‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 4)Chapitre 84 sur 124 · DENSITÉS · texte numérisé non relu

DENSITÉS

Si nous nous reportons à l’analyse de Vauquelin, nous voyons que la pomme le terre est composée de trois éléments principaux : deux solides, la fécule et le Darenchyme ; l’autre liquide, l’eau de végétation. Dans ce liquide, sont dissous tes sels nombreux, citrate, phosphate, nitrate de potasse, phosphate de chaux ie magnésie, nitrate de chaux, etc.

La potasse domine parmi les sels de la pomme de terre ; la culture devra lonc s’inspirer de cette remarque pour donner aux champs dans lesquels on sèmera ces tubercules des engrais potassiques, selon les principes que nous ivons donnés au commencement de notre article Sucrerie. D’ailleurs des terres égères et fraîches, bien cultivées sont les meilleures pour obtenir de bons reniements ; mais toute terre ni trop compacte, ni trop sèche, ni trop mouillée conviendra à cette culture. De plus, on devra choisir d’une façon convenable ses semences, car telle variété croît mieux que telle autre dans un terrain ionné, et par conséquent, onne devra pas, dans la même culture, semer ensemble des variétés diverses, chacune réclamant un mode d’entretien différent. La pomme de terre qui doit servir de semence devra rester en terre aussi ongtemps qu’elle ne sera pas parfaitement mûre, sous peine de dégénérescence, car au bout de deux ou trois ans elle donnerait, au lieu de pousses puissantes, des filets sans fécondité. Il est donc nécessaire dans une culture raisonnée de faire sa graine , c’est-à-dire de semer un champ tout spécialement en vue de l’obtention de la graine pour l’année suivante, champ auquel on ipportera tous les soins exigés par la nature de la plante, avec une scrupuleuse ittention ; c’est le moyen d’avoir de bonnes récoltes. Cette règle est d’ailleurs générale pour toute espèce de culture en semis, et n’est malheureusement pas suffisamment appliquée , nous la recommandons à tous ceux qui veulent marcher dans la voie du progrès agricole.

Les principales variétés de pomme de terre usitées en féculerie sont les suivantes, rangées par ordre de rendement de fécule à l’hectare :

Chardon.

Yan der Yeen.

Jeancé ou vosgienne.

Red skinned flour bail.

Farineuse rouge.

Grosse jaune, etc.

CHIMIE INDUSTRIELLE

Girardin a donné une classification assez plausible des espèces de pomme de terre. Ce sont les espèces : 1° patraques, qui sont arrondies, avec des yeux nombreux et apparents ; 2° parmenti'eres, allongées ou aplaties, avec des yeux peu nombreux; 3° vitelottes, allongées et cylindriques, avec des yeux trèsnombreux, très-apparents enchâssés dans une cavité profonde.

Les patraques sont les plus productives, celles que préfèrent les agriculteurs; dans les parmentières on ne rencontre que des variétés de jardin; enfin, les vitelottes comprennent plusieurs espèces qui réussissent en grande culture. Les pommes de terre dénommées précédemment appartiennent donc en majeure partie aux patraques, quelques-unes seulement aux vitelottes. Mais cette classification n’a rien d’absolu, et bien d’autres existent plus ou moins satisfaisantes; d’ailleurs les variétés peuvent être multipliées à l’infini, car nous avons vu à l’Exposition les noms les plus divers s’étaler sur les tubercules exposés dans la section agricole du quai d’Orsay, noms qui se rattachent souvent à leur origine, car les pommes de terre cultivées dans nos champs proviennent aussi bien de Hollande que d’Amérique, en sorte que le nombre de variétés qui était autrefois de 47 environ se trouve aujourd’hui porté à plus de 200.

Nous citerons parmi les exposants ceux du département de l’Oise, dans lequel se distinguaient les belles collections de l’Institut agricole de Beauvais; celles de la Société agricole de Clarmont, qui avait surtout des pommes de terre de Zélande. En Auvergne, M. Fraineau, qui est l’un des premiers, sinon le premier qui ait régularisé la culture de la pomme de terre dans le Puy-de-Dôme; il cultive à Riom plus de 60 hectares sur lesquels il obtient un rendement moyen de 15,000 kilog. à l’hectare, ce qui lui permet de faire une exportation de 600,000 kilog. de pomme de terre de choix, le surplus étant vendu comme second choix.

M. Méléague, également de Riom, a exposé aussi une belle collection de tubercules. Le Puy-de-Dôme à lui seul fournit 25,000 tonnes par ijui à l’exportation. En Seine-et-Marne,on remarquait l'exposition variée du bar.m d’Aveine Dans l’Eure, à Glaville, près Évreux, M. Ch. Dumoutier avait égalem ent une culture importante de pomme de terre. On remarquait également les expositions de M. Kersauté à Plombalay (Côtes-du-Nord) ; de M. Villepin à Pilletière (Ferme-école) dans la Sarthe ; de M. A. Prunier à Franconville (Seine-et-Oise); enfin, la Sologne, le Cher, l’Aube, les Ardennes, la Haute-Saône, Reims, etc., avaient envoyé des échantillons de leur culture. On peut juger par cette nomenclature de l’importance que possède la pomme de terre dans l’agriculture de notre pays.

Si nous jetons les yeux sur les pays étrangers, nous ne verrons pas exposer les tubercules en nature, mais la fécule s’y fabrique abondamment sur tous les territoires fertiles, en Belgique, en Hollande, en Autriche, en Moravie; et si les Allemands avaient exposé, peut-être nous auraient-ils montré aussi des échantillons de fécule, car nous n’ignorons pas que la pomme de terre est un de leurs grands aliments, d’où résulte que la culture doit en être très-étendue. Enfin, les pays d’outre-mer nous ont également présenté des produits intéressants. La pomme de terre est donc universellement cultivée, et presque partout d’une mauière industrielle. Après avoir constaté ces faits de premier ordre pour l’industrie qui nous occupe, passons à l’étude de la fabrication proprement dite de la fécule.

Conservation de lapomme de terre. — Quand la récolte de pomme deterre est faite, on la rentre dans des caves ou dans des silos à proximité de l’usine D’après la nature même du tubercule, on peut édicter les principales conditions auxquelles on doit se conformer pour sa conservation. La fécule, qui est le

FABRICATION DE LA FÉCULE

principal objectif du fabricant, est un élément très-stable. La gelée, la dessication, un commencement de pourriture, ne sont pas des conditions suffisantes pour faire rejeter les pommes de terre atteintes ; la fécule ne se détruit que sous l’action vitale, c’est-à-dire quand les tubercules poussent. Car la pomme de terre vit encore quand on l’arrache, elle est seulement pour ainsi dire engourdie et n’attend que l’instant propice pour pousser ses rejetons ; si on la met dans un lieu humide et tiède, immédiatement la pousse commence comme au sein de la terre au printemps. La pomme de terre doit donc se trouver dans des conditions telles que sa vie soit arrêtée le plus longtemps possible. Mais il faut aussi qu’elle ne meure pas, sinon la pourriture s’annonce, et si elle est un peu profonde, la fécule, sans s’altérer peut-être, se trouve dans des conditions telles qu’on ne l’obtiendra plus que difficilement, et en tous cas colorée. Donc il ne faut ni échauffement ni étouffement.

Les règles de conservation de la pomme de terre seront identiques à celles de la betterave (voir Sucrerie ). Dans les caves ou dans les silos, on devra ménager un aérage suffisant, permettant l’élimination des gaz provenant de la respiration delà plante, l’accès de l’air frais et sec qui remplacera l’air humide et chaud de la transpiration des pommes de terre; et enfin, l’aérage devra pouvoir se clore en cas de gelée, et s’activer ou se diminuer lorsque le besoin s’en fera sentir. On y arrivera en ménageant par exemple, dans la masse des pommes de terre, des cheminées horizontales et verticales séparées entre elles par une distance de deux mètres au plus, cheminées que l’on formera au moyen de fagots ou de branchages disposés bout à bout tout en construisant le tas.

Les pommes de terre devront d’ailleurs être rentrées sèches, détachées de toute terre, sans meurtrissure et sans altération putride préalable. En observant ces quelques notions, on les conservera toujours facilement. Seulement il faut faire attention qu’aussitôt les gelées passées, la végétation commence en dépit de tous les soins apportés à la conservation et que, par conséquent, la fabrication devra se terminer avec les derniers froids, sous peine de travailler des matières premières peu rémunératrices.

Lavage de la pomme de terre. — C.e lavage a une grande importance à un double point de vue. Le premier est que la râpe s’use plus vite lorsque les tubercules sont souillés de sable ; le second est plus important encore, car la fécule obtenue avec des pommes de terre mal nettoyées offre une teinte bise qu’il est à peu près impossible de lui retirer. Le lavage des pommes de terre doit donc être exécuté avec grand soin.

La première opération consiste dans le trempage. En effet, si l’on abandonne quelque temps les tubercules dans l’eau, la terre qui les souille se détrempe et se trouve dans les meilleures conditions possibles pour se détacher par un lavage efficace.

Dans les petites industries des fermes, l’opération du lavage se fait parfois à la main, dans une. suite de tonneaux que des ouvriers nombreux emplissent, remuent et vident successivement sur les mêmes pommes de terre. Mais, même dans ce cas restreint, il est beaucoup plus avantageux d’avoir recours au lavage mécanique. Le laveur employé dans les féculeries est à peu près le même que celui que nous avons décrit à l’article Sucrerie. Mais sa construction est le plus souvent plus primitive. Il se compose généralement d’une bâche en bois c (fig. 1), remplie d'eau et dans laquelle tourne un cylindre b dont la surface est formée de liteaux fixés suivant le sens des génératrices. L’axe e du cylindre reçoit son mouvement d’une transmission f. Les tubercules sont jetés dans la trémie et barbottent dans l’eau, et sont rejetés par les surfaces hélicoïdales i hors du cylindre sur un plan incliné rf, formé également de liteaux de bois.

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M. Champonnois avait exposé dans la galerie des machines agricoles, quai d’Orsay, un lavoir analogue à celui-ci. Lorsque l’exploitation est assez considérable il est très-utile de mettre deux laveurs à la suite l’un de l’autre, le premier sert de débourbeur, rejette les pommes de terre dans le second qui est toujours alimenté d’eau propre et dans lequel se parfait le lavage. On peut remplacer le premier laveur par un épierreur analogue à ceux qui sont usités en sucrerie, tel que l’épierreur Collas ou autre, décrit dans notre précédent article, mais le meilleur de tous sera celui dans lequel les tubercules barbotteront le plus longtemps dans l’eau.

Fig. 1. — Laveur pour pommes de terre.

Comme disposition d’atelier, on peut se reporter à notre figure 2 de l’article Sucrerie (t. II, p. 10), disposition adoptée et exposée par M. Champonnois, et qui se compose d’un élévateur transportant les pommes de terre du magasin dans le laveur débourbeur. On supposera à la suite de ce premier laveur un second qui déverse les tubercules dans la râpe.

Râpage delà pomme de terre. — Tous les systèmes de râpe à lame de scie sont bons pour la pomme de terre. Seulement on montera les râpes avec des scies à dents courtes et rapprochées, car l’extraction de la fécule sera d’autant plus facile que le déchiquetage de la pomme de terre sera le plus parfait. L’Exposition ne nous a présenté qu’un seul modèle de râpe qui, d’ailleurs, rend les meilleurs services à la féculerie, c’est la râpe Champonnois (fig. 2); nous en avons décrit le principe dans l’article Sucrerie, ainsi que donné la coupe de la machine (fig. 6, t. II, p. 13). La figure 3 représente les modifications que son inventeur lui a fait subir, ainsi que les différentes manières de disposer les lames de scie.

Rappelons en peu de mots sa disposition : Dans l’intérieur d’un tambour, se meut une sorte de fourche ou polisseur, avec une vitesse de 1000 tours environ. Les parois du tambour sont formés de lames de scie disposées suivant une génératrice du cylindre présentant leur dentelure à l'intérieur, maintenues entre deux liteaux métalliques et alternant avec des lumières ménagées entre deux liteaux successifs. En avant de la machine est une trémie ; en arrière la poulie motrice et une poulie folle. On jette les pommes de terre dans la trémie ; elles sont entraînées par la rotation du pousseur qui les projette par la force centrifuge contre les parois dentées du cylindre, et les réduit en pulpe. Cette pulpe s’écoule par les lumières qui n’ont que 2 millimètres d’ouverture, en sorte qu’il est impossible à tout fragment de pomme de terre non râpé de s’échapper

FABRICATION DE LA FÉCULE

sans être repris par le pousseur. 11 ne se fait donc jamais de semelle, ce qui n’a pas lieu avec les râpes à denture externe ordinaires.

La disposition des lames de scie est variable comme le montre la figure 3. On peut disposer une lame entre deux liteaux et laisser des lumières de chaque côté comme l’indique le dispositif du milieu, ou bien ne laisser de lumière que de deux lames en deux lames, comme à droite, ou de trois lames en trois lames, comme à gauche ; il est évident que la dernière disposition donnera de la pulpe beaucoup plus fine que la première, puisque cette pulpe, avant de trouver une lumière pour sortir, devra passer sur un plus grand nombre de lames diviseuses. Cette facilité de chan- z

ger le dispositif des lames est d’une ^^ÉM77 grande utilité en féculerie, car telle pomme de terre plus difficile à réduire en pulpe sera soumise à un mode de Fig> 2# Râpe champonnois.

râpage différent et plus efficace que telle

autre de texture plus molle. La râpe Champonnois est la seule qui réponde à ce désidératum. Il ne faut pas que la pulpe soit à l’état de bouillie qui engorgerait les tamis, mais à l’état filamenteux et tel que toutes les cellules soient ouvertes pour laisser échapper la fécule.

M. Champonnois a amélioré la râpe centrifuge en remplaçant les liteaux en fer par des liteaux en laiton qui ne s’oxydent pas, et conservent indéfiniment la

même forme, permettant ^ de régler parfaitement la

J longueur des dents des

N lames. Cette amélioration

a été complétée en évitant ^ \ l’usure qui se produit sur

IMÉlr*- \ la surface des bras du

I ^ K. yÉk \ pousseur en fonte, dont les

^ \ \ angles s’arrondissent et

^ \ *mik \ permettent à la pomme

de terre de s’engager en- \ tre le pousseur et les li-

j teaux, où elle s’écrase sans

i être râpée et bouche les

\ / lumières. Cet inconvénient

a été détruit en garnis- F.g. 3. - Coupe de la precedenle. sant ^ pa|ette3 du pous.

seur, sur chacune des faces, de lames d’acier formant couteaux et facilement renouvelables (fig. 3); ces lames d’acier conservent les angles vifs et la distance qui doit exister entre la face externe du pousseur et les liteaux; les couteaux divisent la pomme de terre à son entrée dans la râpe, déterminent un plat qui vient s’appliquer sur les lames, et la division s’opère régulièrement par glissement et non par roulement, comme cela a lieu avec la pomme de terre entière.

L’emploi de la râpe Champonnois ainsi modifiée a produit une augmentation de 3 à 4 °/0 de fécule verte sur les rendements obtenus avec les râpes ordinaires. Cette râpe travaille par heure 20 hectolitres de pomme de terre environ, et ne demande pas plus de force que tout autre système, tout en occupant un espace plus restreint.

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Tamisage de la pulpe. — Nous avons vu que la pomme de terre se compose de trois éléments : fécule, parenchyme, eau de végétation. Ces trois éléments se retrouvent dans la bouillie qui sort de la râpe. Deux sont solides et l’autre liquide. Le lavage à l’eau enlèvera facilement l’eau de végétation et les matières salines qui souillent la fécule. Reste à séparer la fécule du parenchyme. Or, la fécule est une poudre microscopique ; le parenchjmie au contraire, est un tissu ténace que la râpe a déchiqueté tout en laissant une certaine dimension à toutes ses parties. Le rapport de volume entre le parenchyme et la fécule sera donc considérable, et la séparation des deux éléments solides des plus simples. De plus, la fécule est lourde, le parenchyme au contraire est léger. Donc, si l’on projette l’un et l’autre dans l’eau, la fécule tombera au fond bien plus vite que les portions de tissu. C’est en utilisant toutes ces propriétés que l’on parvient à extraire et à purifier parfaitement la fécule.

Le premier moyen employé, usité encore dans quelques petites exploitations, consiste à tamiser la pulpe dans un tamis à main; à cet effet, on dispose l’un près de l’autre sur un rang trois cuviers, ou bien une dizaine de feuillettes défoncées par un bout. On place le tamis à main sur deux traverses au-dessus du premier cuvier et l’on y verse un seau de pulpe sortant de ta râpe. Car il est de première utilité d’opérer le tamisage rapidement, attendu que l’eau de végétation est très-prompte à se corrompre, et que la pulpe en cet état est bien plus difficile à séparer et à purifier. Sur la pulpe dans le tamis, on versera deux seaux d’eau, tout en agitant avec une palette de bois pour renouveler les surfaces. L’eau est puisée dans un baquet appelé coureur. Quand la première charge d’eau est écoulée laiteuse entraînant une grande quantité de fécule, on procède à une seconde charge semblable en agitant de même. À ce moment on transporte le tamis au-dessus du coureur, on verse encore sur la pulpe presque épuisée deux seaux d’eau provenant d’un réservoir quelconque, et ce qui reste dans le tamis est jeté comme résidu. On conçoit que l’eau du coureur se charge ainsi des dernières portions de fécule contenues dans la pulpe, et c’est pourquoi l’on fait usage de cette eau pour alimenter les cuves. Quand la lre cuve est pleine d’eau, on passe à la 2e, puis à la 3e; puis on revient à la lre dans laquelle la fécule s’est déposée; on enlève au moyen d’un robinet ou d’un syphon l’eau surnageant; puis on recommence au-dessus le tamisage d’un second seau de pulpe, ainsi de suite. Les cuves doivent être assez grandes ou en assez grand nombre pour que l’on puisse travailler dessus toute une journée. Alors, muni d’un outil approprié, un ouvrier agite fortement le contenu des cuves de manière à mélanger intimement toutes les couches et remettre en suspension toute la fécule, et le lendemain on enlève l’eau qui surnage, et l’on procède à Yépuration de la fécule.

Ce moyen d’extraction de la fécule, tout simple qu’il est, est dispendieux, parce qu’il nécessite une grande main-d’œuvre. Aussi a-t-on recherché des moyens de tamisage plus simples et plus industriels.

L’un des appareils tamiseurs les plus anciens est celui de Lainé de Yernon. Il se compose de huit châssis superposés à 15 ou 20 centimètres de distance, égèrement inclinés l’un sur l’autre, sur lesquels sont tendues des toiles métalli, ques de plus en plus fines à partir de celle qui surmonte l’appareil, et qui reçoit une quantité d’eau suffisante tombant en pluie. Une double chaîne sans fin court à la fois de chaque côté de toutes ces surfaces filtrantes, entraînant un système de brosses et palettes qui nettoie continuellement leur face supérieure. La pulpe, au sortir de la râpe, se dépose naturellement sur le tamis inférieur, le plus fin, est arrosée par l’eau chargée déjà de fécule qui provient des châssis supérieurs, et se trouve entraînée par les brosses et palettes des chaînes sans lin sur le tamis placé au-dessus, puis sur le troisième, et ainsi de suite elle re-

FABRICATION DE LA FECULE

monte tout le système et est rejetée épuisée lorsqu’elle arrive à la partie plus élevée de l’appareil. L’eau féculente qui sort du tamis inférieur est reçue dans un cylindre tamiseur ou bluterie, dont la toile filtrante est un tissu métallique très-fin et qui termine l’épuration de la fécule. Celle-ci tombe alors dans un bac où elle est abandonnée au repos pour subir plus tard l’opération du lavage.

Les tissus filtrants sont dénommés suivant le nombre de fils parallèles existant dans ces toiles sur une largeur de 27 millimètres. C’est ainsi que la première toile est du n° 30, la dernière du n° 50 et que le tamis inférieur est entouré d’une toile n° 60. A cette machine un peu compliquée, on a substitué

Fig. 4. — Tarais Huck.

généralement une série de cylindres à parois filtrantes d’un tissu de plus en plus serré, les uns superposés, les autres en cascade et d’autres bout à bout. Le tamis Huck (fig. 4), l’un des plus perfectionnés qui vint remplacer le précédent, se compose de trois tamis C placés bout à bout; mais les deux premiers sont séparés entre eux par une partie cylindrique de plus grand diamètre dont nous allons expliquer l’usage.

Le 1er tamis qui est formé d’une toile n° 25, a lm,20 de long, 0m,55 de diamètre. Le 2e tamis, n° 35, a la même longueur et 70 cent, de diamètre ; la partie cylindrique qui les sépare a 40 cent, de longueur et 80 de diamètre, Tout le système tourne autour du même axe avec ime vitesse de 22 tours. L’axe de rotation est animé d’un mouvement de rotation inverse de celui des tamis et de 35 tours par minute. Il supporte une série d’agitateurs formés de brosses qui frottent sur les parois des tamis et le bras de fer tournant dans la partie cylindrique intermédiaire.

Voici comment fonctionne cette première partie de l’appareil Huck. La bouillie qui sort de la râpe tombe dans le premier tamis; elle s’y trouve frottée contre les parois et agitée fortement par les brosses en présence d’une pluie d’eau qui coule intérieurement sur toute la longueur de ce tamis. Projeté

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alors dans le cylindre intermédiaire, elle se trouve de nouveau délayée dans de l’eau au moyen des bras de fer qui l’agitent fortement, et enfin, elle s’écoule dans le second tamis où elle est triturée comme dans le premier. De là elle s’écoule dans le troisième tamis qui a une longueur de lm,60 et un diamètre de 55 centimètres et dont la toile est du n° 50. Là, agitée de la même manière en présence de l’eau, elle est débarrassée de la fécule qu’elle contenait et rejetée en dehors.

Dans les usines où l’on ne dispose pas d’une très-grande quantité d’eau, les eaux féculentes qui sortent des deux premiers tamis sont seules envoyées à la décantation. Celles du 3e tamis, peu chargées de fécule, sont dirigées sur la râpe qu’elles alimentent.

Cet appareil qui peut prendre toutes les dimensions et dispositions nécessitées par les diverses usines est un peu compliqué. On préfère parfois, tant à cause de la simplicité des appareils que de leur réparation et surveillance facile, disposer deux ou trois tamis rotatifs en cascade, et de longueur telle qu’ils épuisent parfaitement les sons au moyen d’eau jaillissant fortement contre les toiles à l’intérieur et à l’extérieur.

M. Champonnois a montré à l’Exposition universelle, un tamis rotatif perfectionné, remplissant toutes les conditions de solidité et de facilité de nettoyage désirables. Depuis longtemps on avait reconnu dans la pratique, que les tamis à arrosage intérieur et extérieur et à surface polygonale étaient ceux qui rendaient les meilleurs services. Mais leur construction était très-difficile, attendu que la commande en était peu aisée, et amenait souvent des dislocations. M. Champonnois a obvié à cet inconvénient, en commandant le tamis aux deux extrémités et le supportant par un arbre central fixe, sous lequel est placé le le tuyau d’arrosage intérieur. Le cylindre est à six pans, à cadres mobiles, fixés sur le cylindre par des griffes. Le démontage en est facile et rapide, et la toile métallique parfaitement tendue, bien maintenue sur ses cadres, peut se remplacer par petites portions sans nécessiter le démontage total de l’appareil, et présente dans de telles conditions une durée plus que doublée. C’est donc une très-bonne machine, très-recommandable, et portant le cachet d’originalité et d’heureuse invention qui caractérise toutes les œuvres de son auteur.

La série des appareils que nous avons décrits se dispose donc ainsi qu’il suit dans la grande industrie.

Au sortir de la râpe, la pulpe est enlevée soit par une chaîne à godets, soit, ce qui est préférable, par une pompe a piston plongenr et à larges clapets, analogue à celles qui servent en sucrerie. M. Champonnois en avait exposé un modèle à piston à double cuir embouti, à cylindre garni de cuivre, et à clapets caoutchouc sur sièges en bronze, avec visite facile de clapets, au moyen de regards fixés par des élriers à vis. La pulpe tombe dans une trémie dominant le premier tamiseur. L’eau féculente qui en sort tombe dans le second tamis, tandis que les sons recueillis sur les deux tamis sont dirigés sur une autre râpe à dents plus nombreuses, où ils sont de nouveau déchiquetés pour en extraire au moyen d’un nouveau tamisage, la fécule qui aurait pu rester emprisonnée dans les cellules.

Le repassage des sons peut être exécuté d’une manière différente. Au lieu d’effectuer cette opération dans le cours même du travail, ce qui complique l’outillage, on préfère parfois les presser pour enlever l’excès d’eau qu’ils contiennent, les mettre en silos dans cet état et les repasser après la fabrication. L’ensilage produit un excellent effet sur les sons; en effet il s’y déclare pendant ce temps de repos en grande masse, une fermentation tout à fait favorable à la mise en liberté de la fécule. C’est donc une bonne méthode, d’autant plus que les systèmes de presses continues, à parois métalliques, et spécialement

FABRICATION DE LA FÉCULE

celles que M. Champonnois construit à cet effet, réduisent presque à néant les frais considérables de main-d’œuvre, qu’entraînent l’emploi des presses hydrauliques. Restent donc les frais d’ensilage qui sont peu de chose, par rapport à la facilité que procure la méthode dans le travail général de l’usine.

Epuration de la fécule. — La fécule qui passe à travers les tamis, entraînée par l’eau n’est pas tout à fait pure. Elle contient encore des petits sons impalpables, et du sable que les laveurs n’ont pu éliminer complètement des pommes de terre. Les trois éléments, sable, fécule, petit son, jouissent de densités trèsdifférentes, et c’est sur cette propriété physique, qu’est basée leur séparation.

Dêsablage. — L’eau féculente, au sortir des tamis, est reçue dans un bac à rebords élevés, de forme cylindrique, tel qu’un cuvier en bois. Dans ce cuvier, on maintient le liquide en mouvement, soit à la main, soit au moyen d’un agitateur mécanique que l'on puisse enlever rapidement, tel que celui exposé par M. Champonnois, et qui consiste en un rateau entraîné par le mouvement rotatif d’un arbre tournant verticalement dans l’axe du cuvier, et que l’on peut remonter hors du liquide, au moyen de chaînes passant sur des poulies. Quand le vase est plein, on suspend l’agitation, et après quelques instants d’attente, on décante le liquide, au moyen, soit d’un robinet, soit d’un gros syphon. Le temps d’arrêt a suffi pour qu’au fond du cuvier se dépose le sable, mais la fécule plus légère est restée, ainsi que les petits sons en suspension, dans le liquide décanté.

L’opération du désablage ne s’opère que pour la préparation des fécules de grand choix; dans maintes usines on néglige cet accroissement de main-d’œuvre et dans la petite industrie en particulier.

Lavage de la fécule . — Reste donc la séparation de la fécule et des petits sons. Si nous reprenons la suite des opérations usitées dans la petite industrie, râpage et tamisage à la main, nous allons juger plus facilement de la difficulté de l’opération.

On a tamisé dans un cuvier une certaine quantité de pulpes, puis agité fortement toutes les couches de fécule pour obtenir un dépôt homogène dans le cuvier, puis, lorsque le lendemain le liquide surnageant a été bien limpide, on l’a decanté. A ce moment de l’opération, on remarque que la surface de la fécule déposée est grisâtre. C’est qu’en effet, les petits sons ou graisses, plus légers, se sont déposés en dernier, et au-dessous de cette couche mince, on retrouve la fécule parfaitement blanche. Pour enlever cette couche de graisses, après avoir enlevé d’abord complètement avec une sébile le liquide qui séjourne dans les cavités qui existent à la surface du dépôt, on verse avec un arrosoir une certaine quantité d’eau sur la fécule, puis avec une brosse à manche et à longs crins, on détache, par un léger frottement, les graisses qui couvrent la fécule, et les remet en suspension dans l’eau. On enlève cette eau avec une sébile ; on peut recommencer cette opération, jusqu’à ce que la surface de la fécule soit bien nette, et toutes ces eaux de lavage sont réunies sous le nom de rinçures. La fécule ainsi préparée et égouttée légèrement, porte le nom de fécule verte brute.

Après ce premier degré d’épuration, on en fait subir un second qui consiste à retirer la fécule des cuviers ou tonneaux, au moyen d’une sorte de main en fer, puis de la mettre en suspension dans trois fois environ son volume d’eau, dans des tonneaux au fond desquels elle n’occupe pas plus de 20 centimètres de hauteur. On laisse déposer, décante, dégraisse comme prcédemment, remet de nouveau en suspension dans la même quantité d’eau, passe au tamis fin (n° 210) pour désabler, et laisse encore déposer.

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Cette fois la fécule est très-blanche. On la retire alors des tonneaux pour la mettre dans des petits baquets ou bachots, qui sont percés de trous et garnis intérieurement d’une toile mouillée. Pendant ce travail on remue et frappe souvent les bachots, pour que la fécule se répartisse bien dans tout l'espace, sans former de cavité, en s’aidant même parfois d’un peu d’eau, et on laisse égoutter douze heures. On a alors ce que l’on appelle le fécule uerte épurée.

Quant aux rinçures qui contiennent encore beaucoup de fécule, on les agite fortement pour briser leur texture mucilagineuse, et on les passe au tamis fin (n° 90) ; lorsque la fécule est déposée, on la dégraisse comme précédemment, la remet en suspension dans l’eau fraîche, la passe dans un tamis (n° 120), laisse déposer, décante et met en bachots.

Toutes ces opérations sont lentes et demandent beaucoup de main-d’œuvre. Aussi lorsqu’on en arriva à employer couramment les tamis rotatifs, et que l’industrie prit un plus grand essor, cherclia-t-on à simplifier aussi cette partie de la fabrication. On obtient rapidement la fécule verte brute en faisant couler l’eau féculente, soit au sortir des tamis, soit à la suite du désableur, dans les caniveaux plats de 1 mètre de large, avec un rebord de 20 centimètres, d’une longueur totale, d’environ 80 mètres, se déversant l’un dans l’autre, au moyen de petites vannes par dessus lesquelles l’eau fait cascade, et qui font varier la rapidité de l’écoulement. Ces caniveaux peuvent être en bois, et alors on les superpose quelques fois, ou en maçonnerie, ce qui force à les mettre bout à bout. Us ont une inclinaison de 1 millimètre par mètre, et le dernier se déverse dans un vaste récipient plat.

Lorsque l’eau chargée de fécule et de petits sons s’écoule, la fécule se dépose petit à petit dans les caniveaux, tandis que les petits sons sont entraînés jusque dans le dernier récipient, où se réunissent les rinçures; de plus, comme à la surface peut se déposer aussi une certaine quantité de ces petits sons, on conçoit que le mouvement continu du liquide, lorsque le caniveau est plein, nettoie la surface de la fécule. Le soir donc, quand l’opératiou du râpage est terminée, il suffit de laver les surfaces avec un peu d’eau fraîche, et l’on enlève à la pelle une fécule brute obtenue très-aisément. Ordinairement ces caniveaux forment trois tables de 25 à 30 mètres chacune. On enlève la fécule chaque jour, le matin sur la première, deux fois par semaine sur la deuxième, et une fois sur la troisième.

Au lieu de ce système de plans incliné, qui nécessite le transport de la fécule dans d’autres vases pour terminer le lavage, on peut employer deux séries de réservoirs, ainsi formés. Ils sont carrés, profonds de 90 centimètres environ, placés côte à côte, en cascade, et tels que lorsque le premier est rempli, l’eau chargée de fécule s’écoule par un large trop plein en couche très-mince dans le suivant. Cette série de bacs doit être d’une capacité suffisante pour contenir tout le travail d’une journée, et la seconde série doit être à côté de la première permettant de travailler le jour suivant, sans interruption, pendant que l’on purifie la fécule obtenue la veille, dans les bacs même où elle s’est déposée. Le nombre de ces cuves ne dépasse guère le nombre de quatre. Pour calculer leur dimension, on devra se rapporter à cette donnée que 1 hectolitre de pommes de terre, nécessite l’emploi de 50 à 60 litres d’eau. 11 faut avoir soin d’agiter la fécule dans les bacs au fur et à mesure de leur remplissage pour faciliter son lavage.

L’obtention de la fécule épurée n’a guère été modifiée jusqu’à ces temps derniers, et consistait toujours en dégraissage après-suspension de la fécule dans de nouvelle eau, puis mise en bachots, ces opérations s’effectuaient, soit dans les bacs même où l’on faisait la première purification, soit dans des réservoirs sé-

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parés. L’emploi des appareils centrifuges est venu modifier considérablement, et simplifier cette partie du travail.

En effet, si l’on jette la fécule brute en suspension dans l’eau, dans le tambour dune turbine analogue à celle que nous avons décrite en sucrerie (p. 31, vol. 2), la loi des densités s’y reproduit exactement çomme si le liquide se déposait lentement dans un bac. La force centrifuge projette d’abord, sur les parois du tambour, les corps les plus lourds, tandis que les plus légers s’y attachent en dernier lieu. De la sorte, en quelques minutes que dure une opération, on obtient autour du tambour le dépôt des matières en suspension dan l’eau dans le môme ordre que dans les bacs, soit la fécule contre les parois et les graisses à la surface de la fécule. Il suffit donc, après l’arrêt de la turbine, de laver la surface interne verticale de l’anneau de fécule sèche obtenu, pour être en possession d’une fécule parfaitement purifiée. Cette ingénieuse application de la force cetrifuge diminue considérablement le temps, la main-d’œuvre, et la dimension des usines exigés par les anciens procédés.

L’emploi des turbines peut être même généralisé complètement, et appliqué à l’eau féculente, telle qu’elle sort des tamis, permettant d’obtenir immédiate- , ment la fécule dans le même appareil, sans avoir besoin de passer par les ! délayages successifs décrits plus haut. En effet, le dépôt des matières se faisant I par ordre de densité dans la turbine, l’eau féculente qui charge l’appareil abandonne d’abord les sables, puis la fécule pure, puis les petits sons, et enfin les [gros sons; entre les petits sons et la fécule, se trouve parfois un dépôt fin de i terre, lorsque le lavage des tubercules n’a pas été parfait. Dès lors on opère i ainsi : lorsque la turbine n’égoutte plus, on arrête ; le tourteau de fécule est ré- Isistant, et conserve sa forme cylindrique creuse; avec de l’eau et une brosse à ji longs crins, on fait tomber toutes les impuretés qui souillent la surface de la I fécule, et lorsque l’on aperçoit celle-ci bien blanche, on remet en mouvement. | Alors on projette dans le centre du tambour un seau d’eau qui traverse l’épais- Iseur de la fécule, et chasse le premier liquide qui y était contenu, et qui n’était ■autre que l’eau de végétation fort étendue de la pomme de terre. Après ce | avage, lorsque le tambour ne perd plus d’humidité, on arrête; on enlève la I ecule en ayant soin de ne pas gratter la surface interne du tambour, contre 5 aquelle sont fixées les impuretés les plus lourdes; enfin on nettoie la turbine : în jetant aux rinçures les eaux de lavage, et on recommence l’opération, l A l’aide de ce procédé la fécule se trouve parfaitemont épurée avec une Ipiantité d’eau bien moindre qu’avec toute autre méthode. Une turbine ayant | in tambour de 60 centimètres, peut traiter en douze heures 14 à 1500 kilogr» pie fécule, qu’elle abandonne avec une teneur de 12 à 15 % d’eau. Ce degré de ■sécheresse est encore une grande simplification dans les procédés de féculerie S i ajouter aux précédentes, comme nous le verrons tout à l’heure.

I Séchage de la fécule. — La fécule verte contient 35 à 40 % d’eau. Si la labrication était conduite dans le but d’alimenter une distillerie, on se contenterait de ce degré d’égouttage, puisqu’on doit la mouiller, et ensuite pour la % onserver, on emploierait les moyens que nous indiquerons plus loin. Si la lécule doit être transportée au loin, il est nécessaire pour éviter des frais | nutiles de la sécher. Mais selon l’usage auquel elle sera affectée, on laissera I ncore 15 % d’eau environ, ou bien on la desséchera complètement. Cette deriiière opération effectuée sur la fécule, lui communique les qualités requises tans les fécules alimentaires.

i Nous voyons donc que le séchage de la fécule se présente sous deux degrés ; Iî premier qui correspond à un travail facile préparatoire, le second qui léclame plus d’attention, puisqu’il doit communiquer à la matière une partie

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de ses propriétés les plus délicates. En effet, le premier degré de séchage s’opère d’une manière fort simple.

Après être restée dix ou douze heures dans les bachots, la fécule est portée dans des magasins bien aérés, éloignés de toute chance de poussière, et dont le sol est formé d’une aire en plâtre. Cet atelier a pris le nom de ressui. On y retourne les bachots brusquement, le pain de fécule se détache, entraînant la toile que l’on retire, puis on coupe ces pains en quatre portions, avec une bêche en fer, et on pose ces quartiers par leur base la plus large sur le plâtre. Dans ces conditions le sol se charge d’une partie de l’humidité de la fécule, le courant d’air en absorbe une autre, en porte, qu’au bout de quelque temps le pain qui adhérait fortement au plâtre se détache. C’est dans cet état que

l’on expédie la fécule aux usines qui l’utilisent encore humide. Dans ce cas on la broie grossièrement sous les pieds ou entre deux rouleraux cannelés, et on la met en sac.

Toute cette manipulation est assez longue et occupe beaucoup de place. On la remplace avantageusement encore par l’emploi de la turbine ou centrifuge dont nous avons parlé plus haut et qui, en quelques minutes, rend la fécule marchande. C’est donc une grande économie de place et de temps qui rachète rapidement le prix des machines qu’elle nécessite.

Si l’on veut sécher complètement la fécule on la porte en cet état dans un second Fig. 5. — Séchoir à air chaud. séchoir, sans briser les mor¬

ceaux. Ce second séchoir est composé d’une série de planches superposées en rayons, souvent garnies de plâtre, et sur lesquelles on entretient un vif courant d’air. Là, la fécule blanchit et abandonne une grande quantité d’eau. On conçoit qu’il soit fort utile d’avoir recours à ce genre de séchage à air froid qui économise une partie de la chaleur que l’on serait obligé d’employer dans les étuves à air chaud, si l’on passait directement les pains de fécule du ressui ou de la turbine dans ces derniers séchoirs.

Les séchoirs à air chaud sont très-variables dans leurs formes, chaque constructeur cherchant à utiliser le mieux possible la chaleur dont il dispose. Dans de petits établissements on se contente de chauffer, au moyen d’un calorifère, une pièce dans laquelle la fécule écrasée est posée sur des tablettes plâtrées, en ayant soin de provoquer un courant d’air chaud à travers la pièce, en faisant la sortie de l’air humide au ras du sol avec cheminée d’appel, et entourant le poêle d’une chemise, de telle sorte que l’air chaud en sorte près du plafond.

Dans d’autres cas l’étuve se compose d’une chambre longue et étroite divisée par des tablettes plâtrées, distantes de 25 à 30 centimètres, dans toute sa hauteur, de telle sorte que l’air chaud pénétrant au-dessus de la tablette du bas parcourt successivement toutes les surfaces plâtrées, sur lesquelles la fécule se trouve étalée. Dans ce cas (fig. 5), l’une des grandes murailles de l’étuve est

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formée entièrement d’une série de portes (a) par lesquelles on surveille le séchage et l’on charge et décharge les plâtres. On a même remplacé ce genre de tablettes par une série de planchettes t , séparées, placées côte à côte sur des madriers et pouvant se tirer comme des tiroirs, ce qui facilite beaucoup le travail. En général deux étuves sont accouplées, les tiroirs s’ouvrant sur un corridor chauffé lui-même, ce qui évite les pertes de chaleur. Dans lafig. 5, C est l’arrivée de la chaleur, J le régulateur de l’air chaud, o une cheminée d’appel.

Quoiqu’il en soit le travail est le même dans toutes ces étuves : cassage des

blocs de fécule, disposition de cette fécule sur les tablettes en biffons, chauffage à 45° au plus, car, en élevant davantage la température, la fécule pourrait se gonfler et former empois, ce qui donnerait naissance à de gros grumeaux fort gênants par la suite et enlevant d’ailleurs à la fécule une partie de ses qualités. Au bout de trois heures de chauffage à 45°, pendant lesquelles on retourne la fécule;:pour renouveler les surfaces, on élève progressivement j la température jusqu’à 70®, et lorsque l'on reconnaît que l’étuvage est terminé à l’aspect et au toucher, on sort la fécule pour la laisser refroidir.

On a cherché à simplifier et rendre plus rapide le travail de l’étuvage en donnant aux séchoirs des formes diverses, et opérant mécanise* 6. — Séchoir Lacombre et Persac. quement le déplacement de

la fécule. MM. Lacambre et Persac imaginèrent de surmonter une chambre contenant un puissant calorifère d’une tour dans laquelle sont ménagés huit plans inclinés l’un sur l’autre, et en sens contraire, de telle sorte que l’air chaud parcourt successivement les surfaces des huit plans avant de sortir par le sommet de la tour. Des portes de service permettent l’inspection et le travail sur chacun des plans. La fécule verte, ou plutôt, sortant du séchoir à froid est étalée sur le plan le plus élevé, puis repoussée successivement sur les huit plans et remplacée chaque fois par de la fécule neuve qui suit le même circuit. De la sorte arrivée en bas elle éprouve l’action de la plus haute température, et l’air chaud en montant d’étage en étage se charge de plus en plus d’humidité et arrive en haut à 45®. C’est donc une étùve à mouvement continu.

Les mêmes inventeurs pour éviter l’emploi des ouvriers pelleteurs qui chargent et déchargent la fécule sur chaque plan, travail pénible eu égard à la température élevée, ont remplacé les plans inclinés par d’autres plans (tig. 6), formés de toiles animées d’un mouvement lent de translation au moyen de rouleaux e TOME VIII. — NOÜV. TECH. 27

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sur lesquels elles sont tendues et qui tournent tous avec une égale vitesse. De la sorte, la fécule chargée méthodiquement sur le plan mobile supérieur tombe d’une toile sur l’autre en sens inverse du courant d’air chaud et sort à la partie inférieure parfaitement desséchée. Elle est reçue dans un magasin R. cb est le calorifère.

Enfin M. Dailly a supprimé le calorifère qui chauffait ce dernier genre d’étuve et l’a remplacé par une série de réservoirs de vapeur aplatis sur lesquels glissent les toiles chargées de fécule, et élevés à la température voulue ; il a employé pour obtenir cette température les vapeurs d’échappement de la machine motrice de l’atelier, utilisant ainsi l’étuve comme condenseur, ce qui permet l’alimentation du générateur à l’eau distillée, et supprimant de fait la grande dépense de l’étuvage, c’est-à-dire une grande partie du combustible nécessaire à l’usine entière.

Blutage. — En sortant de l’étuve, la fécule a besoin de passer par unebluterie pour être sous la forme de farine parfaitement homogène et sans grumeaux. A cet effet on commence par la passer soit sous des rouleaux en fer sur une aire, soit entre des cylindres cannelés, puis on la verse dans la trémie d’une bluterie analogue à celles employées en meunerie. On a fait cependant des bluteries spéciales plus complexes, dans lesquelles le tamis est horizontal et fixe, tandis que des brosses mues rapidement à la surface forcent la fécule à le traverser.

Les grumeaux recueillis dans le tamis sont repassés entre des cylindres cannelés ou des meules, et mêlés à de nouvelle fécule. En sortant de la bluterie, la fécule est mise en sacs et prête à être vendue.

Traitement et application des résidus de féculerie. — Nous avons vu que la pomme de terre était composée de fécule, de parenchyme et d’eau de végétation. Les résidus de féculerie se composeront donc : d’abord de ce parenchyme imprégné d’une certaine quantité d’eau de végétation et contenant encore un peu de fécule, et constituant la pulpe proprement dite, qui s’obtient au poids de 15 à 20 °/0; ensuite de l’eau de végétation plus ou moins étendue suivant le mode de traitement.

La pulpe est un aliment dont les animaux de ferme sont très-friands. On peut l’employer à trois états, soit humide, c’est-à-dire simplement égouttée en tas ou en silos, soit pressée, ce qui lui fait perdre une grande partie de l’eau qu’elle contient, soit desséchée complètement, après pression, à l’air ou au four, et alors elle devient une réserve pour la fin de la saison, et demande une mouture pour être mêlée aux aliments humides.

Lorsqu’on la donne humide il faut la mélanger avec des fourrages hachés, des racines réduites en cossettes, des matières sèches comme sons ou gruaus. Il est bon aussi d’y ajouter une certaine quantité de sel, et alors, bœufs, chevaux et cochons y trouvent une nourriture saine et agréable qui relève leur robe, et leur donne plus de vigueur.

Pour presser la pulpe on emploie les presses à vis et les presses hydrauliques, mais leur main-d’œuvre considérable entrave souvent cette opération. Les presses continues qui font en sucrerie une révolution sous le rapport de la suppression d’une grande partie des ouvriers permettent d’effectuer ce pressage avec économie. C’est la presse Champonnois, décrite à l’article Sucrerie , qui réalise jusqu’ici les meilleures conditions nécessaires à la féculerie, sa surface filtrante métallique n’étant pas sujette à s’encrasser comme les toiles des autres systèmes. Les avantages de ce système sont de pouvoir presser toutes les pulpes immédiatement à la sortie du tamis, de ne pas former de tourteaux qui demandent ensuite une main-d’œuvre pour le concassage, et de fournir une

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nourriture plus légère au bétail, parce que le concassage ne donne jamais que des farines lourdes à cause de la grande agglomération des particules parenchymateuses. Enfin, comme nous allons le voir, les pulpes de presse continue olfrent une plus grande facilité à la dessication.

Une presse Champonnois telle que celles qui étaient exposées avec le matériel de féculerie suffit à une fabrication de 20 hectolitres de pommes de terre à l’heure, ou environ 1350 kil. , et fournit environ 16 % de pulpe du poids de la pomme de terre.

Pour dessécher les pulpes on emploie l’action d’un courant d’air chaud, obtenu dans des touraüles analogues à celles usitées dans les brasseries et distilleries. La fécule est disposée sur un plancher en toile métallique au-dessous duquel est installé un calorifère ou simplement est allumé un feu dont les gaz chauds s’échappent par une cheminée d’appel placée au-dessus du plancher métallique. Pour opérer cette dessication, la pulpe a d’abord été pressée. On voit ici combien encore est supérieur l’emploi des presses continues dont la pulpe poreuse est plus disposée à se dessécher que les tourteaux concassés des presses hydrauliques, et devient plus blanche, et dès lors plus recherchée.

En résumé la question des pulpes est capitale au point de vue agricole de la fabrication de la fécule de pommes de terre; la pulpe en effet contient la majeure partie des matières azotées des tubercules; c’est donc la portion la plus nutritive que l’on rend à l’alimentation du bétail, condensé sous un plus petit volume. Donc le cultivateur, tout en ne retirant que 16 % de la matière qu’il a envoyée à l’usine, n’en possède pas moins un produit presque équivalent à celui qu’il a fourni, et auquel il n’aura qu’à mélanger des substances peu nutritives pour en faire un aliment complet pour les animaux.

L’eau de végétation contient, outre des matières organiques dissoutes, toutes les matières minérales qui entraient dans la composition de la pomme de terre : sels de potasse, phosphates, nitrates, etc. Condensée sous un petit volume, l’eau de végétation serait donc un engrais précieux ; si au contraire on la perd, c’est un foyer d’infection pour tout le voisinage. Aussi l’emploie-t-on généralement en irrigation surtout dans les prairies.

Nous rappellerons la manière dont M. Dailly, à Trapes, près Versailles, en suivant les conseils de Payen, sut en retirer un engrais d’une grande valeur, dit poudretle végétale . Cet agronome faisait circuler les eaux de sa féculer dans deux grands bassins à fonds glaisés où elles séjournaient alternativement pendant douze heures pour recueillir la fécule et autres matières en suspension ; de là elles passaient dans de grands réservoirs où s’effectuait le dépôt des matières albumineuses et autres, et enfin elles étaient dirigées sur les prairies. Chaque année on vidait les fosses, et la boue qu’on en tirait, desséchée à l’air formait l’engrais végétal. M. Dailly réalisait ainsi chaque année un bénéfice net de 2,000 francs.

' Enfin cette eau de végétation peut être employée comme ferment, comme oxydant, etc. dans diverses industries latérales.

Conservation de la fécule verte et épurée. — Nous avons dit dans un paragraphe précédent que dans certains cas, comme lorsque par exemple, la féculerie est un annexe de la distillerie, il était tout à fait inutile de sécher la fécule verte puisqu’on doit par la suite la mouiller de nouveau. Or la fécule humide se conserve mal, fermente facilement, noircit à la surface ; il faut donc la mettre dans des conditions spéciales pour empêcher sa détérioration.

On a reconnu qu’en mettant la fécule en suspension dans l’eau froide acidulée par l’acide sulfurique, à l’abri de l’air et de la lumière, elle se trouvait ainsi préservée de toute altération. Dès lors, pour conserver la fécule verte, on creuse

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en terre des citernes qui sont maçonnées et cimentées avec soin, dans un endroit frais, au nord; on y jette la fécule avec de Ueau acide, dans laquelle on la met en suspension par l’agitation, et on laisse reposer. On maintient alors dans la cuve une certaine quantité d’eau acidulée au-dessus de la fécule, et on la ferme hermétiquement. De temps en temps il faut visiter les citernes, s’assurer de l’état^d’acidité de l’eau, en rajouter, pour maintenir le niveau à la même hauteur, et dans le cas où un mouvement de fermentation serait apparent, ajouter de nouveau de l’acide et mettre la fécule en suspension, ce qui suffirait pour arrêter le mal. L’excès d’acide nécessaire n’est pas perdu, puisque plus tard, on aura besoin d’en ajouter encore pour opérer la saccharification.

Il est parfois besoin de blanchir la fécule verte, dans le cas, par exemple, où à la fin de la fabrication, elle a une teinte grise désagréable et qui déprécie sa valeur. On utilise dans ce cas l’action décolorante du chlore sur les matières organiques, en mettant l’amidon dans un bain ou une atmosphère de chlore, ou même d’acide sulfureux qui remplit le même office.

Les bains de chlore se préparent avec du chlorure de chaux épuisé méthodiquement par 300 fois son poids d’eau, filtré et additionné plusieurs fois de son poids d'acide sulfurique. La fécule délayée dans deux ou trois fois son volume d’eau, suivant son degré de siccité est traitée par un cinquième ou un sixième de ce volume de la solution chlorurée, brassée pendant quelques minutes, décantée, puis lavée jusqu’à la disparition complète du chlore. Les liquides de décantation sont employés à préparer de nouvelles quantités d’eau chlorurée.

Tous les autres moyens de chloruration, tels que passage d’un courant de gaz chlore dans la cuve qui contient la fécule en suspension, projection de l’eau féculente dans une chambre remplie de gaz chlore, etc., tous ces procédés peuvent être utilisés. Le fabricant devra en cela juger lequel de ces systèmes est pour lui le plus économique. Mais en tous les cas on devra faire suivre la décoloration d’un lavage énergique, attendu qu’une trace de chlore restant suffirait pour faire virer les couleurs si fraîches que l’on mêle à la fécule quelque fois.

La fécule sèche est d’une conservation facile; elle ne craint que l’humidité. Il n’y a donc aucune autre mesure à prendre que d'isoler les magasins, les munir de doubles planchers aérés et éviter l’entrée des poussières extérieures qui pourraient souiller l’excessive blancheur qui distingue la fécule de première qualité.

Prix de revient de la fécule. — L’extraction de la fécule est une opération lucrative, surtout à la ferme. Le bénéfice qu’elle rapporte est facile à établir, mais est essentiellement variable avec les conditions dans lesquelles chaque atelier travaille. C’est ainsi que nous allons donner deux aperçus de prix de revient selon Payen et selon Ph. Grouvelle, qui varient presque du simple au double.

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