‹ Études sur le vers françaisChapitre 185 sur 214 · II1Ô · texte numérisé non relu

II1Ô

ta n(ce)

blé (iv)

Toutefois les expressions elles-mêmes de « conclusion » et de « fin de phrase », dont nous nous sommes servi, doivent être expliquées. Il en est de l’intensité comme de la hauteur musicale. Il ne s’agit pas simplement des terminaisons qui sont dans la graphie indiquées par des points : il s’agit aussi de celles qui résultent de la signification accordée par les divers sujets aux fractions de la phrase. Les interprétations ne sont point toujours les mêmes et les divergences sont souvent très considérables. Tels considèrent que le sens est achevé où d’autres aperçoivent seulement une suspension. On le remarque dans le morceau de Ruy Blas enregistré par nous. Dans ce premier passage :

Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.

L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur,

Tout s’en va (R. B., 10-12.)

E et R déclament d’une façon différente. Pour E la phrase, malgré le point, n’est pas terminée avec le mot pudeur, le vers suivant expliquant

l’alexandrin français

l’indignation du personnage qui parle. Pour R au contraire il y a là deux mouvements bien distincts comportant chacun une conclusion. Un peu plus loin, dans le même monologue, se rencontrent ces alexandrins :

Médina, fou d’amour, emplit Naples d’esclandres,

Vaudémont vend Milan, Leganez perd les Flandres. (R. B., 28-29.)

A la fin du premier vers E et R considèrent que le sens est complet, et pour tous les deux l’accent remonte quoiqu’il y ait seulement une virgule dans le texte.

Il en est de même pour les membres de phrases exclamatifs et pour les propositions incises qui s’isolent parfaitement dans l’ensemble

syntaxique de la période :

Ah ! Rodrigue, il est

vrai, quoique ton ennemie . . .

 Ro

dri

le vrè hva

tô

ne n(œ )

mi (ce)

( Cid , 1 J.)

Les deux sujets C et J sont

ici d’accord.

Un grand nombre d’autres passages provoqueraient les mêmes constatations. C'est cependant au point de vue des énumérations que la question acquiert toute son importance, car elles se réduisent souvent à de courts fragments que nulle forte ponctuation n’isole l’un de l’autre. Les observations à faire sont les mêmes pour l’intensité que pour la hauteur musicale. On reconnaîtra, par les exemples que nous allons transcrire, que le traitement des différents termes peut varier dans certaines limites. Les graphiques montrent que l’on opte entre les alternatives suivantes :

i° On peut considérer chacun des membres de l’énumération comme formant un tout nettement délimité, indépendant du contexte. La voix alors ne se suspend pas à la fin de chacun de ces groupes, et l’accent dynamique tombe sur la voyelle pénultième ou antépénultième, au moins sur l’antépénultième si la finale est féminine.

Regarde. Plus de feux, plus de bruit. Tout se tait.

gar

Plus

plu

brüfi

Tu

(Hem., 9 E.)

2° On peut au contraire considérer chacun des membres de l'énumération comme constituant un sens imparfait, comme étant intimement lié au reste de la phrase. Alors le temps marqué tombe sur la finale de chaque groupe, quand celle-ci n’est pas féminine. Le dernier terme lui-même ne reçoit l’accentuation normale des fins de phrase que s’il semble clore réellement un développement, sinon il se comporte comme ceux dont il

est précédé :

Pour l’ombre du feu Pour tous les siens,

roi, pour son fils, ma haine est encor

pour sa veuve, toute neuve.

Pur

lô

brœ

du

riva

pur

SÔ

fis

pür

sa

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