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RAPPORT DES VERS ENTRE EUX : SUSPENSIONS DE SENS ET CONCLUSIONS

Un cas intéressant est celui-ci :

Et, comme un voyageur sur un fleuve emporté,

Qui glisse sur les eaux par un beau soir d’été Et voit fuir sous ses yeux mille plaines fleuries,

Ma pensée entraînée erre en tes rêveries! (Hem., 17-20.)

On peut considérer qu’avant la conclusion il y a trois membres de phrase dont le second dépend du premier et le troisième du second. On peut au contraire admettre qu'il y a seulement deux groupements dont le deuxième, qui se compose de deux vers étroitement liés, se subordonne le premier. Les déclamations sont par conséquent divergentes et l’on trouve ces acuités maxima : v. 17 A = 300, E= 360, G = 340, J = 380, R = 380 ; v. 18 A = 320, E = 360, G = 320, J = 400, R = 320 ; v. 19 A = 400, E = 360, G = 360, J = 440, R = 500. En d’autres termes, A EJ se séparent de G R dans le détail, mais tous reconnaissent que la coupe principale de sens se trouve au v. 19, qu’elle précède immédiatement la chute de la période '.

Mais revenons aux successions de deux alexandrins dont l’un et l'autre sont suspendus. La règle de subordination ci-dessus posée ne trouve plus son application dès que les rapports se modifient. Si le premier vers est constitué par une proposition conditionnelle, et le second par une

proposition principale, si le premier vers est construit en opposition avec le second — et ici nous touchons presque à l’expression pathétique

celui-ci ne se soude plus intimement à celui-là : la voix fait ressortir le contraste, puisqu’il n’y a pas dépendance. La hauteur maxima est comme plus haut déterminée par la plus forte suspension de sens, mais celle-ci est contenue dans le premier alexandrin. Les sujets sont d’accord, sauf exceptions dues généralement à des accidents emphatiques et qui n’affectent pas les coupes :

Si je t’ai fait parler, si j’ai voulu t’entendre,

Je voulais que ton zèle achevât en secret...

Et si je penche enfin du côté de ma gloire,

Crois qu’il m’en a coûté, pour vaincre tant d’amour...

Je connus que bientôt, loin d’être à ce que j’aime,

Il fallait, cher Paulin, renoncera moi-même...

Mais, sans me soupçonner, sensible à mes alarmes, Elle m’offre sa main pour essuyer mes larmes...

Nous transcrirons, pour le premier exemple, la déclamation de C :

(Bér., 3-4 CG R.) QK 7-L)

(ib., 34-35 C J R.)

Si jœ te

fa

par

lé si

Jœ vu

le

tô ÿèl

je vu

lu

ta

là

dm

va

krè

1 . C’est l’unique exemple que nous possédions d’un développement étendu — dépassant deux alexandrins — où la coupe détermine à elle seule la hauteur maxima de la phrase, sans qu’aucun élément pathétique altère le mouvement du texte. D’où l’expression employée plus haut, à savoir que, dans de pareils cas, cette acuité principale « semble » affecter généralement le vers qui précède la conclusion. Il faudrait d’autres expériences.

l’alexandrin français

D’une façon analogue dans ces vers :

Quelle honte pour moi, quel présage pour elle!

Si dès les premiers pas, renversant tous ses droits,

Je fondais mon bonheur sur le débris des lois. (■ Bér ., 23-25.)

les rapports des divers membres de phrase ont été bien établis par la voix. Il y a là d abord une proposition principale représentée pat une excla mation, puis une proposition conditionnelle. La voix les sépare nettement. Elle ne fait pas dépendre le vers 24 du vers 23, ce qui brouillerait l’expression. La coupe suspensive qui termine le premier alexandrin est la plus forte, elle est en opposition avec le reste de la phrase, considéré comme un groupe distinct. Les acuités maximas sont les suivantes : v. 23 C = 440, G = 530, J = 560, R = 480 ; v. 24 C 380, G 480, j 4g0i R = 340 . v. 25 C = 340, G = 400, J = 380, R = 300. Les divers plans de la période sont mis en valeur par la déclamation L

Nous passerons maintenant au second des cas qui peuvent se présenter : deux vers à sens complet 2 se succèdent. Ici la solution est beaucoup plus simple. L’un ou l’autre en effet peut être affecté de l’accent de hauteur le plus considérable, selon la suspension de sens qu’il renferme ou l’importance accordée à tel de ses éléments. Souvent la volonté du sujet est seule décisive et le texte permet qu’on accorde la prédominance à n’importe lequel des deux alexandrins en contact. Nous nous contenterons de quelques citations :

J’aimais, je soupirais dans une paix profonde :

Un autre était chargé de l’empire du monde; (Bér., 10-n.)

La Savoie et son duc sont pleins de précipices.

La France pour vous prendre attend des jours propices. (R. B., 24-25 R.)

Comme il faut combiner sûrement les manœuvres !

Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres ; (P -G., 37-38.)

Dans le premier exemple, les déclamations de J et R laissent apparaître deux sens complets consécutifs :

Je

mè

su

pi

rè

dà

pè

pro

fô

nô

tre

le

car

jé

là

pi r(œ)

du

mô

nôtr

1 . Bien entendu, la coupe principale de la phrase n’est pas toujours certaine, et parfois Je texte laisse place à des appréciations differentes. On

vers ci-après : Cin., I, 12-13 et Cm., II, i3 I4-

2. Le vers à sens complet présente à la fois une suspension intérieure et une chute de sens.

peut renvoyer à ce propos aux

HAUTEUR MAXIMA. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : SUSPENSIONS DE SENS ET CONCLUSIONS

La diction de R est presque sans couleur; cependant il y a un peu plus de chaleur dans le premier vers, et il l’emporte. Pour J au contraire, on distingue à l’initiale de chaque alexandrin un groupe rythmique important qui prévaut ainsi sur la coupe de sens et la supplée. Dans les combinaisons semblables, les nécessités de l’expression pathétique déterminent généralement, dans l’un ou l’autre des deux vers juxtaposés, l’accent le plus élevé. Tantôt le premier prédomine, tantôt, comme chez J, c’est le second. Dans les exemples cités, une fois seulement {RB., 24 R), la suspension intérieure entraîne l’acuité principale. Les tableaux d’ensemble font ressortir le détail des divergences.

Troisième cas : un vers qui termine une période fait suite à un vers suspendu. Il n’y a pas de difficulté : l’alexandrin de conclusion présente la hauteur maxima la moins considérable. Parfois en effet il n’est guère qu’une chute de voix en douze syllabes, avec effacement de toute espèce de coupe intérieure, les accents décroissant régulièrement. On notera ce type dans le fragment ci-après, du moins dans la bouche de E :

Dis, ne le crois-tu pas ? sur nous, tout en dormant,

La nature à demi veille amoureusement. ( Hem ., 5-6.)

Di

n(œ) Ice

krwa tu

pâ

sur

tu ta

dor

ma

La

na

tùr

a dæ

mi

vèy

mu

ma

rr.

La dernière phrase se décompose ainsi : au v. 5 un groupe rythmique en relief (sur nous), puis la suspension de sens à la rime; au v. 6 la chute de la période.

Mais en d’autres endroits le vers de conclusion peut, lui aussi, présenter une coupe intérieure. Alors encore il présente l’acuité maxima la moins forte, soit que la coupe offerte par le texte y soit réellement moins importante que dans l’alexandrin antécédent, soit que la fin de phrase opère une réduction générale de la hauteur sur tous les groupes rythmiques qui précèdent la rime. Voici des exemples :

Meurs, s’il y faut mourir, en citoyen romain, ||

Et par un beau trépas, | couronne un beau dessein.

N’est que de ces beautés dont l’éclat éblouit, ||

Et qu’on cesse d’aimer | sitôt qu’on en jouit.

Même soin me regarde, et j’ai, pour m’affliger, ||

Ma gloire à soutenir, | et mon père à venger.

Maître de mon destin, libre dans mes soupirs, ||

Je ne rendais qu’à moi | compte de mes désirs.

Si dès le premier pas, renversant tous ses droits, || Je fondais mon bonheur | sur le débris des lois !

(Cin., I, 9-10.) (Cin., II, 7-8.) (Cid, 11-12.)

(Bêr., 12-13 GJR.) (ib., 24-25.)

Nous transcrirons pour les deux premiers de ces vers la déclamation de I :

Mœr si li fô mu nr

si

to

ye

ro

me

Lote. — V alexandrin.

E par 280 300 280

œ bô

tre

pâ ha ron œ

O OO

bô

de

On voit que, dans la conclusion, la suspension de sens est affectée d’un accent d’acuité moins fort que la rime du vers précédent.

La règle paraît ne souffrir qu’un très petit nombre d’exceptions, toutes choses restant égales par ailleurs. On note un renversement des rapports signalés quand, par suite d’enjambement, la coupe principale de la période se trouve transférée dans l’alexandrin qui termine la phrase ', ou bien encore quand on veut produire un effet. A la fin de l’un des morceaux enregistrés de Cinna, I coupe ainsi son texte :

Il se ramène en soi, n’ayant plus où se prendre, |

Et monté sur le faîte, || il aspire à descendre. (Cm., II, 13-14.).

Nous reproduirons les chiffres obtenus, et l’on verra que, par ce procédé d’harmonie imitative, la voix retombe d’une façon beaucoup plus saisissante sur le dernier hémistiche :

ra

min

swa

na

yâ

plu

s(ce) prà

drœ

mô

té

sur

fit

las

pir

sâ dr(œ )

D’une manière analogue, autant que je puis juger par l’un des phonogrammes dont M. l’abbé Rousselot m’a communiqué la transcription, Madame Sarah Bernhard prononce avec raison :

Et Phèdre, au labyrinthe avec vous descendue |

Se serait avec vous retrouvée || ou perdue.

Mais de tels cas sont rares.

Quatrième éventualité : un vers suspendu succède à un vers à sens complet 2. Les deux alexandrins en contact sont alors indépendants l’un de l’autre. Comme ils contiennent chacun une coupe de sens, c’est d’après celle-ci que s’établira leur acuité maxima. Les tracés montrent que l’accent dominant peut appartenir indifféremment à l’un ou à l’autre. Il sutfira d’un exemple :

Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.

Le logis est plein d’ombre et l’on sent quelque chose,

Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur. (P. G., 1-3.)

Le vers à sens complet est le premier, le vers suspendu le second, et la déclamation de tous les sujets les maintient tels. On trouve : v. 1 B = 280, E = 500, G = 420, J = 340, R = 540; v. 2 B = 280, E = 440, G = 400, J == 400, R = 40. C’est-à-dire que pour B la hauteur

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