‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 4)Chapitre 80 sur 124 · TOME VIII. — NOUV. TECH · texte numérisé non relu

TOME VIII. — NOUV. TECH

LA PISCICULTURE

en 1851, il y était consommé, la population étant de 2,200,000 habitants, 220 millions de kilog. de poisson frais et salé et 309,935 barils d’huîtres.

Nous avons vu que, dès 1840, Mac Culloch réduisait à 112,500,000 francs ; l’évaluation du produit total des pêcheries du royaume et des colonies, porté en 1835 par sir John Barrow, à 207,500,000 francs; et que, tout récemment (en 1875), on y évaluait à près de 100 millions de francs le seul revenu de la pêche du saumon.

Norvège. — En 1869, la pêche maritime y occupait 22,462 hommes et produisait 20,500,000 francs, dont 25 millions pour la pêche de la morue et 25 millions et demi pour celle du hareng.

Suède. — La Suède a tiré pendant longtemps (du xi° à la fin du xviiic siècle) une grande richesse de la pêche du hareng; depuis 1808 jusqu’en 1868, ce poisson semble avoir momentanément abandonné ses côtes ; mais il y a reparu depuis lors et s’y montre chaque année plus nombreux. La pêche du saumon, jadis si fructueuse, surtout dans les grands fleuves . des provinces du Nord, y a beaucoup diminué depuis une vingtaine d’années. On évalue à 50,000,000 de francs le produit de l’industrie des pêches dans le royaume de Suède et Norwège.

Pays-Bas . — La pêche du hareng qui y a été la source originaire d’une merveilleuse prospérité, s’y montre en décroissance constante; elle n’est plus pratiquée aujourd’hui que par une centaine de navires montés par 1,400 à 1,500 hommes, et produit de 20 à 30 millions de kilog. de harengs, valant 1,100 à 1,200,000 fr.; il faut y joindre environ 20,000 barrils de sardines valant 500,000 fr.

Etats-Unis. — Les États-Unis, favorisés par le nombre et l’étendue de leurs cours d’eau et de leurs lacs, non moins que par l’immense étendue de leur littoral, sont une des contrées du monde où l’industrie des pêches est le plus pratiquée, la plus fructueuse et la plus progressive. Ce sont les Américains qui se sont presque exclusivement emparés du monopole de la pêche à la baleine et au cachalot, et ils y consacrent de véritables flottes de navires à voiles et surtout à vapeur. Les bancs d’huîtres sont très-nombreux sur les côtes orientales et leur exploitation est strictement réglementée. Enfin, la pisciculture d’eau douce y est pratiquée sur une grande échelle. On n’évalue pas à moins de 400 millions le produit moyen annuel des pêches en eau douce et salée, pour cette contrée, sur laquelle manquent malheureusement les renseignements statistiques spéciaux (1).

y. — VISITE A L’EXPOSITION.

Il faut bien l’avouer, la pisciculture n’a pas été heureuse à notre grande Exposition de 1878 ; tout ou presque tout y a été fait pour exciter la curiosité du public, pour attirer les foules; rien ou presque rien, pour l’étude. La France, presque seule et bien parcimonieusement, s’y est fait représenter par quelques hommes ou quelques sociétés de dévouement. Il semble que partout on s’empresse d’exploiter les ressources naturelles des eaux, sans souci aucun de les multiplier. Parcourons donc, en glanant, les annexes du Champ de Mars et du Trocadéro.

§ 1er. — Pisciculture d’eau douce. — Dans l’allée du jardin du Trocadéro qui continue l’avenue d’Iéna, voici une serre ; mais ce n’est qu’un spécimen

(1) Voir Etudes sur l'Exposition universelle de 1878, Eug. Lacroix, 20e fascic, t. v. Jeunesse).

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d’architecture horticole ; à peine quelques plantes communes et en pots, dans l’intérieur ; mais deux rangées parallèles de petits aquariums; c’est l’exposition de M. P. Carbonnier, le constructeur bien connu, l’importateur zélé, le spécialiste érudit. En môme temps que ses bacs élégants et bien plus qu’eux, il présente au public ses élèves, des poissons curieux ou nouveaux qu’il travaille à naturaliser chez nous, qu’il multiplie, qu’il vulgarise, qu’il croise ou fait varier. Ce n’est pas que tous ces animaux présentent un caractère d’utilité directe et réelle; mais, les autres sont curieux par les anomalies qu’ils présentent, intéressants par leur couleur, leurs mœurs ou leurs formes, quelques-uns très-rares encore et peu connus.

Il y a là 17 bacs contenant chacun une espèce distincte, dont voici le dénombrement ;

Rock-bass (du Canada).

Silver-bass (du Canada).

Fondule (Amérique septentrionale).

Silures du Danube (Autriche).

Silure chat (Amérique septentrionale).

Anabas du Gange (Inde).

Doras de Buenos-Ayres (République Argentine).

Gourami (Chine).

Macropode paradisier (Chine).

Cypoins télescopes (Chine).

King-yu (Japon).

Omble de Kramer (Turquie).

Transparents (Bengale).

Axolotls (Mexique).

Proteès (Carniole, Autriche). Ecrevisse rouge (astacus fluviatilis).

Le rock-bass, le silver-bass, sont des salmonidés originaires du Canada et importés en France, en 1877, par M. Carbonnier qui se propose de les multiplier et de les naturaliser dans nos eauxdouces. Le fondule (Fundula cyprinodonta), originaire de l’Amérique du nord, a été importé pour la première fois en France, par M. Carbonnier, en décembre 1871 ; ce poisson, dont la chair est assez délicate, prospère également dans les eaux froides et courantes ou dormantes et tempérées; ceux que nous présentait l’exposant proviennent d’une quatrième génération obtenue par lui dans ses bassins de Champigny, près de Paris. Le silure ou lotte du Danube (silurus glanis), introduit à plusieurs reprises en France (1851), outre que sa chair est grossière et d’un goût désagréable n’a que médiocrement réussi dans nos lacs, étangs ou bassins ; le silure chat de l’Amérique septentrionale nous donnerait-il de meilleurs et plus heureux résultats? L’anabas du Gange (Perça scandens-Anabas scandens) indigène dans les petits cours d’eau de l’Inde et de son Archipel, est de couleur vert sombre rayé transversalement de noir, à opercules dentelées, à nageoires épineuses, capable d’atteindre le poids de 7 à 800 grammes, et qui, pourvu de dispositions spéciales, peut vivre hors de l’eau, marcher sur lé sol et même monter sur les arbres dont la tige est un peu inclinée. Le doras est encore un poisson marcheur; il vit dans l’Amérique méridionale, habite les rivières, les lacs et les étangs ; mais quand les eaux s’abaissent, il émigre en troupes et par terre, progressant par sauts, vers des amas d’eaux plus pures; c’est en même temps un poisson nidifiant. Le gourami (osphronemus olfax) originaire de la Cochinchine, a été successivement introduit à Penang, à Malacca, aux îles Maurice et de la Réunion, à Cayenne, au cap de Bonne Espérance et en Australie; ce poisson herbivore peut atteindre jusqu’à 2 mètres de longueur et 25 kilogs de poids; comme les précédents, il est migrateur, marcheur et même grimpeur et nidifiant; sa chair est assez délicate ; il est plus remarquable par ses couleurs que par ses formes; c’est à M. P. Carbonnier que nous devons son introduction en France (1864). Le macropode paradisier (macropodus venustus) originaire de la Chine, a été introduit en France par M. Simon, consul de France à Ning-Pô (1869) ; c.e petit poisson nidifiant est destiné à faire l’ornement et la joie des aquariums de salons, par ses merveilleuses couleurs

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et ses mœurs bizarres. Les macropodes qui étaient exposés forment la troisième génération obtenue à Paris par M. Carbonnier.

Les cyprins-télescopes (cyprinus-telescopus) sont de petits poissons delà Chine et du Japon (king-yu) dont on a obtenu une variété tératologique par un élevage spécial. Le king-hiu est remarquable par le développement de son abdomen en hauteur, tandis que la queue et la tête semblent d’autant plus courts; le cyprin télescope porte de gros yeux ronds à l’extrémité d’un pédoncule de plus d’un centimètre de longueur; les uns sont d’un vert plus ou moins sombre, ceuxci d’un rouge doré, ceux-là jaune saumon, quelques-uns tout blancs ; leur seul mérite réside dans la bizarrerie de leurs formes, de leurs couleurs et de leurs yeux. Le poisson transparent du Bengale attirait l’attention par une autre particularité ; tout son corps est si translucide qu’on y peut voir battre son cœur et fonctionner son estomac. L’omble de Krammer (thymallus krammeri), s’il peut être naturalisé dans quelques-unes de nos eaux, se rangera à côté de ses congénères l'omble chevalier, l’omble des rivières ou d’Auvergne (thymallus alpinus, vexillifer).

Voici maintenant des reptiles batraciens, les axolotls, indigènes du lac de Mexico ; ceux-ci sont nés à Paris et plusieurs individus exposés semblent avoir déjà subi l’influence de la domestication et sont albinos; puis les protées (proteus anguinus) découverts par M. le baron de Zoïs, dans le lac souterrain de Sittich et retrouvés plus tard dans le lac de la caverne d’Adelsberg ou Postoïna qu’alimente la rivière Poiyk ou Pinka ; on a longtemps cru les protées aveugles, mais ils ont deux yeux très-petits comme la taupe et le zemni ou rat-taupe. Enfin, parmi les crustacés, M. Carbonnier nous présentait vivantes, des écrevisses roses, espèce d’importation nouvelle et dont nous ignorons la provenance.

Dans le même local et sans désignation d’exposant, se trouvaient quelques ustensiles de pisciculture, entre autres des boîtes de transport pour alevins. Rapprochons-en les appareils d’incubation en tôle, de M. Glaser fils, placés dans l’aquarium d’eau douce. Des boites à éclosion, dites de la Californie, perfectionnées par M. Max von den Borne; le compartiment intérieur a 0m,30 de long, 0m,25 de large et 0m,15 de profondeur; elles sont en tôle et peuvent contenir de 10 à 30,000 œufs de salmonidés. A côté, nous avons l’appareil vu à éclosion de Wilmot, perfectionné par le même M. Max van den Borne. M. Hedde, du Puy, présentait aussi des appareils pour transport des alevins. Toujours dans l’aquarium d’eau douce, M. Glaser fils exhibait un modèle en relief d’une pêcherie à saumons établie par lui sur le Rhin à Bâle (Suisse). Enfin, sur la berge du quai d’Orsây, voici des modèles d’aquariums de toutes formes et de toutes grandeurs, exposés par M. Giachetto et Cie, fabricant rue Durantin à Montmartre (Paris).

Dans l’annexe du quai d’Orsay, au milieu de l’exposition de l’union ostréicole morbihannaise, nous avons trouvé un plan en relief du marais insalubre du Chesnay-Haguest, près d’Andelys (Eure), assaini par le drainage et utilisé par la récolte des eaux et la pisciculture, grâce à M. le comte de Pulligny. Puis le plan de l’établissement de pisciculture de M- le comte de Galbert, à la Bonisse, canton de Voiron (Isère). Mais, aux États-Unis, rien qui rappelle les beaux travaux de repeuplement de rivières par les Seth Green, les Spencer Baird, et tant d’autres; rien pour la Belgique, ni l’Allemagne, ni la Russie, ni l’Angleterre. En Norwége, M. Soyland, de Flekhefjord, exhibait une carte des pêcheries établies sur la rivière de Sina.

En France, M. Raweret-Wattel, secrétaire de la Société zoologique d’acclimatation, nous a présenté une carte géologique et ichthyologique des fleuves, rivières et principaux ruisseaux; on sait, depuis quelque temps, que la nature chimique des eaux influe puissamment sur l’aire d’habitat des poissons et mol-

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lusques et l’idée de présenter simultanément la nature des fonds et la faunule des cours d’eau est des plus ingénieuses. M. Léon Vidal, l’éminent pisciculteur de Port de Bouc exhibait un essai de classification nouvelle des poissons d’après leurs écailles.

Il nous faut maintenant descendre dans les grottes qui recèlent l’aquarium d’eau douce. L’ingénieur M. Barois, eut l’idée d’utiliser dans ce but une partie des anciennes carrières ouvertes autrefois dans les buttes du Trocadéro ; on déblaya une surface d’environ 2,800 mètres carrés et, à l’aide de rochers naturels laissés sur place on remaniés, on installa un souterrain circulaire comprenant 24 bacs soutenus par des glaces en avant, cernés par des rochers pittoresquement disposés en parois, sablés au fond, remplis d’une hauteur de 2 mètres d’eau provenant de la Vanne et peuplés de 24 espèces de poissons d’eau douce, les uns indigènes, les autres importés, et d’écrevisses. Les bassins sont disposés de façon à se déverser les uns dans les autres et à s’alimenter réciproquement; leur trop plein forme dès l’entrée de l’aquarium une charmante cascade. A la surface du sol, dant un élégant chalet, est logée la machine hydraulique qui fournit aux poissons l’eau oxygénée en quantité suffisante ; on parvient à ce chalet par des allées coupées de ponts rustiques qui passent sur les bacs à ciel ouvert de l’aquarium. Ceux-ci, éclairés par le haut, présentent à l’observateur placé dans une demie obscurité des jeux de lumière extrêmement pittoresques; rien ne lui échappe, les moindres microphytes, les plus petits animalcules, les mouvements de nageoires les moins prononcés des poissons.

Les 24 bacs nous offraient, par 262 glaces, des collections plus ou moins nombreuses des espèces de poissons ou crustacés suivantes :

Brèmes communes (abramis brama).

Barbeaux communs (barbus fluviatilis).

Lamproies de rivière (petromyzonfluviatilis). Anguilles communes (anguilla murœna).

Lottes communes (Iota vulgaris).

Gardons communs (leuciscus rutilus).

Goujons fluviatiles (gobio fluviatilis).

Chondrostomes nases (chondrostomus nasus).

Silures du Danube (silurus glanis).

Perches communes (perça fluviatilis).

Brèmes bordelières (abramis blicca).

Orfes ou ides mélanotes (idus melanotus).

Vérones lisses (phoxinus lievis).

Tanches communes (tinca vulgaris).

Carpes vulgaires (cyprinus carpio).

Saumons du Danube (salmo hucho).

Truites des lacs (trutta variabilis).

Truites communes (salar ausonii).

Rotengles (leuciscus erythro-phtalmus).

Ombles chevalier (salmo alpinus).

Truites saumonées (trutta argentea).

Saumon commun (salmo salar).

Chevaines communes (leuciscus dobula).

Ecrevisses de rivières (astacus fluviatiliscrustacés).

Ajoutons que tous ces spécimens étaient parfaitement choisis, mais regrettons qu’on n’ait pas cru devoir y ajouter des espèces plus rares importées et naturalisées par nos principaux pisciculteurs qui, si l’on se fût adressé à eux, se fussent fait un honneur de fournir leurs plus beaux produits : la curiosité du public banal n’eût pas été moins satisfaite et l’enseignement de tous en eût profité. La foule des visiteurs n’a cessé, depuis le commencement jusqu’à la fin et du matin au soir, d’encombrer les grottes de l’aquarium, attirée non moins par la fraîcheur du lieu que par le spectacle inusité et vraiment merveilleux qu’elle savait devoir y trouver. Mais dès lors, pourquoi n’a-t-on pas eu l’idée de conserver ce lieu de délices et d’études, charmante oasis sur les flancs dénudés du Trocadéro bientôt rendu à sa solitude? La crainte de faire une concurrence gratuite à faquarium du Jardin d’ Acclimatation serait un motif trop mesquin pour que personne osât l’invoquer ; la dépense d’entretien et de surveillance était trop insignifiante pour former obstacle ; nous aimons mieux croire que personne n’y a songé!

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§ 2. — Pisciculture marine. — Après l’aquarium d’eau douce, l’aquarium d’eau salée ; mais ici, nous sommes beaucoup moins heureux.

M. E. Lacroix, dans la piquante chronique qui accompagne la présente publication, nous a décrit l’installation de ce semblant d’aquarium : une rivière factice d’eau salée, en élévation le long de la Seine, sur la berge du quai d’Orsay, construite au moyen de madriers de sapins solidement réunis, boulonnés et soutenus par des charpentes extérieures du côté du fleuve. «. Cette rivière à ciel » ouvert a le fond arrondi pour supporter une garniture de grève, elle est

r> en 25 compartiments dans lesquels sont répartis . . quelques pois-

7> sons, plusieurs moules et une grande quantité d’huîtres. La vue (sur ces » désirables habitants) est procurée au moyen de glaces ménagées dans la façade » intérieure donnant dans une belle galerie couverte. Le tout d’une longueur » de 80 mètres euviron,une hauteur de 2 mètres et une largeur de 2 à 3 mètres. » Une machine à gaz (système Lenoir) est installée à l’extrémité pour l’alimen-

» tation et le renouvellement de l’eau . Entre la galerie couverte et le mur du

» quai, faisant face à l’aquarium, l’on a construit une série de bassins en » maçonnerie hydraulique destinés à l’exposition d’ostréiculture. » (chrônique p. 104). Notre cher Directeur écrivait ces lignes à la fin de mai et sur la foi des plans. Mais le ciel et nos ingénieurs en disposèrent autrement.

On sait depuis longtemps qu’il est difficile de se procurer des aquariums d’eau de mer dans lesquels puissent vivre des animaux et des végétaux marins. L’eau de mer attaque les parois et les montures, l’ardoise, les ciments, les mastics, lé verre lui même, et les substances ainsi dissoutes rendentles eauxfunestes à leurs habitants. Avant d’introduire des animaux ou des plantes dans l’aquarium, il faut l’éprouver en y laissant séjourner de l’eau salée durant un temps plus ou noins long, y introduire quelques plantes d’abord, et, lorsqu’elles y persistent, des crustacés, mollusques ou poissons communs d’abord et seulement. Les fonds d’un aquarium marin, en ardoise ou en verre, quelque bien conditionné qu’il soit, durent rarement plus de 5 à 10 années; mais sur 10 de ces jolis meubles d’appartement ou d’étude, 5 à 6 seulement peuvent être utilisés.

Aussi, quand nos architectes pressés par le temps et pris au dépourvu, eurent élevé 'leurs bacs et qu’on y introduisit les habitants de Tonde amère, |une effroyable mortalité se produisit-elle ; il fallut suspendre les arrivages et il ne subsista que quelques anguilles, bars, soles, crabes, bernard-hermites, crevettes roses et grises, derniers survivants, que le public a pu voir nager mélancoliquement dans deux bacs à peu près déserts, rarvnantes in gurgite vasto. Pour combler le vide, on dût s’adresser aux ostréiculteurs qui mirent généreusement leurs élèves à la disposition des commissaires. Nous n’avions pas de poissons, mais nous avions des huîtres à indiscrétion; il est vrai que cela manquait d’animation et de gaîté ; ce défilé devant 25 cages à huîtres, s’il amenait l’eau à la bouche, finissait par devenir d’une monotonie désespérante.

Ce n’est pas que lesdites huîtres n’aient fait largement les choses : elles s’exhibaient sous l’aspect de pieds de cheval, de gravette, etc., celles-ci sur un doux blanc de gravier, celles-là sur des collecteurs en tuiles ; ici, elles posaient dans des claires, sous 2 mètres d’eau; là dans les parcs privés de marées et recouvertes de 0m,20 d’eau à peine; nous pouvions assister à leur toilette, alors que leurs valets de chambre leur brossaient les écailles; à leurs changements de bains, et même, un peu plus loin, à leurs funérailles dans l’atelier de dégustation.

Voici les élèves de MM. Montaugé frères à Arcachon; ils proviennent de leurs paves ou claires de Saint-Joseph du Tés (-2 hectares 50), du Lestey d’Afrique (2 hectares) du Canelon (5 hectares) et des 62 viviers de leur succursale du châ-

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teau d’Oléron, atteignant ensemble une production de 4 S millions d’huîtres par an. Celles-ci arrivent des 48 claires composant le parc de la presqu’île, appartenant à M. Fillion fils à Arcachon. Voilà celles nées dans l’huîtrière de de Notre-Dame d’Arcachon, comprenant 8 hectares à l’Estey du Badoc, sur l’île aux oiseaux ; elles appartiennent à MM. Lafargue de Grangeneuve et Dasté. Toujours dans le bassin d’Arcachon, nous rencontrons quelques-uns des 40 millions de produit moyen annuel obtenus par M. Grenier, sur une surface de 3 hectares 47 ares, 96 centiares des Crassats d’Arams ; enfin voici l’exposition de M. Haiman, encore d’Arcachon.

Outre la casedeMM.Montaugé,les huîtrières du château d’Oléron étaient encore représentées par le produit des parcs fondés en 1865 par M. Roussel. De Marennes, rien que la case de M. Rivasseau-Boursefran, qui produit 10 millions d’huîtres par année moyenne.

L’union ostréicole morbihannaise s’est fait représenter par MM. Martial Pozzi, à Ludré, par Sarzeau (Morbihan); ch. Vincent, parcs de Bagatelle, à Vannes; Turlure,àKermelo, près de Lorient; ch. Morio fils, parcs deMontsarac, à Vannes; chacun de ces MM. avait garni un ou plusieurs bacs ou tables d’étalage.

Parmi les plans en relief ou sur papier, voici ceux de l’établissement ostréicole de Belon par Pontaven (Finistère), dans la rivière d’Auray; MM. de Mauduit et de Solminihac, qui font créé en 1864, y pratiquent l’élevage et l’engraissement. M. le docteur Leroux, aux Sables d’Olonne, parcs d’engraissements ; le plan des claires exploitées par MM. Roussel frères, de Marennes ; celui des parcs de M. Gouin, au Chapus (Marennes) ; M. Lamazelle, à Kéralier, par Sarzeru (Morbihan) présentait des spécimens, pour l’élevage des huîtres, de bassins submersibles rendus étanches par des musettes de béton.

Parmi les nombreux ustensiles composant le mobilier ostréicole, voici : une table à trier les huîtres par taille marchande; des pots en terre cuite formant un système de collecteurs usité dans la baie de Quiberon ; des collecteurs en brins de paille passés dans des cordelettes en fil de fer tordus, employés dans les parcs de Notre-Dame d’Arcachon; des paniers en fil de fer galvanisé, pour lavage du naissain, employés par M. Turlure; d’autres paniers pour sasser le naissain ; des pièges à crabes ; un système de plateaux en bois sur traverses, pour claires insubmersibles, permettant de faire des marées factices.

Si des huîtres nous passons aux moules, nous rencontrons un plan dessiné à grande échelle des bouchots installés dans la baie de l’Aiguillon, sur les trois communes d’Esnandes, Marcilly et Charron ; puis celui des bouchots de M. Victor Delage, à Rochefort sur mer, qui a garni un bac de bouchots peuplés de moules vivantes. Enfin, arrivant aux crustacés, nous rencontrons le plan des réservoirs à homards et langoustes et des pêcheries des îles Glénans (au nombre de 11 : 2 îles Brennec, 3 îles Quiguinec, 2 îles Saint-Nicolas, île du Loch renfermant un étang, île Guiantec, île aux moutons, et île de Penfret) ; ces réservoirs appartenant à M. Halna-du-Frétay, peuvent contenir 30,000 homards ou langoustes. En Norwège, une société fondée à Stavanger pour la reproduction artificielle du homard avait exposé un plan en relief de ses réservoirs.

Le matériel des pêches à la mer est incontestablement moins riche qu’en 1867. Voici ce que nous avons pu découvrir : modèle en petit d’un bateau -Forban du Bano (rivière d’Auray) pour la drague à la voile ; un autre plus petit, pour la drague à l’aviron ; un modèle de bordigue, longueur 200 mètres, largeur du canal 41 mètres; modèle en relief de madrague, par 21 mètres de fonds. En Angleterre, M. Stuart exhibait des filets pour la pêche des maquereaux et des harengs; ils ont 800 mailles en largeur et jusqu’à 1,000 verges en longueur; M. Taylor avait exposé, de son côté, les appareils employés à la pêche de la morue. La Norwége présentait tous les spécimens de son industrie de pêche;

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le musée de Bergen, une collection de poissons norwégiens conservés dans l’alcool ;M. Brünn, des lignes de pêche; MM. Fagerheim et Gle, des filets; M. Lange et Cie, des rogues de morue; M. Scarborough, un modèle nouveau de bateau de pêche; M. Fedeler, des filets de barrage; M. Dahl, de Hanô, des appareils de pêche ; les verreries de Bergen et celle de Yallô, des flottes en verre, etc ; M. Von Yhlen une carte des pêcheries occidentales de la Suède, et des modèles d’embarcations et d’engins employés pour la grande pêche dans la mer du Nord. Dans le Danemarck, (salle des machines) voici un magnifique trophée en cordages, filets et ustensiles de pêche ; au même endroit, c’est la Suède qui présente des canots, cordages et filets; dans les annexes, voici des bateaux de pêche etde plaisance amenés par la Russie. En Norwége, voici le plan des pêcheries de la rivière si poissonneuse de Sina, relevé par M. Soyland, de Flekhaf-

jord.

Passant enfin aux produits tirés de la mer ou dus à l’industrie des pêches, nous rencontrons sur notre route : MM. Colombel frères et Devisme, éponges de la Méditerranée, coquilles de nacre avec perles ; MM. Creswell et Hersent (Paris), éponges, éponges sur coraux; MM. Leroux et Fedit (Paris) éponges pour industrie, médecine et arts ; M. F. Stenfort (3 rue des Abbesses, Paris), un bel herbier d’algues, des gelées d’algues (au kirsch, au rhum, etc.), des pastilles aux nids d’hirondelles (salanganes), pastilles au mucus de la mer, sirop de nids d’hirondelles, etc., etc. La Suède nous montre des gélatines (colle de poisson) blanches et roses et d’une merveilleuse transparence ; les Indes néerlandaises, des coquilles de nacre de Timor et de New-Guinea, des coquilles de tortues des Célèbes, etc.

Si nous ajoutons à ce qui précède, un manuscrit d’aquiculture intitulé sels et pêches du littoral, par M. J. B. Brierre, (propriétaire à Riey (Vendée), nous aurons dressé un inventaire très-approximatif de la pisciculture marine à l’Exposition. Malheureusement, il est, on le conçoit, très-long et très-difficile d’étudier et de juger, absolument et comparativement les objets exposés lorsqu’ils sont d’invention nouvelle ; la plupart des éléments d’appréciation font défaut : le toucher, le prix, l’usage. C’est la pratique seule qui pourra prononcer en connaissance de cause et avec l’aide du temps, et nous avouons qu’à cet égard, la compétence nous ferait défaut.

Pour si négligée qu’ait été l’aquiculture par la plupart des nations dans leurs envois à l’Exposition de 1878, on a pu voir que néanmoins, les personnes compétentes y eussent pu faire une ample collection d’idées, de comparaisons et d’enseignements; mais les intéressés ont ils pu ou su voir ? et nous songions avec regret que avant peu, il ne resterait plus rien ou presque rien de toutes ces richesses en grande partie ignorées. Et nous songions qu’en France, l’initiative et l’instruction privées sont, en aquiculture, abandonnées à elles-mêmes. Seule, la Société zoologique d’acclimatation, s’occupe de ces questions au milieu de tant d’arbres; elle accorde à la pisciculture fluviale d'importants encouragements, elle cherche également à stimuler la pisciculture marine, mais son but est limité, son champ rétréci, elle se propose l’importation, l’acclimatation, la naturalisation d’espèces nouvelles et utiles.

Pourquoi n’établirait-on pas un centre d’action, une société centrale d’aquiculture divisée en deux sections, l’une d’eau douce, l’autre d’eau salée? Son champ serait suffisamment vaste et les dévouements éclairés ne lui manqueraient pas : encourager les études spéciales sur les cours d’eau (météorologie, température, aération, hydrotimétrie, statistique), sur nos espèces de poissons, annélides, crustacés, mollusques, indigènes ou importés, les procédés de leur multiplication et de leur élevage; étudier la législation des règlements d’eau, es pêches en eaux douces, salées et saumâtres; ouvrir des enquêtes sur les

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travaux créés et les pratiques employées à l’étranger; réunir et publier les travaux spéciaux afin de les vulgariser; centraliser les efforts de tous, les relier, les diriger, les encourager. Que de progrès à provoquer, que de bien à accomplir ! 11 ne manque qu’un homme de dévouement et d’intelligence, sachant, voulant et pouvant; mais à celui-là, nous pouvons assurer la reconnaissance de tous.

A. Gobin. \

Professeur de Zootechnie et d’agriculture.

P. S. — Au moment où ce travail est mis sous presse, nous apprenons que le Conseil Municipal de Paris, vient de modifier comme il suit les droits d’octroi du poisson à son entrée, en substituant les droits au poids à ceux ad valorem , et en exemptant de tous droits ceux non dénommés dans les catégories suivantes. Cette modification qui élève notablement les charges pesant sur les poissons deluxe et exonère les poissons communs apportera sans doute de grands et désirables changements dans l’approvisionnement de la capitale, d’un côté, et de l’autre dans la consommation des classes peu aisées.

1er Catégorie (saumon, truite, omble chevalier, féra, barbet-rouget de la Méditerranée, bars ou loup, barbue, turbot, bouquets (crevettes), écrevisses, homards, langoustes), 73f,70 par 100 kilos -+ 1 fr. par 100 kilos (droit d’abri) -+24% (commission de vente aux facteurs).

2e Catégorie (mulets, lamproie, esturgeon, sterlet, sole, anguille, brochet, carpe, carpeau, perche, gougeons) 39f,60 par 100 kilos +• 1 fr. par 100 kilos (droit d’abri) +- 24% (commission de vente aux facteurs).

Les droits sur les huîtres établis en octobre 1874 sont maintenus, savoir :

1™ catégorie (pesant 13 kil. le 100 ou plus) 6* + 0f05 (droit d’abri) +24 °/0(comm.dev.). 2° — (pesant moins de 13 kil. le 100)1 8f + 0f05 — + 24°/0 —

3e — (huîtres d’Ostende) 36f + 0f05 — +24 % —

Tous les poissons non dénommés ci-dessus, de mer ou d’eau douce, sont affranchis des droits d’octroi, mais ils paient 1 fr. par 100 kilos pour droit d’abri et 24 % pour commission de vente.

Tous les coquillages autres que les huîtres, tous les crustacés autres que les homards, langoustes, bouquets (crevettes) et écrevisses, sont affranchis des droits d’octroi; mais ils paient: les poissons 1 fr. par 100 kilos, les crustacés 1 fr. par 100 kilos, les coquillages (moules) 0f,10 par 100 kilos pour droit d’abri, et tous 24 % de la valeur, pour commission de vente aux facteurs. Il est impossible de prévoir en ce moment quel sera le résultat financier de cette modification pour les octrois.

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