‹ Études sur le vers françaisChapitre 187 sur 214 · VERS MONOSYLLABIQUES ET SYLLABES FEMININES · texte numérisé non relu

VERS MONOSYLLABIQUES ET SYLLABES FEMININES

Les fins de phrase sont relativement peu fréquentes et ne transforment qu'un petit nombre de groupes rythmiques. Si au contraire l’on se borne à considérer les deux premières séries déterminées par nous, il est manifeste que les durées, les acuités et les intensités se répartissent selon des successions identiques. Les accents eux-mêmes, quelle qu’en soit la nature, présentent des caractères communs que nous allons mettre en lumière.

Ni les syllabes longues, ni les syllabes aiguës n’ont de valeur fixe et constante : de même la voix ne concède jamais la même énergie aux syllabes fortes, ou bien c’est là l'effet d’un pur hasard. Il n’y a pas besoin que l’élément en relief possède telle puissance acoustique pour qu’il y ait temps marqué. Dans les exemples transcrits jusqu’ici, le moindre accent porte seulement à iom (P. G., 25 B), le plus considérable au contraire à 480™ (XXIV, K 2°), c’est-à-dire que celui-ci est 48 fois plus important que celui-là 1 . Notons d’ailleurs que dans les conclusions la voix tend vers l’annihilation complète, tandis que dans les suspensions elle a chance de produire des audibilités d’autant plus grandes qu’elle se maintient davantage dans les tons du médium. Il faut de plus remarquer que les variations dynamique se succèdent dans de très courts intervalles de temps. L’d du mot €odœ (XXIV, K 2°), qui dure 47e5, après avoir atteint 480™ de distance auditive, tombe rapidement à 90™. Pour le sujet G, il passe de 25 5m à 15™. On relèvera d’une façon analogue le brusque changement qui se manifeste dans le dernier membre de cet alexandrin :

Ce pouvoir souverain que

j’ai sur

tout le monde . . .

pu

viuàr su v(œ) re

jé

sur

tu

l(ce) mô

dæ

( Cid , II, 2 C.)

Entre l’initiale faible

et la

tonique il y a différence de 1 à 10.

L’accent d’intensité est donc, comme les accents de durée et d’acuité, susceptible de gradations infinies. Il se détermine d’ailleurs comme eux et il résulte du sommet constitué par une syllabe quelconque du vers, comparée avec celles qui l’entourent. Il frappe régulièrement l’élément final de la mesure métrique, sauf quand celle-ci possède une terminaison féminine ou qu’il y a fin de phrase. En règle générale, il coïncide avec les divisions du sens, et le rythme qu’il engendre est normalement ascendant, exception faite pour les groupes dits de conclusion, ou pour ceux que l’effort oratoire transforme, selon des modifications assez fréquentes qui feront l’objet d’une discussion particulière. De même que les divers membres du vers n’ont pas de durée ni d’acuité spécifiques, de même ils n’ont pas non plus d’intensité fixe : telle valeur dynamique qui dans un pied est atone recevra dans un autre le signe de la tonique A : tout dépend des syllabes avoisinantes, où, si l’on aime mieux et en d’autres termes, le temps marqué est toujours d’une énergie relative.

Voici en effet deux alexandrins :

Car enfin, n’attends pas de mon affection. . .

De quoi qu’en ta faveur notre amour m’entretienne. . .

1. Sauf naturellement, comme nous l’avons fait remarquer, que l’air a été plus ou moins parfaitement recueilli, selon les sujets, par l’embouchure qui conduit le souffle aux tambours inscripteurs.

l’alexandrin français

Ka

rà

fi

na

là

pâ

d(œ) mô

na

fek

si

kwa

kâ

ta

fi

no tra

mur

ma

trœ

tyè nœ

Go

SO

( Cid , 23 et 25

Ils ont été tous les deux déclamés par le même sujet, et ils sont intéressants au même titre. Dans le premier, la syllabe faible cinquième possède une audibilité plus grande que les syllabes fortes troisième et douzième. Semblablement, dans le second, la tonique de l’hémistiche porte moins loin que trois autres syllabes atones du même vers. C’est que les syllabes ont la qualité qu’on leur assigne seulement par rapport à celles dont elles sont immédiatement entourées. Il n’y a enfin nulle part identité de valeur entre les divers accents, certains au contraire l’emportent : nous chercherons ailleurs pour quels motifs ils émergent plus que les autres.

Mais l’accent d’intensité, tout comme les accents de durée et d’acuité, en raison de la nature même de la langue française, s’établit surtout par comparaison avec la syllabe dont il est suivi plutôt qu’avec celle dont il est précédé. A cause des variations rapides de la distance auditive, nos tableaux généraux ne fournissent pas d’exemples de deux toniques consécutives d'intensité égale et nettement séparées par le sens, de telle sorte qu’elles puissent recevoir toutes les deux le signe a- Mais des cas comme ceux-ci se rencontrent assez souvent :

Lui, seul, battu des flots qui toujours se reforment...

Cette grandeur sans borne et cet illustre rang...

Lwï

lœ ba

tu

de

Jlô

ki

tu

iür

for

grâ dcer

sà

bor

se

til

lus

trœ

(Cm., II, 3 C.)

Le premier vers débute par deux accents en contact dont le second est plus faible que le premier : ce fait à lui seul empêche que ces deux pieds monosyllabiques ne se confondent pour l'oreille, et d’ailleurs le texte est là, sans parler des indications fournies par la durée et l’acuité, pour imposer une telle scansion. Dans le second alexandrin, la dixième syllabe est notée de l’indice A quoiqu’elle ait la même intensité que la huitième et la neuvième, mais la voix s’affaiblit seulement après elle ; alors seulement l’on perçoit une différence dans la succession des articulations, et la dépression subitement apparue donne un relief suffisamment net à la finale de ce troisième groupe rythmique.

Toutefois, les éléments faibles qui précèdent le temps marqué de chaque membre métrique méritent eux aussi quelques observations. Ils forment ordinairement une progression dynamique établie de voyelle à voyelle, de la première à la finale. Cette réduction opérée par l’accent sur les syllabes antécédentes n’est point sans présenter quelques exceptions, comme en fait foi le dernier exemple cité. L’égalité de force peut même s’étendre à une série assez longue :

FORTES ET FAIBLES. — VERS MONOSYLLABIQUES ET SYLLABES FEMININES Quand une main si chère eût essuyé mes larmes.

Kâ

me

si

eer

su

ye

me

lar

(■ Cid , 18 a.)

Cependant un tel phénomène est relativement rare et le principe général subsiste : le rythme d’intensité est essentiellement ascendant et il est constitué par une succession de syllabes faibles terminée par une forte; dans chaque pied ainsi composé, les atones, considérées a partir de la première, se suivent le plus souvent selon une progression continue d’énergie; sauf les accidents dus à l’emphase, elles ne présentent jamais

une force décroissante. . , •

Ces remarques ont déjà été faites à propos de la durée et de l’acuité, et les formations rythmiques, quelle que soit leur nature, sont identiques.

La cause en est que les mètres, considérés soit au point de vue temporel, soit au point de vue musical ou dynamique, sont conditionnes par a

construction grammaticale du vers, de telle sorte que les temps marqués tombent sur les arêtes du sens. C’est là une règle qu’on peut dire absolue,

malgré un petit nombre d’exceptions. Pour répéter une formule déjà employée, le texte détermine automatiquement la position des accents, du

moins dans une déclamation simple et abstraction faite des modifications dues aux différences du timbre. Ces accents groupent certains éléments

de la phrase les dissocient de certains autres, selon l’ordre de la pensée et l’importance des parties constitutives. En effet, le hasard dans enchai

nement des syllabes, l’arbitraire dans le choix des places où doivent tomber les crêtes d’intensité auraient pour résultat de rendre le vers imnte -

ligible et insupportable à l’oreille. La nécessité gouverne le rythme. .,. . , p., , ,

Il en résulte que les observations présentées à propos de la durée et de l’acuité trouvent leur application sur le terrain de 1 intensité. D abord

les alexandrins composés de monosyllabes ne se distinguent en aucune façon des autres, et la disposition typographique du texte imprime ne saurait rendre vaines les exigences du sens. Qu’il y ait douze mots dans le vers, ou seulement quatre, on verra toujours apparaître des pieds métriques qui diviseront le texte en fragments logiquement établis. Il suffira de cet exemple :

Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume...

syél

va

rok

la

nuu 10 40

ta

la

bru

Ce vers, malgré le déplacement oratoire qui affecte la huitième syllabe, est du type 2 + 2 -f- 2 + 3 + 3, schéma que 1 on rencontrerait fréquemment dans des alexandrins non monosyllabiques. Les mots ont perdu leur individualité pour composer des groupes rythmiques semblables à ceux que nous avons signalés. Il n’y a pas le moindre embarras dans les formations constatées.

Quant à la syllabe féminine qui suit immédiatement l’accent, l’examen de l’intensité confirme ce que nous en avons dit au point de vue de la durée et de l’acuité. Contre M. Grammont, contre Lubarsch, Becq de Fouquières, Clair Tisseur et la plupart des théoriciens, nous avons montre que cette syllabe se rattache au membre métrique antécédent, et non à la mesure suivante ‘. Nous avons donc proposé les coupes suivantes :

1. On pourrait seulement discuter au cas où un pied monosyllabique suit la syllabe féminine en question. Peut-être alors y a-t-il formation d’un iambe. Rien cependant ne le prouve d’une façon certaine.

Lote. — U alexandrin.

l’alexandrin français

Lui dérobent — l’aspect — des peuples — furieux,

au lieu de celles-ci généralement admises :

Lui déro — bent l’aspect — des peu — pies furieux.

(Baudelaire.)

L’analyse des audibilités aussi bien que celle du travail effectué n’autorisent pas à admettre la scansion traditionnelle, et la syllabe féminine, à l’intérieur comme à la fin du vers, est liée intimement à la tonique précédente en vertu de la loi rythmique selon laquelle le sens est le principe générateur des combinaisons métriques.

Sans doute ici encore quelques exemples paraissent donner raison aux théoriciens précités et quelquefois la progression dynamique a l’air de s’établir de forte à forte :

Et qu’on cesse d’aimer sitôt qu’on en jouit.

E ko sè

de

nié

si

tô

ko

OO

nâ

ju i

(Cin., II, 8 C.)

De même, si l’on se contente de mesurer les amplitudes, la quatrième est plus faible que la cinquième (sœ = 10, de — 18). Croit-on cependant que ce mot métrique -se d’aimer satisfasse soit l’oreille, soit l’esprit ? D’ailleurs puisque l’on est convenu de rattacher l’élément féminin de la rime à la tonique dont il est précédé, pourquoi se refuser à faire de même à l’intérieur du vers ? On 11e voit pas bien la cause de deux traitements différents.

De plus, comme nous l’avons déjà fait observer, outre que le silence, quand il apparaît, ne peut jamais trouver place qu’après la muette dont il s’agit, et jamais avant elle, la progression dynamique, dans un grand nombre de cas, confirme les scansions proposées par nous. Nous transcrivons deux vers :

Qui glisse sur les eaux par un beau soir d'été... Donc, vous n’avez ici pas d’autres intérêts. .

Ki

gli

sur

le

ZP

pu

bo

swàr

dé

té

(Hem., 18 A.)

Dô

vu

na

ve

dô

trœ

te

rè

(RB., 6 E.)

Dans le premier, la troisième syllabe se rattache manifestement au premier groupe rythmique. 11 en est de même de la seconde syllabe (en surnombre) dans le second alexandrin cité, tandis que la neuvième fait partie du pied pénultième. Les amplitudes brutes sont : sœ = 9, sur = 8 (1 accord est absolu); -kœ — lp,vu = 15 (ici c’est la différence des timbres seule qui produit l’effet indiqué); -trœ = 1 6, ^ = 1 9 (l’effet résulte

LE SENS ET LE RYTHME : LA PLACE DES ACCENTS

de la constitution de la nasale) Concluons donc que dans les mesures semblables les progressions dynamiques établies de forte à forte sont uniquement l’effet du hasard et qu’il n’en faut point inférer que les droits du sens soient pour cela abolis. La syllabe féminine doit être considérée comme l’affaiblissement de la voix au terme d’un groupe rythmique qui s’achève.

D’ailleurs, au point de vue de l’intensité, elle ne constitue pas dans le rythme un élément négligeable. Si elle est prononcée, elle a, à l’intérieur du membre métrique, la même importance que les autres atones, et, comme elles, participe à la progression signalée par nous. A la finale de chaque pied, soit à la rime, soit dans le corps du vers, elle ne se révèle point comme étant de qualité spéciale : elle est seulement une atone, semblable aux autres atones. Soient ces deux exemples :

Est-il juste, après tout, qu’un conquérant s’abaisse...

Et vous ne me cherchez que pour vous en vanter.

til

jus

ta

pre

tu

kæ

kô

ke

sa

bè

ri

vu

eer

■eé

par

vu

là

va

té

ÇAndr.

Dans le premier, le sens est suspendu, dans le second, il y a conclusion ; la syllabe terminale du premier, féminine, est donc comparable à celle du second, masculine. Or, celle-ci est beaucoup plus faible que celle-là, et la finale treizième est égale ou supérieure en audibilité à six des autres syllabes de l’alexandrin qu’elle termine. 11 ressort de ce fait que la faiblesse d’une articulation ne dépend point de la nature de sa voyelle, et que les timbres, quels qu’ils soient, peuvent descendre jusqu’à une énergie minime. Ce n’est point là un privilège particulier à Ve muet : il compte autant que les autres éléments atones du vers toutes les fois qu’il est prononcé.

Ces constatations nous permettent de revenir sur les indications données par nous dans notre précédent chapitre : nous voulons parler du mouvement ondulatoire dont nous avons sporadiquement reconnu l’existence dans les combinaisons factices du type apapapa. Du moment que les temps marqués d’intensité, exception faite pour les fins de phrases, les modifications dues à l’effort oratoire et quelques cas particuliers dont il sera parlé plus loin, coïncident régulièrement avec une division nette de la pensée, il en résulte que l’accentuation binaire apparaît très rarement dans le vers. Elle ne peut en effet se manifester avec fréquence que si le même groupe se répète indéfiniment sans exiger une expression particulière. Alors le sens, n’existant pas, n’impose aucun rythme logique, et la voix, cherchant des points d’appui, les crée quand elle en a besoin selon un schéma très simple, en faisant alterner les syllabes faibles et les fortes.

Par contre, lorsque les éléments du discours ont une signification particulière, les sommets dynamiques ne tombent plus sur les syllabes de façon à composer un dessin aussi peu compliqué, ils choisissent les places qu’ils occupent afin de faire coexister l’effort de la parole avec les temps principaux du vers. Comme la durée et l’acuité, l’intensité n’impose pas à l’alexandrin un dispositif rythmique préexistant au texte et se le soumettant : le rythme se modèle au contraire sur la pensée afin de la mettre en valeur, il reçoit d’elle sa forme et sa vie.

1. J ai cité ces deux derniers cas à titre de curiosité : l’accord de l’intensité-travail et de l’intensité potentielle est de beaucoup le plus fréquent. 'Ber., 27 C — Bér., 35 J — Hem., 30 R — P .G., 9 E, etc.

Par conséquent, si, dans une déclamation simple, l’accent de force est uniquement conditionné par le sens — sauf les exceptions signalées et celles qui résultent du timbre, le calcul des audibilités une fois opéré — , cet accent de force peut apparaître à tous les endroits de l’alexandrin, et il se rencontre en effet toutes les fois qu’il trouve un point où il est attiré. A cet égard il n’y a en principe aucune limitation, de quelque sorte qu’elle soit, et l’on ne découvre que des fréquences plus ou moins grandes, semblables à celles que nous avons notées quand nous avons traité des valeurs temporelles et musicales. Nous énumérerons donc ces différents cas : i° La première syllabe porte un accent.

Il peut en être ainsi du fait de l’enjambement, lorsque le rejet est d’une seule syllabe :

j’ai déjà

Su comment votre main divine protégea

Le destin d’Atys. . . ( Enj ., I.)

La progression rythmique, commencée à la fin du premier vers, s’achève seulement au début du second.

Mais le plus souvent le commencement du vers est indépendant de la rime antécédente, et le temps marqué, au lieu d’appartenir à un membre métrique étendu, comme dans le premier exemple, tombe sur un monosyllabe isolé ou sur l’initiale d’un trochée d’intensité.

Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ?

Porte, porte chez lui cette mâle assurance...

Di

ncc

vu

dre

tu

pa

vivàr

twal

{Hem.,

pôr

Iwi

se t{œ)

mal

su

râ

{Civ., 1,7 J.)

2° La seconde syllabe porte un accent.

C’est une des coupes les plus fréquentes, ainsi que les deux suivantes :

Tu t’es, en m’offensant, montré digne de moi... Un autre était chargé de l’empire du monde.

Tu

tè

mo

fà

sa

mô

tre

di y Ça’)

mwa

{Cid, 27 J.)

nô

Ire

te

ear

jé

là

pi r{œ)

du

mô

{Ber., ii C.)

3° La troisième syllabe porte un accent :

LE SENS ET LE RYTHME : LA PLACE DES ACCENTS

Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi. Mais, seigneur, en un jour, ce serait trop de joie..

Jœ mœ diua par

ta

môr

mô

Ire

di

ne

twa

Mè se

pur

re

trô

jwa (œ)

( Andr ., 22 A.)

quatrième syllabe porte un accent :

Ou quelque

; flûte au loin !.

.. Car

la musique est douce,...

Puis priant

Dieu sitôt que les cinq enfants dorment

kel kœ

flût

0 Iwe

kar

la

mu

e du sœ

(Hem., 28 E.)

Pü’i

pri yâ

Dyœ

si tô

kte

le

sèk

fà dor mœ

80 ii)

50 La cinquième syllabe porte un accent.

Il est bien rare que le temps marqué coïncide à cette place avec une suspension de sens et nous n’en trouvons dans nos tableaux généraux qu’un seul exemple. Il est emprunté à Théodore de Banville et par conséquent tout moderne. Cette coupe, condamnée par les théoriciens, parce qu’elle leur paraît diminuer la valeur de l’hémistiche, est exceptionnelle dans la poésie classique, où elle apparaît çà et là dans le dialogue. Elle est plus en usage chez les poètes romantiques et chez Hugo, mais seulement lorsque la séparation des mots leur semble assez forte pour permettre la coexistence de deux accents successifs, l’un à la cinquième syllabe, l’autre à la sixième. Elle est devenue d’un emploi courant à l’époque la plus récente, chez les parnassiens et les symbolistes. D’ailleurs il arrivait à la voix de la faire sentir, même quand la volonté des auteurs exigeait qu’il en fût autrement ‘.

Cependant, en dehors de la suspension de sens, d’autres causes peuvent faire apparaître un sommet d’intensité en position cinquième. Sans parler du déplacement oratoire, de la réduction d’un hiatus intérieur ou de la non prononciation d’un e muet, circonstances anormales quoique fréquentes, la chute de la phrase concordant avec l’hémistiche, conformément aux lois de la prononciation la plus régulière, fait constater le phé-

1. Cf. IX, G 30, où l’accent temporel, dans un alexandrin classique, affecte la cinquième place.

l’alexandrin français

nomène dont il s’agit. Le dynamisme et la hauteur musicale se comportent donc d’une manière analogue et s’écartent de la durée, car celle-ci, en opposition a\ec elles, n est jamais modifiée par les conclusions. Nous citerons ces deux alexandrins 5 ils répondent aux types que nous venons de définir :

Le destin d’Atys, noble et pur comme une lame...

C’est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d’écume...

(Enj., I.

ku mœ

io5 55

Lcr

des

tè da

iis

no

ble

pur

ko mu

la

Ac

la

mèr E

le

or

blâ

de

6° La sixième syllabe porte un accent.

Il n’y a point de difficulté.

C’est la place

de la césure,

l’endroit

où les poètes classiq

ues terminent

nécessairement

exemples sont donc

très nombreux :

Si quelque autre malheur m’avait

ravi mon

père...

Ah ! qui 1

a'oublierait tout à cette

voix céleste ?

Si

kel

ko trœ

ma

ma

ve

ra

md

ki

nu bit

re

tu

ta se t(ce)

vwa

se

lès

pe

(Cid, 14 J.)

KPÔ

{Hem., i) R.)

70 La septième syllabe porte un accent.

Comme au point de vue temporel et au point de vue musical, il faut distinguer deux cas. Ou bien l’hémistiche est déjà affecté de son happé » noimal, et le temps marqué de la septième syllabe apparaît à côté de celui de la césure : alors il y a une forte séparation de sens qui permet la coexistence de deux accents consécutifs, sans qu il y ait là rien de contraire à la tradition, puisque la coupe médiane est respectée conformément aux règles de la versification classique :

Joe

mi

Je connus que bientôt,' loin byè to

d’être à ce que j’aime. . .

hue dè

ira

jè

(Ber.

LE SENS ET LE RYTHME : LA PLACE DES ACCENTS

Ou bien le sens permet de négliger l’appui de la sixième syllabe et la septième seule est forte :

Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ? Une femme à genoux prie, et songe, et pâlit1.

Di

vu

dre

tu

pa

vwàr u

ne

huai

fi

(Hem..

fa ni

nu

pri yœ

sôj

Nous rappelons que de telles constructions sont proscrites par la majorité des théoriciens. Us maintiennent en effet que tout vers privé d’accent à la césure est un vers faux. Or nous venons de voir que la déclamation ne se fait aucun scrupule de passer outre à leurs défenses. Ce temps marqué septième, non précédé d’un autre temps marqué à l’hémistiche, et que la récitation moderne fait apparaître dans les compositions classiques en modifiant les coupes voulues par le poète, se rencontre très fréquemment dans les œuvres contemporaines. Les nouvelles écoles, en effet, se refusent à admettre les prohibitions traditionnelles et négligent volontiers la règle de la césure. Les précédents exemples montrent que, même alors, la parole ne laisse apparaître aucun embarras.

8° La huitième syllabe porte un accent :

Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.

Oui, va, n’écoute plus ma voix qui te retient.

E si

la

ver

tu

kritn

se

gré

rr\

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