HISTORIQUE
notamment, MM. Hivert et Pilachon, recommençaient les expériences de dom Pinchon; de 1836 à 1840, MM. Nicolet et Agassiz repeuplaient de truites le bassin supérieur du Doubs, au-dessous de sa chûte. En 1842, un simple pêcheur du village de Labresse, dans la vallée de Saint-Amarin (Vosges), un homme ne sachant, paraît-il, ni lire ni écrire, Joseph Rémy, réinventa spontanément et pratiqua à son profit, sans bruit, mais sans en faire secret, la fécondation artificielle déjà connue. Peu après, Rémy associa à ses travaux l’aubergiste Géliin, et tous deux ensemencèrent de truites la petite rivière de laMosellotte. La Société d’Émulation des Vosges leur accorda une médaille d’encouragement, et personne ne songeait plus à eux, lorsqu’en 1848, M. de Quatrefages faisant à l’Académie des sciences une communication sur le procédé Jacobi, la Société d’Émulation des Vosges réclama la priorité en faveur de ses deux anciens lauréats. L’Académie nomma deux commissions dont les deux rapporteurs, MM. Milne-Edwards et Coste provoquèrent, de la part du Gouvernement, une récompense pécuniaire qui fut accordée à nos deux pêcheurs. Les discussions assez vives auxquelles donna lieu cet incident eurent du moins le rare et heureux résultat d’attirer sur cette idée l’attention du gouvernement, des sociétés savantes et des particuliers.
M. Coste, alors professeur d’embryogénie au Collège de France, s’empara de la question, étudia la reproduction de la truite et du saumon, dans son magnifique laboratoire, et arriva à créer en 1850, la pisciculture officielle. Sur sa proposition, on fonda, en 1851 à Lœchlebrun, un établissement national de pisciculture, bientôt complété et en partie remplacé par celui de Huningue (1852) placés sous la direction de MM. Berthot et Detzem.
A partir de ce moment, la pisciculture devint à la mode; chacun installa des aquariums, creusa des bassins, inventa des frayères et des incubateurs : les demandes d’œufs de toute sorte affluèrent à Huningue. Dans soixante-sept départements au moins, les savants, les sociétés, les particuliers s’occupèrent de pisciculture, théoriquement et pratiquement; on lâcha des alevins de truites, d’ombres, de saumons, etc., dans tous les cours d’eau, les lacs, les étangs mêmes. Mais il fallut peu de temps pour s’apercevoir qu’on avait travaillé pour les maraudeurs et braconniers. Le zèle se ralentit, la mode passa, et à peine aujourd'hui, quelques hommes persévérants et dévoués continuent-ils d’opérer dans des conditions choisies.
A la même époque, on inventait aussi l’ astaciculture ou élevage de l’écrevisse de rivière (astacus fluviatilis), puis Y hirudiculture ou élevage des sangsues. La première de ces industries n’est malheureusement pratiquée qu’exceptionnellement et sur de petites surfaces; la seconde l’est au contraire sur une assez grande échelle, par MM. Vayson dans la Gironde, Borne dans Seine-et-Oise, Sauvé dans la Charente-Inférieure, etc., sans compter les marais et étangs naturels à sangsues que l’on constate dans huit, au moins, de nos départements. Nous ne parlerons que pour mémoire de la culture de la moule du Rhin, (unio margaritifera, mollusques, mytilacés) ou moule perlière, si souvent conseillée et tentée.
On peut juger, par ces seuls faits, que l’expression commune de pisciculture manque de justesse, et que celle d’aquiculture, plus générique, devrait Ja remplacer.
LA PISCICULTURE