‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 4)Chapitre 78 sur 124 · ENGINS DE PÊCHE · texte numérisé non relu

ENGINS DE PÊCHE

donc très-succinctement ces améliorations apportées au matériel de la pôclie.

En eau douce, nous ne voyons guère que la multiplication de ce qu’on a appelé des échelles à saumons , et qui favorisent la remonte et la capture du plus grand nombre des espèces migratrices et anadromes. C’est ainsi qu’en 1875, on a dû améliorer encore, dans la Haute-Dordogne, l’installation de ces échelles, qui n’avaient pas jusque là donné de résultats sérieux, bien qu’on y eût pris, en 1874, pour 31,000 francs de saumons.

A la mer, dans la petite pêche, on emploie une immense quantité de moyens de capture, bordigues, filets traînants, seinches, madragues, etc. Parmi tant de filets, nous ne parlerons que de deux : la traîne ou filet traînant et la madrague.

On appelle traîne un filet dragueur qu’un bateau /bœuf) ou deux bateaux accouplés (vaches, chaluts, bregins, tartanons, tartanes) promènent sur le fond de la mer, où il ramasse tout ce qu’il trouve, œufs, fretin, adultes, poissons, mollusques, crustacés, zoophytes, dépeuplant la mer, et, bien plus, détruisant toutes les sources de la production. Et, tandis que la traîne est l’engin permis et partout employé, les madragues ont été prohibées durantplus de vingt ans, sous prétexte d’entraves à la navigation à vapeur (1).

Pour capturer les thons, on emploie la seinche , filet en cinq parties que l’on réunit pour former une enceinte autour des bancs signalés ; mais il faut pour cela réunir cinq bateaux et opérer avec une grande prudence et une suprême habileté; ou la thonaire, long filet à larges mailles que des bateaux et des barques développént autour des troupes de thons pour les cerner et les acculer au rivage; ceux d'entre les captifs qui veulent traverser l’obstacle y restent emprisonnés par les ouïes, et sont asphyxiés comme les sardines dans les Seines ; ou enfin le madrague,, filet fixe à très-grandes mailles, véritable parc disposé en labyrinthe, dont les murs sont en filets solidement calés, hauts de 10 à 35 mètres, offrant am développement de 2,500 à 4,000 mètres, et terminé par une chambre de capture ou de mort (eorpou). Ces filets étant fixes et occupant des emplacements déterminés par l’administration de la marine elle-même, près des rivages, ne sauraient gêner en rien la navigation à vapeur militaire ou marchande, non plus que la navigation à voile, contrainte à suivre le large.

Les thons sont des carnivores qui vivent de dupes (maquereaux, harengs, sardines, etc.) migrateurs comme eux, et de poissons sédentaires et littoraux, aussi bien que les bonites, pélamydes, espadons, dauphins et autres voraces que l’on capture avec eux. 11 y a donc à la fois tout intérêt et tout profit à limiter le développement de ces espèces, pour protéger notre poisson littoral. En même temps, il faut ajouter que ces pillards, si nous ne les capturons, iront se faire prendre, après s’être nourris. à nos dépens, sur les. eôtes d’Italie «(Gênes, Sardaigne, etc.) ou d’Espagne.* . . ....

Bien plus, les madragues constituent un engin doublement protecteur, en ce que les cantonnements sur lesquels elles sont établies sont, par cela même, soustraits au parcours des filets traînants, et deviennent, par conséquent, un asile favorable à la reproduction des poissons de fond.

Duhamel du Monceau cite comme existant de son temps, les madragues de Cassis, Bandol et Toulon (France) ; Gibraltar, Calla bona, Conihl, Ceuta (Espagne) ; Gênes et six autres sur la côte occidentale de Sardaigne, et trois encore au Gap Poulie, sur la côte orientale de la même île (Italie). M. J. Duval nous apprend qu’en 1855, les madragues étaient autorisées sur trois points de notre littoral algérien (à Siddi Ferruch près d’Alger, à Arzew près d’Oran et dans la

(1) Voir Bulletin delà Société zoologique. d'acclimatation, Dr Turrel de Toulon, septembre 1872, janvier 1874, août 1875, janvier 1876; M.Wallut, avril 1863; E. Rimbaud, juin. '874.

LA PISCICULTURE

baie du cap Falcon). En 1854, sur la côte provençale, il y avait des madragues établies et autorisées; aux Ambiers, à la Ciotat, au Bruscq, à Saint-Tropez, à Giers, aux Vignettes, à Saint-Mandrier, au Golfe des Lèques, à Brégançon, à Antibes, à l’Estaque, à Morgiou, au port Miou, à Carry, à Montredon, à Podestat, à la Pointe Rouge, etc., soit environ une vingtaine. Supprimées en 1854, elles furent de nouveau autorisées par le Ministre de la Marine en 1875, sur les instances de la Société zoologique d’acclimatation et des Conseils généraux du Var et des Alpes-Maritimes. Plusieurs madragues ont été rétablies depuis lors aux Ambiers dans le Golfe de Saint-Nazaire, à Giens dans la rade de Toulon, à Niolon et à Gignac près de Marseille, à Saint-Tropez dans le golfe de ce nom, etc., etc.

On sait que la pêche côtière emploie pour la sardine un appât appelé rogue, et qui consiste en œufs de maquereaux salés et conservés, et surtout de morue. Cet appât, dont la Norwége possède en quelque sorte le monopole, ayant atteint dans ces dernières années le prix de 30 à 100 fr. les 100 kilos, il fallut chercher un moyen soit de le remplacer, soit de l’économiser (1). On fit, en effet, plusieurs expériences pour le remplacer par des gueldres (petites crevettes) et des crabes pilés, des poissons cuits et de grosses merlues (Guilhou, 1852); de la poudre de poissons séchés etécrasés (de Molon, 1853); des capelans pris à Terre- Neuve, crus et pilés (M. Balestrier, 1860); des homards, crabes, coquillages (M. Laymet, 1864); des sauterelles séchées et préparées (Ûr Morvan, 1874); cette dernière substance seule paraît avoir réussi, et on essaie, depuis lors, de substituer le hanneton à la sauterelle.

D’un autre côté, pour économiser la rogue, on a perfectionné les filets : MM. Belot de Douarnenez et Erraud, de Lorient, ont proposé de nouvelles Seines encore en expérimentation.

Nous avons dit plus haut qu’il y avait tendance forcée à augmenter le tonnage des bâtiments, afin de pouvoir étendre le champ de la pèche, et à diminuer le nombre des hommes d’équipage, afin d'obtenir un tonnage plus élevé. Voici quelle a été la progression suivie :

Tonnage. Equipage.

Ensemble.

Par bateau.

Ensemble.

Par bateau.

Les chiffres officiels indiquent, comme l’on voit, une diminution dans le tonnage; mais cela tient d’abord à ce qu’elles comprennent la statistique du littoral méditérranéen, sur lequel la pêche n’est pratiquée qu’isolément par des pêcheurs propriétaires, aussi bien que du littoral océanique sur lequel la pêche est surtout dans les mains des armateurs ou des industriels. Pour transformer et améliorer le matériel, il faut à la fois du temps et de l’argent. L’augmentation de tonnage se produira donc plus rapidement sur l’Océan que sur la Méditerranée où d’ailleurs, les petits ports, dans cette mer privée de ifiarées, ne sauraient souvent admettre des barques de plus de cinq tonneaux.

Si la pêche de la Baleine a été complètement abandonnée par les Français

(1) La France seule en importait, année moyenne, 36,000 barils de 35 kilos l’un, valant plus de deux millions de francs.

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