II. — Aquiculture d’eau douce
Une ordonnance de Colbert (1669) réunit en France, les eaux aux forêts du Domaine public et les plaça sous une direction toute spéciale et indépendante; en 1791, les eaux et les forêts rentrèrent dans les attributions du Ministère des Finances d'où elles ne sont sorties ensemble qu’en 1878 pour passer au Ministère de l'Agriculture, ce qui est infiniment plus logique.
Cependant, il y a des distinctions à établir à cet égard : les cours d’eau navigables étaient et restent attribués au Ministère des Travaux Publics: les embouchures maritimes des fleuves et rivières jusqu’à la limite du reflux et les étangs d’eaux salées et saumâtres appartenaient et continuent d’appartenir au Ministère de la Marine; toutes les autres eaux faisant partie du Domaine public, passent du Ministère des Finances au Ministère de l’Agriculture. Mais la législation sur la propriété et l’usage des cours d’eaux est confuse, la distinction entre les eaux publiques , celles du domaine commun et celles privées est parfois subtile; elle sacrifie souvent les intérêts de l’agriculture (irrigations, dessèchements, aquiculture) à ceux des usines ; elle doit donc d’abord être revue.
§ 1er. Domaine des eaux douces. — Nous étonnerions sans doute chacun des trois ministres de l’Agriculture, des Travaux publics et de la Marine, si nous leur demandions à chacun de déterminer l’étendue de son domaine liquide. Les uns et les autres ouvriraient à coup sûr la Statistique officielle pour nous répondre, et on peut d’ici voir leur ébahissement en apprenant, que de 1840 à 1855, la superficie de leurs eaux a diminué de 11,220 hectares. Ils pourront penser qu’on a desséché beaucoup d’étangs et que, delà, provient la différence? point! La superficie en étangs a diminué de 32,257 hectares, ce qui n’est pas probable, et celles des lacs et rivières, de 18,599 hectares, ce qui n’est guère plus croyable; en revanche, on aurait créé, dans cet intervalle, 26,646 hectares de canaux de navigation et d’irrigation, ce qui n’est pas moins insensé. Et c’est ainsi qu’on fait en France la statistique officielle, dont c’est un des moindres et fréquents égarements.
A défaut de renseignements officiels, adressons-nous aux sources privées. Là, on compte généralement par kilomètres, et on n’est pas plus d’accord sur ces kilomètres privés, qui ne veulent rien dire d’ailleurs, que sur les hectares officiels si fugaces.
Force nous est donc de prendre ailleurs nos bases d’opérations et de calculer par approximations sur des renseignements aussi nombreux et authentiques que nous pourrons. Nous y arriverons aussi bien que la science administrative qui range dans les mêmes catégories, étangs et marais, canaux de navigation et d’irrigation, eaux douces, salées et saumâtres; et nous ne chercherons ici à évaluer que le seul domaine des eaux douces.
Il y a en France 50,000 cours d’eau environ, grands ou petits, fleuves, rivières ou simples ruisseaux, représentant sur un trajet linéaire de 200,000 kilomètres à peu près, une superficie de 350,000 hectares environ. C’est, en moyenne, par département, 580 cours d’eau de 2,328 kilomètres, couvrant 4,100 hectares.
Nous estimons que 8,309 seulement et environ, de ces cours d’eau, peuvent être livrés avec profit à la pisciculture; ils représentent une longueur de 151,851 kilomètres et une superficie de 68,256 hectares, savoir : 5 grands fleuves (3,416 kilom.) d’une largeur moyenne de 100 mètres, soit une superficie de 34,160 hectares; 96 affluents de ces grands fleuves, (17,716 kilom.), larges de 10 mètres et couvrant 17,716 hectares; 44 petits fleuves côtiers (4,604 kilom.), larges de 6 mètres et occupant 2,762 hectares; 26 affluents des précédents