LES INTENSITÉS COMPARÉES
a questlon du rt,Ie l°ue PaJ' la force dans le déblt de l’alexandrin n’est pas épuisée par les pages qui précèdent. La voix, au cours d’un même vers, peut dépenser beaucoup d’énergie, puis s’affaiblir. Certaines syllabes réclament un effort considérable, d’autres au contraire des tons doux et assoupis : M. Jourdain, tout le monde le sait, ne dit pas : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles et me donnez mon bonnet de nuit » avec la meme puissance d articulation qui est nécessaire à Camille pour lancer ses célèbres imprécations :
Rome, 1 unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant! Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore ! Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore !...
Des renforcements de certaines syllabes ou de certains vers, du fait que d’autres syllabes et d’autres vers reçoivent au contraire une expression P us attenuee et plus molle, il résulte des clartés et des ombres qui illuminent ou assombrissent tour à tour les diverses parties de la déclamation.
C pr, eme qU‘ se pose Pour nous est donc celui-ci : a fluelles règles obéit la voix dans ses variations? Comment la force se distribue-t-elle cans a succession des mots, des membres rythmiques et des périodes qui composent un texte poétique ? L’effort- et en ce cas nous toucherions a ces questions esthétiques intéressantes - est-il déterminé par le besoin de rendre des effets littéraires ? ou bien - et alors l’enquête qui va nous retenir ne nous conduirait qu’à des constatations d’ordre philologique - est-il la conséquence uniquement de la façon dont la phrase est construite, du rapport dans lequel se trouvent entre elles les diverses propositions ?
Déjà quelques indications ont été fournies. Des traités de diction en grand nombre, même parmi les plus humbles, s’attachent à faire ressortir et a aire respecter les degrés de vigueur et de modération par lesquels une série de vers consécutifs doivent se distinguer, à montrer que toutes es parties d un poème, d’une scène tragique ou comique ne sont pas sur le même plan, qu’il faut, en un mot, y établir des perspectives et des proportions. J emprunte au petit livre de M. L. Ricquier : Récréations littéraires (1900) une poésie de F. Fabié intitulée : Terre de France, où le
critique sépare d.llérents groupes d’alexandrins selon l’expression qui leur convient. Je transcris ses notations en même temps que le début du poème :