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A cause de la ponctuation, sans doute

INTENSITE MAXIMA. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX \ L AUDIBILITE CONCORDE J -ELLE AVEC LA HAUTEUR MUSICALE T

tudes montrent que dynamiquement le sujet a eu l’intention de faire du mot crime le point culminant de son effort. Cependant l’audibilité se trouve reportée sur la septième syllabe1, le contraste désiré disparaît, et il y a comme une mutilation dans le dessin attendu.

Que faut-il en conclure ? Tout simplement que l’acuité, dans la mélodie du langage, est l’élément dominant et suffisant. L’impression totale n’est point supprimée parce que les intensités et les hauteurs ne sont pas rigoureusement concordantes : elle est tout au plus affaiblie, l’élévation ou l’abaissement de la voix continuant à marquer d’une façon satisfaisante le rapport logique des propositions et des groupes rythmiques. Toutes ces observations sont d’une grande importance. Nous avons vu comment A avait réussi à ordonner dans une belle gradation tout un passage d ’An-

dromaque :

Du vieux père d’Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue ;

Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l’âge avait glacé ;

Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée ;

De votre propre main Polyxène égorgée

Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous :

Que peut-on refuser à ces généreux coups ? (25-32)

Nous avons commenté la superbe modulation qui, par le temps marqué d’un groupe rythmique quelconque, monte devers en vers pour atteindre son sommet sur la rime de l’avant-dernier alçxandrin, et retombe ensuite en manière de conclusion. Ici encore les hauteurs musicales seules sont capables de se combiner selon une progression aussi vaste, et les audibilités maxima révèlent l’impuissance de l’effort dynamique à produire des effets expressifs de quelque étendue. On lit en effet : v. 25 = 1 6 5 m — v. 26 = 170'” v. 27 — 1 Ny’ v. 2b = 205"' v. 29 = 175” v. 30 = 1 5 5m — v. 31 = 1 20m — v. 32 = 1 8 5 m .

Cependant, si la force déployée par l’organe n’indique pas toujours exactement les relations de sens dans lesquelles se trouvent les divers pieds métriques d’un même vers, il ne s’ensuit pas que la poésie française soit monotone. Ce grief des étrangers contre notre versification — et ils le répètent souvent par habitude plus que par conviction — n’est pas fondé. Il ne se justifie, nous l’avons montré, ni dans l’ordre temporel, ni dans l’ordre mélodique; nous ajoutons maintenant : ni dans le domaine des intensités. Peu importe que les schémas ne coïncident pas régulièrement avec les grandes divisions du texte et que les sommets principaux ne correspondent pas d’une façon permanente aux sections logiques de la phrase. Même alors les dessins révélés par l’analyse sont différents, et la variété subsiste : les « pleins » les plus en relief 11’affectent jamais les mêmes syllabes, les formations se suivent sans se répéter ou ne se répètent qu’à de longs intervalles. Le dynamisme concourt, aussi bien que la durée et l’acuité, à l’harmonie du vers, sans qu’on puisse adresser à celui-ci le reproche de l’uniformité.

Il nous faut rechercher maintenant dans quels rapports les alexandrins sont entre eux, pourquoi l’énergie maxima de 1 un est plus considérable que l’énergie maxima de celui dont il est immédiatement précédé ou suivi. Les causes qui accroissent 1 intensité du vers sont doubles, nous

1. On notera, à propos des présentes constatations (je ne parle pas du passage d 'Andromaque déclamé par A), qu'il s’agit seulement, selon les cas, d’un simple transfert d une syllabe à l'autre ou d’un groupe rythmique à l’autre, et que les remarques toutes générales qu’on trouvera à la fin de ce chapitre n’en sont pas infirmées.

L ALEXANDRIN FRANÇAIS

1 avons vu : d’abord la présence d’un terme ou d’un groupe rythmique pathétiques, puis la suspension de sens. Inversement la force diminue quand aucun élément n’a réclamé un relief particulier, ou bien encore quand il y a conclusion. Ce sont les mêmes règles qui président aux variations de la hauteur musicale. Peut-on par conséquent juger du dynamisme par l’acuité et y a-t-il accord entre ces caractères de la parole ? Nous avons montré qu’à l’intérieur des membres métriques les concordances ne sont pas constantes. Mais d’autre part, de même que la suspension de sens détermine mélodiquement le choix d’un registre plus élevé, de même elle entraîne un effort moyen plus considérable ; réciproquement la conclusion opère une réduction générale sur les syllabes qui composent les deux hémistiches, rendant la voix plus grave et la dépense organique plus faible. Donc, a priori, si, à telle place, les amplitudes ne réussissent pas à produire l’effet escompté, il y a cependant des chances pour que, de vers a vers, le rapport ne soit pas troublé. S il l’est au contraire, ce sera seulement par un concours de circonstances exceptionnelles, dans des cas qu’il nous appartiendra de commenter.

acuités (H M) et les audibilités (I) :

de China les chiffres

que nous fournit la déclamation de C,

, en i

!m examinant la première colonne (H M), on dira donc: le premier vers est plus aigu, en son sommet principal, que le second; le second est moins aigu que le premier, le troisième que le second; le quatrième au contraire est plus aigu que le troisième, et ainsi de suite. De même en examinant la seconde colonne (I) on dira : le premier vers, en son sommet principal, est moins fort que le second, mais au contraire le second est plus fort que le premier, tandis que le troisième est plus faible que le second, le quatrième que le troisième, et ainsi de suite.

Les variations, on le notera, ne sont pas tout à fait concordantes. Écartons d’abord les cas où les hauteurs musicales sont constantes dans deux vers consécutifs : alors les audibilités peuvent être différentes, mais l’on ne peut conclure ni dans un sens ni dans l’autre. Ici par exemple on trouve au v. 5 une H M de 440 v. s. et une audibilité de 175-", au v. 6 une H M de 440 v. s. également, mais une portée auditive de 340™ De telles successions doivent être tenues pour neutres, comme inversement celles où l’intensité subsiste sans changement tandis que l’acuité se modifie, selon ce que nous constatons aux vers n et 12 du même fragment. Il reste que l’accord serait ici parfait si les vers 1, 4, 7 et 9 ne laissaient apercevoir un fléchissement dans la succession des intensités. Si au contraire le premier alexandrin était entendu, en sa syllabe la plus

INTENSITÉ MAXIMA. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : L AUDIBILITÉ CONCORDE-T-ELLE AVEC LA HAUTEUR MUSICALE ?

forte, à 350"1 par exemple, le quatrième à 28om, le septième à 3 45 ni et le neuvième à la même distance, alors les élévations de la voix d’une part, les accroissements de force de l'autre, marcheraient de pair et se recouvriraient mutuellement. La question qui se pose est donc celle-ci : les divergences sont-elles nombreuses, et à quelles raisons faut-il les attribuer? Nous allons essayer d’apporter une réponse.

En raisonnant sur tous les morceaux inscrits comme nous venons de le faire sur le fragment de Cinna dont nous avons transcrit les chiffre' maxima, et en prenant pour point de départ l’acuité dominante, on découvre deux séries de discordances : ou bien l’audibilité est inférieure àcellt qu'on attendrait, ou bien elle est supérieure. Nous distinguerons donc ces deux catégories :

A : la puissance acoustique diminue tandis que la hauteur musicale augmente :

Cinna, I C- v. 1 -4-7-9 Cinna, II C- v. 8 Le Cid C- v. i-5 Le Cid J- v. 9-19-23 Andromaque A- v. 1 -9-19-27-29-3 1 Bérénice C- v. 15-26-28-32-34 •

Bérénice J- v. 1 0- 1 1 - 1 5 - 1 7 Hernani A- v. 1-3-1 1-16-18-21-23

B : la puissance acoustique augmente tandis que la hauteur musicale diminue :

Le Cid C- v. 8-10-12-15-22-24-26-28 Le Cid J- v. 1 5 Andromaque A- v. 4-7 Bérénice C- y. 5-7-9-13-23 Bérénice J- v. 8-25-29-33 Hernani A- v. 6 Hernani E- v. 20-27 Hernani R- v. 4-8-14-17-23-26-30

En résumé 110 alexandrins sur 515 analysés, soit 21,3 pour cent, attestent des divergences certaines. Notons d’abord que, dans tous les vers soulignés au cours du précédent catalogue, un faible accroissement ou un faible affaissement de l’intensité potentielle suffirait à rétablir la concordance absente. Il n en est pas moins vrai que 80 fois pour cent à peu près, ce qui est une proportion énorme, on peut conclure de la hauteur au dynamisme, ou, si l’on aime mieux, le mouvement des acuités, quatre fois sur cinq, se lait accompagner d’un mouvement semblable sous le rapport des progressions dynamiques.

Quant aux causes des différences signalées, elles sont de plusieurs sortes. En laissant de côté les fragments déclamés parle sujet 2, pour la voix duquel les tables de réduction n’ont pas été faites, nous pourrons présenter la classification suivante :

1" Le motif du désaccord réside dans les timbres et quelquefois aussi, mais accessoirement, dans les hauteurs musicales, l’organe pouvant produire un effet plus puissant lorsqu’il demeure dans les notes du médium. Ainsi le premier vers de Cinna, I, plus aigu en son point culminant que le second, présente une audibilité maxima plus faible. Voici le texte :

Oui, va, n’écoute plus ma voix qui te retient :

Mon trouble se dissipe et ma raison revient.

Hernani E- v 1-13-16 Ruy Blas E- v. 1-36-38-40 Ruy Blas R- v. 27-29-32 Les Pauvres Gens -B- v. 8-29-43 Les Pauvres Gens -E- v. 10-13-24-39 Les Pauvres Gens -J- v. 5-14-21-24 x- Le Cid- v. 3-12 a- Bérénice- v. 1-15

Ruy Bla LÇ- v. 8-9-17-21-26-34

Ruy Blas R- v. 1 3-36

Les Pauvres Gens -B- v. 12-32-34-38

Les Pauvres Gens- E- v. 20-3O-33

Les Pauvres Gens -J- v. 1 1-28-38

a- Le Cid- v. 8-10

a- Bérénice- v. 4-7- x 3

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Les amplitudes les plus fortes sont celles de i (59 dans oui) de u (35 dans trouble ); cependant c’est la nasale du mot raison (28) qui est entendue e plus loin. Il est bien évident que le travail brut, beaucoup plus important dans le premier alexandrin, aurait fait coïncider l’acuité et la distance de compréhensibilité extrêmes s’il avait affecté une voyelle plus favorable, un a ou un 0. La même explication est valable dans d’autres cas, soit que le vers lui-meme présente une articulation désavantageuse ( Cid 4 et 9 C; Andr. 31 A; Bér. 15 et 28 C; P. G. 13 E et 32 B), soit qu’il acquière au contraire son relief grâce aux sonorités improductives du vers précédent 1 (Bér., 9 C et P. G., 32 B). En se reportant atix analyses

rythmiques consignées dans nos tableaux généraux, on comparera, pour tous ces exemples, les timbres des deux voyelles les plus aiguës des alexandrins en contact.

2° La hauteur musicale seule doit être invoquée. L’affaissement de la puissance acoustique, au v. 7 de Cinna, I, n’a pas d’autre cause. L’accent principal du vers antécédent se rencontre sur une note de 360 v. s. (ton, amplitude = 33), tandis que la voix s’élève à 620 v. s., dans la tranche dynamique, sui porte (62O-720, amplitude = 29). Sur ce mot, l’effort a été évidemment plus grand, car l’on doit se souvenir que plus la voix sélc\L, plus 1 arc de la vibiation, à énergie égale, diminue. Mais, d autre part, c’est dans le médium que la dépense opère avec le plus d’efficacité.

La meme explication est valable ailleurs, soit qu’il y ait affaiblissement de l’intensité prévue parce que l’alexandrin lui-même possède un sommet très aigu (Cul, 9 J), soit qu’il y ait au contraire un accroissement résultant d’une répercussion exercée par le vers précédent : Hem., 23 R (dis, R. B., 21 L. D une façon un peu différente, la relation de la hauteur et de l’intensité est détruite dans deux cas (Cid, 5 et R. B., 24 E), pâme que, dans le gioupe lythmique où 1 acuité fait présager le plus ample déploiement de force, le temps marqué musical s’est déplacé 2, avec élévation considérable de la voix tandis que 1 accent dynamique est régulier :

Je sais ce que l’honneur, après un tel outrage. . .

On trouve en effet ces chiffres :

disparue.

3° constitution intime de la voyelle nasale est la cause du désaccord constaté. Soient ces deux alexandrins :

jl LI M 660, atnpl. 13, sais — H M 500, ampl. 15. Une accentuation normale aurait rétabli la concordance O A

Me force à travailler moi-même à ta ruine. Car enfin n’attends pas de mon affection . . .

(Cid, 22-23.)

11 s agit de la déclamation du sujet J. L acuité maxima du v. 22 est de 300 v. s., celle du v. 23 de 420 v. s. On attendrait donc, conformément à la r églé geneiale, une audibilité plus grande sur ce dernier alexandrin. Or, on lit v. 22 = 95"' et v. 23 = 90™. L’effort cependant avait été caluiL de telle sorte que le rapport régulier devait se manifester. La dernière syllabe du mot attends révèle en effet une amplitude de 15, ce qui donnerait une puissance acoustique de 190'1', tout à fait satisfaisante cette fois, si l’écoulement du souffle n’avait pas eu lieu surtout par le nez.

L 4 au mcmc motif que doivent être attribuées de nombreuses exceptions appartenant soit à la catégorie A, soit à la catégorie B. Dans cette dernière série, c est la nasale du vers précédent qui a déterminé l’intensité plus forte de l’alexandrin anormal. Nous pouvons donc citer, en indiquant pour les exemples du catalogue A la syllabe à laquelle il faut imputer la déviation notée : Andr., 9 (s. 6) — 19 (s. 6) — 27(5. r et A</., 7 C 11 J (s. 1) 15 J (s. 6) — 17 J (s. 2) — 26 C (s. 5) — 28 C (s. 7) ; — Hem., 1 A (s. 7) — 1 E (s. 7 et 12) — 3 A

(s. j) Il A (s. Il) — 13 e (s. 3) — 17 R — 23 A; — R. B., 26 E — 29 R (s. 3) — 32 R (s. 3) — 36 E (s. 2) ; - P. G., 8 B (s. 12) —

V ^ at COns(^ucnt’ c‘rconstances peuvent être différentes. D’ailleurs, en consultant notre catalogue d’exceptions donné plus haut, on verra qu'il s’agit tour à tour soit de la catégorie A, soit de la catégorie B.

Il fallait aussi, nous I avons vu, Irapper fortement le mot honneur , important pour le sens, donc réserver la hauteur musicale pour le groupe initial du vers.

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