderait de plus grands développements. Il nous reste maintenant à dire quelques mots des parfums artificiels, encore aujourd’hui peu connus, fort restreints, mais dont le nombre ne tardera sans doute pas à augmenter, grâce aux progrès de la chimie.

Les parfums artificiels, dont nous avons déjà dit un mot dans l’énumération que nous venons de faire, semblent, en effet, en un temps plus ou moins éloigné, devoir occuper une place importante dans l’art de la parfumerie. Jusqu’à présent, les parfums artificiels exploités en grand, industriellement, ne sont pas fort nombreux, mais, il ne faut pas l’oublier, la voie est ouverte et il est permis de penser que la chimie ne tardera pas à accomplir, sous ce rapport, de nouveaux prodiges.

LA ' PARFUMERIE

L’arome des fruits, fraises, ananas, bananes, coings, etc., ne sont pas autre chose que des éthers propylique, acétique, propionique, butyrique, valérique, etc.

L’essence de pommes est un éther composé d’alcool amylique, à odeur infecte, et d’acide valérianique d’une odeur peut-être plus repoussante encore. Les confiseurs, en Angleterre surtout, font un grand usage de ces essences pour aromatiser leurs produits, et en particulier leurs fameux bonbons fondants dont on fait en France une grande consommation.

Au moyen de la benzine, on fabrique de l’essence d’amandes amères.

Avec le phénol, on obtient à volonté les essences de reine des prés et de géranium, l’acide salicylique ou l’acide paraoxybenzoïque. Le premier de ces acides est susceptible de se voir changé en huile de wi’ntergreen et le second en vanille.

L’essence de reine des prés peut être transformée en coumarine qui, comme nous l’avons dit plus haut, constitue le principe aromatique de la fève tonka.

Le girolle, la créosote, l’assa fœtida deviennent, entre les mains du chimiste, le givre de vanille.

Par le mélange de l’essence d’amandes amères et du givre de vanille, on obtient le parfum de l’héliotrope.

Inversement, par voie analytique, on dédouble le parfum de l’héliotrope en essence d’amandes amères et en givre de vanille ; on ramène l’essence d’amandes ainsi que le givre de vanille à l’état de benzine, mais en passant, quant à ce qui concerne le givre de vanille, par l’acide protocatéchique et par le phénol.

La coumarine, les essences de gaulthérine et de reine des prés, se résolvent en acide salicyfique, puis en phénol et enfin en benzine.

L’essence de géranium devient elle aussi du phénol et en second lieu de la benzine.

Nous devons borner là nos citations, qui n’ont eu pour but que de montrer la voie ouverte par la chimie dans la fabrication des parfums artificiels et qui, dans une conférence faite aux délégations ouvrières à l’Exposition universelle, inspirait à M. Sérullas la réflexion suivante :

« Dans un monde où tout est harmonie, où rien n’est arbitraire, où tout s’équilibre et s’enchaîne, n’est-ce pas le cas de songer à cette belle parole d’un grand maître de la chimie contemporaine : Cercle éternel où tout s’agite et se transforme, mais où la matière ne fait que changer de place. »

Il nous paraît certain que quelques-uns des produits de qualité inférieure, exposés dans la section française aussi bien que dans les sections anglaise et américaine, renfermaient des parfums artificiels, mais nous nous garderons bien de les désigner. Comme nous venons de le dire, il nous suffit d’avoir indiqué ce nouveau progrès accompli en ces dernières années dans l’art de la parfumerie.

III. — Théorie des odeurs. — Volatilité et puissance des odeurs. — Action de la vapeur d’eau sur les essences. — Propriétés optiques des essences — Quantité d’essence fournie par chaque plante. — Température à laquelle les diverses essences bouillent et gèlent. — Avant d’en arriver à la manipulation des matières premières et à leur transformation en huiles, en

extraits, en eaux . , il nous faut parler des règles fondamentales sur lesquelles

reposent cette manipulation, cette transformation, poser les bases, pour ainsi dire, sur lesquelles s’appuie la science du parfumeur. Nous le ferons le plus simplement et le plus brièvement possible, autant que faire se pourra par tableau.

En voici un, celui des degrés des volatilités des essences et de Leur force rotative. Il est entre tous utile aux parfumeurs, en ce qu’il leur sert de guide quand ils mélangent des parfums, pour marier, selon les cas, ceux qui sont d’une volatilité différente et ceux qui sont d’une volatilité égale.

LA PARFUMERIE

Volatilité en 'puissance des parfums.

Eau . 1,0000

Essence de sureau . 0,2850

Zeste de citron . 0,2480

Zeste de Portugal . 0,2270

Lavande anglaise . 0,0620

Lavande française . 0,0610

Bergamothe . 0,0550

Persil . 0,0370

Petit grain . 0,0330

Thym anglais . 0,0220

Lemongran . 0,0170

Géranium d’Espagne . . . 0,0106

Calamus . 0,0069

Lemom (serpolet) . 0.0062

Foin coupé . 0,0039

Géranium français . 0,0074

Essence de roses de Turquie . 0,0051

Essence de roses de France. 0,0038

Girofle . 0,0035

Cèdre . 0,0020

Patchouly . 0,0010

Ce tableau a été dressé, après de nombreuses expériences, parM. Piesse,àqui les parfumeurs doivent des observations non-seulement très-savantes, mais trèsimportantes industriellement; c’est lui qui a constaté, quant à la constitution chimique des essences, ce fait important : c’est que dans beaucoup de cas, l’essence obtenue des fleurs par la distillation n’est pas identique avec le parfum qui s’exhale des fleurs vivantes.

Action de la vapeur d’eau sur les essences. — La vapeur d’eau, dit-il, a sur l’essence une action chimique ; elle accroît la quantité primitive d’hydrogène et diminue la proportion normale d’oxygène en produisant de l’acide carbonique. La plupart du temps les essences fraîchement distillées reproduisent faiblement le parfum des fleurs desquelles elles sont extraites, et le rappellent mieux plus tard, grâce à l’influence oxydante de l’air.

Certaines essences, le néroli, par exemple, ne sentent jamais comme la fleur dont on les a tirées. Mais quand on procède par enfleurage, c’est-à-dire en faisant absorber l’odeur de la fleur d’oranger toute fraîche par un corps gras, puis en retirant de ce corps gras le principe odorant au moyen de l’alcool dont on le sépare ensuite, par la distillation, on obtient un néroli dont l’odeur est identiquement la même que celle de la fleur. On remarquera que par ce procédé on ne voit pas de vapeur d’eau intervenir et détruire l’essence.

Il est certain que le néroli ainsi obtenu reproduit la véritable odeur de la fleur d’oranger, tandis que celui qu’on obtient par la distillation a une odeur toute différente qui rappelle celle du poisson d’eau douce.

A ces observations très-curieuses, il faut ajouter la note suivante due à M. Chardin-Hadancourt : Les recherches très-intéressantes faites par plusieurs chimistes et notamment par MM. Blanche et Deville, etc., ont démontré que les essences formaient avec l’eau des combinaisons définies, tout en modifiant leurs propriétés physiques et plus spécialement leur odeur; mais il assure aussi que l’eau modifie chimiquement les essences : c’est ainsi que le néroli diffère complètement par ses propriétés et sa composition, non-seulement de l’essence de fleur d’oranger extraite des fleurs par l’enfleurage ou par le sulfure de carbone, mais encore de la même essence isolée de l 'eau distillée de fleur d’oranger au moyen de l’éther ; il faut donc établir une grande différence entre le néroli et l’essence de fleur d’oranger proprement dite, et il est probable que l’huile solide cristallisable extraite par Plisson du néroli et qu’il désignait sous le nom d'auratte , n’est autre chose qu’un hydrate. Enfin, il est constant que les essence exposées au contact de l’air s’oxydent et se résinifient.

La connaissance des propriétés optiques des essences est une des plus utiles pour le fabricant de parfumerie ; elle a fait l’objet particulier des études du docteur Gladstone et du Rév. Dale, et c’est d’après les résultats obtenus par ces savants, qu’on a pu dresser le tableau suivant :

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