PRODUCTION
en vin
Piémont .
hoctares
hectolitres.
Lombardie .
Vén.étie .
Ligurie .
Emilie .
Marche et Ombrie .
Toscane .
Lazio .
Méridionale adriatique .
— Méditerranée. . . .
Sicile .
Sardaigne .
Ce qui fait 14,15 hectolitres en moyenne, par hectare.
La Grèce. — Cette belle contrée dont la superficie territoriale est de 50,211 kilomètres carrés, n’avait, alors qu’elle était sous la dépendance de la Turquie, que 2,500 hectares de vignes. Pendant la guerre qu’elle livrait pour recouvrer son indépendance, cette culture s’étendait sur 75,000 stremmes (750,000 hectares). Depuis cette mémorable époque, elle s’est développée considérablement, et ce développement s’accentue rapidement chaque année.
En 1860, la Grèce possédait 645,560 stremmes de vignes (6,455,600 hectares), dont 492,502 stremmes (4,925,020 hectares) de vignes à vin et 153,088 stremmes (1,530,880 hectares) de vignes destinées à la culture spéciale du raisin de Corinthe. Aujourd’hui la Grèce compte 1,029,235 stremmes (10,292,350 hectares) de vignes qui se répartissent ainsi : 737,859 stremmes (7,378,590 hectares) produisant du vin ; 291,376 stemmes (2,913,760 hectares) dont on récolte exclusivement le raisin dit de Corinthe. Ces deux genres de culture ont donné, en 1875, le revenu suivant : Les vignes à vin, 19,500,000 drachmes (17,160,000 francs), et celles à raisin de Corinthe, 37,000,000 de drachmes (32,500,000 fr.).
Disons de suite que la Grèce a exporté dans la même année, 4,519,200 oques (5,784,576 hectolitres) de vins, représentant une valeur de 1,200,000 drachmes (21,600,000 francs) ; et pour plus de 32 millions de francs en raisin de Corinthe. Et cela, grâce à l'indépendance du pays!
Les vins de la Grèce avaient dans l’antiquité une grande renommée ; on vantait ses vins de liqueur, les seuls exportés. Us étaient faits avec des raisins rouges qu’on exposait au soleil pendant huit jours, avant d’en retirer le jus, auquel on ajoutait celui d'un raisin blanc doué de propriétés particulières et exquises. Ces vins se font encore de même aujourd’hui, et nous savons combien ils ont de valeur. Nous avons vu que les Hegyalja-Tokay et plusieurs autres vins de liqueur se fabriquent ainsi.
Dans toutes les localités de la Grèce, on fait de bons vins : à Athènes, à Phalère, Adipsos ; partout. Les vins secs de Corinthe ont des qualités spéciales qu’ils tiennent de leur arôme, de leur bouquet. L’île de Tliira en produit aussi, et ils sont considérés comme étant supérieurs à ceux de toute la Grèce. Les 4/5es des vins de cette île sont acidulés et secs; l’autre 5e se compose de vins doux, rouges et blancs, connus sous le nom de Vino Sanlo. Les plus doux proviennent de raisins exposés au soleil, et tous les vins de cette espèce sont fabriqués ainsi dans l’ile de Thira.
LE VIN
Nous signalerons parmi ces vins, ceux d’Ascania et une qualité extrême à laquelle on donne le nom d 'Amour.
L'exposition des vins de Grèce était très-remarquable ; on y voyait figurer toutes les qualités les plus renommées. Cette exposition était particulière aussi, en ce sens, qu’elle donnait la preuve, de la part des viticulteurs du pays, d’un progrès marqué et incessant, d’une amélioration qui porte sur tout : cépages, vendange et manipulation des vins.
Turquie. — La situation de cette contrée, le sol, son climat, tout concourt à la culture de la vigne et à la production de vins qui pourraient rivaliser avec ceux de la Grèce et de l’Italie. Malheureusement tout, chez elle aussi, s’oppose au progrès agricole et industriel et à l’emploi de ses immenses ressources. La Turquie, en dehors de la terre ferme, sur laquelle s’étend une grande surface cultivée en vignes, possédait l’île de Chypre, si renommée par le vin auquel elle a donné son nom : vin blanc de liqueur, d’une délicatesse extrême, comme celui de Chiraz, doux, parfumé et doué d’une grande finesse ; mais dont la récolte, limitée à un très-petit nombre d’hectolitres, permet à peine aux riches de l’Europe d’en apprécier les qualités.
Il y beaucoup de vignobles en Turquie, nous n’en connaissons pas l’étendue. Un document statistique, que nous avons sous les yeux, estime que cette contrée, avec les principautés danubiennes, produisent ensemble 6 millions d’hectolitres de vin. C’est une erreur. Nous en trouverons la preuve dans les pages suivantes. La Turquie, d’ailleurs, est actuellement dans des conditions qui ne lui permettent ni de bien cultiver la vigne, ni de produire du vin : ce que nous regrettons au point de vue alimentaire seulement.
Roumanie. — Cette contrée, sur 12,120,425 hectares de territoire (?), en consacre 102,003 hect. à la culture de la vigne. En 1867, elle était de 96,000 hectares. On voit donc que cette culture progresse là aussi chaque année.
Les meilleurs vignobles de la Roumanie s’étendent sur les collines des Carpathes ; ils produisent d’assez bons vins ; tandis que les vignes de la plaine donnent des vins durs, âcres et de mauvaise conservation, parce qu’ils sont mal faits. La production annuelle, en vins de la Roumanie est, en moyenne, de 840, à 980,000 hectolitres. Dans la période comprise entre 1862 et 1870, cette production s’est élevée au plus bas, à 534,874 et à 1,820,512 hectolitres.
On récolte dans le pays des vins blancs, rouges et de liqueur ; ces derniers sont très-estimés. Les vins blancs ont beaucoup plus de valeur que les rouges et sont plus abondants; ils sont aussi plus capiteux. Les vignobles ou crusdeDragacliani, de Cotnar, de Deala-Mare et d’Odobechti qui produisent des vins blancs sont particulièrement préférés. Une partie est exportée. Il y a là aussi de grandes réformes à introduire.
En Roumanie on consomme une boisson fermentée à peu près analogue à la Chicha du Pérou, avec cette différence qu’on la fabrique avec la farine de Millet. Cette boisson, légèrement acidulé, est très-rafraîchissante.
Russie. — Les principales localités de ce vaste empire de 20,400,000 kilomètres carrés (?) où l’on cultive la vigne sont : la Bessarabie, quelques districts et localités des gouvernements de Poltawa et de Kherson, sur la côte méridionale de la Crimée et du cours inférieur du Don, Astrakhan, dans le gouvernement de Stravropol et dans toute la Transcaucasie. Cependant sur ces divers points, excepté la Crimée, la culture de la vigne souffre parfois de l’inconstance du climat, et l’on voit souventla production du vin subir de grandes fluctuations ; ainsi, sur les bords du Don le produit en vin monte à 30,000 hectolitres, pour
PRODUITS ALIMENTAIRES
retomber à 7 ou 8,400 hectolitres; il en est de môme à Astrakhan où la moyenne des récoltes, pendant une période de 10 années, a été de 4,800 hectolitres pour retomber depuis (1855) à la moitié de ce produit.
Le tableau suivant va faire connaître les différents gouvernements où l’on cultive la vigne et la somme de produit qu’elle donne.
Hectolitres.
Valeur.
Astrakhan .
Pays du Don .
Stravropol (Kisliar, Mosdok et province
du Kouban) .
Transcaucasie .
Crimée .
Kerson . .
Bessarabie .
Podolie, Kieff, etc .
Total .
La Crimée est la partie de la Russie où l’on cultive le mieux la vigne et où ses produits sont le plus estimés, par suite des conditions exceptionnelles du sol et du climat. On a planté là les fins cépages de la Bourgogne, de la Champagne, du Rhin, de l’Espagne, de la Hongrie, en vue d’obtenir des vins similaires de ces pays ou à peu près : Muscat, Madère, Tokay, Rissling, Sauterne, Bourgogne, Lunel et Champagne mousseux. La Bessarabie marche sur les traces de la Crimée. Ses produits, en vins rouges surtout, bonifiés, s’exportent loin de la contrée. Les vins de la Transcaucasie sont consommés dans le pays; cependant, grâce aux nouvelles voies de communication, ils commencent à être exportés au loin.
Kisliar, du gouvernement de Stravropol, exporte ses produits sur tous les points de l’empire et principalement à Nijni-Novgorod, à cause de la grande foire qui se tient dans cette localité, chaque année. Les vins du Don ont une certaine réputation. Quelques crus sont très-estimés, et on cite les vins mousseux de Tzimliansk. Des essais ont été faits sur d’autres points du territoire russe : en Podolie, à Kieff, à Poltava et ailleurs ; la vigne y pousse ; mais lentement, sans avantages marqués; tandis que sur les autres points que nous venons d'indiquer tout semble progresser, la culture, comme les principes de fabrication, et principalement en Crimée.
La guerre a été fatale à l’exposition des produits russes. Quoique très-remarquable, bien des choses y faisaient défaut :les produits du sol, deses mines, de sa métallurgie qui sont, pour la Russie, d’une si haute importance : les vins y manquaient aussi, et les rares spécimens qu’on y voyait provenaient delaTauride, de la Crimée et du Caucase.
Perse. — Nous avons cité plus haut le vin de Schiraz; c’est un produit de la Perse, par excellence. La Perse est relativement bien cultivée, l’irrigation y est appliquée avec ardeur et intelligence; elle possède de nombreux vignobles, bien situés, productifs et fournissant beaucoup de vin. Mais on le sait, le vin en Perse est boisson défendue; de là le peu d’extension donnée à la culture de la vigne et à la production du vin : deux conditions facilement réalisables dans la plus grande partie du territoire persan. Cependant on y fabrique du vin, celui de Schiraz, produit des vignes qui entourent la ville de ce nom.
Voici comment on prépare ce vin de liqueur fameux, d’après des indications qui nous ont été données récemment par un des membres de la commission
LE VIN
persanne, qui est du pays. Les raisins proviennent du territoire de Schiraz ; ils sont rouges et d’une espèce particulière. On les. cueille au-delà de leur maturité; puis on les foule aux pieds, dans des auges en maçonnerie de briques bien étanche à l’intérieur. Le jus s’écoule, au fur et à mesure du foulage, dans un récipient en terre cuite, par une ouverture pratiquée sur une des faces latérales de l’auge, et à l’aide d’un conduit en poterie. Le moût est recueilli dans des jarres de terre cuite d’une capacité de 3 à 400 kilogrammes, où il fermente. On facilite cette opération en mêlant au moût, dans les jarres, plusieurs poignées de rafles prises au résidu du foulage.
Quelques propriétaires pressent le raisin dans des toiles. Lorsque la fermentation est terminée, le vin débarrassé des impuretés qui montent à la surface, on ferme hermétiquement les jarres et le tout est conservé suivant un temps plus ou moins long, dans le lieu où les jarres ont été disposées. Le vin de Scliiraz est expédié ou mis dans des flacons plats, de forme pyriforme, en verre ordinaire vert, d’un demi-litre de capacité environ. On voyait figurer quelques échantillons de vin de Schiraz parmi les produits qui étaient exposés par la Perse, en 1878, et au prix de 10 fr. l’un.
Etats-Unis. — L’immensité du territoire des États-Unis (1), la fécondité du sol et ses variétés infinies, comme ses altitudes et la diversité de climats tout concourt à de nombreux et puissants genres de culture parmi lesquels s’étendent les plus importantes et les plus fructueuses : les céréales et la vigne. Les céréales occupent sur divers points des États-Unis de vastes espaces; la culture de la vigne tend aussi vers une progression qui va toujours croissant, dans tous les lieux où il est préférable et possible de la planter. Les États où l’on cultive plus particulièrement la vigne sont les suivants, avec l’estimation de la récolte moyenne en vin : New-York, 32,000 liect. ; New-Jersey, 40,000 hect. ; Ohio, 32,000 hect. ; Michigan, 8,000 hect. ; Wisconsin, 2,000 hect. ; Missouri, 6,000 hect. ; Virginie, 6,000 hect.; North Caroline, 2,000 hect. ; West Virginia, 800 hect. ; South Caroline, 800 hect.; Louisiane 4, 000 hect.; Texas, 2, 800 hect.; New-Mexico, (?)hect.; Californie; 200,000 hect.; Indiana, 2,000 hect. ; Kentuky, 4,800 liect., etc., etc.
Cette production subit des fluctuations souvent considérables. On le comprend d’après ce qui se passe en France et dans toutes les contrées où l’on fait du vin. On cultive principalement les vignes françaises dans le Texas et en Californie; partout ailleurs ce sont les cépages naturels qui fournissent des vins doués de qualités, de goûts et de bouquets qui leur sont propres. Quant à la couleur, elle varie suivant les espèces de raisins employées et les terroirs sur lesquels ils ont été cultivés. Il est des cépages qui donnent aux vins un goût aromatique auquel il faut s’habituer, comme à nos vins du midi. Les vins des États-Unis sont rouges, roses, blancs et mousseux. On y fait quelques vins de liqueur. Les vins mousseux viennent des environs de New-York.
L’étendue de la culture de la vigne n’est nullement en rapport avec celle du territoire cultivé et susceptible de l’être. La production du vin est tout à fait hors de proportion avec la population ; nos exportations en vins et en eau-de-vie en sont la preuve. Mais nous connaissons quelles sont les ressources de ce vaste territoire; nous savons avec quelle énergie, quelle persistance la nation Américaine travaille, tout ce que nous avons eu sous les yeux dans cette admirable Exposition de 1878 nous prouve qu’elle saura donner à la culture de la vigne, en vue d’une grande quantité de bons vins, toute l’extension dont elle est susceptible d’acquérir dans les lieux où on peut la cultiver.
(1) Le territoire des États-Unis est de 10,330,000 kilomètres carrés. Les terres cub tivées = 703,230 kilomètres carrés et la vigne y est comprise pour 83,000 environ.
PRODUITS ALIMENTAIRES
Les études qu’on a déjà faites aux États-Unis, études qui émanent d’hommes distingués; celles qu’on poursuit chaque année sur la qualité des cépages cultivés, sur leur rendement, la valeur des moûts, leur densité, la quantité de sucre et autres principes qu'ils renferment ainsi que ceux contenus dans l’enveloppe des grains; les meilleurs procédés de culture et de vinification adoptés en France et autres lieux, tout nous dit quelle importance le gouvernement des États-Unis attache à ce sujet (1).
On a beaucoup discuté dans ces dernières années, en France, sur la valeur des vignes américaines : on leur a trouvé des qualités et des défauts, et on a pensé que nous n’avions rien à prendre aux Américains, attendu que nos plants valent les leurs, que leurs vins sont de même. A ces considérations spécieuses, nous répondons que l’Amérique produit des vins qui lui sont propres, comme nous notre Bourgogne, notre Bordelais; que tout le littoral de la Méditerranée fournit à la consommation des vins qui sont particuliers à chacune de ses régions; qu’un choix rigoureux et intelligent des cépages natifs, l’introduction de plants étrangers, de bonnes méthodes de culture, de vrais principes de vinification qu’on n’applique pas partout en France, même dans les lieux les plus famés, fera des États-Unis un centre de production important pour nous; que nous saurons très-bien nous accommoder de ses vins, quel que soit le goût, le bouquet ou l’arome qu’ils présentent au palais, et que nous n’aurons besoin pour les boire que de les laisser vieillir, sans les soumettre à des moyens que tout réprouve, dans le but de leur faire perdre des goûts auxquels nous sommes aussi étrangers que de la plupart des vins du midi de la France.
Brésil. — La vigne n’est pas cultivée au point de vue de la production du vin au Brésil. Il nous semble cependant qu’elle pourrait trouver une large place sur bien des points de ce vaste territoire, que Humbold évalue à 2, 31 1,974 milles carrés de 60 au degré. Le Brésil est donc tributaire des pays vignobles pour les vins qu’on y boit en quantité. Les provinces de Rio-de-Janeiro et de Saint-Paul, par exception, produisent un peu de vin de raisin, et même une imitation de champagne. Les boissons fermentées en usage dans la contrée sont extraites de fruits, de grains et de végétaux : l’orange, l’ananas, les fruits du Caju, du Murici de Muriti et d'Assahi (palmiers), du genipapo ; l’orge et la canne à sucre en fournissent également.
Le vin de Caju, fruit du lantana camara , province de Para, s’obtient ainsi : Le suc obtenu par pression des fruits de cet arbre est soumis à la fermentation pendant huit à dix jours, suivant l’état de la température, dans des vases en bois ou en terre. Le liquide est ensuite soutiré dans des barils ou pipes, et on y mêle, en proportion définie, de l’alcool à 33 degrés retiré du même vin ou de l'cau-de-vie de canne à sucre et du sirop, ou du sucre raffiné. Deux mois après, le liquide est tiré dans d’autres vases, et on y ajoute une nouvelle quantité d’alcool ou d’eau-de-vie. Même opération à l’expiration de deux autres mois, après quoi on clarifie à la colle de poisson dissoute dans du vin de Caju; on laisse reposer trois mois encore, puis on clarifie au blanc d’œuf pour mettre en bouteille au bout de 30 jours de repos (2).
(1) Dès 1859 paraissent dans les rapports imprimés en 1868, les remarquables travaux de H. C. Williams, de Jefferson, sur les raisins de l’Arkansas et du Texas; de Charles Jackson, sur les proportions de sucre que renferment les raisins natifs de l’Amérique; de T.Antisett, Weber et autres, sur tous les sujets qui se rapportent à la valeur des raisins, des divers états où la culture de la vigne se développe, et il en est ainsi chaque année.
(2) D’autres fabricants de vin de Caju se bornent à laisser fermenter le jus du fruit auquel ils ajoutent du sucre. Lorsque la fermentation est achevée, ils mêlent auliquide une petite quantité d’eau-de-vie.
LE VIN
Les fruits du Mirici donnent un suc semblable à celui de la groseille ; on se borne à les soumettre à la fermentation pour en faire du vin. Les fruits du Miriti (Mauritia vinifera) sont pulpeux. Ils fournissent une boisson sucrée dont on fait usage à l'état frais ; fermentée, elle procure un vin très-estimé des naturels. Quant aux fruits de l’Assahi (euterpe oleracea), ils donnent une boisson oléagineuse, savoureuse et nutritive, comme celle qu’on retire du bacaba, autre palmier. On fabrique encore au Brésil des vins de Kachou, extraits du fruit de l’arbre qui porte ce nom, d’ananas et d’oranges.
Colonies françaises. — Nos colonies ne produisent pas de vin provenant du raisin. Cependant la vigne pourrait trouver sa place au milieu des splendides cultures de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane, pour en obtenir des vins de liqueur. On y fabrique des boissons fermentées d’une origine particulière qui ne peuvent nullement suppléer au vin ; les fruits et les sucs des végétaux, sève dont on les retire n’étant pas assez abondants. Ce sont les sucs d’oranges, d’ananas, de goyaves, de pommes d’acajou et la sève de palmiers qui servent à préparer ces boissons. Il semble que la pomme d’acajou soit destinée, dans la Guyane, à fournir des produits vineux assez importants.
L’espèce d’acajou qui donne ces fruits croît dans les Guyanes avec une vigueur telle qu’on peut facilement faire deux abondantes récoltes par an. Des fruits de cet arbre on retire une grande quantité de jus, qui, fermenté, produit un vin au goût d’alicante, après l’avoir chauffé, pour çn coaguler l’albumine sansdoute, puis soumis à la fermentation. Certaines espèces de palmiers, dont on recueille la sève sucrée par incision, procurent aux indigènes une boisson agréable à l’état frais, et généreuse lorsqu’elle a subi la fermentation vineuse.
Dans la Cochinchine, on fabrique le vin de riz, produit de la fermentation du grain réduit en farine et délayé dans l’eau, comme cela se pratique au Mexique, au Pérou ou autres lieux à l’aide du maïs.
Boissons fermentées particulières. — On voyait dans l’exposition espagnole des boissons retirées d’autres fruits que le raisin et des végétaux : ce sont des vins d’ananas et d’oranges. La fabrication en est simple, puisqu’il suffit de presser le fruit et d’en laisser fermenter le jus, après avoir toutefois enlevé l’écorce de l’orange : le vin d’ananas est très-parfumé. Dans l’une des colonies espagnoles : Fernando-Po, on retire d’une espèce de palmier le rafia-v inif ira, un suc sucré de la sève, en pratiquant des incisions au pied de l’arbre. Ce suc fermenté fournit une boisson vineuse très-agréable, mais qui s’aigrit vite; les indigènes lui donnent le nom de Topé,
Mexique. — Les indigènes méxicains ont aussi plusieurs boissons fermentées spéciales. La première et la plus usitée s’obtient avec le suc de la canne à sucre violette (saccharum violaceum) ; c’est leur aguardiente : eau ardente. Les autres sont le tepache, produit de la fermentation de la penela, petit pain de sucre dissous dans une quantité suffisante d’eau, où l’on a délayé un peu de son. Lorsque le liquide entre en fermentation, on le passe au travers d’un tamis de crin, et on le consomme. Le tepache simple résulte de la fermentation du jus de canne. Le tepache de Tumbiriche est une boisson fabriquée avec le fruit rouge du Bromelia Pinguis. On écrase le fruit, et on le met dans l’eau avec du sucre. La fermentation fait de ce mélange une boisson forte très-estimée. Une autre boisson, le Pozole , est le produit de la fermentation du maïs grillé, réduit en poudre et délayé dans l’eau. Enfin la chicha est une boisson très en usage au Méxique, on l’obtient ainsi : dans de l’eau d’orge, on coupe des tranches d’ananas et on délaye de la pâte de maïs ; après 4 jours de] fermentation, on
PRODUITS ALIMENTAIRES
ajoute sucre, canelle et girofles en proportion suffisante et selon le goût du pays.
La fermentation terminée, on passe, et on consomme.
Dans l'Orient, on fait usage d’une boisson rafraîchissante avec la farine de millet, très en usage dans les provinces slaves, à Constantinople et autres villes de la Turquie.
Colonies anglaises. Le Cap de Bonne -Espérance. — Cette colonie ne produit qu’une seule qualité de vin ayant une grande renommée : le vin de Constance, une merveille connue seulement des riches gourmets qui peuvent en boire. Les autres qualités sont inconnues, et elles le méritent bien. Le vin de Constance est le produit de vignes de choix qui poussent dans un sol pierreux, volcanique. On en récolte si peu (mille hectolitres au plus dans les bonnes années) que ce vin coûte très-cher.
La plantation delà vigne au cap de Bonne-Espérance (f) remonte à Van Riebeek, le premier gouverneur envoyé par la compagnie hollandaise des Indes Orientales, en 1652. Cette culture reçut une grande impulsion par le fait des protestants français, réfugiés en 1685, et il fut constaté que la colonie possédait en 1710, non moins de 2,739,300 plants, dont on attendait une récolte des 1190 leggers, bien que l’année fut mauvaise. La compagnie expédiait alors ses vins à Java et jusqu’en Europe. L’Angleterre, qui possède la colonie du Cap depuis 1794, sauf une courte interruption, de 1803 à 1806, encouragea d’abord, par des primes et d’autres moyens, la plmtation des vignes, dont les produits, grâce à des droits différentiels, vinrent faire concurrence en Angleterre aux vins du continent européen. Dans la suite cette protection s’affaiblit, et le traité commercial de janvier 1860 avec la France porta un coup mortel au commerce des vins ordinaires du Cap, qui ne pourraient affronter sans dommage les chaleurs torrides de la traversée, si leur force alcoolique n’était de 33 degrés F0 (0°56 centi.); or, au terme du traité, il est dû, lorsque le degré de 26° F0 (3°3o) est dépassé, un supplément de droits qui rend l’exportation de ces vins impossible. Aussice commerce est tombé de 1000 gallons (2), évalués à 153,000 liv. ster.; en 1859, à 60,000 gallons, valant 13,730 livres en 1876. Des falsifications éhontées ont d’ailleurs fait perdre aux vins ordinaires du Cap la réputation qu’ils avaient acquise en Angleterre.
Une seule classe de vins continue à jouir de l’estime des connaisseurs et a été demandée malgré l’élévation des taxes : ce sont les fameux vins de Constance , les Paarl Pontacs , Hocks , Drakenstein, Lachryma-Christi ; les Worcester et M ontagu-S fier ries , tous vins supérieurs équivalent aux meilleurs crus analogues des autres pays lorsqu’ils sont purs et de 1er choix.
Le fameux vignoble de Constance a une histoire qui remonte à l’an 1685. C’est l’époque où le gouverneur du cap, Simon Van der Stell, fit comparer analytiquement le sol de ce domaine aux terrains des meilleurs vignobles de France et du Rhin, et constater sa supériorité sur les autres terrains du cap. Les premiers plants furent le muscat bleu que l’on appelait raisin de Catalogne, et le vin qu’il produisit obtint bientôt une grande réputation à l’étranger. Cette propriété : le Grand Constance, appartient actuellement à Sir H. Cloete.
Les entourages du Grand Constance donnent également d’excellents produits, et, entre autres, le domaine contigu planté par Sébastian Van Reenen, aussi connu des touristes que le premier. Les fameux vins de Constance et autres produits analogues de la colonie du cap sont fabriqués avec les plus j| grands soins : les raisins cueillis au-delà de leur maturité bien choisis. Quant
(1) Extrait de The Cap and South Africa, par John Noble, 1878.
(2) Le gallon égale 4 liv. 54.
LE VIN
aux procédés de vinification, ils sont les mêmes que ceux qu’on emploie un peu partout pour obtenir les vins de liqueur secs et doux. On a vu plus haut que les vins du Gap sont vinés; l’Exposition de 1878 renfermait ces vins par excellence.
1° Australie. — Cette contrée, dont la superficie est évaluée à près des trois quarts de celle de l’Europe, depuis 89 ans, époque à laquelle les Anglais y conduisaient leurs premiers convicts, a pris un tel développement qu’elle est un sujet d’étonnement pour ceux qui en étudient l’histoire. Villes populeuses; immenses surfaces cultivées en froment, en avoine; pâturages sur lesquels on compte des millions de bêtes à laine et des centaines de mille têtes de bétail et de chevaux : tel est le fruit de la persévérance, de l’esprit colonisateur et d’un régime absolu de liberté. La vigne, seule, n’a pas suivi cette saisissante progression; elle a fait là, relativement, peu de progrès.
2 Nouvelle-Galles du Sud. — C’est la première colonie fondée en Australie par l’Angleterre. Sur une superficie territoriale de 520,514 kilomètres carrés (l’Australie a une étendue de territoire estimée à 4,827,960 kilomètres carrés), elle comptait, en 1865, 740 hectares de vigne ayant donné 7,330 hectolitres de vin. Aujourd’hui, cette culture a plus que triplé ainsi que son rendement en vin. Dans tous les districts de cette colonie, la vigne prospère avec vigueur, et il arrivera un moment où elle sera d’un revenu considérable pour le pays
Les districts de Murray et de Clarencesont principalement destinés à produire de bons vins, riches en alcool, rivalisant avec les produits du Portugal et du cap de Bonne-Espérance : les vins de Porto et de Constance. Les collines qui bordent les rivières du Nord : le Hunter et autres donnent des vins légers, secs et doués de qualités qui en font des similaires de nos vins de Sauterne, de Bordeaux et de Bourgogne. La vive impulsion qu’on donne à la culture de la vigne et les perfectionnements qu’on introduit dans les colonies australiennes, dans la manipulation des vins feront, un jour prochain, que ce produit sera pour elles un article d’exportation très-important.
3° Australie sud. — La culture de la vigne paraît faire plus de progrès dans cette colonie. En 1863 elle était de 2,312 hectares, rendant en vin 27,547 hectolitres. L’année suivante, elle s’élevait à 6,364 hectares ayant donné 81,282 hectolitres de vin. Aujourd’hui, la culture de la vigne dans l’Australie- Sud occupe une superficie considérable, et fournit à la colonie des vins déjà fort remarquables par leur diversité et leurs qualités.
4° Australie ouest. — Cette colonie avait peu de vignes en 1865; elle n’en cultivait que 254 hectares ; aujourd’hui cette surface s’étend sur une surface de plus de 1 ,000 hectares produisant plusieurs sortes de vins très-estimés, et dont l’ensemble s’élève à près de 15,000 hectolitres.
5° Victoria. — En 1866, la culture de la vigne occupait dans cette colonie 1,489 hectares ; on l’estime au double aujourd’hui. Les vins de ses vignobles sont excellents, bien faits. Ils sont de qualités variées. L’Exposition de 1878 comptait 36 exposants, et on y remarquait, entre autres produits, des similaires de nos vins de l’Hermitage, de Chablis, de Frontignan et de crus étrangers : le Tokay, le Reisling, leSchiraz, le Pedro Ximenès, etc.
Dans toute l’Australie on s’attache à cultiver les fins cépages du Médoc, de la Côte-d’Or, de la Drôme, de la Hongrie, de l’Espagne, etc., qui se plaisent dans le sol et se développent puissamment sous l’influence du climat. On essaie donc de produire dans cette vaste contrée de 4,827,960 kilomètres carrés, des vins rouges et blancs semblables à nos bordeaux, bourgogne, hermitage sec; et des