‹ Études sur le vers françaisChapitre 172 sur 214 · IIO-IOO · texte numérisé non relu

IIO-IOO

âplœ

kôtœ

somœ

( rn)œ

L ALEXANDRIN FRANÇAIS

temps qu’il y a chute mélodique, il y a perte acoustique. Les deux phénomènes obéissent aux mêmes lois sans cependant se recouvrir exactement l’un l’autre, l’accent musical pouvant tomber sur l’antépénultième et l’accent d’intensité sur la pénultième, ou inversement, comme dans une voyelle isolée la tranche qui reçoit le plus grand effort peut ne pas être celle qui est en même temps la plus aiguë. Dans le cas qui nous occupe, il y a pourtant le plus souvent concordance.

Voici donc (cf. ci-contre) un petit nombre de groupes artificiels et de mots articulés comme s’ils constituaient une fin de sens. La distribution des intensités, on pourra le constater, est celle que nous venons de définir. Nous donnons seulement les chiffres qui rendent apparente la courbe de la modulation.

On peut lire (S, 1 = première syllabe, S. 11 = seconde syllabe etc...) que pour le groupe abababa, la puissance acoustique de la syllabe initiale est de 1 1 5 m, qu’elle tombe à 8om sur la seconde syllabe, remonte à nom sur la troisième, descend à 8om sur la quatrième dont l’audibilité n’est plus que de 25™ au moment où la voix s’éteint. Au début de la combinaison inscrite, il y a un accent secondaire, cette fois plus intense que le temps marqué principal qui affecte la troisième syllabe. Cet accident accessoire ne se rencontre pas dans le mot âplifikasyô : nous avons vu qu’il n’était pas indispensable. Pour le mot balâsé, au contraire, le processus est quelque peu différent ; l’audibilité maxima se rencontre à l’initiale et l’affaiblissement se fait par degrés jusqu’à la fin de la dernière syllabe. Le précédent tableau montre en outre que, si la fin de sens se manifeste par un déplacement de la tonique, la voix en mourant ne produit pas une force constante, que l’on considère soit l’intensité maxima, soit l’intensité minima de la syllabe terminale.

Si la finale du mot ou du groupe inscrit est féminine, comme dans la discorde, l’affaiblissement s’opère d’une façon continue, à partir de l’accent, jusqu’à la dernière vibration de Ve muet par lequel s’achève ce groupe. On peut donc avoir :

de v D-5

S. III

S. IV

aba

ababa

abababa

afa

afafa

àfafafa

balàsé

âplifikasyô

batây

batayô

kôlwayé

someyé

éo

la dis kor

l’accent d’intensité dans la phrase

ou

Une autre expérience a fourni ces chiffres :

la

dis

kor

doe

la

dis

kor

en

CO

Ici l’effort principal a été sur l’initiale, et les amplitudes du tracé sont décroissantes, mais Yi possédant une audibilité moindre que celle de 1 ’o, celui-ci est cependant entendu davantage, d’où le schéma rythmique aaAa, dans lequel nous conservons le signe a pour la syllabe longue.

Comme on le voit, les lois de l’intensité diffèrent de celles de la durée sous certains rapports, mais elles sont assez semblables à celles de la hauteur musicale. Tandis que l'allongement tombe toujours, dans une prononciation non emphatique, sur la syllabe finale — ou sur la pénultième, quand la dernière est un e muet — , l’accent dynamique affecte normalement une autre syllabe s’il y a fin de sens et par conséquent chute de la voix. Dans ce dernier cas il se comporte comme le temps marqué d’acuité, sans qu’il y ait concordance nécessaire, à cause des différences de timbre, et aussi parce que les deux phénomènes, pour des hauteurs voisines, sont indépendants l’un de l’autre.

Il nous reste cependant à savoir quels caractères présentent des mots groupés, si l’accent demeure pour chacun d’eux à sa place ordinaire et s’ils conservent ou non dans un ensemble la physionomie qu’ils ont quand on les articule isolément. Notre enquête portera donc d’abord sur des agglomérations réduites pour s’étendre ensuite à des phrases tout entières.

Nous avons encore utilisé les tracés dont nous nous sommes servi pour les chapitres parallèles où nous avons examiné les valeurs temporelles et musicales. Nous avons comparé les mots avâ (avant), me%ô (maison), lésé (laissé), kafé (café), aba (abat), avec les locutions où ils entrent en composition : avâ gardai (avant-garde), avâ kurcer (avant-coureur), mexô nœv (maison neuve), mezp superb (maison superbe), dus mexp (douce maison), Jese pâsc (laissez-passer), kafe kôsèr (café concert), aba jür (abat-jour), puis nous avons ajouté à cette liste d'autres formations où nous avons varié la place des éléments composants : œ brav-om (un brave homme), œ-n-om brav (un homme brave), œ lur martô (un lourd marteau), ce martô lur (un marteau lourd), lœ mâjé (le manger), mâje lœ (mangez-le), lœ bueé (le boucher), buee lœ (bouchez-le). Tantôt on a soutenu la voix à la fin de ces divers mots et locutions, tantôt on a prononcé comme s’il y avait fin de phrase. Les hauteurs musicales étant ici celles qu’on a données dans les pages consacrées à l’acuité, nous reproduisons deux séries d’expériences, une pour chaque façon d’articuler, en ne fournissant que les chiffres strictement nécessaires1. On indique en même temps (T. R.) le type rythmique qui se dégage des audibilités.

Dans la première série il y a eu partout suspension delà voix. On remarque que dans toutes les inscriptions, dont la plus étendue il est vrai ne dépasse pas quatre syllabes, c’est la finale qui porte l’accent d’intensité, quel que soit le mot par lequel s’achève la locution enregistrée : il n’y a d’exception que pour la terminaison féminine ( avâgardœ ), conformément aux observations déjà faites, et pour les deux groupes aba jur et œ marlo lùr. Kafé, quand on l’isole dans la prononciation, a sa dernière syllabe tonique ; elle ne l’est plus dans kafe kôsèr, formation nouvelle où la

1. Par exception, là où la voyelle non précédée de consonne dure seulement 5CS de seconde, nous avons mesuré deux amplitudes, la plus laible et la plus forte, dans la syllabe

initiale.

l’alexandrin français

S. ni

S. IV

S. ni

S. iv

avâ

Aa

meTÔ

IOO-15

Aa

lésé

kafé

aba

Aa

avâ gardai

avâ kurœr

IÔO-IO

mexp nœv

mezp s u per b

a Aa a

dus me^ô

éü

Aa a

lese pâsé

A* Aa

kafe kôsèr

aba jûr

œ brav-om

A AA

IOO-55

cê-n-om brav

A AA

œ lur tnartô

œ marlo lur

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