INTENSITÉ BRUTE ET INTENSITE POTENTIELLE
temporelle sensiblement égale, et que le temps marqué coïncidait souvent avec un abaissement de la voix, comme on pouvait s’en rendre compte par la note musicale placée au-dessus du texte. Comment donc pouvait-on dans la déclamation respecter et faire sentir le rythme voulu par le poète ? Par l’intensité et par l'intensité seule, dirent les critiques, et les traités s’efforcèrent de le démontrer.
On voit ainsi à quelles suggestions ont obéi les théoriciens du vers français, comment l’idée qu’ils ont défendue devait s’imposer à eux, comment enfin ils furent amenés à négliger la quantité et la hauteur musicale pour s’attacher exclusivement à l’accentuation dynamique. Comme eux, nous avons reconnu l’existence d’un rythme d’intensité, mais il est inséparable des accents de durée et d’acuité, et il n’y a pas de vers où il apparaisse sans se faire accompagner de ces derniers phénomènes. Nous en donnerons dès maintenant la définition, basée sur notre enquête expérimentale. Le rythme dynamique, dirons-nous, est essentiellement constitué par une succession de membres métriques dont chacun se compose, à l'exception du pied monosyllabique, d'une, ou plusieurs syllabes faibles en progression croissante, auxquelles succède une syllabe tonique forte. Celle-ci à son tour peut se faire suivre d’une syllabe faible formée d’une ou plusieurs consonnes et d’un e muet. Lorsqu’il y a terminaison de sens, le dernier membre métrique de la phrase présente une progression d’intensité décroissante, la syllabe forte pouvant occuper la première syllabe du groupe.
Nous nous proposons donc, dans ce chapitre, de déterminer le rôle de l’intensité dans le vers, comme nous avons déterminé celui de la durée et de l’acuité, et selon le même plan. On remarquera, au cours des développements qu’on va lire, que les durées, les acuités et les intensités, du moins dans une déclamation non emphatique, se distribuent généralement de façon semblable, sauf quelques différences que notre exposition fera ressortir. Cependant nous distinguerons entre l’intensité-travail ou intensité brute, et l’intensité psychologique ou potentielle.
Nous commencerons par la première. Dans notre série de vers isolés, quatre alexandrins, ceux qui sont numérotés de XXII à XXV, ont été inscrits pour l’étude spéciale qui nous occupe, chaque sujet, avant de s’approcher de l’appareil, ayant été invité à marquer très fortement l’accent. Cette précaution nous permet de mesurer convenablement, par le seul calcul des amplitudes, l’énergie dépensée. Dans tous les tracés l’effort a été si considérable que l’amplitude de la tonique, quelle qu’en soit la hauteur musicale, est plus grande que celle des syllabes voisines. Les exemples sont de ceux auxquels on peut se fier, et il ne se présente ici aucune des difficultés que nous avons signalées dans les pages où nous avons discuté notre méthode. On remarquera que cette déclamation très accentuée confère une importante valeur temporelle aux longues, que les syllabes aiguës n’ont subi aucun déplacement oratoire. C’est donc le rythme à l’état le plus pur, et si l’on peut dire, le plus brutal. Nous transcrivons deux de ces alexandrins; dans chacun d’eux la troisième ligne de chiffres indique la somme des amplitudes des lignes du nez et de la bouche.
Remettez-vous, monsieur, d'une alarme si chaude. Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.
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