‹ Études sur le vers françaisChapitre 136 sur 214 · II, G · texte numérisé non relu

II, G

Le mot maître se détache parfaitement du mot mourir, et tous les deux conservent leur individualité de façon a frapper oreille sans la moin a confusion : la sixième syllabe clôt un membre métrique, la septième en commence un autre. Tous les sujets sont d accord. ,

Toutefois deux aiguës successives ne vont pas sans quelque difficulté. Elles ne peuvent coexister qu’à une seule condition c est que la seconde soit moins haute que la première, faute de quoi celle-ci s’absorbe et disparaît. En réalité la déclamation s’accommode mal de ces rencontres, et seule une nécessité absolue maintient le contact exigé par le texte. Le plus souvent la voix s’efiorce, par une série de tricheries caractéristiques, e

supprimer ou d’adoucir le concours jugé pénible, peut-être inharmonieux. ,

Le silence joue ici le même rôle que pour la durée; il interrompt la progression mélodique et isole les pieds rythmiques en présence :1e et

est alors produit et le choc supprimé.

Pas un nuage au ciel. Tout, comme nous repose.

Quoi ? sans que ni serment ni devoir vous retienne...

Pâ

nu

aj

syèl

tu

Kwa s à kœ ni

ser

mâ

ni

ko m(œ )

nu

pô

wj

OO

{Hem., 7 G.)

vwàr

vu

tyèn

CJ

fV\

er*\

( Andr ., 9 A.)

Il n’y a pas continuité mélodique dans le premier vers de la sixième à la septième syllabe, ni dans le second de la première à la deuxieme. L indépendance des temps marqués subsiste cependant, car ils sont séparés par une pause.

Autre procédé : un e muet non écrit peut intervenir entre deux aiguës. Cet e muet est alors comme un léger point d’appui sur lequel la voix prend son élan pour articuler le second accent. La difficulté, comme dans les deux exemples qui précèdent, se trouve ingénieusement tournée sans que les mots perdent de leur relief :

l’alexandrin français

II est beau de mourir maître de l’univers.

Viens voir la belle nuit. — Mon Duc, rien qu’un moment !

le

bô

mu

me

trœ

lu

ni

ver

WJ

wj

WJ

ON

Vye vivàr

la

be

nivi mô du

rye

mo

{Hem.,

arrive aussi que les deux moyens soient combinés :

Maître de

mon destin, libre dans mes soupirs...

Mè trœ dœ

mô

des

te

œ li brœ

dâ

me

su

pir

( Bér ., 12 J.)

Mentionnons enfin une atténuation quasi-inconnue à la durée, mais qu’on peut fréquemment constater dans les successions musicales : 1 accent remonte dans le premier des membres rythmiques en contact, soit qu’on ait réellement traité celui-ci comme une fin de phrase, soit qu’il y ait eu déplacement oratoire, déplacement beaucoup plus facile à réaliser mélodiquement que temporellement. Le concours des temps marqués se trouve alors supprimé :

Viens, respire avec moi l’air embaumé de rose !

Vye

res

pir

vek

mwa •

1er

bo

2oo 240

me

ro

{Hem., 8 J.)

I isseur 1 a signalé la dureté résultant de la rencontre de ce qu’il appelle deux « lèves ». « Le besoin d’alternance est tel pour notre oreille, écrit-il, qu’il y a lieu de s’étonner qu’antérieurement à Quicherat, personne n’ait signalé cette loi. » Or il est bien évident que deux syllabes aiguës placées côte à côte peuvent donner au rythme une certaine fermeté en rapport avec l’idée exprimée. C’est ce que concède implicitement le critique lyonnais quand il vante le premier de ces vers :

Muses ! vous savez tout, vous, déesses, et nous

Mortels, ne savons rien qui ne vienne de vous (Chénier.)

mais il attribue 1 agrément de cette combinaison métrique à une pause marquée par la virgule et qui sépare les deux hémistiches. Or nous avons

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