‹ Études sur le vers françaisChapitre 13 sur 214 · HERNANI V · texte numérisé non relu

HERNANI V

Dona Sol

Viens voir la belle nuit. — Mon duc, rien qu’un moment Le temps de respirer et de voir"seulement.

Tout s’est éteint, flambeaux et musique de fête.

Rien que la nuit et nous. Félicité parfaite !

Dis, ne le crois-tu pas ? sur nous, tout en dormant,

La nature à demi veille amoureusement.

Pas un nuage au ciel. Tout, comme vous, repose.

Viens, respire avec moi l’air embaumé de rose !

Regarde. Plus de feux, plus de bruit. Tout se tait.

La lune tout à l’heure à l’horizon montait.

Tandis que tu parlais, sa lumière qui tremble

Et ta voix, toutes deux m’allaient au cœur ensemble,

Je me sentais joyeuse et calme, ô mon amant,

Et j’aurais bien voulu mourir en ce moment !

Hernani

Ah! qui n’oublierait tout à cette voix céleste ?

Ta parole est un chant où rien d’humain ne reste,

Et, comme un voyageur, sur un fleuve emporté,

Qui glisse sur les eaux par un beau soir d’été Et voit fuir sous ses yeux mille plaines fleuries.

Ma pensée entraînée erre en tes rêveries !

Dona Sol

Ce silence est trop noir, ce calme est trop profond.

Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ?

Ou qu’une voix des nuits tendre et délicieuse,

S’élevant tout à coup, chantât ?

l’alexandrin français

Hernani

Capricieuse !

Tout à l’heure on fuyait la lumière et les chants !

Dona Sol

Le bal ! mais un oiseau qui chanterait aux champs !

Un rossignol perdu dans l’ombre et dans la mousse, Ou quelque flûte au loin !... Car la musique est douce, Fait l’âme harmonieuse, et, comme un divin chœur, Éveille mille voix qui chantent dans le cœur !

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