‹ Études sur le vers françaisChapitre 103 sur 214 · Verrier, Métrique anglaise, I · texte numérisé non relu

Verrier, Métrique anglaise, I

2. François Coppée, Château à vendre ( Revue des Deux Mondes, 15 juin 1905).

l’alexandrin français

Un peu plus loin, c’est vrai, on retrouve l’armée;

Le haut képi d’Isly, le caban de Crimée

Font plaisir. Mais que ces tableaux sont gris et froids !

Et cette dame qui, sous Napoléon trois,

Eut ce buste opulent et cette taille fine,

Est ridicule avec son ample crinoline 1 .

Ce n’est qu'une indécise grisaille.

La colère véhémente, à un moindre degré cependant, précipite elle aussi les groupes rythmiques et affaiblit les accents. Au contraire l’enivrement du bonheur ou la douleur morale ralentissent la déclamation. Nous pouvons en faire la preuve par deux courts fragments empruntés aux morceaux inscrits de Ruy Blas et d’Hernani. Il suffit d’examiner les accents. Voici le premier fragment :

Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.

L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur,

Tout s’en va. — Nous avons, depuis Philippe quatre.

Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ;

En Alsace, Brisach, Steinfort en Luxembourg ;

Et toute la comté jusqu’au dernier faubourg...

Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues

De côte, et Fernambouc et les montagnes bleues ! (R. B., 10-17.)

Il y a là huit vers prononcés par quatre sujets différents H G J R, soit par conséquent une somme de 32 alexandrins. Les temps marqués les plus longs, en centièmes de seconde, ont atteint ces durées : 48-56-45-49-44-53-47-52-42-48-43-55-48-45-42-36-49-43-45-42-43-43. C’est-à-dire que pàs une seule syllabe ne dépasse 5 6CS, que 5 seulement sont supérieures à 50e5 et 17 à 40e5. Les valeurs temporelles totales, comme on peut s’en convaincre par notre tableau général, sont très réduites.

Nous opposons à ce passage le fragment ci-après :

Viens voir la belle nuit. — Mon duc, rien qu’un moment !

Le temps de respirer et de voir seulement.

Tout s’est éteint, flambeaux et musique de fête.

Rien que la nuit et nous. Félicité parfaite !

Dis, ne le crois-tu pas ? sur nous, tout en dormant,

La nature à demi veille amoureusement.

Pas un nuage au ciel. Tout, comme nous repose.

Viens, respire avec moi l’air embaumé de rose ! {Hem., 1-8.)

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