‹ Études sur le vers françaisChapitre 56 sur 214 · Pierson, op.cit., p · texte numérisé non relu

Pierson, op.cit., p

LE SENS ET LE RYTHME : LA PLACE DES ACCENTS

Dans le premier membre du premier exemple, l’accent tombe sur une syllabe dite muette ; dans le second exemple, les syllabes composées d un œ moyen et d’une consonne entrent à l’état de brèves dans les diverses progressions rythmiques sans qu’on puisse découvrir la moindre différence entre la première et la dernière mesure du vers, mesures dont les éléments cependant ne sont pas semblables.

Aussi bien est-il juste de dire que la discussion a porté assez peu sur ce point particulier. On s’est au contraire occupé davantage de la treizième syllabe de l’alexandrin, que l’on rencontre dans les vers de rime féminine. Les erreurs qu’on relève ont une double cause : d’abord cette treizième syllabe était une gêne considérable pour les théoriciens qui ne voient de rythme que dans une identité numérique ; en second heu, si dans les scansions qu’on a critiquées plus haut et qu on rappellera ici .

La mar — che milanai — se et la plai - ne lombarde,

(H. de Régnier)

l’on rejette la syllabe muette au delà du groupe auquel elle appartient légitimement, de telle sorte qu’on n’admette pas d’autres membres rythmiques que ceux terminés par un accent, il est bien évident que la rime féminine dément à chaque instant le système adopté. Allait-on proposer de la rattacher au sens qui commence avec le vers suivant ? Non pas, car on était généralement persuadé que toute rime est suivie d un silence. Alors on peut constater deux attitudes des métriciens : ou bien ils se taisent, ou bien ils adoptent comme une solution commode les déclarations des théoriciens classiques, mais sans se rendre compte que ceux-ci pouvaient invoquer d’autres motifs que les leurs, et ils considèrent la treizième

syllabe comme inexistante. . .

« C’est une règle absolue, dit Th. de Banville *, que dans les vers féminins la dernière syllabe du vers, dont IV muet, seul ou suivi des lettres .f

ou nt ne se prononce pas, ne compte pas. Ainsi dans ce vers :

Étant tout ce que Dieu peut avoir de visible,

IV muet final ne se prononçant pas, la dernière syllabe ne compte pas et on prononce comme s’il y avait visibl ». De meme, Leconte de Lisle, au témoignage de Koschwitz 1 2, voulait que tous les £ muets fussent articulés à l’intérieur du vers, mais les regardait comme nuis à la finale. Cette doctrine est d’autant plus surprenante que les deux poètes n’ont jamais cessé, sauf Banville pour une toute petite pièce, de maintenir 1 alternance des rimes masculines et féminines. On peut leur opposer l’opinion de Tobler 3. « Quand la voyelle qui précède le muet est la syllabe accentuée du mot, IV muet a encore quelque valeur et fait du vers à la fin duquel il se trouve un vers féminin. »

Or, IV muet de la rime peut être prononcé ou ne pas l’être. Nous n’avons pas à nous occuper de ce second cas. Mais s’il est articulé, il n y a aucune différence entre lui et les autres voyelles « muettes » précédées d’un accent dans le cours du vers. Dans cet alexandiin .

Biuâ

pré

fi

Bois, prés, fontaines, fleurs, qui voyez mon teint blême,

tè næ flàr ki vo yè

mo

tè

blé

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