‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 4)Chapitre 69 sur 124 · TOME VIII. — NOUV. TECH 2t · texte numérisé non relu

TOME VIII. — NOUV. TECH 2t

LA PISCICULTURE

Lorsque les industriels seront certains de travailler à leur propre profit et non à celui de MM. les voleurs; lorsqu’ils seront éclairés par la science et stimulés par les encouragements de tous, l’industrie ichthyotechnique sera née et progressera; jusque-là, il ne faut attendre d’elle que des efforts isolés et souvent stériles. Par ce qui s’est fait jusqu’ici, on pourrajuger de ce qui pourra être fait, car il s’est trouvé des hommes convaincus, des propriétaires intelligents, des savants non moins perspicaces qu’entêtés, et c’est de ceux-là que nous allons succinctement décrire les travaux.

§ 4. Ce qu'on a fait. — On sait que le procédé inventé par Jacobi, réinventé par Remy, consiste à féconder les œufs de la femelle parvenus à maturité et expulsés naturellement ou artificiellement, à l'aide de la laitance du mâle choisi dans un état convenable; l’opération peut se faire dans une cuvette ou un saladier; on dépose ensuite les œufs dans un appareil à incubation. Quand l’éclosion s’est produite, on dépose les jeunes poissons ou alevins dans un vivier où on leur distribue une nourriture appropriée à leur âge et à leur espèce, ou dans un cours d’eau que l’on désire empoissonner, en les abandonnant aux ressources de la nature que l’on cherche à seconder. C’est la fécondation artificielle. On a depuis lors perfectionné les boîtes à éclosions de Jacobi et de dom Pinchon; on a inventé des appareils spéciaux pour certains poissons, (rigoles en terre ou en fonte émaillée, avec claies formées de baguettes de verre); on a imaginé une série de petits ustensiles permettant de soigner, sans dangers, les œufs et l’alevin (pinces, pelles, pipettes, pinceaux, mangeoires, machines à broyer le foie). On a été plus loin : on a disposé, dans les cours d’eau, des frayères libres et artificielles (verticales ou horizontales, en futailles, sur claies, sur tamis, etc.), dans lesquelles la femelle est sollicitée à déposer ses œufs que le mâle ne tarde pas à venir spontanément féconder. On a cherché à approprier chaque espèce à la nature des eaux ; on a appliqué les procédés de castration et d’engraissement; on a étudié l’acclimatation d’un grand nombre d’espèces importées de l’étranger, celles-ci en vue de l’agrément, celles-là du produit.

Malheureusement, toute., ces études, ces inventions, ces essais, manquent de liens entre eux et restent isolés, souvent ignorés. Presque seule, la Société zoologique d’acclimatation s’occupe de ces questions au milieu de beaucoup d’autres, et les résultats obtenus, leurs appréciations ne parviennent à la connaissance que d’un public spécial et restreint. A cet art, à cette science, ou à cette industrie, comme on voudra l’appeler, il manque un centre à la fois scientifique et pratique et un organe spécial, destinés l’un et l’autre et simultanément à vulgariser et à relier. Mais, encore une fois, ce centre ne pourra se créer, cet organe ne pourra se fonder que lorsque le régime des cours d’eau aura été modifié en ce qui touche leur propriété, leur utilisation et leur surveillance.

En attendant, à défaut d’Huningue que nous a enlevé la guerre, il s’est développé, dans le centre de la France particulièrement, un certain nombre d’établissements qui ont tenté de le suppléer et qui démontrent péremptoirement ce qu’on pourrait d’ores et déjà obtenir dans des conditions favorables.

Dès 1852, M. de Causans empoissonnait, avec des œufs de truites, le lac de Saint- Front (Puy-de-Dôme), d’une superficie de 32 hectares, situé à une altitude de 1 ,230 mètres, dans un ancien cratère volcanique; en 1860, il y pêchait déjà 1750 kilos de poisson, soit 54 kilos par hectare. En 1857, le conseil général du Puy-de-Dôme adjoignait au Jardin des Plantes de Clermont-Ferrand un laboratoire d’expériences relatives à la pisciculture, sous la direction du savant M. Lecoq; en 1863, le même conseil transformait le laboratoire d’études en une école départementale de pisciculture placée sous la direction de M. le Dr Rico. Dès lors, on entreprit l’empoissonnement de la plupart des lacs (400 hectares

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environ) et de presque toutes les rivières de l’Auvergne, avec des alevins de truites des lacs, de truites saumonées, d’ombles-chevaliers, de féras, de saumons ordinaires et de saumons du Danube. De 1865 à 1874, environ 300,000 œufs de truites fécondés artificiellement, ont été employés à l’empoissonnement. Il y a mieux : M. le Dr Rico a donné à ses risques et périls, l’exemple pratique, en affermant le lac Pavin (altitude 1,194 mètres, superficie 42 hectares 54 ares), pour le repeupler d’abord, puis l’exploiter industriellement. Ce lac est affermé pour une durée de quinze ans, à raison de 400 francs par an, soit 9f,40 par hectare ; il est alimenté par des sources dérivées, dont la température moyenne est de -f- 5° c; on y a placé des truites, des saumons communs et heusch, des ombles, des écrevisses, etc. L’impulsion une fois donnée ne tarda pas à se propager.

C’est d’abord M. Gabriel de Féligonde qui, à Saint-Genest-l’Enfant, utilisant des sources d’une température moyenne de -f- 8°, 50, obtenait, dès 1876, plus de 38,000 œufs de salmonidés; puisM. Bontoux, à Pontgibaud, qui, dans les eaux de la Sioule (température moyenne de l’été -f 17°, 50, de l’hiver -j- !°,o0, de l’année -f- 9°, 50) obtenait plus de 56,000 œufs. ATheix, M. Frank Chauvassaignes, à l’aide de sources captées (deux mètres cubes par minute, température moyenne -j- 10°, 50), créait un laboratoire, des bassins d’alevinage, des pièces d’eaut des étangs, des rivières, et y déposait 50,000 alevins de salmonidés ; M. Berthoule, à Besse, à l’aide d’une source aussi (température -j- 80C) produisait des alevins de Corégone Féra, en vue d’en peupler le lac Chauvet (altitude 1208 mètres, superficie 56 hectares).

Ailleurs, dans le département de Seine-et-Marne, près de Melun, à Courance, ce sont MM. le baron de Haber et le comte de Béhague, qui, au moyen de la rivière l’École, fondaient en 1873 un établissement scientifique plus encore qu’industriel, dans lequel ils s’occupent de l’acclimatation de toutes les espèces d’eau douce, leur croisement et leur multiplication (1).

Citons encore les travaux ou plus modestes ou interrompus de MM. Ch. Caron, à Beauvais (Oise); comte de Galbert, à la Buisse, près Yoiron (Isère); marquis de Yibraye, à Cour Cheverny (Loir-et-Cher) ; Al. de Mortillet, à Alivet (Isère) ; Blanchet, à Rives (Isère); Petit Huguenin, à Nemours (Seine-et-Marne); Carbonnier, à Champigny (Seine) ; de Tillancourt, au château de la Voultre, près Château-Thierry (Aisne) ; Onslow et le fermier des pêches de la Nive, à Combo, près de Bayonne (Basses-Pyrennées) ; de Monicault, dans l’Ain; DrMaslieuret, à Sainle-Feyre (Creuse) ; Decamps, à Sainte-Radegonde (Somme) ; Paret père, à Donchery (Ardennes) ; marquis de Talliouet, à Saint-Martin d’Ablois (produit brut annuel 22,000 francs) etc., etc.

A l’étranger, nous trouvons aussi un grand nombre d’établissements piscicoles; en Suisse : canton de Neuchâtel, M. le Dr Youga (1871), Canton de Zurich, près de Meilen, établissement cantonnai; à Ebnat-Kappel, près de YVinthertur, M Bosch (société par actions au capital de 53,000 francs) ; à Glattfelden, M. Relier ; . canton de Berne, à lnterlachen, M. Hasler (1869); près de Berne, M. Massard (1869); canton de Yaud, à Chalex, près d’Aigle, M. Loës; à Lay, établissement cantonnai; canton de Fribourg, sur la rivière de la Sarre, M. de Brocard, etc.

En Autriche, MM. les princes de Schwartzemberg ont créé et peuplé 7,500 hectares d’étangs, à Witlingen, et livrent, chaque année, à la consommation, 300,000 kilos de poissons de choix, soit 40 kilos par hectare. A Salzbourg, une sociélé fondée en 1865, sous les auspices de l’État, a organisé un labora-

(1) Rapport à M. le Ministre de l’Instruction publique sur la Pisciculture en Fiance , par M. Bouchon-Brandely, Journal officiel du 16 mai 1878.

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toire expérimental sur 3 hectares, près du château impérial de Neubau, afin de multiplier les salmonidés. Citons encore les établissements plus ou moins importants de M. le baron de Washington (1867), à Pois (Styrie), près de Wildon (salmonidés); M. de Pammer, à Gratz, sur le lac et la Mürr; M. Gibner, à Troppau (Silésie), etc. Il existe à Salzbourgune société centrale de pisciculture, présidée par M. le professeur Nawratil.

En Allemagne, outre l’établissement alsacien d’Huningue enlevé à la France, nous ne connaissons que l’entreprise de M. Külfer, près de Munich, qui, dans les eaux de l’Isar et dans des eaux de sources recueillies avec soin, élève des cyprins, des salmonidés et des écrevisses ; puis les laboratoires d’expériences de Scbmiecben, Backenang, Niedereau, Eurnach, Lagentz, Wangen, etc., fondés par les comices agricoles de Blaubeueren , Backenang, Neuenburg, etc. En Italie, un seul établissement, fondé par une société en commandite dans Pile de Cajola (royaume de Naples); un autre, en Hollande, fondé en 1871 àVelp, près d’Arnheim, par une société au capital de 400,000 francs et dirigée par M. Opten Max ; en Angleterre, une société de surveillance et [de protection, fondée à Rotbbury (Northumberland), pour la rivière du Coquet, sous la présidence du duc de Northumberland : l’établissement de Perth (Écosse), fondé par les fermiers de la pêche de la Tay. Enfin, en Russie, le gouvernement a créé (1857) deux écoles de pisciculture modèle, à Tammarsfors et à Stockfors. M. Lebedeff possède le droit de pêche sur 13 kilomètres de longueur du Bug, et y capture par an de 6 à 700,000 kilos de poisson.

En dehors de ces établissements privés ou administratifs, il s’est élevé un assez grand nombre de laboratoires d’études, consistant surtout en aquarium : ceux du Jardin zoologique d’acclimatation de Paris, de Clermont-Ferrand; de la société zoologique de Londres; du jardin zoologique d’Amsterdam, de celui de Pestb, du château royal de Monrepos (Wurtemberg), etc.

Peut-être s’est-on trop exclusivement attaché, dans ces dernières années, à introduire, pour les acclimater dans nos eaux, des poissons, salmonidés surtout, sans s’occuper de nos espèces indigènes beaucoup mieux appropriées et plus résistantes à toutes les chances de destruction. Nous possédons, en France, environ 80 espèces indigènes dont les unes sont sédentaires des eaux douces et les autres migratrices de l’eau douce à l’eau salée (catadromes), ou inversement (anadromes).

C’est pour ces poissons migrateurs que l’on a imaginé des dispositions qui leur permissent de venir frayer jusque dans les plus petits ruisseaux du centre et qui rendissent aussi leur capture facile, sans nuire au service des usines : les échelles à saumons et les pêcheries de saumons. Il y avait en France, au temps de Duhamel du Monceau (1759), deux grandes pêcheries à saumons : l’une sur la Semoy, auprès de Charleville (Ardennes) appartenant à l’abbaye de la Val- Dieu, de l'ordre des Prémontrés ; la seconde à Pont-du-château, sur l’Ailier, appartenant à M. de Montboissier. La pollution des fleuves, rivières et ruisseaux par les eaux d’égoûts des villes et des usines, les obstacles artificiels dont l’industrie hérisse souvent leur cours, ont peu à peu exilé de nos eaux cette source naturelle et précieuse d’alimentation. Ce n’est qu’en 1834, que les échelles à saumons ouplans inclinés, ont été inventées en Écosse par M. Smith, suivant les uns, par M. Cooper, suivant les autres, afin de faciliter à ces poissons le passage à travers les différents biefs établis pour les usines. En France, on a vu pendant plus de quarante ans les pêcheurs de la Vienne en amont de Châteilerault, privés des saumons très-abondants autrefois dans cette rivière, par suite de l’établissement d’un barrage pour la manufacture d’armes de l’État; et il a fallu tout ce temps pour qu’on songeât à établir une échelle près de ce barrage. Outre celle-là, on ne compte guère ensuite que les échelles à saumons établies ;

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sur le Blavet (Morbihan), sur le Tarn (Tarn), sur la Dordogne au barrage de Mauzac (Dordogne), enfin, la grande pêcherie de saumons de Châteaulin, sur l’Aulne (Finistère).

En Écosse et en Irlande, on compte de nombreuses pêcheries, pour la plupart très-productives et presque tous les lacs et rivières sont pourvus d’échelles. Parmi les pêcheries, citons particulièrement celle de Ballysadore (comté de Galloway), appartenant à M. Cooper; celle deM. Ashworth, à Galloway, qui en 1864, prenait 20,000 saumons valant environ cinq millions de francs; en Écosse, la pêcherie d’Aberdalgie (comté de Perth), sur l’Earne; en Irlande, dans le comté de Donegal, la pêcherie de Ballyshanon, à l’embouchure de l’Erne, pour le saumon et l’anguille. Les rivières de l’Écosse où le saumon remonte en plus grand nombre sont : la Tweed, le Tay, le Don, le Dee, etc.; en Irlande, l’Erne, le Moy, le Bann, le Ballyshanon, le Shanon,le Blackwater, etc. L’Écosse seule fournit à Londres, annuellement deux millions de kilog. de saumen frais. En Angleterre, c’est surtout dans les lacs Coniston et de Windermere que le saumon apparaît abondant et estimé; en mars 1878, la pêche fut tellement abondante que le prix ordinaire de ce poisson, 3f,72 la livre, descendit à lf,65. Il y a une vingtaines d’années, M. Asworth de Galloway, instruit que la pêche d’hiver des saumons rapportait en moyenne 37f,50 à chaque braconnier, leur en offrit à chacun 75 pour s’en abstenir et les fît ensuite surveiller par 125 employés à lui. En 1866, on évaluait le produit de la pêche des seuls truites et saumons, dans le Royaume-Uni, à environ 18 millions de francs, et en 1875, l’ensemble de la pêche en eaux douces à près de 100 millions de francs.

C’est encore de la pêche en eau douce que celle qui se pratique sur les truites et saumons en Suède et en Norwége, où les échelles sont nombreuses et bien organisées (2 millions de francs) ; de l’esturgeon, dans le Don, le Dniester, le Bug et le Dniéper, en Russie (2,500,000 francs par an), augmentée de la pêche (éperlan surtout) à l’embouchure des rivières et des lacs (10 millions de francs) ; la pêche des aloses, saumons et autres poissons des lacs aux États-Unis (5 millions de francs); dans les lacs de la Lombardie, en Italie (500,000 francs.)

§ 5. Ce que Von pourrait faire . — On peut dire que, si la pisciculture d’eau douce est maintenant connue scientifiquement, elle est à peu près généralement ignorée dans la pratique; il faut donc, avant tout, vulgariser ses procédés et assurer la sécurité de ses produits.

Pour vulgariser ses procédés, il faudrait établir, sur divers points de la France et des contrées les plus favorisées sous le rapport de l’étendue et de la nature des eaux : 1° des écoles pratiques de pisciculture (Puy-de-Dôme, Aisne, Oise, Jura, etc.); 2° un enseignement piscicole dans chacune de nos trois écoles régionales d’agriculture, ainsi que le demandait à la Chambre, en 1875, M. de l’illancourt; 3° favoriser la constitution d’une société centrale et de sociétés provinciales de pisciculture, dans les départements, si nombreux, où il estintéressant de développer cette industrie. Chaque école de pisciculture serait chargée de repeupler successivement les cours d’eau de sa circonscription. Ce serait imiter simplement ce qu’ont fait la Suisse en créant ses établissements cantonaux; l’Allemagne ses stations comiciales; la Russie en organisant ses écoles administratives de pisciculture ; en Suède même, et dès 1863, le gouvernement créait, à Ostanback, dans le département de Westernorrland, une école normale de pisciculture d’eau douce. A l’étranger, nous l’avons vu, quand ce n’est pas l’État qui prend souci de ces intérêts, c’est l’initiative privée : il se forme comme en Suisse, en Allemagne ou en Hollande, des sociétés par action, afin d’exploiter industriellement, ou des commissions de surveillance et de repeu-

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plement, des syndicats de pêcheurs comme en Angleterre. Malheureusement, nous ne saurions compter en France sur une aussi intelligente initiative de la part des capitalistes.

Mais, d’abord et avant tout, il faudrait réviser et établir clairement la légis- * lation des eaux et y organiser une sérieuse surveillance; sans cela rien ne se fera, parce que rien ne peut se faire. Le mieux, croyons-nous, serait d'enlever le droit de pêche aux riverains qui le possèdent (sauf la pêche à la ligne flottante) et d’affermer la pêche de toutes les eaux à l’industrie privée qui, elle, saurait bien faire respecter sa propriété ; bien entendu, on imposerait aux fermiers toutes les mesures utiles au repeuplement et on les ferait surveiller quant aux cantonnements interdits, à l’âge et à la taille des poissons capturés. Enfin il faudrait que tout barrage établi sur un cours d’eau fut accompagné d’une petite écluse toujours ouverte aux époques de migrations du poisson, ou d’un petit passage toujours libre et servant de déversoir ou bien d’un plan incliné ou échelle. En dernier lieu, il ne serait pas moins indispensable d’obliger les villes et les usines à absorber leurs eaux ou du moins à les purifier avant de les jeter dans les cours d’eaux.

Que si l’on conserve la législation actuelle, il est nécessaire d’organiser, soit par l’intervention de l’Administration des Ponts et chaussées, soit par celle des Eaux-et-forêts, soit par celle des Syndicats de propriétaires riverains, un système aussi simple et économique que possible de surveillance et de repeuplement. Ne pourrait-on, par exemple, s’y prendre de la façon suivante : soit une rivière à réempoissonner, et d’une longueur quelconque. Nous installons à sa source un garde-chef chargé de la reproduction (fécondation artificielle, incubation, etc.) et de la surveillance sur cinq kilomètres en aval; on lui construit une habitation (soit 2,500 fr.), et on lui donne une superficie de terrain suffisante pour fournir les produits végétaux nécessaires à lui et à sa famille (500 fr.); enfin on lui accorde le droit exclusif de pêche sur les derniers 500 mètres en aval de son canton. A 10 kilomètres de la source, autre maison pour un garde ordinaire, chargé de surveiller cinq kilomètres au-dessus et autant au-dessous, avec droit exclusif de pêche sur 200 mètres placés tout-à-fait en amont et autant en aval; et ainsi de suite; les 4,600 mètres intermédiaires sont affermés à prix d’argent et par adjudication, à des particuliers. L’on peut être certain que le garde, directement intéressé, surveillera activement tout son canton, au profit des ; autres comme au sien, et y fera exécuter les lois et règlements. Il est bien entendu que, sur les cours d’eau plus importants et plus larges, les postes seront alternés sur chaque rive, et que la longueur kilométrique à surveiller sera proportionnelle.

Quant à la pisciculture dans les lacs et étangs, elle est infiniment plus simple dans la plupart de ses détails. Pour les lacs, il faudrait tenir, quant au choix des espèces, un compte sérieux de l’altitude, des profondeurs extrêmes, de la nature des eaux, de leur température, de l’abondance avec laquelle elles se renouvellent. Ainsi, on trouve : la corrégone lavaret, jusqu’à 376 mètres d’alti tude (lac d’Aiguebelle, Savoie); la lotte commune, la blennie alpestre, l’ablette mirandelle, à 231 mètres d’altitude (lac du Bourget, Haute-Savoie); la perche des Vosges, jusqu’à 746 mètres (lac de Longemer, Vosges) ; la vandoise aubourg, jusqu’à 1,200 mètres (lac Mariscot, Basses-Pyrénées) ; l’omble-chevalier, jusqu’à 1,800 mètres; la corégone féra, la marène et la gravenche, jusqu’à 375 mètres (lac de Genève, Suisse), etc. Ce n’est donc pas sans de grandes difficultés qu’on peut arriver, comme M. Berthoule, dans le lac Chauvet, à acclimater et naturaliser la féra, à une altitude de 1200 mètres, ou comme M. Rico, dans le lac Pavin, des saumons heuch ou du Danube, à 1194 mètres. Telle espèce qui peut vivre à telle altitude et dans des eaux d’une certaine nature, marquant telle

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température moyenne, limitée par tels extrêmes, dépérit ou cesse de se reproduire dès qu’on la place dans des conditions différentes.

Il en est de même des étangs : suivant la température moyenne et extrême de l’eau, suivant sa hauteur, sa nature, l’activité de son renouvellement ; selon la nature du fonds, vaseux ou sableux, calcaire ou siliceux, rocheux ou terreux, il faudra choisir telles ou telles espèces : la tanche, la loche misgurn, l’anguille (4 espèces), etc., peuvent vivre sur les fonds Vaseux; la carpe commune réussit dans tous ceux de nos étangs dont les eaux ne sont pas notablement ferrugineuses ; la carpe carassin doit remplacer la carpe commune sous les climats froids, parce qu’elle peut vivre longtemps sous la glace. Le saumon ne saurait, au midi, dépasser une certaine zone, parce que les eaux trop chaudes ne lui conviennentpoint. S’il faut quelques brochets dans les étangs pour y détruire, en Uutilisant, le poisson blanc, il faut bien se rappeler que ce Gargantua aquatique attaque aussi la carpe et la truite, et que pour accroître son poids d’un kilogr., il lui faut consommer, suivant son âge, de 30 à 80 kilos de poisson; il en est un peu de même de la truite, de la perche et de la plupart des poissons, dont bien peu sont herbivores ou insectivores (la carpe et la plupart des cyprinoïdes).

Les poissons, de même que les plantes, ont leurs eaux ou leurs sols de prédilection, et il n’est pas toujours aisé de leur en faire accepter d’autres. Ainsi, tandis que la carpe résiste très-bien dans les eaux de nos étangs qui atteignent jusqu’à + 25 degrés c. en été, les lottes et les ombles meurent dès que l’eau atteint + 15 degrés ; l’ablette à -h 20 degrés, le gardon et la brème à -f 22 degrés, la truite à -b 16 degrés, etc. 11 y a des espèces que l’on ne trouve que dans tel cours d’eau, ce qui ne veut point dire qu’on ne puisse les naturaliser dans un autre, pourvu qu’il soit identique, comme Table de la Gironde, l’omble d'Auvergne, le hurlin ou perche des Vosges, etc. Les unes aiment les eaux superficielles et vives; les autres les eaux profondes et à cours lent; celles-ci veulent s’ébattre à l’air et au soleil ; celles-là ont besoin d’ombre ; aux unes les eaux calcaires, aux autres les eaux granitiques ; mais à toutes une nourriture appropriée et suffisante, si Ton ne veut qu’elles s’entredéchirent ; c’est-à-dire qu’avec les espèces de choix, il faut multiplier les espèces communes, parmi lesquelles les premières établiront un juste équilibre. Toutes, à divers degrés, redoutent les extrêmes de température, les minima surtout ; les froids intenses, les glaces persévérantes, en privant les poissons d’une température suffisante et d’eau aérée, exercent souvent d’immenses ravages si Ton n’a eu la précaution de ménager des bas fonds pour refuge et de pratiquer dans l’épaisseur de la glace des ouvertures permanentes.

Il y a des espèces migratrices : celles anadromes, que la saison des amours ramène dans nos fleuves et nos ruisseaux; celles catadromes, qui sont sollicitées de descendre à la mer par le besoin de la reproduction, et ne remontent plus dans les eaux douces que sous forme d’alevins ou de montées. Parmi les premières sont : le saumon, qui remonte le Rhin jusque un peu au-dessus d’Épinal, la Seine jusqu’à Provins, la Loire jusqu’à Orléans, l’Ailier et la Sioule jusqu’au Mont-d’or, la Vienne jusqu’à Confolens, la Dordogne jusqu’à Argentac, leBlavet jusqu’à Napoléonville, etc. ; l’alose, qui, par grandes troupes, remonte le Rhône, puis de là la Drôme et l’Isère, la Seine, la Loire, le Rhin, la Gironde, le Volga, l’Ebre, le Tigre, etc. ; la limande, qui remonte quelquefois la Seine jusqu’à Paris, la Loire jusqu’à l’Ailier, et cette dernière rivière jusqu’à Pont-Château, près de Clermont; Téperlan, qui s’engage tous les ans dans la Seine jusqu’aux environs de Poissy; la lotte, qui va frayer dans le Rhin et ses affluents et par le Rhône dans la Saône et l’Isère ; la blennie eagnette, qui remonte le Rhône, jusqu’à 30 et 40 kilom., le Var, le Lez, etc., etc. Dans la deuxième catégorie

LA PISCICULTLTE.

se plane l'anguille seule, dont les individus adultes descendent à la mer au printemps, et dont le frai ou l’alevin remonte, par tous les fleuves et rivières, jusque dans nos ruisseaux et étangs les plus éloignés, à l’automne.

Ces poissons que nourrit la mer et dont le séjour dans nos eaux douces rend la chair plus savoureuse, dès qu’ils sont remis de la fatigue delareproduction, sont un grand bénéfice pour nous. Et si notre intérêt nous conseille de leur fournir tous les moyens de pénétrer chez nous, il ne nous défend pas de les capturer pendant leur voyage de descente, mais bien de les respecter durant leurs ascensions. Malheureusement, on les détruit à l’aller aussi bien qu’au retour; etc’est ainsi que la mer se dépeuple comme les eaux douces, et au détriment de tous.

On sait aujourd’hui que certaines espèces de poissons de mer peuvent être aisément naturalisées en eau douce, et que leur chair loin d’y perdre, semble, au contraire, y acquérir une saveur plus délicate. Nous ne parlerons pas d’une espèce américaine de harengs (de Norfolck), que le célèbre B. Franklin naturalisa dans une rivière des États-Unis ; des esturgeons (sterlets), naturalisés par Frédéric 1er de Suède (1719-1751) dans le lac Maler et d’autres lacs d’eau douce de son royaume, exemple que suivit avec le même succès Frédéric le Grand (1740- 1786) de Prusse, dans les lacs du Brandebourg et de la Poméranie (1). Mais, reprenant les essais dont les Bomains nous avaient transmis les résultats longtemps traités de fables, on a constaté leur véracité, et il n’est pas douteux qu’on réussirait de même avec un grand nombre d’espèces dont on ne s’est pas occupé encore.

Les Romains avaient tenté de naturaliser la daurade (chrysophrys aurata) dans les lacs situés autour de Rome; la chair très-délicate de ce poisson devient d’une finesse extrême lorsqu’on l’a fait séjourner quelque temps dans l’eau douce, ce qui était à présumer, car les daurades pêchées vers la bouche des fleuves sont plus estimées que celles capturées en pleine mer (Gervais et Boulard). Les Romains élevaient en viviers d’eau douce des muges et des bars; dans le département de la Vendée, les propriétaires peuplent aujourd’hui leurs étangs, leurs mares et leurs abreuvoirs d’alevins de muges. La limande, la plie, le carrelet et bien d’autres espèces sans doute supportent volontiers et sans en souffrir, le séjour dans les eaux douces, pourvu qu’on les y introduise à l’état d’alevins. On sait aujourd’hui, par les expériences faites en Norwége dans l’étang de Wefferstadt, à Lier, près de Dommen (1857) et dans les deux lacs de Syljevandère, près de Laurdel, dans le Laurvig (1858-1864), que le saumon peut vivre et se développer complètement dans les eaux douces, sans aucune communication avec la mer. D’un autre côté, l’expérience inverse n’a pas moins réussi sur des alevins placés exclusivement en eaux salées ou saumâtres, dans les essais faits en Angleterre par M. Hetting et repris à Ladejord, près Bergen (Norwége). Bien plus, d’après MM. P. Gervais et Z. Gerbe, M. Coste aurait obtenu, en 1878, la reproduction du saumon en captivité, dans le lac artificiel d’eau douce, si limité, de Saint-Gucufa, auprès de Paris; de même, on a obtenu, en 1875, au Jardin zoologique d’acclimatation, la reproduction du brochet en aquarium. » Les poissons de mer, dit Darwin, peuvent, avec quelques soins, être peu à » peu habitués à vivre dans l’eau douce, et, d’après Valenciennes, il est à peine >> un seul groupe de poissons exclusivement confinés dans les eaux douces; de ». sorte qu’on peut admettre qu’une espèce marine appartenant à un groupe » composé de poissons d’eau douce, en général, puisse voyager longtemps le

(1) En 1866, d’après M. Duméril, le professeur W. Peters, de Berlin, vit encore, dans le lac d'eau douce de Gorland-See (Poméranie), des sterlets versés dans ce lac par les ordres du Grand roi, et âgés d’environ quatre-vingts ans.

AQUICULTURE D'EAU DOUCE.

D long des plages da la mer, et, plus tard,. s’adapter, en se modifiant, aux eaux » douces d’une terre éloignée (Darwin, Origine des espèces). »

Préfère-t-on se livrer à l’acclimatation d’espèces nouvelles et plus ou moins recommandables au point de vue de l’utilité ou de l’agrément ? elles sont nombreuses.

La carpe commune, notre carpe, a été importée en Angleterre en 1504 par P. Marshall, et en Danemarck en 1560 par P. Oxe. L’able jesse ou alandt a été introduite de Wiesebaden en Angleterre, en 1874, dans les étangs du duc de Bedfort, à Woburn-Albey, par lord Arthur Roussell, sous le nom d'Orfe. La corégone Lavaret fut introduite du lac de Genève dans les lacs de la Poméranie, vers 1730, par Frédéric le Grand ; elle l’avait été déjà, dans le lac de Locklewen, vers 1580, par la reine Marie Stuart. En 1851, M. Valenciennes a tenté, mais sans succès, d’acclimater en France le sandre d’Europe, indigène de l’Allemagne. Dès 1820, M. Dürr importait le silure glanis du Rhin dans les étangs de M. Dietrich (Haut-Rhin) ; depuis lors, on l’a introduit encore dans les bassins de Versailles (1851) et dans les lacs du bois de Boulogne. Le gourami, originaire de la Chine, fut introduit à Batavia et à l’Ile de France en 1761, à Elle Bourbon en 1795, en Australie en 1864, et en France en 1867 parM. Carbonnier. C’est lui encore qui, en 1871, importa chez nous le fundula cyprinodonta de l’Amérique du Nord. En 1869, M. Simon, consul de France àNang-Po, nous expédiait de la Chine le macropode ou poisson de paradis. En 1874, M. Dabry de Thiersant, consul de France à Canton, nous faisait connaître le ya-ya, poisson domestique de la Chine, etc., etc.

Et voilà que la Société zoologique d’acclimatation nous sollicite encore d’importer, pour les acclimater, naturaliser ou domestiquer, un grand nombre d’autres poissons, comme : le saumon du Sacramento (salmo fontinalis), le heusch ou saumon du Danube (salmo hucho), le saumon quinnat (salmo quinnat) ; le black bess (grystes salmoïdes) ; la corégone otsego de l’Amérique septentrionale; puis le sandre, le silure, la grande lotte, la loche misgurn, le saumon wim’ba, la corégone mucksun, l’esturgeon, la truite à grandes tache d’Algérie, lebinny du Nil, et tant d’autres. C’est à peu près comme si elle dépensait sa science, son temps et son argent à encourager l’introduction de nouvelles plantes fourragères quand nous possédons la luzerne, le sainfoin, le trèfle, la vesce, etc., qui répondent si bien à toutes nos conditions culturales; et nos cultivateurs se rappellent l’histoire du brome de Schrader, du lupin jaune, et de tant d’autres plantes mises un instant à la mode et aujourd’hui complètement oubliées. Bon au point de vue scientifique ; mais au point de vue pratique, ce sont descoups d’épée dans l’eau, parce que cela ne peut rien avoir de sérieux.

§ 6. — Les procédés de la pisciculture d'eau douce. — Il y a, en pisciculture, au moins trois procédés pratiques pouvant être, suivants les circonstances, préférables les uns aux autres : 1° recueillir l’alevin produit spontanément et Je transporter dans des bassins ou viviers afin d’achever son développement; 2Ù recueillir le frai, fécondé naturellement, des diverses espèces, afin de le faire éclore dans des appareils spéciaux pour l’élever ensuite; 3° élever des repro ducteurs des deux sexes, afin de conserver leur ponte, d’assurer sa fécondation de la faire éclore et d’élever les alevins. Chacun de ces procédés peut être employé pour repeupler des cours d’eau de poissons libres, ou de peupler des bassins ou viviers de poissons captifs.

1° La récolte de l’alevin est facile dans certains cas, difficile dans d’autres. On se procure aisément, en mars et avril, à l’embouchure de nos grands fleuves, sur l’Océan surtout, du frai d’anguilles; mais il est très-rare et difficile de recueillir, en quantité un peu notable, des alevins de nos espèces d’eau douce

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produits en état de liberté complète. Aussi ne pouvons-noi s compter qu’exceptionnellement sur ce procédé.

2° La récolte des œufs pondus et fécondés en liberté est plus facile, mais encore très-chancheuse, car, rien n’affirme à ce moment leur fécondation. 11 n’est pas très-difficile de colliger, flottants en chapelets, près du rivage de certains étangs, les œufs agglutinés de la perche, ni ceux appartenant à la même catégorie et réunis en paquets, verdâtres et assez gros de la carpe, jaune orange du barbeau, bleuâtres et plus ténus encore, du goujon, verdâtres et moyens de la tanche ; mais il n’en est pas de même desœufslibres de la seconde

Fig, 1. — Frayère artificielle (claies et bruyères.

catégorie, à laquelle appartiennent presque tous les salmonidés et les œufs du Nase, delà grémille, des loches, du chevesne, de l’ide, etc., qui pondent sur les pierres et graviers du fond. 11 est vrai qu’on peut, en vue de rassembler ces œufs en plus ou moins grand nombre, sur un ou plusieurs points, établir dans

les cours d’eau des frayères artificielles , moyen qu’on met parfois encore en usage pour modifier le peuplement d’une rivière ou d’un ruisseau, en favorisant le développement d’une ou deux espèces particulières qui, dès lors, tendent à dominer sur les autres.

Les frayères artificielles sont de deux genres : connaissant le mode de fraye de chaque poisson, on choisit le système le plus favorable à l’espèce que l’on veut multiplier. D’une manière générale, pour les espèces à œufs agglutinants, on emploie des frayères (fig. 1 et 2) composées de lattes ou perches constituant une sorte de clayonnage sur lequel on fixe des touffes d’herbes et de racines, des menus bois, de petites bottes de bruyères, de joncs ou de roseaux, de façon à simuler un massif naturel . Ces frayères sont déposées dans le cours d’eau à diverses profondeurs, plus ou moins loin des bords, tantôt horizontalement, tantôt verticalement, toujours plus ou moins lestées, puis amarrées à demeure sur des piquets, et cela, avant l’époque de la ponte. Suivant l’espèce à laquelle on s’adresse, il suffira parfois d’apporter, sur un rivage abattu en pente douce, quelques tombereaux de sable, ou bien de plaquer quelques touffes de gazon

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de joncs ou de roseaux. Ponte et fécondation terminée, on n’a plus qu’à surveiller l’éclosion, mettre en interdit le cantonnement et y faire bonne garde dorénavent contre le maraudage, eu meme temps qu’on y détruit soi-même les espèces voraces, comme le brochet, la truite, la perche, etc., les mammifères ichthyophages, comme la loutre, le rat d’eau, etc., et les oiseaux piscivores comme le martin-pêcheur, lehéron,etc. Sur des rivières un peu larges, on peut circonscrire l’endroit où l’on a établi les frayères avec des clayonnages assez serrés et solidement tenus au moyen de pieux. S’il y a lieu, on distribue artificiellement de la nourriture, et, quand l’alevin est en état de se suffire et de se défendre seul, on le laisse se répandre dans le cours d’eau.

3° Le dernier procédé est, en somme, le plus sûr comme il est le plus simple pour la plupart des espèces de poissons. 11 suffit, en effet, de se procurer, quelques mois à l'avance, des individus adultes de chaque sexe et de l’espèce voulue; de les déposer par espèces et sexes distincts dans autant de compartiments d’un vivier, de les surveiller soigneusement aux approches de l’époque du frai, d’opérer la ponte et la fécondation artificielles, ainsi que nous le dirons tout à l’heure, puis de répandre de suite ces œufs fécondés dans le cours d’eau à repeupler, ou même encore de les placer, en couches minces, dans un tamis composé d’un cercle de bois sur lequel on tend modérément un fond de grosse toile et auquel on attache un liège pour retenir l’engin entre deux eaux, après l’avoir amarré près du bord, dans un endroit où le courant n’est que modérément rapide. On peut aussi employer pour l’incubation des œufs de carpe, tanche, brème, brochet, gardons, etc., des boîtes en bois, des baquets, des fonds de tonneaux auxquels on adapte des pieds courts pour support; on les leste de façon que les bords soient seulement recouverts par l’eau, et on y dépose les herbes sur lesquelles sont fixés les œufs fécondés ; il ne reste plus qu’à cibriter ces couvoirs rustiques contre le trop violent soleil ou les nuits trop froides, à l’aide d’une toile ou de branchages. Les paniers en osier, les boîtes en bois à claire-voie peuvent rendre des services identiques.

Mais, quand il s’agit de salmonidés, l’opération est beaucoup moins simple. Dans cette famille de poissons, les œufs sont libres, c’est-à' dire non agglomérés, et ne sont pas agglutinants ; ils sont de couleur jaune plus ou moins foncé et généralement assez gros (0m,002 à 0m,007 de diamètre), sauf ceux delà corégone féra, qui sont, relativement, très-petits, très-délicats et de couleur blanchâtre.

Pour les salmonidés donc, on opère, comme nous l’avons fait entendre plus haut, par la fécondation artificielle qui exige certains soins : Lorsque les ovaires de la femelle et la laitance des mâles sont parvenus à maturité, c’est-à-dire à une époque variable selon l’espèce des poissons, la nature des eaux et le climat (novembre à février pour le salvelin, la truite commune, la truite des lacs; mai à juin pour le heusch; mi-novembre à mi-décembre pour le saumon commun ; octobre à novembre pour le saumon argenté; novembre à mars pour l’omble chevalier; octobre à décembre pour la truite saumonée; avril à mai pour l’omble d’Auvergne; décembre à mars pour la corégone féra; septembre à décembre pour les corégones Houting et Lavaret, etc.) on saisit une femelle, et, pendant que la main gauche la maintient par la tête et le thorax, la main droite, le pouce appuyé sur l’un des flancs et les autres doigts appliqués sur le flanc opposé, glissent, comme un anneau, d’avant en arrièrcet de haut en bas (fig. 3). De cette façon, les œufs sont doucement refoulés vers l’ouverture vulvo-anale, s’échappent du corps de la femel'le et viennent tomber dans un vase de verre, de terre, de bois ou de métal à fond plat, et quel’on a, d’avance, rempli, à 0in,08 à 0m,10 de hauteur, d’une eau bien claire et autant que possible de même composition et à la même température que celle où vit habituellement l’espèce sur laquelle on opère. Aussitôt qu’est terminée cette ponte artificielle, ou dès que les œufs

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forment une couche mince sur le fond du vase, on prend un mâle Jsur lequel on opère les mêmes manipulations, afin de provoquer l’émission de la laitance qui blanchit et trouble légèrement l’eau ; on agite ensuite le mélange avec les barbes d’une plume. Cinq à dix minutes de séjour dans cette eau suffisent pour assurer la fécondation des œufs que l’on verse, ainsi que l'eau qui les contient, 1 dans les appareils à éclosion. Telle est la pratique suivie par M. Coste Un russe, M. Vrassky, a imaginé un mode de fécondation un peu différent, qui a été pratiqué avec succès par M. Holmberg et qui est encore généralement usité en Russie et en Angleterre. Voici en quoi il consiste : on effectue la ponte i artificielle de la femelle dans un vase à sec, c'est-à-dire, non rempli d’eau ; j puis on prend un mâle dont on répand la laitance sur toute la couche des œufs que l’on remue ensuite légèrement et avec précaution, afin que tous en soient imprégnés. Après une minute ou une minute et demie de ce contact, on ajoute

Fig. 3. — Fécondation arlilicieJle.

de l’eau peu à peu, afin de laver les œufs que l’on place immédiatement dans les appareils à éclosion. Quelquefois, on recueille dans des vases séparés les œufs et la laitance que l’on additionne d’un peu d’eau avant de la verser sur les premiers. On croit que ce procédé, s’il exige un nombre de mâles plus considérable, donne une fécondation plus assurée (90 °/o> contre 80 à 85 avec la méthode précédente). C’est à tort qu’on paraît l’avoir considérée comme la cause de nombreux cas de difformité qui se présenteraient à l’éclosion et paraissent plus probablement dus aux conditions de l’incubation.

Enfin, tandis que Français et Russes opèrent à l’air, les Anglais n’opèrent que dans l’eau, ou pour mieux dire sous l’eau, où ils placent successivement femelle et mâle, pour provoquer l’expulsion des œufs et de la semence ; on se rapproche évidemment davantage ainsi des conditions naturelles.

Les procédés de fécondation artificielle permettent d’opérer des croisements, et peut-être même des hybridations, selon que, sur les œufs de telle espèce ou de telle variété, on verse la laitance d’un mâle de telle variété et espèce. C’est ainsi qu’on a pu obtenir les croisements ou hybridations (suivant qu’on les considère comme espèces ou variétés), des : carpe commune avec carpe gibéle et carpe carassin ; carpe commune avec cyprin doré de la Chine; rotengle avec

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ablette; truite commune avec saumon et avec truite saumonée ou truite commune avec lotte commune.

Lesprocédésd’incubationartiFicielle(fig. 4) consistent à placer les œufs, aussitôt après leur fécondation, dans des circonstances aussi rapprochées que possible des conditions naturelles ou tout au moins les plus favorables, suivant les exigences de chaque espèce. La première circonstance à envisager, c’est la nature et la température de l’eau où devra se faire l’incubation : tandis que, pour les œufs collants, il faut une eau dormante ou à cours très-lent, d’une température de H- 12 à -J- 22° C. On doit choisir pour les œufs libres (salmonidés), des eaux vives et courantes, dont la température soit comprise entre H- 4 et + 8® G.; plus on élève les degrés, jusqu’à 15° (en 25 jours), plus l’éclosion est rapide, mais moins les alevins sont résistants; plus on les abaisse, jusqu’à + 2° (en 95 jours), plus l’incubation est lente, mais moins on perd de jeunes ensuite.

L’eau trouvée, il fallut choisir un appareil : c’est alors qu’on commença à s’occuper

de pisciculture en France ; M. Coste inventa l’appareil à ruisseau factices et à courant continu, (üg. 5) qu’on peut voir encore dans presque tous les établissements piscicoles. Il se compose d’un nombre variable d’auges, en terre cuite ou en fonte émaillée, superposées par séries en forme de gradins, garnies chacune d’une claie dont le fond est formé de baguettes de verre. L’eau est versée, d’une façon continue et en quantité réglée, parun robinet, dans l’auge placée au point culminant d’où elle se déverse, par un rebord, dans les auges placées au-dessous, et ainsi de suite pour toutes celles de la même série. On a reconnu, à Huningue, que les œufs de féra étaient défavorablement influencés par la trépidation constante que leur imprimaient toutes ces petites cascades, et l’on a dû remplacer, pour eux, l’appareil de Coste, par celui à courant continu deCoumes ; d’un autre côté, M. Berthoule, pour l’éclosion des mêmes œufs, a du subtituer aux claies à baguettes de verre les tablettes d’ardoises perforées de nombreux petits trous ; enfin, ce dernier pisciculteur fait tomber l’eau sur ses appareils en pluie fine, comme pulvérisée et d’une manière constante.

Durant l’incubation, il faut donner aux œufs quelques soins de propreté, retirer, avec despinces (fig. 6) ou des pipettes, ceux quisontstériles ou dontl’embryon a péri; il faut prévenir le dépôt sur les œufs de matières vaseuses et le développement de certaines petites algues (Leptomitus, méridion, Synedra, Wauclieria, Diatoma).

L’éclosion a lieu après un temps variable suivantla température de l'eau (en moyenne, 60 jours pour les saumons communs et heusch, la truite commune et

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celle des lacs ; 30 jours pour l’omble commun, etc.) Les salmonidés, à ce moment portent une vésicule ombilicale destinée à fournir à leur alimentation durant les premiers jours, et qui disparaît par résorbption, après un temps variable selon l’espèce (de 30 à 50 jours) ; durant ce temps, l’alevin n’a pas besoin d’aliments. Quelques éleveurs disséminent alors ces jeunes poissons dans les eaux au repeuplement desquelles ils sont destinés ; d’autres, plus prudents, les font

Fig. 5. — Grand appareil à éclosion de M. Coste, à ruisseaux factices et courants [continus.

passer des appareils d'incubation dans des bassins spéciaux où ils les conservent et les alimentent. Dans le premier cas, il est vrai, on est débarrassé des soucis de l’une des opérations les plus délicates de la pisciculture, mais un grand nombre

Fig, 6. — Petites pinces pour manier les œufs de poisson.

d’alevins seront à coup sûr détruits par de nombreux ennemis ; dans le second, on paralyse, jusqu’à un certain point, chez les jeunes élèves les instincts d’alimentation et de conservation; dans le premier, on fait de la sélection naturelle : peu et forts ; dans le second on fait de l’industrie ; moins robustes, mais plus nombreux.

M. Gauckler, ancien directeur à Huningue, avait inventé un fossé-vivier qui porte son nom. Les bords de ce fossé sont taillés à pente de 30 degrés; sa largeur est de 3 mètres; sa profondeur, variable à dessein et par soubresauts, de 0m,50 à 1 mètre ; fond, berges et bords sur 2 mètres de large, sont couverts de gravier. Un robinet verse, dans le fossé, 15 litres par minute d’eau de source filtrée. De distance en distance sont établis des ponts formés de volets à charnières, placés à 0m,20 au-dessus de la surface de l’eau et que l’on peut relever à volonté; ccs volets offrent aux alevins un refuge contre la lumière, la chaleur

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et le froid. M. de la Blanchère conseille de recouvrir ce fossé-vivier d’un treillis de fil de fer, pour mettre le poisson à l’abri de l’invasion des petits mammifères (rat d’eau, campagnol aquatique) et des oiseaux qui en sont friands.

On nourrit les jeunes alevins, soit avec des proies mortes, soit avec des proies vivantes; ces dernières sont celles qu’ils préfèrent. Les uns emploient, quand ils y ont accoutumé les alevins de bonne heure, des pâtées de farines de divers grains et de viande crue; les autres, de viande de cheval séchée ou salée, des cirons du fromage, des vers de terre, du frai de grenouille, des crevettes de ruisseaux, séchés ou broyés en poudre dans un mortier ; ceux-ci, des mollusques univalves (Limnea minuta, Stagnalis, palustris), écrasés avec leurs coquilles; ceux-là, des larves de diptères engendrées sur des détritus déposés sur un radeau et qui tombent spontanément dans l’eau; quelques-uns emploient la chair de grenouille séchée et pulvérisée ou la viande de bœuf desséchée et réduite en poudre; à Huningue, on ^préférait le foie de bœuf râpé très-fin dans l’eau et réduit en une sorte de bouillie liquide. Pour les poissons plus âgés on est obligé de produire simultanément aux salmonidés, des poissons blancs (blanchaille) que l’on donne frais et hachés ou à l’état d’alevin naissant et entiers. Il faut au moins deux gardons de 0m,25 de long chacun, par jour, à une truite de 0m,40 de long. On distribue la nourriture trois fois par jour aux alevins de salmonidés et deux fois aux adultes, toujours à des heures régulières.

L’empoissonnement des étangs se fait avec des sujets (alevins, feuille) produits dans des bassins d’alevinage ; dans l’eau que l’on vient de dépeupler par la pêche, on verse des carpes, tanches, perches et brochets de un à trois ans, en proportions voulues ; il reste toujours assez d’anguilles et de poissons blancs. Lorsqu’on veut repeupler un lac en salmonidés, il faut commencer par y détruire les autres poissons ichtyophages, comme la perche et surtout le brochet, tant par la pêche que par l’enlèvement du frai, et même, s’il est possible, par la mise en assec durant l’année qui précède l’empoissonnement.

Quand on veut repeupler des lacs de montagnes situés à une plus ou moins grande altitude, il faut faire éclore les œufs sur le lieu même. Quand on opère aux altitudes ordinaires, on peut apporter de grandes distances des œufs fécondés ; ceux-ci sont placés, par couches minces, stratifiés sur de la mousse humide ou du sable fin et mouillé, dans des boites en bois, de 0m,10 à 0m,15 de hauteur et maintenues à une température qui ne doit varier que de + 0° à + 10° C. C’est pourquoi on place ces boîtes de transport dans des boîtes plus grandes, avec interposition de glace ou d’étoffes de laine. Quant aux poissons vivants, l’alevin récemment éclos peut être expédié dans des bocaux aux deux tiers seulement remplis d’eau et contenant des fragments de plantes aquatiques ; plus gros, les alevins sont placés dans des baquets aux trois quarts pleins d’eau et recouverts d’une planchette flottante d’un diamètre un peu moindre. On peut aussi se servir de tonneaux dans lesquels on aère l’eau, à des intervalles rapprochés, à l’aide d’un soufflet à longue tuyère.

Enfin, nous ne parlerons ici que pour mémoire de la pratique delà castration, imaginée par un marchand de poissons de Londres, décrite en France, en 1742 par le chevalier anglais Hans Sloane, pratiquée parle Baron de la Tour d’Aigues en 1750, conseillée par M. Puvis en 1844, et rarement mise en œuvre, quoique très-simple.

M. de la Blanchère a eu raison de dire que toute eau étant susceptible de rendre un produit, doit fournir ce produit ; mais c’est avec beaucoup de logique aussi qu’il a pu ajouter que, dans cette œuvre, la pisciculture artificielle ne doit jouer qu’un rôle exceptionnel et que pour obtenir des eaux tout ce qu’elles peuvent donner, il suffit d’ordinaire d’un peu de prévoyance et d’intelligence. La pisciculture naturelle peut, en effet, se résumer dans ces deux pratiques :

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favoriser la reproduction des poissons ; les préserver des chances de destruction prématurée, naturelles ou accidentelles.

Toute eau peut fournir un produit; mais il ne faut demander à chaque eau, comme à chaque sol, que ce qu’ils peuvent produire Je mieux et le plus abondamment. Or, on peut distinguer, parmi nos poissons indigènes, trois [catégories : 1° Poissons fins; truites communes et saumonées, ombles communs et chevaliers, corégones diverses, saumons, silures, lottes, lamproies, loches ; 2° poissons ordinaires : perche, brochet, carpe, tanche, barbeau, goujon, plie, anguille, alose, mulet, etc.; 3° poissons communs : gardon, chondrostome, chevaine, vandoise, brème, ables, véron, chabot, gremille, etc., connus sous Je nom général de menuise, blanchaille, poisson blanc. Les premiers sont surtout habitants des fleuves, rivières et lacs ; les seconds des étangs ; les troisièmes des petits cours d’eau. Or, nous croyons que la pisciculture s’exerçant sur nos espèces indigènes arriverait plus sûrement à des résultats plus économiques, à une production plus sérieuse et plus importante qu’en se dirigeant vers l’acclimatation d’espèces exotiques.

La culture des eaux ne s’adresse point exclusivement aux poissons et l’élevage des écrevisses, devenues aujourd’hui si rares et conséquemment d’un prix si élevé, mériterait d’être développé, quoique trop peu connu encore. On sait que, pour cultiver le cresson, il faut des eaux d’une nature un peu spéciale, contenant une certaine proportion de chaux, de magnésie et de fer, pas de sulfate de chaux, suffisamment aérée et d’une température aussi constante que possible; ce sont justement les mêmes eaux qui conviennent à l'écrevisse. Aussi ne nous sommes-nous jamais expliqué qu’on n’ait pas songé à élever simultanément le végétal et le crustacé.

En 1811, M. Cardon, ancien officier, à la suite de l’armée Française, tenta d’imiter ce qu’il avait vu faire à Erfürth, en Allemagne, et s’établissant à Saint; Léonard, près de Senlis, dans la vallée de la Nonette, il y organisa 41 fosses à cresson ; ses voisins ne tardèrent pas à l’imiter et cette industrie nouvelle comptait déjà, en France en 1865, plus de mille fosses produisant près de 10 millions de bottes de cresson valant environ 400,000 fr. Chaque fosse occupant en moyenne, 240 mètres carrés, c’est une superficie de 24 hectares sur laquelle on obtient le produit de 16,500 fr par hectare.

L’écrevisse se développe lentement il est vrai[; elle ne devient apte à se reproduire qu’à l’âge de 3 ans, et n’atteint la taille comestible qu’à 5 ans; mais elle est plus vorace que friande et consomme presque toutes les proies vivantes ou mortes, fraîches ou en putréfaction; elle vît de petits mollusques, de frai de poisson, de menu fretin; on peut la nourrir artificiellement d’intestins de toutes sortes d’animaux morts, de frai de grenouilles, de foie haché, de viandes de toute nature, etc. Elle change de carapace, c’est-à-dire qu’elle mue plusieurs fois par an, selon son âge, de mai à septembre. La femelle pond de 20 à 100 œufs, à la suite d’un accouplement qui s’effectue de novembre à avril ; ces œufs, elle les porte, durant 22 à 30 jours, attachés à de petits filets mobiles qui garnissent les lames transversales de sa queue. L’écrevisse se reproduit dans les rivières, les ruisseaux, les lacs, les viviers et même dans les aquarium. Son élevage, long mais peu coûteux, nous paraîtrait se concilier fort bien avec la culture du cresson; comme elle peut fournir, dès la cinquième année, à la vente, 2,000 écrevisses par fosse, à 15 fr. le mille, cela éleverait le produit des cressonnières de 30 fr. par fosse, ou ensemble à 30,000 fr., soit 1,245 fr. par hectare en viviers fosses.

Au dire de M. P. Joigneaux, dans la Hesse électorale, on a construit des bassins spéciaux, (dont M. Koltz a indiqué l’installation dans son Traité de pisciculture pratique) pour l’éducation de cecrustacé qui donne souvent un produit

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