Abbé Rousselot, Mod. phon., p. 83 et
2. Fr. Wulff, La rythmicité de l'alexandrin français, p. 1 1 .
l’alexandrin français
la pénultième se trouve naturellement faible, celle qui la précède forte,' ou facile à rythmiser et ainsi de suite. » Cette question qui devait être indiquée à cette place sera examinée plus loin.
S. ni
S. ni
S. iv
ata
atata
atalata
apa
apapa
to
CO
apapapa
aja
afafa
afajafa
asa
asasa
asasasa
aka
ah ah a
akakaka
ara
ara va
ara -car a
aba
ababa
abababa
a va
avava
avavava
agcv^aga
aga
agaça
aga gag a
aja
aja] aja
ajajaja
ii,5
ana
anana
ananana
ii,5
ana
anana
ananana
CO
ama
a marna
amamama
ala
alala
alalala
ara
arara
ararara
ada
adada
adadada
Les groupements qui commencent par une consonne se laissent pareillement mesurer au point de vue de la valeur temporelle des syllabes ; il suffit de reprendre le tableau fourni plus haut et d’ajouter à la durée de la consonne celle de la voyelle qui lui est jointe (p. 51).
Dans tous ces exemples, les règles de syllabation que nous avons déterminées persistent. Quoique la première syllabe soit dans sa composition et sous le rapport des sons qui la constituent différente de la seconde, celle-ci n’en est pas moins la plus longue; mais pour certains groupes les
1 . Je veux parler des relations temporelles de la voyelle et de la consonne.
COMBINAISONS FACTICES : DUREE DES SYLLABES
chiffres montrent que parfois le retard qui se produit sur la éloigné de modifier la loi générale : il suffirait d’un minime labe supérieure en durée à la seconde.
première consonne, par exemple dans les combinaisons tata et Zflia, n est pas très prolongement de ce retard, dans les deux cas signalés, pour rendre la première s\ 1-
tata
Jiaka
lai a
papa
ram
gag*
marna
fafa
baba
jaja
rara
sasa
vava
nàna
dada
OO
ri
II reste enfin à préciser de quelle façon se produit la syllabation des consonnes doubles placées entre deux voyelles : il n’y a point la de difficulté capitale. . , ,
Reprenons en effet notre définition. Nous avons vu que la consonne double consiste dans une seule articulation de tension plus énergique et de
tenue plus prolongée que la simple. D’autre part dans les occlusives la longueur de la tenue qui se produit entre la tension et la détente, enfin dans les continues l’affaiblissement du bruit que l’on constate pendant la tenue, font en sorte que l’oreille distingue deux sons au lieu d’un seul. Il est donc très simple de partager la consonne redoublée en deux parties égales 1 dont la première se joint à la première voyelle et la seconde a seconde. En d’autres termes un groupe atta doit être considéré comme l’équivalent d’un groupe afta, où Ion n’a aucune hésitation a rattacha l/à
la voyelle initiale et l’on peut établir cette série :
Les syllabes ainsi formées sont semblables à celles que nous avons déjà examinées, et dans tous ces groupes, c’est la dernière qui est la plus longue.
Il est pourtant évident qu’une formation factice comme ata ne doit pas être très éloignée d’un mot français réel, comme âté (hâté), et sans tirer argument du fait que papa se trouve dans le dictionnaire de 1 Académie, il nous faut maintenant chercher à quelles lois de durée obéissent les termes de la langue courante, et si la valeur temporelle des syllabes y est liée soit au timbre, soit à la qualité des sons. On a donc inscrit dans une même séance et en se gardant de la moindre emphase une série de mots très simples et dont voici le court catalogue : ramas (ramasse), ramâsé (ramasser), âkaj (encage), akajé (encnger), aplcer (ampleur).
appa
affa
adda
assa
anima
a%pa
arra
arm
alla
anna
1. Solution provisoire, la seule acceptable cependant, en l’absence de travaux spéciaux sur la question.
l’alexandrin français
âplifyé (amplifier), àplifikasyô (amplification), batây (bataille), batayô (bataillon), kôtyé (côtier), kôlwayé (côtoyer), sotnèy (sommeil), someyé (sommeiller).
Certains de ces mots, comparés l’un à l’autre, présentent les mêmes sons, mais selon des positions différentes. Dans aucun cependant, IV muet qui termine quelques-uns d’entre eux dans la graphie n’a été prononcé, et l’on a pu dresser le tableau suivant des durées syllabiques 1 .
Toutes les règles que nous avons établies se trouvent ici vérifiées. Il n’y a pas de longueur absolue frappant certaines syllabes, et celles qu’on peut marquer du signe — ne sont telles que par rapport à celles qui les précèdent. La finale de kotyé a une valeur temporelle moindre que celle de ramâs, et pourtant toutes les deux sont longues si on les compare aux initiales. Le graphique indique que dans toute finale, c’est la voyelle qui est l’élément le plus important ; cependant, si l’on considère les tracés des deux mots àkaj et akajè, on se rend compte qu’une partie de la plus-value de la syllabe qui termine le premier est due à la dernière consonne, car celle-ci n’étant suivie d’aucune voyelle peut s'étendre légèrement, ce qui nous ramène à l’observation de M. l’abbé Rousselot signalée plus haut. D’ailleurs il y a trois sons à prononcer dans un cas contre deux sons dans l’autre et il est légitime que la syllabe la plus complexe soit aussi celle qui dure davantage. Mais ici encore il n’y a rien de constant, comme on peut le voir par la comparaison des mots âplœr et batây.
De plus, dans toute inscription et par conséquent dans les moyennes obtenues, on constate une progression temporelle qui se poursuit jusqu’à la terminaison, sauf trois exceptions qui exigent un commentaire. La première consiste en un léger accident de durée qui frappe la seconde syllabe du mot àplifikasyô. Étant donnée la place de cet accident, il paraît difficile d’en trouver la cause dans le mouvement ondulatoire que nous avons remarqué à l’intérieur des groupes artificiels polysyllabiques. Il suffit simplement de noter qu’il y a là trois sons à articuler, tandis qu’il n’y en a qu’un dans la syllabe qui précède et deux dans celle qui suit : dans une prononciation rapide il arrive que les divers éléments syllabiques atteignent le maximum de compression à laquelle ils peuvent être soumis, et 1 expérience montre que ce •maximum est voisin de 5“.
Il en résulte qu’on découvre parfois des manières de crêtes temporelles, pour ainsi parler, dont 1 existence est conditionnée par la composition des syllabes qui les encadrent; elles ne se présentent d’ailleurs pas comme un phénomène constant. Quant aux deux mots batayô et someyé, on remarque que leur syllabe initiale est un peu plus longue que la seconde. Il s’agit ici d’un phénomène connu et que nous avons déjà noté dans les combinaisons artificielles. Nous savons en effet qu’après un silence la consonne première tend à dépasser en durée la voyelle qui lui est jointe, comme s’il se produisait une légère hésitation dans l’attaque. C’est pour cette raison que batayô et someyé peuvent être traduits par le schéma tandis que kôtwayé reste normalement
S. iv
ramâs
ramâsé
àkaj
àkajé
âplœr
âplifyé
àplifikasyô
batây
batayô
kôtyé
kôtwayé
somèy
someyé
1 . Les chiffres représentent les moyennes de plusieurs expériences.
MOTS FRANÇAIS : COMPOSITION ET DUREE DES SYLLABES
Mais l’observation la plus importante est que les mots inscrits, au point de vue de la syllabe finale, sont d'une façon générale l’équivalent exact des groupements factices analogues, à savoir que ratnâs est semblable à ata (.), âplifyi à atata (w), comme aplifikasyo, si 1 on ait abstraction de l’accident accessoire, le serait à ataiatata (___)• Si l’on reconnaît par conséquent que dans un mot la syllabe la plus considérable au point de vue temporel est toujours la dernière, du moins dans une prononciation non emphatique, et que cette dernière syllabe est en français celle que les grammairiens désignent sous le nom de tonique, on aboutit à cette proposition qu’m français, dans des mots prononces isolement, toute syllabe tonique "porte T accent de durée, c’est-à-dire qu’elle est longue, mais que cette longueur se manifeste selon la loi de relativité que nous avons exposée.
Il reste enfin à dire que la syllabe tonique étant la pénultième dans les mots qui se terminent par un e muet, c’est cette syllabe tonique pénultième qui est la plus longue, au cas où Yc muet est réellement articulé, ce qui laisse subsister sans correction la formule que nous venons d’écrire. En effet pour les mêmes mots, dans lesquels la prononciation a laissé subsister la voyelle féminine, on se trouve en présence d’un schéma
ramâsœ
lé
îckajff
batâyœ
(cf. tableau).
Cependant il nous faut ici rappeler les règles qu’ont exposées MM. l’abbé Rousselot et Grégoire 1 ; elles prouvent une fois de plus que la durée n’est pas liée au timbre. Ils ont démontré que si toute voyelle est longue en syllabe finale, elle y diminue d importance en raison même de la complexité du groupe dont elle fait partie, que la voyelle obéit en syllabe intérieure ou initiale à une progression qui lui impose une valeur temporelle d’autant plus grande quelle est plus voisine de la tonique. Une longue tend donc à devenir de plus en plus brève a mesuie que s’accroît le nombre des syllabes dont elle est suivie, ou, si 1 on aime mieux, plus le mot s étend, plus son commencement s’abrège. L’abrègement affecte d ailleurs non seulement les \o} elles
mais encore les consonnes. . ,
Les expériences auxquelles nous nous sommes livré à cet égard confirment celles de MM. l’abbé Rousselot et Grégoire. Les traces qui nous ont
servi à dresser les deux précédents tableaux sont ceux que nous utiliserons encore, et, afin de pouvoir en même temps examiner les, théories ,de MM. Viëtor, Sievers, Passy et Beyer, nous y ajouterons les inscriptions prises pour les mots pat (patte) et pât (pâte), enregistres dans 1 ordre qu on vient d’indiquer (I) et dans l’ordre inverse (II), dpi (ample), àl (hâte), âtr (àtre), àr (are), àrbr 2 (arbre), ba (bat), » (côte), som (somme). On
reconnaîtra que le sort de la voyelle est different selon la constitution du groupe auquel elle appartient et la place qu’elle occupe, mais que 1 abrègement sur lequel on attire l’attention est toujours quelque chose de relatif et non d’absolu. Les chiffres donnés (cf. ci-contre et p. 54) représentent les moyennes de plusieurs séries d’expériences et représentent la durée du son transcrit à gauche dans une colonne spéciale.
Toutes ces inscriptions, sauf celles de pat et pât (I et II), qui témoignent d’un mouvement plus rapide, ont été prises dans une seule et même séance. On remarque que dans les monosyllabes ( ât et âtr, ar et arbr') la duiée de la voyelle s’abrège en raison du nombre des consonnes qui lui sont conjointes. De même une voyelle d’une sonorité définie, tout comme dans les expériences de MM. Grégoire et l’abbé Rousselot, devient brève à mesure qu’elle se fait suivre d’un plus grand nombre de syllabes, la diminution qui la frappe se laissant d’ailleurs déterminer par comparaison et ne se produisant jamais dans des conditions invariables. Par exemple la voyelle nasale à
1. Grégoire. Variations de durée de la syllabe française : La Parole, 1899. Abbé Rousselot. Précis de prononciation française, p. 89, et Piimipes, p. 994-995-
2. Je l’ai prononcé à dessein avec un à : il est plutôt moyen dans le parler courant.
pat I
pât I
pat 11
pat II
ât
âtr
àr
àrbr
l’alexandrin français
est de 33“ dans le monosyllabe âpl, elle n’est plus que de r 9CS5 dans le dissyllabe âploèr, de i2cs, 5 dans le trisyllabe àplifyé, de iocs, 5 dans
âplifikasyô (5 syllabes), et on voit que cette régression est analogue, mais non identique à celle que subit Yô dans les trois mots liât, kôtyé, kôtwayê. Les voyelles se comportent donc conformément à la règle que nous avons formulée, selon laquelle les syllabes sont d’autant plus longues qu’elles se rapprochent davantage de la tonique.
Les mêmes observations sont d’ailleurs valables pour les consonnes. Le k initial, pour prendre un seul exemple, est de 14“ dans kôt , de 10, 5 dans kôtyé, de 10 dans kolwayè, mais ici la loi peut être altérée par le retard que manifeste quelquefois la consonne première intervenant après un silence. Dans la dernière syllabe également la consonne perd de sa durée quand elle n’est plus terminale. Us est de 19“, 5 dans ramas et seulement de 15“ dans raviâsé.
Ce dernier tableau nous permet aussi de contrôler définitivement les opinions communes à MM. Viëtor, Sievers, P. Passy et Beyer. En syllabe finale ouverte, c’est-à-dire dans une syllabe finale que ne clôt pas une consonne réellement prononcée, la voyelle, enseignent-ils, est brève, tandis qu’elle est longue quand elle est suivie par une fricative sonore, avec cette exception que IV pénultième ou antépénultième n’allonge pas. Or, si Va de àkaj est en effet plus long que celui de ba dans les moyennes que nous avons présentées, c’est là seulement un hasard d’expérience que d’autres tracés pourraient contredire, et les lois de la durée ne sont pas celles que ces phonéticiens ont posées. Ils déclarent que les voyelles ô, œ, à, é , œ sont longues, quelle que soit la consonne consécutive : or, s’il est vrai que Y à de âpl a une valeur temporelle considérable, comment se fait-il qu’il dépasse de 6“ IV de kàt et qu’il soit inférieur à Yà de àr; comment se fait-il que deux séries d’inscriptions du mot pàt (analogue dans sa constitution à kôt : occlusive -(- voyelle fermée -)- occlusive) fournissent les moyennes i8cs, 5 et 13“ pour le son fi, tandis que pour le mot âl la moyenne est de 33“, 5 ?
De même on ne peut dire qu’en syllabe non finale certaines voyelles restent longues, comme le croient les auteurs précités : il n’y a en effet de voyelle longue, du moins dans une prononciation non emphatique, que celle qui se trouve dans la syllabe tonique et par rapport à celles qui la précèdent. Les règles que nous critiquons ici ont donc le tort de classer les voyelles selon des durées spécifiques et constantes, et recouvrent malles faits auxquels elles prétendent s’appliquer. Quant aux classifications plus simplifiées encore, celles qui considèrent Yâ comme bref dans pat et long dans pât, il n’est pas besoin de les discuter aussi longuement. S’il est vrai que la théorie paraît confirmée par quelques exemples, s’il est vrai que fi dans pât (I) est plus long que a dans pat (I), que Yâ dans ramàs, At, âtr dépasse fi dans arbr, a dans pat (I) et dans ba, que Yô de kôt- l’emporte sur Yo de soin, d’autres constatations laissent voir que la règle est loin d’être absolue : a dans àkaj est plus long que le même a dans ba, que fi dans pàt (I), ramàs, ât; il l’emporte dans pat (II) sur Yâ de pât (II), dans ba sur Yâ de pât (I et II) et sur Y à de àrbr ; enfin l’o de someyé est l’exact équivalent de Yô de kôtwayê.
1. Il s’agit du premier a, non du second. Ce tableau et le précédent, dans lequel, pour des commodités de composition, j’ai mis à part mes monosyllabes hors série ( pnt , pdt etc...), s’appliquent au même groupe de phénomènes. On s’y reconnaîtra facilement.
âpl
âploèr
àplifyé
âplifikasyô
fi
ro,5
ramàs
rarnâsè
fi
àkaj
àkajé
kôt
kôtyé
kôtwayê
ba
balày
batayô '
som
somèy
someyé
l’effort oratoire et la durée syllabique
Ire SERIE
2e SERIE
3e SERIE
S. in
S. iii
strapôtè
eksplwaté
krœvé
grisé
trôpé
Mais l’accentuation des mots est-elle toujours conforme aux règles que nous avons déterminées ? Nous avons noté qu’un mot de plus de deux syllabes commençant par une consonne peut présenter une première syllabe plus longue que la seconde, la dernière conservant malgré tout l’accent de durée principal, et nous avons remarqué que, à l’intérieur d’une succession polysyllabique ( àplifikasyo ), la syllabe qui contient le plus grand nombre d'articulations est affectée d une valeur temporelle légèrement supérieure à celle des syllabes qui l’encadrent. Il s’agit donc maintenant d’expliquer ces difficultés et nous rechercherons en même temps quelles modifications produit dans la durée une prononciation emphatique.
Il semble que pour des syllabes isolées la longueur soit en raison même du nombre des éléments composants. Les moyennes obtenues pour a, æ, ô, bra (bras), Dyoé (Dieu), plô (plomb), qu’on s’était efforcé de dire dans un mouvement égal, ont été respectivement de 27, 30, 30, 39, 41, 41 cs, c’est-à-dire qu’il y a une supériorité d’environ 10 cs en faveur des émissions de voix les plus complexes. Toutefois la question vaut d’être examinée pour des mots dont la syllabe finale n’est pas celle qui comporte la plus grande quantité d’articulations différentes. On a donc inscrit plusieurs fois ceux-ci : strapôtè (strapontin), krœvé (crever), trôpé (tromper), eksplwaté (exploiter), grisé (grincer), dans lesquels, soit à l’initiale, soit à l’intérieur, il y a une voyelle qui s’appuie sur plusieurs consonnes. On a pris trois séries d’enregistrements dont on donne les moyennes ; on a inscrit la première en se gardant soigneusement de toute emphase, la seconde à voix naturelle, la troisième avec une emphase voulue.
La première série montre que, quel que soit le nombre de ses éléments constitutifs, une syllabe comptant plus de deux sons, du moins dans les mots qui ne sont pas trop longs, peut rester subordonnée en durée à la syllabe finale sans qu il y ait trouble dans la piogiession des \ aient s temporelles. Mais le second tableau fait voir qu’il n’en est pas toujours ainsi. Dans trois cas sur cinq, où 1 accent de durée se maintient sur la dernière syllabe, la différence diminue entre celle-ci et la pénultième. Dans le premier exemple, cest la première syllabe, composée de quatre aiti-
S. ni
S. iii
strapôtè
eksplwaté
krœvé
grisé
trôpé
S. iii
S. iii
strapôtè
eksplwaté
krœvé
grisé
trôpé
l’alexandrin français
culations, qui l’emporte légèrement sur la seconde, laquelle n’en compte que deux ; dans le cinquième exemple enfin le groupe initial est supérieur de 2CS5 au groupe terminal. Donc, la première série représente les types rythmiques w {s Ira pôle, eksplwaté) et ( 'kroevé , trôpé, grisé). Mais la
deuxième série, qui possède les mêmes types w ( eksplwaté , où la finale seule est sentie comme longue, puisqu’elle précède immédiatement le
silence) et w ~{kroevé et trôpé'), connaît aussi les dispositions - w— ( strapôtè ) et ~ w ou “ - {grisé).
La transformation des combinaisons originaires est encore bien plus marquée dans la troisième série où l’emphase voulue rend les syllabes de sons composants nombreux beaucoup plus longues que leurs voisines, de telle sorte que l’on obtient les types rythmiques ~ w ( kroevé , trôpé, grisé) - w - ( strapôtè ) et - ou ( eksplwaté ). En d’autres termes, tout mot qui s’achève régulièrement par une longue perd son accent naturel
sous l’influence de l’effort déclamatoire, et l’on voit apparaître, outre des formations inattendues comme ~ w - {strapôtè), des combinaisons - w et w, réservées dans la prononciation courante aux mots terminés par un e muet.
L’important phénomène que nous venons de noter mérite d’être minutieusement décrit. Nous avons donc essayé de le reconstituer exactement et de le suivre pas à pas dans son développement ; nous avons pris trois inscriptions différentes de chacun des deux mots strapôtè et grisé, chaque fois avec une emphase plus grande. Le tableau ci-contre indique comment l’accent se déplace.
Les types rythmiques sont donc pour le premier mot y (I) - - (H) - - - - (III), pour le second (I) (II) - v (III), ou, si l’on aime mieux, l’effort déclamatoire allonge d’autant plus une syllabe non tonique qu’il est plus fort, et l’on pourrait par ces exemples concevoir une série d’expériences où l’on verrait augmenter en durée, centième de seconde par centième de seconde, la syllabe atone qui s’accroît aux dépens de la dernière, augmentation qui passe nécessairement par l’égalité temporelle, comme le montre le précédent tableau. En résumé, toute déclamation emphatique change plus ou moins, selon le caractère de l’expression, le rapport normal des syllabes.
Il faut cependant indiquer quels éléments profitent de l’accroissement que nous venons de signaler, s’il s’étend également à tous, ou seulement à quelques-uns. Nous avons donc repris les tracés qui nous ont servi à mesurer les durées dans les mots strapôtè, kroevé, trôpé, eksplwaté, grisé ; nous ne comparons entre elles que la première et la troisième série, en inscrivant dans la seconde colonne la syllabe qu’il s’agit d’examiner, dans la troisième la valeur de ses consonnes prises en bloc (C), et dans la quatrième celle de sa voyelle (V) :
Ce sont donc les groupes de consonnes 2 qui, dans une prononciation emphatique, profitent plus que les voyelles 3 de l’effort produit par la voix.
1. Pratiquement, dans le cours du volume, des formations semblables seront notées — , afin de bien marquer la place ordinaire de l’accent.
2. Cf. Roudct, Eléments de phonétique générale (1911), p. 250, et Revue de philologie française, 1907, p. 3i2etsq.
3. L’emphase généralement ne modifie pas le rapport des voyelles entre elles, la voyelle originairement tonique, mais non la syllabe dont elle fait partie, restant longue. Cf. chap. XII.
ire Série
3e SÉRIE
strapôtè
sir a
strapôtè
stra
kroevé
kroe
kroevé
kroe
trôpé
trô
ii,5
trôpé
trô
eksplwalé
spliva
eksplwaté
splwa
lé
grisé
gré
grisé
grc
strapôtè
S. iii
grisé
ire fois
ire fois
2e fois
2e fois
3 e fois
3 e fois
l’effort oratoire et la duree syllabique
Dans les cinq mots enregistrés, l’accroissement est à peu près du triple pour les groupes de consonnes, tandis qu’il est du double environ pour les voyelles. En outre, pour les mots qui débutent par deux consonnes, ce n’est jamais la première, comme on s’en rend compte par 1 examen du tracé, qui profite le plus de l’augmentation subie ; s’il y en a plus de deux, c’est toujours la dernière et quelquefois en outre la piemière qui s allongent plus que les autres. Enfin, dans un mot polysyllabique, c’est généralement la syllabe initiale qui est frappée par le déplacement de l’accent temporel ; il y a toutefois exception si ce mot commence par une voyelle autre qu’une nasale : en ce cas, 1 allongement oratoire peut atteindre les consonnes initiales de la seconde syllabe (fig. 22). Toutes ces particularités seront exposées avec plus de détails dans les chapitres ou
m a l ce r &
Fig. 22. — Les mots imbécile (I et III) et malheureux (II et IV) inscrits selon deux prononciations différentes. Les tracés I et II représentent une articulation normale, les tracés III et IV une articulation emphatique. Sous l’effort oratoire les consonnes soulignées d’une ligne horizontale pointillée prennent une ampleur considérable et l’emportent de beaucoup en durée sur la voyelle avec laquelle elles forment syllabe. Au contraiie, en l’absence de toute emphase, la consonne et la voyelle possèdent une valeur temporelle sensiblement égale, ou bien c’est la voyelle qui domine.
l’on s’occupe spécialement du vers. Il suffit pour le moment de retenir que l’emphase peut faire remonter 1 accent temporel de plusieurs syllabes, sous soit forme d’accent accessoire, soit en dépouillant totalement de sa durée normale la dernière syllabe.
Du même coup, nous pouvons expliquer l’exception que nous avons relevée quelques pages plus haut dans les groupes artificiels commençant par une consonne et dans les mots batayô et someyé pour lesquels nous avons trouvé ces temps moyens :
Lote. — L’alexandrin.
l’ai.exandrin français
ha
ta
yô
me
yè
L’absence de progression de la première à la seconde syllabe, la prédominance, dans la première, de la consonne sur la voyelle, étaient dues tout simplement à un effort déclamatoire dont le sujet ne s’était pas rendu compte : les consonnes initiales suivent en effet les règles que nous venons d’exposer pour les groupements complexes, elles s'allongent seulement quand on articule avec une certaine solennité. L’explication du phénomène n’est donc pas douteuse. Ce n’est pas une nécessité de leur propre nature qui force les consonnes par lesquelles commence un mot à augmenter leur valeur temporelle, puisque, dans les inscriptions prises, toutes ne l’ont pas fait, et puisque tout effort emphatique amène nécessairement les mêmes résultats, de telle sorte qu’on peut sûrement conclure de la cause à l’effet.
Faut-il dire de plus que nous ne partageons point l’avis de M. l’abbé Rousselot ? « De ce que tous les éléments du langage ont une certaine durée, écrit-il ', il ne s’ensuit pas que l’on attribue à tous une quantité, c’est-à-dire que l’on fasse attention au temps. En français, nous ne tenons pas compte des consonnes, et c’est seulement d’après les voyelles que nous jugeons les syllabes longues en brèves. Ainsi stra-ti-fiè commence par deux brèves, tout comme a-li-fé, sir ne comptant pas pour nous ; la première syllabe d ’As-cJé-pia-de n’est pas allongée par Ys qui suit Va ; et, si nous voulions une syllabe longue, c’est Va que nous allongerions, as. »
Or, nous avons vu et nous verrons encore que dans la prononciation française normale, une voyelle initiale ne peut être allongée autrement que par un effort quasi inconnu à la langue courante (cf. eksplwalé ), sauf quand il s’agit d’une nasale. Enfin, pour un mot comme stratifié, s’il est prononcé sans emphase, j’ai le sentiment très net du travail articulatoire que les consonnes réclament; si au contraire la voix exagère l’expression, je me rends très bien compte, — les travaux de M. Grammont 1 2 sur le vers français prouvent qu’il en est de même pour lui — , qu’il y a quelque chose de changé dans la constitution de la syllabe. Dans les deux cas, il ne semble pas qu’on puisse faire abstraction des consonnes dans le calcul de la durée.
Nous appellerons donc accent oratoire le déplacement temporel qui se produit toutes les fois que la prononciation sort du ton familier et qui peut aller jusqu’à modifier complètement le rapport ordinaire des syllabes.
Nous avons établi jusqu’ici qu’en règle générale, et sauf les cas qu’on vient de définir, la finale d’un mot est toujours longue. Il reste à savoir comment se comportent des mots groupés, si l’accent demeure pour chacun d’eux à sa place ordinaire, enfin s’ils subsistent tels qu’ils sont quand on les articule isolément. D’où la nécessité d’une dernière enquête qui portera d’abord sur des agglomérations réduites pour s’étendre ensuite à des phrases entières.
1 . Abbé Rousselot, Principes, II, p. 993. Ce n’était là, nie fait observer M. l'abbé Rousselot, qu’une impression purement subjective et non le résultat d’une enquête expérimentale. D’ailleurs, l’opinion de M . l’abbé Rousselot se justifie sous un certain point de vue. Cf. ch. XII.
2. M. Grammont, Le vers français, cf. en particulier le chapitre sur l’allitération.
l’accent temporel dans la phrase
rythmique (TR) qui ressort des durées.
S. ii
S. ni
S. IV
S. iii
S. IV
avâ
kafe kôsèr
KJ KJ KJ
mezp
lé
kj —
aba jur
KJKJ
lésé
kj —
œ bra vota
KJ KJ
kafé
kj —
œ nom brav
KJKJ
aba
kj —
œ lur marié
KJ KJ KJ
avâ gardoe
KJKJ KJ
œ martô lur
KJ KJ KJ
avâ kurœr
KJ KJ KJ
lœ mâjé
KJKJ
me%p nœv
KJKJ
mâje lœ
KJKJ
meip superb