IO
A AA
l’accent d’intensité dans la PHRASE
S. ni
S. iv
S. III
S. IV
inâje lœ
lœ Inteé
buee lœ
aAa
progression dynamique, comme la progression temporelle et la progression musicale, s’établit de l’initiale à la terminaison, et il en est de même si Y o n confronte les mots megô, lésé avec les composés mexp superb, lese pasé. Pour les locutions aba-jûr et œ marto tir, l’exception n’a d’autre — - ■ • - ' i- j - — . a — „ — - n — 17, u= 18 : dans œ marto tir, œ =
cause que la différence des timbres. La somme des amplitudes est en effet celle-ci : dans aba jûr, a
cause que umciun.c ^ — - — r" . ■ . ,
10 (mais B = 2, N = 8, ce qui impose une réduction et réduit l’audibilité à 20"’) a = 1 1, 0 = 1 5, u = 17 : l’intensité brute n est pas la même
que l’intensité psychologique.
A considérer pourtant l’ensemble des cas analysés, la place du terme, au point de vue de l’accent, importe plus que le terme lui-même. La preuve en est faite par les combinaisons dont les éléments, sous les autres rapports tous identiques, sont différents seulement par la situation qu’ils occupent. Que la finale soit en position seconde ( kafé ) ou quatrième (kafé kôsèr ), elle est toujours intense; brav porte le temps marqué dynamique dans œ-n-om brav, mais non plus dans œ brav-om, tout simplement parce qu’il termine la première formation tandis qu’il abandonne cette place dans la seconde. Si l’on aime mieux, comme nous l’avons déjà dit ailleurs, plusieurs mots étroitement rapprochés par le sens s’unissent dans la prononciation pour former un organisme complet; ils s’ordonnent de telle façon qu il ny a plus qu un mot unique dont la dernière syllabe est non seulement longue et aiguë, mais encore intense : si la finale est féminine, c’est la pénultième qui supporte à la fois les temps marqués temporels, d’acuité et de force.
Il faut ajouter que l’accent d’intensité, comme les accents de durée et de hauteur musicale, est indépendant des formes grammaticales. Nous faisons ici allusion à des mots comme ce, le, je, que la phonétique historique appelle atones, mais dont la prononciation peut cependant modifiei le caractère. Les exemples tnâje lœ, bute lœ nous présentent une syllabe terminale lœ sur laquelle la voix produit obligatoirement son effort, d ailleurs sans la moindre difficulté : la forme atone a été, par le développement de la langue, introduite dans des combinaisons où elle devient nécessaire-
ment tonique.
Pour la seconde série d’expériences il y a eu chute de la voix, par conséquent affaiblissement de 1 énergie dépensée. Les mots et locutions confirment partout nos précédentes observations, à savoir que, lorsque le sens est achevé, 1 accent dynamique remonte dune ou deux syllabes, rarement plus, et cela ad-libitum. Donc, qu’il y ait ou non fin de mot à l’intérieur du groupe, l’intensité maxima évolue selon la règle générale. Elle peut concorder avec une terminaison intérieure marquée par la graphie, comme dans map nœv, mego superb, dus mesp, œ-n-om brav, œ brav otn ; mais elle peut aussi se manifester ailleurs : avâ gardœ, avâ kurœr , lese pase, kaje lwser, abajur, œ lui maito, œ marto lui, la inàji, inâje la, la buté, buee lœ. Si l’on aime mieux, la séparation typographique des divers éléments importe peu, puisque ces éléments disparaissent dans un ensemble et perdent leur individualité : l’agrégat est traité comme un mot unique où l’accent d’intensité tombe selon les lois ordinaires.
Les faits que nous venons de commenter ne se reproduisent cependant pas toujours avec une absolue régularité. Il y a dans la piemière séiie deux exemples qui semblent présenter quelque difficulté : ce sont les locutions : avâ kuràr et mep nœv (ii»A et a a a). Mais nous avons déjà rencontré le phénomène, et les amplitudes montrent que les accidents intérieurs ne sont point dus uniquement à une différence de timbies. Ces
Lote. — L’a.exandrin.
l’alexandrin français
exemples peuvent être rapprochés des formations factices alala, afafa etc..., dans lesquelles nous avions constaté la présence d’un accent secondaire apparaissant d’une manière sporadique de deux en deux syllabes. Ou bien pour avâ hirœr il faudrait admettre une autre explication, supposer que la fusion des deux mots composants n’a pas été complète et qu’il subsiste comme un souvenir de l’accentuation qui les affecterait normalement si chacun d’eux avait été isolé dans la prononciation. Cette dernière interprétation toutefois 11e serait pas possible s’il fallait rendre compte dans la seconde série du type rythmique constaté pour lese pâsé et kafe kôsèr (iiAi) : il y a là un temps marqué binaire causé soit par le besoin de cadence, soit par une attaque naturellement forte comme celle que nous avons notée dans le groupe avava.
Enfin nous remarquerons une fois de plus que l’intensité n’est pas indissoluble de la hauteur musicale : lese pâsé présente sur la seconde syllabe un accent d’acuité accessoire, tandis que la progression dynamique s’établit de l’initiale à la finale sans accident intérieur. Il en est de même pour œ marto lûr où la concordance n’existe pas. Inversement les accents secondaires d’intensité dans avâ kurœr , me%ô nœv (première série), dans lese pâsé et kafe kôsèr (seconde série) ne coexistent pas avec une élévation plus grande de la voix.
Autre question : les groupes rythmiques peuvent-ils s’étendre d’une façon illimitée, avec un accroissement de force qui s’établirait de la première à la dernière syllabe, ou bien au contraire, comme pour la durée et la hauteur musicale, certaines coupes ne scindent-elles pas le texte en des endroits qu’on peut déterminer ? Ainsi que nous l’avons fait précédemment, nous distinguerons entre les diverses expressions du langage, entre le ton rapide de la conversation courante et le ton soutenu du discours solennel. Tout caractère emphatique est absent, sauf une exception, des expériences dont le détail va suivre.
Nous commencerons par le débit le plus vulgaire, et nous rappellerons quelles sont les courtes phrases enregistrées. Les voici : lœ strapôtè e til besé (le strapontin est-il baissé), il krœva la pôd(œ) sô tâbûr (il creva la peau de son tambour), il trôpa tut(ce) le-^-esperâs (il trompa toutes les espérances), il eksplwata lôlâ le min(œ ) (il exploita longtemps les mines), il grisa de dà ve fwa (il grinça des dents vingt fois). Nous donnons la même série d’exemples que pour la hauteur musicale : pour chacun de ces exemples la prononciation a été intentionnellement rapide et familière. Les chiffres sont ceux-ci :
stra
te
til
be
sé
ÎO
krœ
va
la
pô
tsô
tà
pur
trô
pa
lut
le
Xa
pe
ràs
lek
splwa
ta
lô
tà
le
min
gre
sa
de
dà
ve
fwa
Ce court tableau nous apporte toute une série de faits intéressants. Il va de soi que dans un débit monotone la modulation est extrêmement simple et que les nuances en sont exclues. Sauf à la troisième syllabe du quatrième exemple où l’accident d’intensité est de nature emphatique (malgré la volonté du sujet); sauf encore la quatrième syllabe du premier exemple où il y a eu manifestement effort secondaire en l’absence de
l’accent d’intensité dans la phrase
tout accident d’acuité et de durée, les audibilités se comportent en somme comme les valeurs temporelles et musicales, avec des progressions très étendues. Une seule fois cependant (V) l’accroissement des distances de compréhensibilité s’opère sans arrêt de la première à la dernière syllabe de la phrase. Ailleurs le mouvement se trouve interrompu (II), ou bien la finale porte moins loin que la pénultième (III et IV). La cause en est dans des différences de timbres ou dans la constitution intime de la voyelle nasale. C’est ainsi que dans le mot esperâs nous trouvons ces amplitudes que nous transcrivons dans l’ordre où elles apparaissent : « = B 2, N 5 ; £ — B),N7;Æ = B3,N 16 et B 2, N 8, ou, la somme une fois faite : e = 7, e = 12, à = 19 et 10. On voit que l’intensité brute affecte bien la dernière syllabe, mais une réduction doit être opérée pour à puisque le souffle a passé surtout par le nez. Il n’y a donc pas concordance entre l’audibilité et le travail effectué. Pour les raisons qu’on vient de signaler, les progressions étendues sont plus rares s’il s’agit de l’intensité psychologique que s’il s’agit au contraire de la durée et de la hauteur musicale.
Examinons maintenant les caractères du débit solennel. Ces quelques phrases, déjà analysées sous d’autres rapports, ont été prononcées sur un ton soutenu: œ-n-om bôe ètelijâ (un homme bon et intelligent), œ-n-om bd e rœinarkablœinâ-t-ètelijà (un homme bon et remarquablement intelligent), œ-n-avoka êkapablœ (un avocat incapable), œ-n-avoka êkapablœ île pledê (un avocat incapable de plaider), œ-n-avoka èkapablœ dœ pledé-r-un moves kô% (un avocat incapable de plaider une mauvaise ouse), œ lur martô byl-n-àmâeé (un lourd marteau bien emmanché), œ lur martô byè-n-âmâeé sœ truvè dâ sa ml (un lourd marteau bien emmanché se trouvait dans sa main). La série examinée est celle que l’on trouvera dans les chapitres parallèles consacrés à la durée et à la hauteur musicale. On rappelle qu’il y a désaccord entre l’expression donnée à ces phrases et le sens qu’elles possèdent. Prononcées comme il convient, elles se rapprocheraient des courtes propositions précédemment commentées. Nous rencontrons les chiffres ci-dessous :
nom
bô
le
jâ
nom
bô
mar
ka
bla1
ma
tè.
le
jà
na
vo
ka
ka
blœ
IOO
na
vo
ka
ka
pa
blœ
pie
na
vo
ka
ka
blœ
pie
dé
run
mo
ves
IOO
lur
mar
tô
byl
na
ma
ré
lur
mar
tô
byl
nà
ma
eè
tru
vè
dà
sa
me
l'alexandrin français
Il y a eu à la fin de ces exemples (cf. p. 171-172) tantôt suspension (II, III, VI), tantôt chute de la voix (I, IV, V, VII). Dans ces derniers cas, deux fois l’accent d’intensité se sépare de l’accent d’acuité et demeure sur la dernière syllabe. Ces phénomènes sont exceptionnels, mais les amplitudes montrent que la cause n’en est pas aux différences de timbres : il y a eu évidemment attraction exercée par le temps marqué temporel. Ailleurs les chutes de phrase sont conformes à la règle. Il faut aussi noter, sur le vu du tracé, que les variations d’énergie, quand les mots ne sont plus isolés, tendent à s’effacer, assez peu sur les syllabes longues (cf. cependant VII : cunâec ), mais surtout sur les syllabes brèves. De même l’unité d’émission, au lieu de s’étendre à la proposition tout entière, va seulement du début à la fin de chaque groupe rythmique, ce que nos mesures rendent visible à quelques places, et qui le serait bien davantage si nous avions donné l’audibilité de chaque vibration. Observons enfin que Ye muet ne supporte pas l’accent.
Mais les faits les plus remarquables sont semblables à ceux que nous a révélés l’analyse des valeurs temporelles et musicales. Dans une déclamation faite sur un ton soutenu, dès que la prononciation devient solennelle, des temps marqués dynamiques apparaissent de distance en distance, concordant avec les accents de durée et d’acuité. Tandis que dans un débit familier on se trouve en présence de progressions d’intensité très étendues, une articulation moins rapide fractionne le texte en fragments assez menus, dont chacun possède une syllabe tonique. Une diction lente a donc besoin de fréquents points d’appui sur lesquels la voix se repose et qui morcellent la succession syllabique. Partout les audibilités, comme les hauteurs musicales, recouvrent exactement les progressions temporelles, sauf les exceptions prévues pour les chutes de sens. Ainsi le dernier exemple est formé de quatre groupes distincts. La puissance acoustique de la première syllabe est de 75m; la seconde doit être entendue à i05m, la troisième à I50m, la quatrième à i6om; ce point culminant une fois atteint, la voix s’affaiblit et une nouvelle succession commence, aboutissant elle-même à un nouveau sommet; un troisième membre lui succède, puis un quatrième qui précède immédiatement le terme de la modulation. Ici la voix a procédé avec un tel ordre que les différences de timbre n’entraînent aucun déplacement de l’accent. Nous verrons qu’il n’en est pas toujours ainsi, mais il faut du moins retenir que dans une prononciation soutenue, les effets, quand il n’y a pas d’emphase, sont plus réguliers que si le ton est celui du parler courant.
Le morcellement manifesté par l’analyse des tracés, étant le même que pour les durées et les acuités, appelle forcément les mêmes observations. Il n’est ni arbitraire ni purement mécanique, mais il se fonde sur les divisions logiques du texte. Pas plus qu’au point de vue temporel et au point de vue musical, on ne voit s’établir pour les intensités cette ondulation à crêtes binaires où certains veulent reconnaître le rythme essentiel de la langue française. Le sens seul décide, sauf que les sectionnements établis par la voix ne peuvent avoir une trop grande étendue. On comparera, comme on l’a déjà fait : cè-n-om bô (article -f- substantif -j- adjectif) et œ-n-avoka èkapablœ (article + substantif + adjectif) : dans le premier cas, il n’y a qu’un groupe rythmique, mais il y en a deux dans le second, car une succession octosyllabique est trop longue pour ne pas se scinder nécessairement. Nulle part d’ailleurs la scansion ne pouvait s’établir en dépit du sens, et l’on ne saurait songer à des coupes qui rendraient le texte inintelligible. Tout au plus les phénomènes que nous allons maintenant étudier modifient-ils cette loi générale, mais ils n’apportent jamais qu’une transformation du dessin primitif, et celui-ci seul peut permettre de les expliquer.
Nous venons de faire allusion au rôle de l’emphase dans la prononciation. Nous examinerons comment elle se décèle. Nous distinguerons les mots isolés et ceux qui font partie d’une phrase.
Les mots isolés sur lesquels a porté notre analyse sont déjà connus : krœvé (crever), trôpé (tromper), grisé (grincer), strapôté (strapontin), eksplivaté (exploiter). Nous savons que, au cas où la voix se suspend, les trois premiers répondent au type a A et les deux derniers au type a a A, mais qu’ils deviennent respectivement Aa et aAa ou Aaa si l’on veut donner l’impression d’une fin réelle. Telle est du moins leur constitution normale.
l’effort oratoire et l’intensité syllabique
Nous avons vu que dans une prononciation emphatique 1 accent temporel se déplace et qu il affecte alors une syllabe non finale. Nos expé riences prouvent que l’intensité, pas plus que la hauteur musicale, n’est liée indissolublement aux modifications de la durée. Ou bien la durée seule quitte sa place ordinaire, ou bien elle entraîne avec elle soit la hauteur musicale, soit 1 intensité, ou bien celles-ci se sépaunt 1 une de l’autre sans cependant coexister l’une ou l’autre avec la longue. On peut cependant noter que 1 accident de temps s accompagne généralement d un
accident dynamique, de telle sorte que pour deux exemples
particulièrement intéressants on trouve
stra
et :
s Ira
pô
tè
Les durées se répartissent selon le schéma - w ~ dans les deux inscriptions, les hauteurs musicales selon le schéma * ’O dans la première et **0 dans la seconde avec acuité dominante sur la syllabe initiale de celle-ci. L’attraction dont il s’agit est surtout sensible s’il y a chute de la voix, car alors, dans les mots trisyllabiques ou quadrisyllabiques dont 1 initiale accroît sa valeur temporelle sous leffoit oratoire, 1 accent d intensité se fixe rarement sur la pénultième, mais remonte généralement de façon à coexister avec la longue emphatique.
On comparera, quant au dynamisme, la prononciation normale conclusive avec celle dont nous étudions ici les manifestations (cf. tableau).
Pour le mot trôpê les audibilités ne rendent pas compte du travail effectué. Les amplitudes ont été plus fortes sur la première syllabe que sur la seconde, mais, comme l’air a surtout passé par le nez, une réduction a été nécessaire. Sauf cette exception, le schéma rythmique concorde avec celui que fournissent les hauteurs musicales (cf. p. 174). Dans le mot strapôtè et dans les autres exemples, le fait que le temps marqué dynamique tombe sur une syllabe affectée d’un allongement cosonantique permet d’ailleurs de conclure à un phénomène oratoire.
L’effort produit, à ne considérer que les chiffres d’audibilité, peut être, il est vrai, difficilement constaté, car les groupes présentent l’aspect courant des fins de phrase, mais il laisse cependant des traces certaines. Nous pouvons en effet noter, en prenant pour point de départ les intensités minima dans les deux prononciations, que l’effort, quand il y a articulation emphatique, est beaucoup plus considérable sur la syllabe accentuée. On peut en conclure que l’accroissement de durée qui frappe dans strapôtè , krœvé, trôpé, grisé, la première partie du mot, et dans eksplwaté la seconde, a pour résultat, en faisant attendre la voyelle, de lui conférer une énergie plus toi te.
Certes le déplacement oratoire, pas plus au point de vue de l’acuité qu’à celui de 1 intensité, n’est conditionné par la présence nécessaire d une consonne, au contraire ce qui se passe pour la durée, et c’est à une emphase involontaire qu’il nous faut attribuer la place de 1 accent dans le groupe œta 2 que nous avons réservé au début de ce chapitre. Il n’en est pas moins certain que la consonne, là où elle existe, joue un rôle considé-