VERS MONOSYLLABIQUES ET SYLLABES FEMININES
suivante : il faut considérer les syllabes longues qui terminent les pieds comme des barrières rythmiques dont la présence empêche la confusion des groupes musicaux.
Les fins de phrase imposent des formes spéciales à un nombre de membres métriques assez restreint. Si donc l’on fait abstraction à la fois des combinaisons mélodiques qui constituent notre troisième série et des modifications dues à l’effort oratoire, il est manifeste que les durées et les acuités se répartissent selon des successions identiques. Les deux accents eux-mêmes, temporel et de hauteur, ne sont pas sans présenter des caractères communs.
La syllabe longue, on l’a vu, n’a jamais de valeur fixe et constante : de même la voix 11e s’élève jamais sur une note immuable, et il n’est pas besoin qu’elle atteigne un certain nombre de vibrations pour qu’il y ait temps marqué. Nous avons rencontré des syllabes aiguës de 220 v.s. et d’autres qui les dépassent de près de deux octaves. On sait d’ailleurs que l’organe varie avec les individus. Un homme peut avoir une voix de basse, de baryton ou de ténor : dans le premier cas, nous le rappelons, le registre normal s’étendra de 170 à 600 v.s., soit un écart de 430 v.s.; dans le second cas, il ira de 222 à 711 v.s. avec un intervalle de 489 v.s.; enfin le ténor évolue entre 256 et 888 v.s., selon une différence de 632 v.s. Ajoutons enfin que les limites supérieure et inférieure peuvent être de beaucoup dépassées : on descend dans les conclusions, pour des notes que l’on ne pourrait à la vérité tenir, bien au-dessous des tons ordinaires ; de même, sous l’influence de la passion, on peut atteindre des acuités considérables.
L’accent de hauteur est donc susceptible de gradations infinies. Il nous faut maintenant indiquer comment il se détermine, et nous dirons qu’il résulte du sommet constitué par une syllabe quelconque du vers, comparée avec celles qui l’entourent. En raison de la position de l’accent tonique dans notre langue, seule la syllabe finale du mot métrique est aiguë, sauf quand celui-ci possède une terminaison féminine ou quand il y a fin de phrase. L’accent d’acuité coïncide donc en général avec les divisions du sens, et le rythme mélodique est toujours ascendant, exception faite, nous le répétons, pour les membres métriques dits de conclusion, ou pour ceux que l’effort oratoire transforme, selon des modifications qui feront l’objet d’un exposé spécial. Comme les divers éléments du vers n’ont pas d’acuité spécifique, telle valeur musicale qui dans un pied se trouve notée du signe • ou est atone recevra dans un autre groupe le signe o '• tout dépend des syllabes avoisinantes, c’est-à-dire que la hauteur est toujours relative.
Soient en effet deux alexandrins :
Regarde. Plus de feux, plus de bruit. Tout se tait.
De la fille d’Hélène à la veuve d’Hector ?
gar
pin
pli,
brw'i
tu
tè
24O 240 240 200 220 180 2ÔO 220 240 180 2éo léo 240 220 24O 220 220 1 60 200-260 200-240 24O 200-260
la
fi y(œ)
dE lèn
( Hem ., 9 A.) dEk tôr
(. Andr ., 12 A.)
l’alexandrin français
Dans le premier des syllabes sont aiguës qui seraient graves dans le second, et celui-ci à son tour a des graves qui dépassent sur 1 échelle de la -anime toutes les aiguës du premier exemple. C’est que dans l’un et l’autre les syllabes ont la qualité qu’on leur assigne seulement par rapport à celles dont elles sont entourées. On pourra remarquer en outre que dans un même vers les temps marqués sont généralement de valeur différente : l’identité de hauteur n’est pas nécessaire.
Mais l’accent musical, tout comme l’accent temporel, à cause précisément de l’accentuation propre au français, s établit surtout par comparaison avec la syllabe dont il est immédiatement suivi plutôt qu’avec celle dont il est précédé. En d autres termes, deux syllabes consécutives de même acuité pourront recevoir toutes les deux le signe O, mais seulement si le sens les sépare. Dans le cas contraire, la seconde seule sera considérée
Dis, ne le crois-tu pas ? sur nous tout en dormant... Ma générosité doit répondre à la tienne...
kn
ïnua
tu
pà
sur
nu
lu
dor
mà
Ma
je
ne
ro
(Hem., 5 A.)
%i té
diva 360 360
re pô
dra
la
tyè nœ
D-,ns le premier exemple on a noté O O parce que le sens indique la coupe sur nous/ tout... De pareilles égalités de hauteur, lorsque deux accents „. trouvent en contact, sont assurément exceptionnelles, et le deuxième temps marqué est généralement plus grave que celu. auquel .1 succédé; mais on peut toujours déterminer les pieds en prenant quand il y a doute, le texte pour base, et surtout en s’inspirant des indications fourn.es par la durée et l'intensité. Le second exemple ne présente pas les mêmes difficultés. La dernière syllabe du mot générosité est marquée du signe O quoiqu’elle ait la même acuité que les trois précédentes; mais la ligne musicale s’abaisse seulement apres elle; alors seulement 1 oreille perçoit une différence dans la succession des articulations, et la dépression subitement apparue donne un relief suffisamment net à la finale
du groupe rythmique. . . , , . ^ c
Cependant les graves qui précèdent le temps marqué de chaque membre métrique doivent etre elles aussi prises en considération. On fera
observer qu’elles forment ordinairement une progression mélodique établie de voyelle à voyelle, de la première a la dermere. Cette réduction, opérée par l’accent sur les syllabes antécédentes, n’est point sans présenter quelques exceptions, comme en fait foi le dernier exemple cite. Légalité de hauteur peut même s’étendre à une série assez longue :
A ne te laisser point ta fuite en ton pouvoir.
U se pwè ta füiît à tô
A n(oè) lœ
pu vwctr
(Cin., I, 6 J.)
Mais de tels cas sont relativement rares et n’altèrent point le principe général qu’on pourrait formuler de la sorte : le rythme musical, sauf les exceptions signalées, est ascendant ; il est constitué par une succession de syllabes graves terminées par une aiguë ; dans chaque pied ainsi