II, G
Le mot maître se détache parfaitement du mot mourir, et tous les deux conservent leur individualité de façon a frapper oreille sans la moin a confusion : la sixième syllabe clôt un membre métrique, la septième en commence un autre. Tous les sujets sont d accord. ,
Toutefois deux aiguës successives ne vont pas sans quelque difficulté. Elles ne peuvent coexister qu’à une seule condition c est que la seconde soit moins haute que la première, faute de quoi celle-ci s’absorbe et disparaît. En réalité la déclamation s’accommode mal de ces rencontres, et seule une nécessité absolue maintient le contact exigé par le texte. Le plus souvent la voix s’efiorce, par une série de tricheries caractéristiques, e
supprimer ou d’adoucir le concours jugé pénible, peut-être inharmonieux. ,
Le silence joue ici le même rôle que pour la durée; il interrompt la progression mélodique et isole les pieds rythmiques en présence :1e et
est alors produit et le choc supprimé.
Pas un nuage au ciel. Tout, comme nous repose.
Quoi ? sans que ni serment ni devoir vous retienne...
Pâ
nu
aj
syèl
tu
Kwa s à kœ ni
ser
mâ
ni
ko m(œ )
nu
pô
wj
OO
{Hem., 7 G.)
vwàr
vu
tyèn
CJ
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er*\
( Andr ., 9 A.)
Il n’y a pas continuité mélodique dans le premier vers de la sixième à la septième syllabe, ni dans le second de la première à la deuxieme. L indépendance des temps marqués subsiste cependant, car ils sont séparés par une pause.
Autre procédé : un e muet non écrit peut intervenir entre deux aiguës. Cet e muet est alors comme un léger point d’appui sur lequel la voix prend son élan pour articuler le second accent. La difficulté, comme dans les deux exemples qui précèdent, se trouve ingénieusement tournée sans que les mots perdent de leur relief :
l’alexandrin français
II est beau de mourir maître de l’univers.
Viens voir la belle nuit. — Mon Duc, rien qu’un moment !
le
bô
mu
me
trœ
lu
ni
ver
WJ
wj
WJ
ON
Vye vivàr
la
be
nivi mô du
rye
mo
{Hem.,
arrive aussi que les deux moyens soient combinés :
Maître de
mon destin, libre dans mes soupirs...
Mè trœ dœ
mô
des
te
œ li brœ
dâ
me
su
pir
( Bér ., 12 J.)
Mentionnons enfin une atténuation quasi-inconnue à la durée, mais qu’on peut fréquemment constater dans les successions musicales : 1 accent remonte dans le premier des membres rythmiques en contact, soit qu’on ait réellement traité celui-ci comme une fin de phrase, soit qu’il y ait eu déplacement oratoire, déplacement beaucoup plus facile à réaliser mélodiquement que temporellement. Le concours des temps marqués se trouve alors supprimé :
Viens, respire avec moi l’air embaumé de rose !
Vye
res
pir
vek
mwa •
1er
bo
2oo 240
me
ro
{Hem., 8 J.)
I isseur 1 a signalé la dureté résultant de la rencontre de ce qu’il appelle deux « lèves ». « Le besoin d’alternance est tel pour notre oreille, écrit-il, qu’il y a lieu de s’étonner qu’antérieurement à Quicherat, personne n’ait signalé cette loi. » Or il est bien évident que deux syllabes aiguës placées côte à côte peuvent donner au rythme une certaine fermeté en rapport avec l’idée exprimée. C’est ce que concède implicitement le critique lyonnais quand il vante le premier de ces vers :
Muses ! vous savez tout, vous, déesses, et nous
Mortels, ne savons rien qui ne vienne de vous (Chénier.)
mais il attribue 1 agrément de cette combinaison métrique à une pause marquée par la virgule et qui sépare les deux hémistiches. Or nous avons