‹ Études sur le vers françaisChapitre 209 sur 214 · INTENSITÉ MAXIM A. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : LE PATHETIQUE · texte numérisé non relu

INTENSITÉ MAXIM A. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : LE PATHETIQUE

l° A côté de ces motifs d’ordre purement physique, il y en a d’autres d’ordre littéraire. Nous avons vu, en comparant entre eux les groupes rythmiques d’un même alexandrin, que parfois la hauteur musicale et la force se séparent et sont réservées à la production d’effets différents, que parfois aussi s’établissent des suppléances entre l’acuité et le dynamisme, la transition, pour rappeler un des faits mis en lumière, se marquant uniquement par une élévation de la voix, sans intensité concomitante. De vers à vers, les mêmes causes doivent être invoquées dans les conditions précédemment déterminées. L’effort est en effet très modéré quand il s’agit de traduire une impression de douceur ou de calme, quand on veut enfin faire valoir une ironie tranquille ou des sentiments élégiaques. Alors la voix peut monter, mais l’énergie se comporte d’une façon inverse, Cette fois, la discordance est voulue par le sujet qui déclame. Ces observations s’appliquent à toute une série d’alexandrins qui figurent dans notre catégorie A. Les voici : Andr., i A — Bér., io J — Hem., 16 et 21 A — Hem., ré E — R. B., 1 F..

50 Au contraire, lorsque la hauteur musicale maxima s’abaisse en vertu des nécessités définies par nous, il arrive qu’il soit indispensable de mettre en relief un groupe rythmique important ou pathétique, selon les indications que laisse apercevoir le texte, quelquefois aussi selon unt

nuance de sens que le sujet, faisant un sort aux mots, est seul à apercevoir. Alors l’intensité augmente tandis que l’acuité diminue. Ici encore, h

divergence est préméditée. Soient donc ces deux vers :

Tu t’es, en m’offensant, montré digne de moi ;

Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi. ( Cid , 27-28.)

Le sujet C monte jusqu’à 600 v. s. sur le mot moi, tandis que l’accent musical le plus élevé du dernier alexandrin ( mort ) ne dépasse pas 520 v. s, Mais les audibilités sont respectivement de 350'1' et de 410111 aux points culminants. On en saisit la cause : il y a là deux membres métriques qu’i faut faire ressortir : eu ni offensant et par ta mort ; la hauteur mélodique marquera donc spécialement la suspension de la phrase, mais les valeur; significatives sont traJuites par les intensités et le second de ces membres métriques l’emportera sur lé premier : c’est en lui que s’exprime d’une manière définitive la volonté de Chimène.

Naturellement, les sujets ne sont pas toujours unanimes, cependant l’explication que nous venons de présenter est valable pour toute une série d’exemples appartenant à la catégorie B. En voici la liste : Cid, 8 C — 10 C — 12C — 15 C et J — 22 C — 24 C; — Andr., 4 et 7 A ; —

Bér., 13 et 23 C; — Hem., 4 R — - 8 R --=- 14 R — 26 R ; — R. B., S E — 9 E — 13 R — 17 E — 21 E — 34 E — 36 R ; — P. G., 1 1

J — 28 J — 30E — 33 E — 38 B et J.

Dans quelques vers de la catégorie A, au contraire, l’affaissement de l’énergie maxima, en opposition avec une acuité maxima croissante, pro vient de la présence, dans le vers antécédent, d’un mot important dont le relief a été très considérable. Ce sont : Andr., 29 A ; — R. B., 38 e 40 E; — P. G., ro et 39 E.

Ainsi se résolvent les difficultés signalées. Ajoutons cependant que nos exceptions laissent apparaître un résidu composé d’alexandrins pour lesquels le désaccord des audibilités et des hauteurs musicales résulte d’une cause inconnue ou s’éclaire plus difficilement par un des motifs allégués Ce résidu est le suivant : Cin., II, 8 C; — Cid, 19 J et 26 C; — Bér. , 5 et 34 C — 33 J ; — Hem., 18 A et 30 R; — P. G., 3 J — 14, (ici la lecture des amplitudes a été incertaine) — 21 J — 24 J (la difficulté aurait disparu si l’on avait pris une courbe intermédiaire dans le; tables de réduction) — 43 B, en tout, onze cas irréductibles sur cent dix : c’est assurément peu de chose.

Donc, et pour résumer ce long débat, les acuités et les énergies auditives maxima, sur un ensemble de cent vers, {[varient d’une façon discordante vingt fois en moyenne, tandis que quatre-vingts fois (en chiffres ronds) il y a concomitance des progressions et des régressions. Après avoii déblayé le terrain en traitant des divergences, nous allons pouvoir nous occuper des alexandrins qui représentent la règle. Il est dès rhaintenan plausible que les audibilités, dans ces alexandrins, se distribuent comme les hauteurs musicales correspondantes et sont réservées à la productior

I ALEXANDRIN FRANÇAIS

des memes effets, expression pathétique, suspension ou conclusion de sens, sauf que dans le détail la place de l’accent culminant quand les groupes rythmiques sont de même valeur, peut être différente : nous avons d’ailleurs reconnu qu’il y avait parfois échange et substitution. Par conséquent, pour démontrer d’une façon décisive l’existence de la loi que nous venons d’énoncer, il nous suffira de reprendre point par point exposition que nous avons faite des variations musicales, en nous servant le plus possible des mêmes exemples, et cela nous sera loisible toutes es ois que les lectures nécessaires auront été faites, toutes les fois aussi que nous ne nous trouverons pas en présence d’une des exceptions signa ces ci-dessus. Comme de juste, sur la question de savoir s’il y a terme pathétique, suspension ou conclusion de sens, les sujets ne sont pas toujours unanimes, et par cette observation se trouvent aussi réservés. les conflits dont nous avons marqué l’importance tant au point de vue temporel qu au point de vue mélodique.

Nous commençons par les faits les plus simples.

De deux vers consécutifs qui contiennent tous les deux un élément de passion, celui qui sollicite le mouvement le plus violent reçoit en

meme temps intensité la plus forte. Quand les déclamations ne sont pas d’accord, c’est que le texte permet des interprétations différentes! Nous citons cet exemple :

Ce silence est trop noir, ce calme est trop profond.

Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ? {Hem., 21-22.)

H. y. a la deux elans parétiques, dont le dernier est incontestablement le plus véhément. C’est lui que la voix fait ressortir davantage. Toutes les

dictions enregistrées sont d’accord; l’exception de A est seulement apparente et n’existe que par les audibilités. Nous transcrivons les chiffres obtenus pour R :

lâs

tro

nwdr sœ

kalm

tro

vu

dre

tu

pa viuàr

ne

twal

pro

fi

fi

L exemple est intéressant. En réalité, c est le mot dis qui a supporté 1 effort le plus considérable, avec 26 d’amplitude contre 16 sur Va de voir L ne syllabe s est acoustiquement substituée à l’autre et le rapport est maintenu.

Lne gradation semblable est encore reconnaissable dans ce passage d 'Hernani :

Le bal ! mais un oiseau qui chanterait aux champs !

Un rossignol perdu dans l’ombre et dans la mousse,

Ou quelque flûte au loin !... Car la musique est douce. . .

( Hem ., 26-28.)

Si I on fait abstraction des deux premières syllabes qui appartiennent à un fragment de sens différent, on remarque que le groupe rythmique : un rossignol (et le reste du vers) est plus fort que le membre constitué par les mots : mais un oiseau (et le dernier hémistiche). Il y a progression dans 1 éneigie de oiseau à rossignol, mais non de rossignol à flûte. Doha Sol désire l’un ou l’autre, mais si c’est un oiseau, elle réclame un rossignol. Le sujet E indique parfaitement ce rapport 1 dans l’ordre de l’intensité comme il l’avait indiqué dans l’ordre des hauteurs :

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