‹ Études sur le vers françaisChapitre 12 sur 214 · TITUS · texte numérisé non relu

TITUS

Pour jamais je vais m’en séparer.

Mon cœur en ce moment ne vient pas de se rendre. Si je t’ai fait parler, si j’ai voulu t'entendre,

]e voulais que ton zèle achevât en secret 5 De confondre un amour qui se tait à regret.

Bérénice a longtemps balancé la victoire ;

Et si je penche enfin du côté de ma gloire,

Crois qu’il m’en a coûté, pour vaincre tant d amour, Des combats dont mon cœur saignera plus d’un jour. 10 J’aimais, je soupirais dans une paix profonde :

Un autre était chargé de l’empire du monde;

Maître de mon destin, libre dans mes soupirs,

)e ne rendais qu’à moi compte de mes désirs.

Mais à peine le ciel eut rappelé mon père,

15 Dès que ma triste main eut fermé sa paupière,

De mon aimable erreur je fus désabusé :

Je sentis le fardeau qui m’était imposé;

|e connus que bientôt, loin d’être à ce que j’aime,

Il fallait, chez Paulin, renoncer à moi-même ;

20 Et que le choix des dieux, contraire à mes amours, Livrait à l'univers le reste de mes jours.

Rome observe aujourd’hui ma conduite nouvelle. Quelle honte pour moi, quel présage pour elle,

Si dès le premier pas, renversant tous ses droits,

25 le fondais mon bonheur sur le débris des lois ! Résolu d’accomplir ce cruel sacrifice,

J’ai voulu préparer la triste Bérénice;

Mais par où commencer? vingt fois depuis huit jours |’ai voulu devant elle en ouvrir le discours;

Et dés le premier mot ma langue embarrassée

LES TEXTES

Dans ma bouche vingt fois a demeuré glacée. J’espérais que du moins mon trouble et ma douleur Lui feraient pressentir notre commun malheur ; Mais sans me soupçonner, sensible à mes alarmes, Elle m’offre sa main pour essuyer mes larmes,

Et ne prévoit rien moins dans cette obscurité Que la fin d’un amour quelle a trop mérité.

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