‹ Études sur le vers françaisChapitre 29 sur 214 · LJ · texte numérisé non relu

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Un autre cas, assez peu différent de celui que nous venons d’examiner, doit être encore signalé. Il s’agit des voyelles qui précèdent ou suivent immédiatement5 une consonne nasale, Le mieux est de mesurer l’intensité à une place où la nasalité de la consonne n 'influence plus la voyelle. Si cependant la hauteur musicale exigeait qu’il en fût autrement, on abaisserait le chiffre trouvé pour la nasalité selon les indications fournies par les voyelles les plus voisines. Lorsque dans une syllabe brève, deux consonnes nasales encadrent la voyelle (aime-moi), la même réduction doit être opérée : l’amplitude considérable est seulement le signe que le voile du palais n’a pas tout à fait repris sa place normale.

Dernière remarque enfin. L’on a vu que les courbes de M. l’abbé Rousselot n’ont pas été construites pour des sons plus graves que 200 v. s. Or certaines syllabes de nos graphiques descendent jusqu’à 180, 160 et même, exceptionnellement 140 v. s. Nous avons mesuré ces acuités sur la ligne du sol, et nous avons reproduit le chiffre obtenu avec ou sans correction, selon les besoins du moment. Pour prendre un exemple, si un a (180 v. s.), compris à 15 mètres, est suivi d’un u (160 v. s.) compris à 5 mètres, nous transcrivons purement et simplement les nombres trouvés. Si, au contraire, un a (180 v. s.) compris à 15 mètres, est suivi d’un u (160 s. v.), compris également à 15 mètres, d’après la courbe de soi,, nous réduirons ce dernier chiffre à 8 ou 10 mètres, sans crainte d’erreur, puisque nous savons qu’un abaissement de hauteur musicale entraîne une diminution de l’intensité auditive. Il s’agit en effet pour nous, non point d’indiquer les distances exactes de compréhensibilité, mais de faire ressortir que telle voyelle l’emporte sur telle autre, que tel son est entendu plus loin que celui dont il est précédé ou suivi. Nous avons pu également, sans difficulté aucune, étudier d’après le su et le ré, les tracés dus à a, quoique la hauteur musicale moyenne de sa déclamation ait été plus aiguë que pour les autres sujets. Mais l’énergie déployée a été assez faible et le tableau suffisait pleinement : on verra d’ailleurs que les résultats obtenus concordent avec ceux que fournissent les autres graphiques.

L’intensité a été calculée en mètres d’audition. Mais il faut s’entendre. Les chiffres donnés signifient simplement que telle amplitude représenterait exactement telle distance de compréhensibilité si les sujets articulaient toujours devant l’appareil enregistreur comme l’individu d’après lequel M. l’abbé Rousselot adressé ses tables de réduction, c’est-à-dire comme moi-même. Mais certains rapprochent davantage l’embouchure de l’orifice buccal, d’autres l’en éloignent plus qué moi. Dans le premier cas, une masse d air plus considérable paixient au tamboui inscripteur et 1 aie déciit par la vibration est plus grand. Dans le second cas, la masse d’air communiquant à la plume un mouvement moins violent, 1 arc décrit par la vibration est plus petit. Par conséquent, deux articulations d’égale énergie réelle, selon le sujet qui déclame, peuvent être traduites par des chiffres différents. Il ne faut pas s’y tromper, et si, pour deux voyelles successives on lit, par exemple, 60 et 30, il faut comprendie que la première est entendue deux fois plus loin que la seconde : je n’exprime ainsi qu’une relation, non une mesure précise, mais cette relation suffit à 1 objet de mon travail et au but que je me suis proposé, puisque j’avais seulement en vue de déterminer la position de l’accent.

Cependant, la précédente observation est encore d’un certain intérêt pour toute une partie de cet ouvrage. Comme pour la durée et 1 acuité, on trouvera dans nos tableaux généraux des listes assez longues dans lesquelles nous opposons les vers les uns aux autres, selon l’ordre de succession que le texte leur confère. Nous indiquons pour chaque alexandrin deux chiffres différents : le premier est celui de la compréhensibilité la plus forte, le second celui de la compréhensibilité la plus faible ‘. Si toutefois l’on compare les différentes dictions, on ne dira pas que tel sujet a parlé deux ou trois fois moins fort que tel autre, mais on examinera si les variations d’intensité, de vers à vers, sont concordantes, si elles se produisent parallèlement dans les déclamations que l’on confronte.

Nous ne nous dissimulons pas que le maniement des tables de réduction est assez délicat, que, d autre part, nos mesures auraient gagné en exactitude si nous avions possédé les courbes de toutes les voyelles ouvertes et moyennes, si nous avions pu éliminer par calcul direct 1 influence de l’occlusion et de la consonne nasale sur l’articulation vocalique. « Il est bien entendu, écrit lui-même M. l’abbé Rousselot -, que ce tableau ne peut servir de mesure que pour des voyelles enregistrées de la même façon et pour les voix semblables à celles de M. Lote. Mais il peut se

1. Le point de moindre énergie est calculé d’après l’amplitude la plus forte de la tranche musicale la plus grave. Nous avons été obligé de renoncer a mesurer l’arc de la dernière ou des deux dernières vibrations, car cet arc est voisin de O, la voix, au moment où elle va s’éteindre, tendant à l’annihilation complète.

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