AGRICULTURE D’EAU DOUCE
(1975 kilom.) avec une largeur moyenne de 4 mètres et une surface de 790 hectares; 138 petits cours d’eau (4,140 kilom.), larges de 2 mètres et baignant 828 hectares; enfin, 8,000 ruisseaux (120,000 kilom.), larges de 1 mètre seulement et couvrant 12,000 hectares. C’est ensemble 151,851 kilom. et 68,256 hectares. Ajoutons-y 5,000 kilomètres de canaux de navigation (10 mètres de largeur moyenne) ou 5,000 hectares; 20,000 hectares de lacs d’eau douce et 110,000 hectares d’étangs; nous n’y comprenons, et pour cause, ni les canaux d’irrigation, ni les étangs d’eau salée ou saumâtre. C’est donc, de ce chef, 135,000 hectares et, avec les eaux courantes, un total de 203,256 hectares.
Voilà, croyons-nous, le vrai domaine de l’aquiculture d’eau douce; il est important, et par ce qu’il donne, et surtout parce qu’il pourrait donner (17 et 30 millions de kilogr. de poisson).
§ 2. Administration des eaux. — Mais, ce domaine, pour qu’on pût l’exploiter sérieusement et avec fruit, il faudrait qu’il fût administré, c’est-à-dire, qu’on y organisât une surveillance rigoureuse de jour et de nuit, un repeuplement rationnel et une récolte judicieuse. Or, la surveillance fait à peu près complètement défaut de la part des gendarmes, des gardes-forestiers, des gardeschampêtres et mêmes des gardes-rivières, lorsqu’il y en a, et si nous exceptons les eaux mises en adjudication. Les maires ont assez d’autres attributions importantes pour être excusables de négliger celles-ci, et tout va de mal en pis. On dépeuple sans trêve ni merci, malgré les règlements et arrêtés, qui sont le plus souvent lettres mortes. Nous pourrions citer une petite rivière du Jura, la Serpentine, dans laquelle on pêche, en façe de Nozeroy, sur un trajet de 3 kilomètres, en truites et écrevisses, pour une valeur de plus de 30,000 francs par an (les truites au prix de 2 fr. 50 le kilo, les écrevisses à celui de 1 fr. 50 le cent) et qui, avant dix ans, sera complètement dépeuplée. Nous pourrions en dire à peu près autant de la plupart des autres rivières du même département et de presque toutes celles de la France. La pêche de jour et de nuit, à la main et au feu, à l’épuisette et aux substances narcotiques ou asphyxiantes, avec toutes sortes d’engins de toutes mailles, se pratique communément par des gens qui en font métier.
D’un autre côté, bien qu’il y ait des règlements d’administration publique concernant la salubrité des cours d’eau, nombre d’usines, toutes les villes et et tous les villages y vident leurs eaux et résidus de toute nature, se souciant peu de la destruction du poisson qui en résulte. Aucune mesure, par contre, n’est prise pour assurer le repeuplement. Ce sont MM. les préfets qui sont chargés d’ouvrir et de fermer la pêche comme la chasse. Voici ce que nous lisions tout récemment encore dans un journal scientifique : « En matière de piscicul- » ture dans certains départements du nord-est, le service des eaux n’a d’autre » préoccupation que de s’opposer à la pêche à la ligne dans les réserves, par la » peur chimérique de la dégradation des ouvrages d’art. Bien que l’article 38 du » cahier des charges du droit de pêdie, visé par l’ingénieur en chef des ponts » et chaussées, prescrive des pratiques de pisciculture, les agents se bornent à » frauder la loi et le bon sens et l’opinion publique, tantôt en autorisant » des pêches d’épuisement dans le voisinage immédiat de la réserve, au mépris » formel de l’article 17 du décret du 10 août 1875, tantôt en laissant installer » le rouissage du lin et du chanvre en pleine réserve, au mépris non moins » formel de l’article 19 du même décret. Dans la Meuse, tuus les pêcheurs sont » unanimes à dire qu’on ferme la pêche un mois trop tard, et que c’est dès le » 15 mars qu’elle devrait être interdite, si on voulait prendre souci des intérêts » en cause, car tout le brochet femelle qu’on prend dans la première quinzaine » d’avril est saturé d’œufs parfaitement à terme, et, grâce à l’action du service
LA PISCICULTURE
» des eaux, on détruit donc en germe ce qui mériterait d’être très-précieusement » conservé (I). »
Faut-ii s’étonner si, après un élan général et un enthousiasme unanime, les pisciculteurs, industriels ou philanthropes ont senti se refroidir leur zèle? Nous avons perdu Huningue, une des perles de la couronne alsacienne et on ne s’est pas encore préoccupé de le remplacer par un établissement analogue.
MM. les Ministres de l’Agriculture et des Travaux publics viennent de nommer (avril 1878) une commission d’enquête pour étudier l’aménagement des eaux dans l’intérêt de l’agriculture; MM. les Préfets ont, à leur tour, institué des commissions locales dans le même but, et voilà que, déjà (juillet 1878) on annonce l’élaboration d’un décret à ce sujet. Voilà des commissions qui ont dû travailler avec une activité aussi fébrile qu’inusitée, et leurs études si vivement menées, dans une question si complexe, ne nous font lien augurer qui vaille.
11 est temps d’aviser cependant, car nos ressources s’épuisent chaque jour, et nos descendants ne trouveront bientôt plus de bois pour faire cuire leur viande, de poisson pour observer les jours d’abstinence, ni d’écrevisses pour festoyer, et la bourse de l’État pourrait bien s’en ressentir, comme celle des particuliers.
§ 3. Produit des eaux. — On ne sera pas étonné, le domaine de la pisciculture étant indéterminé, que l’évaluation de son revenu soit non moins fantaisiste; et, pour si exagérée qu’elle soit, elle est encore, par malheur, bien faible. C’est M. de Forcade La Roquette qui, ici, fixe le chiffre de 14,489,000 francs; là, M. de la Blanchère qui, enchérissant, le porte à 19,544,000 francs; nous souhaitons sincèrement à notre meilleur ennemi d’hériter ce qui manque à l’un comme à l’autre de ces nombres.
En 1856, M. Jourdier nous apprend que le produit moyen de la pêche sur les fleuves et rivières du domaine public, Rhône, Aisne, Cher, Durance, Lot, Dordogne, Isère, Drôme et Loire ne s’élevait qu’à 9f,45 par kilom. En 1862, le frère Ogérien évaluait le produit brut kilométrique de la pêche affermée par l’Etat sur les rivières du Doubs, de la Loire, de la Vienne et de l’Ain, dans le département du Jura, à 57f,70; le produit brut pour les fermiers à 160 francs et leur produit net à 77f,30; enfin, il estimait le revenu brut des lacs et étangs à 50 francs par hectare. D’après M. de Forcade La Roquette (1863), les eaux de l’État étaient affermées, en moyenne, au prix de 48f,13 par kilom. ; le revenu des étangs et lacs s’élevait à 50 fr. par hectare, chiffre que M. de la Blanchère porte à 67f,87. Enfin, tous deux évaluent les frais généraux de la pêche et le bénéfice des fermiers à 4,934,000 francs ensemble.
Le tableau suivant nous paraîtrait se rapprocher beaucoup plus de la vérité !