‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 4)Chapitre 37 sur 124 · LA TAILLE-DOUCE ET L’EAU FORTE · texte numérisé non relu

LA TAILLE-DOUCE ET L’EAU FORTE

LA GRAVURE SUR BOIS. - LES PROCÉDÉS QUI SE SUBSTITUENT A LA GRAVURE. - PROCÉDÉS D'IMPRESSION EN COULEUR

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Préliminaires.

Si les Expositions universelles, répondant au besoin de synthèse qu’elles ont pour but de satisfaire, arrivent à se régulariser, en tant qu 'institution, il faut espérer que certaines branches des arts et de l’industrie y tiendront une place plus importante que celle qu’elles y occupent aujourd’hui. La logique imposera à chaque produit, industriel ou artistique, une place proportionnelle au rôle quil aura joué dans le développement du génie des nations. Alors nous verrons la gravure s’étaler au détriment de la photographie, à moins que d’ici là le problème de l’impression rapide et par conséquent économique n’ait été résolu par celle-ci. Pour le public, en général, la question de l’absorption de la gravure par la photographie est clairement posée. Pour ceux qui sont du métier, elle est loin d etre résolue dans l’état actuel des choses.

Les moyens et le but de la gravure, que nous avons longuement décrits dans notre étude sur l’Exposition universelle de 1867, sont certainement susceptibles de perfectionnements et ont besoin, pour répondre aux exigences actuelles, de profiter des découvertes qui naissent sous les pas de nos savants contemporains ; mais l’Eddison qui doit changer la face des choses ne s’est pas encore manifesté dans le parti du collodion.

Que demande-t-on à la gravure?

i°A la gravure en taille-douce , on demande soit des reproductions aussi parfaites que possible d’œuvres d’art (burin, gravure classique, etc.), soit l’inspiration de l’artiste lui-même, sans intermédiaire de graveur qui pourrait la dénaturer (eau-forte). L’impression des épreuves doit donner un résultat constant et n’exiger ni un temps trop long, 'ni des manipulations trop coûteuses. L’éditeur qui entreprend la publication d’une œuvre gravée doit pouvoir établir des calculs sur une base certaine. De temps immémorial, la gravure en taille douce donne ces résultats. Une amélioration dans la rapidité du tirage serait la bien venue ; mais, telle qu’elle est, elle suffit à nos besoins journaliers.

2° A la gravure typographique , on demande d’abord, une exécution économique, ensuite une impression rapide et enfin un nombre d’épreuves illimité. Le premier point, la question économique, a donné naissance à un grand nombre de procédés. Nous avons décrit ceux qui existaient en 1867, et nous nous occuperons des nouveautés de ce genre dans le courant de cet article. On peut dire, dès à présent, que le progrès accompli permet de compter sur l’avenir.

(1) Voir l’article publié sur le même sujet et par le même auteur, tome v, page 224 do nos Etudes sur l'Exposition de 1867.

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L’impression est en dehors de la question, c’est atïaire de mécanique, et aujourd’hui, les grands journaux illustrés français, et étrangers sont là pour affirmer que ce qui reste à faire n’est que peu de chose en comparaison des résultats obtenus.

Enfin, en dernier lieu, le clicliage galvanoplastique avec toutes les améliorations qu’on y a apportées depuis dix ans, satisfait complètement au besoin de la consommation. Ici, la photographie a ajouté les réductions obtenues sur zinc, et si commodes que les esprits les plus difficiles n’ont plus grand chose à désirer.

Que peut donc nous donner la photographie?

1° Des reproductions purement photographiques fort exactes, il est vrai, au point de vue du dessin, mais rarement justes comme effet de l’objet à reproduire , tableau ou objet plan, sculpté ou enrichi d’ornements quelconques, est coloré. Quand il s’agit de sculptures de grandes dimensions, l'écueil se trouve d’abord dans la déformation que l’objectif impose, à moins de très-grandes précautions, aux objets à plans multiples; ensuite dans la brutalité souvent insupportable de la lumière qui, pour donner des ombres d’une valeur et d’une transparence exactes, a besoin d’une appropriation toujours difficile et souvent impossible à obtenir. Une reproduction photographique réussie se vend assez cher ; mais, quelle que soit l’infériorité de sa valeur relativement à une bonne épreuve gravée, aucun véritable amateur n’hésitera une [seconde entre les deux reproductions d’une œuvre qu’il désire posséder.

2° La photographie imprimée aux encres grasses, procédé Goupil et autres, est certainement un grand progrès ; mais, là encore, le vice originel de la photographie a laissé sa trace. Si le bon marché des épreuves et l’exactitude du dessin séduisent le public, que sont devenus les rapports exacts des tons qui font l’original souvent si différent de la copie, du moment qu’il ne s’agit plus d’une œuvre monochrome?

En résumé, ce que peut nous donner aujourd’hui la photographie, ce sont surtout, pour les reproductions artistiques, les réductions, les grandissements d’originaux qui abrègent la besogne de l’artiste, et dans les travaux plus industriels, outre cela, le transport sur bois de dessins originaux ayant trop de valeur pour les laisser détruire par le travail du graveur. Ces conditions changeront le jour où l’impression par la lumière sera devenue aussi rapide que les procédés de l’imprimerie actuelle, et ce jour n’est peut-être pas éloigné; mais, jusque-là, la photographie sera l’auxiliaire de la gravure et non sa rivale. Rien ne prouve meme que, cette difficulté vaincue, elle sera sa rivale victorieuse : le travail de la main humaine dirigée par le cerveau sera toujours aussi supérieur, esthétiquement, aux productions scientifiques et industrielles, qu’un poème de Virgile à un rapport à l’Académie des sciences.

Il est, à notre avis, impossible de mieux caractériser la révolution qui se produirait si la photographie pouvait brusquement se plier aux conditions d’impression rapide que nous réclamons, qu’en mettant sous les yeux de nos lecteurs la traduction déjà un peu vieille d’un procédé expérimenté jadis, et qui, — pourquoi? — n’eut pas de suites pratiques : c’était peut-être un rêve d’inventeur, mais il n’a en lui même rien d’irréalisable au moment où l’appareil de M. Moucliot force la chaleur solaire à descendre à une collaboration bien plus intime dans notre ménage industriel.

« Dans cet âge de vapeur, de télégraphie et de photographie », dit M. Budcok, dans une communication à la Société photographique américaine, « alors » que les plus subtiles des agents naturels, la chaleur, l’électricité, la lumière, » ont été domptés par l’homme et sont devenus les esclaves dociles de ses » volontés, les progrès les plus incroyables et les applications les plus étourdis- » santés à l’art et à la science viennent chaque jour prendre place dans le pro-

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» gramme du grand drame qui se joue sous nos yeux. Faut-il dès lors être sur- » pris que l’entreprise Yankee, dont la devise est de toujours marcher droit » devant lui, dans l’impatience que lui cause la-lenteur de cette époque, pour- » tant accélérée, ait conçu et mené à bonne fin l’idée d’appliquer la vapeur à » la production des photographies pour les enfanter avec une vitesse qui éclipse » en quelque sorte celle de l’impression par la foudre.

» Comme preuve évidente de la possibilité et de la réalité de ce fait accompli,

» je mets sous les yeux de la Société divers spécimens parmi lesquels elle remar- » quera une feuille continue de papier portant 300 photographies tirées toutes » d’un même négatif à la vitesse d<?12,000 àV heure. Quelque étonnante que soit » cette vitesse, je crois, je suis certain, en raison de ce que j’ai vu de mes yeux,

» qu’elle pourra être encore beaucoup augmentée. »

Les moyens par lesquels ce progrès est accompli sont simplement l’application d’un mécanisme approprié au procédé d’impression par développement chimique.

» La machine en question, inventée par M. Ch. Fontayne, de Cincinnati (Ohio), » se compose d’un négatif fixé dans une boite au-dessous de laquelle passe la » feuille sensibilisée qu’un mécanisme automatique amène à subir l’action delà » lumière condensée du soleil transmise à travers le négatif. Après chaque » exposition, la feuille indéfinie de papier sensible s’avance d’un pas sous le » négatif, et va présenter à la lumière une nouvelle surface fraîche pour l’im- » pression suivante.

» La lentille convergente ou condensante a 7 pouces de diamètre, le cercle » de lumière concentrée a un pouce et demi de diamètre; l’exposition pendant » trois dixièmes de seconde équivaut à une exposition de quatre-vingt-cinq » centièmes de seconde à la lumière directe du soleil. Si, par conséquent, on » voulait produire par cette machine des photographies plus grandes, on pour- » rait se dispenser d’employer la lentille convergente et obtenir cependant » environ cent-vingt-cinq impressions à l'heure (1).

» Désormais, les dessins qui devront orner une publication de luxe pourront » être obtenus de la nouvelle machine avec la beauté et la perfection des meilleures photographies, et une rapidité que les imprimeurs en taille douce et » les lithographes n’auraient jamais pu rêver : on sera dispensé de recourir à la » gravure ; le négatif pourra même sortir des mains del’artiste qui le dessinera » lui-même, en quelques heures, sur un verre préparé, et alors les planches du » volume illustré seront des fac-similé absolument parfaits du dessin original.

)> Les dessins présentés sont obtenus sur du papier à écrire américain ordi- « naire, et qui n’était nullement destiné à la photographie. M. Fontayne a » d’abord employé ce papier pour ses expériences en raison de son bon marché, » mais il s’y est tellement habitué, il l’a tellement approprié à son nouvel » emploi, qu’il le préfère maintenant à tous les papiers photographiques étran- » gers.» [Mechanic's Magazine , 12 octobre 1860. Revue photographique 1860).

Si nous avons cité peut-être un peu longuement la communication de M. Budcok, c’est que nous tenons à constater que depuis une vingtaine d’années l’idée est dans l’air. Aucun fait nouveau n’est arrivé à notre connaissance, et les recherches doivent être faites silencieusement, mais, à coup sûr, un jour ou l’autre, le fait éclatera inopinément; jusque-là, continuons à voir le parti qu’on peut tirer de la gravure.

(1) L’auteur de la communication ne donne pas les détails de la composition qui produirait un papier assez sensible pour obtenir aussi rapidement une impression satisfaisante.

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