‹ Études sur le vers françaisChapitre 135 sur 214 · XXII, G · texte numérisé non relu

XXII, G

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(Andr., 14 J.)

130 La treizième syllabe porte un accent.

Le cas, nous l’avons noté, se présente rarement, mais il peut se rencontrer exceptionnellement lorsque la fin du vers concorde avec une suspension de sens, comme dans l’exemple suivant :

Et contre ma douleur j’aurais senti des charmes...

h kô trœ ma du làr î° re sa ti de mr mœ

(Cul, 17 «.)

Lè sens et le rythmé : la subordination des Accents

ou encore comme il est loisible de le supposer sans que cependant nos tableaux généraux nous en fournissent le moindre échantillon, loisque la syllabe féminine de la rime, par suite d’enjambement, fait partie intégrante d’un pied rythmique de conclusion, teiminé seulement au début du vers suivant. L’éventualité du temps marqué musical affectant la treizième syllabe n’a été naturellement envisagée ni par les poètes, ni par

les théoriciens.

Des faits intéressants ressortent de cet exposé. Comme les coupes temporelles, les coupes de hauteur se répartissent normalement selon les divisions du texte et peuvent apparaître en tout endroit de l’alexandrin, selon la volonté du poète : les diverses combinaisons employées par celui-ci lui servent à varier son rythme et à produire les effets qui lui sont indispensables. L acuité toutefois, comparée avec la duiée, piésente deux différences notables. D’abord la position de l’accent, à toutes les places, n’est pas déterminée obligatoirement par une suspension de sens, mais peut résulter d’une conclusion : il s’ensuit que les syllabes cinquième, septième et onzième sont plus souvent aiguës quelles ne sont longues, même quand les poètes construisent leurs vers selon les formes les plus étroites de la tradition classique. En second lieu, la finale féminine de la rime peut, par exception, être la plus haute du groupe auquel elle appartient sans pouvoir jamais supporter le temps marqué temporel.

Il n’y a pas d’alexandrins dépourvus d’accents musicaux intérieurs, car la voix, dans la déclamation lente qu exige la poésie, pout donna aux divers moments de la pensée leur relief nécessaire, est obligé de morceler le texte en fragments assez courts. On doit toutefois se demander si certains sommets d’acuité ne l’emportent pas sur les autres, en raison soit de la place qu ils occupent, soit de leui importance dans la phrase. La question, déjà examinée au point de vue de la durée, se pose à nouveau poui le rythme mélodique.

Il ne s’agit pas ici de classer tous les faits que nous apportent nos tableaux généraux, mais seulement de fournir quelques brèves indications . elles sont indispensables à un exposé dont le but est d’expliquer la structure du vers ; elles seront rappelées ou commentées plus longuement dans les deux chapitres consacrés, l’un à l’accent oratoire, l’autre aux hauteurs comparées, dans ce dernier surtout, où l’on s’efforcera de définir plus exactement les ressources musicales dont la voix dispose. On se contentera pour le moment de dire que la subordination des accents d’acuité peut s’étendre à toute une série de groupes rythmiques et même à plusieurs vers, à 1 inverse de ce qui se passe pour la durée. Les phénomènes les

plus caractéristiques sont les suivants : . , . . ,

i° Dans un alexandrin de facture classique fortement construit et dont les deux hémistiches s’opposent ou ne sont pas liés intimement 1 un à l’autre, les syllabes aiguës, sixième et douzième, sont ordinairement plus hautes que les autres temps marqués du vers, pourvu qu’il y ait suspension du sens. En cas de conclusion, soit à l’hémistiche, soit à la rime, ce rapport se trouve modifié :

Rechercher une Grecque, amant d’une Troyenne ? Et par un beau trépas couronne un beau dessein.

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Grèk

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( Andr ., 10 F.)

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(Cm., I, 10 C.)

Dans ce dernier exemple, la rime termine la phrase et l’accent n’est maintenu à sa place ordinaire que par l’effort oratoire : il y a cependant une chute de la voix nettement caractérisée : elle est encore plus sensible lorsque, conformément à la règle générale, le temps marqué remonte d une ou deux syllabes.

Lote. — L'alexandrin.

l’alexandrin français

2° Les aigues sixième et douzième perdent leur valeur éminente au profit d’un sommet musical placé à l’intérieur de l’hémistiche toutes les fois qu’il y a nécessité d’accorder à tel membre un relief particulier.

Crois qu’il m’en a coûté, pour vaincre tant d’amour,...

Knuâ kil ma na ku té pur ve krœ là da mur

O OO O

(Bér., 8 C.)

Même dans un alexandrin classique répondant à la définition précédemment donnée, le cas se produit souvent, par simple besoin de variété :

Ta funeste valeur m’instruit par ta victoire.

Ta fu nés tœ va lœr mes trwi par ta vik twa rœ

(Cid, 9 R.)

Il faut ajouter qu’ainsi la succession des groupes rythmiques, dans un même alexandrin, présente parfois, du début à la terminaison, une gradation descendante des temps marqués : m

Mon cœur en ce moment ne vient pas de se rendre.

Mo

a sæ

mo

ma

me

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pâ

ra

drœ

(Bér., 2 C.)

30 Si dans le même vers ou le même hémistiche deux membres métriques ont la même valeur au point de vue du sens, l’un ou l’autre, ad libitum, peut être affecté de l’accent le plus aigu :

Le siècle ingrat, le siècle affreux, le siècle immonde.

syè

kle

gra

lœ syè

Ma

frœ

syè

klim

mô

(XXI

On peut comparer ces deux déclamations successives et reconnaître que le rapport des syllabes quatrième, huitième et douzième n’est pas demeuré identique. Il en est ainsi dans toutes les répétitions d’un même groupe rythmique et dans toutes les énumérations quand elles ne comportent pas de gradation. L’égalité des hauteurs se rencontre très rarement, mais l’on peut toutefois citer cet exemple :

Porte, porte chez lui cette mâle assurance...

LE SENS ET LE RYTHME : LA SUBORDINATION DES ACCENTS

Par

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se

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su rà s(œ)

(Cin., I, 7 î.)

Il ressort des chiffres transcrits que dans l'alexandrin et aussi, peut-on dire, dans le vers français de quelque mesure qu il soit, il ny a pas de syllabe privilégiée, destinée à recevoir de façon absolue et constante 1 accent musical le plus aigu du vers ; ou, pour reprendre la toi mule dont nous nous sommes déjà servi à propos de la durée, il ne suffit pas que la syllabe soit seconde, cinquième, neuvième ou douzième, qu elle occupe dans la série tel numéro d’ordre pour qu’elle doive, nécessairement et fatalement, supporter l’élévation la plus considérable de la voix.

Musicalement, d’ailleurs, encore moins que temporellement, il ne saurait en être ainsi, parce que les fins de phrase ou les pieds rythmiques traités comme tels modifient non seulement la position de l’accent, mais déterminent encore un abaissement de la voix, sans que ce phénomène se produise dans l’alexandrin à des places fixes. Ilnous suffira (cf. ci-contre) de présenter les résultats fournis par le passage d ’ Andromaque qui figure dans nos tableaux d’ensemble : c’est celui

où les temps marqués varient le moins au gré des suspensions et des conclusions du texte, pour des raisons qu on exposera ailleurs. Nous indi-

ON

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L ALEXANDRIN FRANÇAIS

quons pour chaque sujet et pour chaque vers, sans tenir compte des accidents secondaires, les deux syllabes accentuées qui sont affectées des acuités les plus importantes !.

Ce tableau doit être commenté. Deux vers (26, A et 32, G) présentent des sommets d’acuité égaux ; quarante autres sont combinés de telle façon qu’un seul accent l’emporte sur les autres. Pour user d’une formule différente, dans cet alexandrin :

Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous,

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tu

Grèk

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ne

kô

trœ

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( Andr 31 î.)

les temps marqués se classent ainsi : celui de la douzième syllabe est le plus considérable, celui de la seconde le moins élevé, ceux de la sixième et de la neuvième d’une hauteur sensiblement égale, sans que l’un d’eux plus que l’autre occupe dans le vers une situation privilégiée. Notons aussi que les acuités principales, cataloguées comme il a été dit à raison de deux par vers, affectent les diverses syllabes de l’alexandrin selon la fréquence suivante : elles tombent

14 fois à la ire place

4 fois à la 7e place

Cependant, si cette liste paraît indiquer une prédilection des accents les plus élevés pour la sixième et la douzième syllabe, l’on doit se garder d’en tirer des conclusions exagérées : la combinaison 6-12 n’est rien moins que constante et ne se produit dans une même déclamation que pour un petit nombre de vers. On n’en rencontre que trois exemples chez A; ailleurs 6 ou 12 s’associent avec d’autres temps marqués ou ne reçoivent qu’un relief médiocre. Cette remarque justifie donc ce que nous avions avancé tout d’abord : l’accent d’acuité principal n’est pas lié indissolublement «à telle syllabe du vers ; il est essentiellement mobile et peut affecter n’importe quelle place du texte.

Cependant, comme nous l’avons fait pour la durée, nous devons rechercher si les membres métriques, tels que nous les avons définis, sont stables, et si le principe d’après lequel le rythme est déterminé par le sens demeure sans exception. Sans parler des accidents emphatiques qui seront l’objet d’une analyse spéciale, il est tout un ensemble de faits qui trouvent leur origine dans des nécessités purement phonétiques et dans

1. Les chiffres désignent le numéro d’ordre des syllabes dans le texte écrit, sans qu’on tienne compte des transformations opérées dans la déclamation par la non-prononciation de IV muet ou par la réduction d’hiatus intérieurs. Le signe X signifie que plusieurs temps marqués sont de même valeur, de telle sorte que le choix a été impossible.

COMMENT S’ALTÈRENT LES GROUPES RYTHMIQUES

la lenteur du débit. Nous allons essayer de les définir et de les classer : nous pouvons indiquer dès maintenant que musicalement et temporelle

ment les phénomènes sont étroitement apparentés et se correspondent. . . ,

Le cas où deux syllabes accentuées se succèdent attirera d’abord notre attention. Les temps marqués en contact se maintiennent généra entent purs toutes les fois que le sens exige une forte séparation des pieds rythmiques et que les deux atguès do, vent être alfectees d un relief part, cuber, relief indispensable à l’intelligence du texte. On en aura un exemple dans ce vers :

Il est beau de mourir maître de l’univers.

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