‹ Études sur le vers françaisChapitre 68 sur 214 · II, N · texte numérisé non relu

II, N

répond à ces conditions : d’ailleurs pour que le mot maître reçoive lui aussi toute l’ampleur oratoire qu’il exige, il faut qu il se détache du mot antécédent. Alors il frappe l’oreille bien davantage, et la déclamation de tous les sujets, dans ce cas particulier, a été unanime.

Pourtant deux longues successives ne vont pas sans quelque difficulté, et les tracés prouvent qu’on a peine à les prononcer. Pour obvier à la dureté de la rencontre, on use de divers moyens facilement reconnaissables. Le premier consiste à séparer les deux longues en faisant intervenir entre elles, quand le sens ne l’exige pas absolument, un silence qui interrompt la progression rythmique et qui isole les groupes en présence : 1 effet est produit et le heurt est évité. Ce procédé, qui constitue un véritable artifice de déclamation, se constate fréquemment, et 1 on peut citer des exemples :

Non, non, la perfidie a de quoi vous tenter.

Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée.

No

nô

la

per fi

dï

Dà

de rivi

SO

de sâ

de

kwa

vu

là

té

T riva

ar

dà

Koe)

plô

jé (ai)

( Andr ., 7 A.)

( Andr ., 29, î.)

i. Les mêmes observations sont valables pour le trochée, que nous lui assimilons dans cette partie de notre exposition.

COMMENT S’ALTÈRENT LES GROUPES RYTHMIQUES

Ou bien un « muet non écrit peut intervenir entre les deux longues. Cet r muet est alors comme un léger point d'appui sur lequel la voix

prend son élan, pour articuler le second accent .

Viens voir la belle nuit. — Mon duc, rien

qu’un moment !

Les flots ’

le long

du bord glissent, vertes couleuvres.

Vyè

vwàr

la bé

le

nwi mô dit

rye

mo

ma

KJ

W KJ

KJ

KJ

(Hem., IR.)

Le

flô

la ’ là

du

bo rœ gli

ver

ht

là vrœ

KJ KJ

KJ

KJ

KJ

KJ

Enfin il arrive que les deux

procédés,

e muet en

surnombre tt silence, sont combinés :

Maître de mon destin, libre dans mes soupirs...

Ml

trœ dœ mô

des

tè œ li

brœ

dâ

me

su

plr

KJ

KJ KJ

KJ

KJ

(Ber., 12 J *.)

« Deux syllabes fortes qui se rencontrent, remarque M. Guilliaume % sont destructives du rythme; elles produisent un choc blessant pour l’oreille », et il cite cet exemple :

Les loups mangent gloutonnement.

C’est justement le cas qui nous occupe. Nous venons de voir par quelles tricheries on s’efforce de corriger la dureté de la collision. Si le sens ne commande pas le maintien des deux longues en présence, et même quelquefois quand il le commande, pour de simples raisons de commodité, il se produit une assimilation des deux accents l’un à l’autre : au lieu de dire: « les loups mangem», on prononce tout simplement : « les loups mangent ».

Becq de Fouquières, scandant comme il suit cet alexandrin de Racine :

Le saniî de vos rois crie et n’est point écouté,

AA AA

l’accompagnait de cette déclaration ? : « Il faut que la voix s’applique à rendre l’effet qua voulu produire le poète et quelle résisté à la tentation de rejeter l’accent sur le mot crie. Ce serait outrager Racine que de lire ainsi ce vers :

1 . C’est sans doute pour la même raison que K, dans le vers XIX, a prononcé iy'er au lieu de yèr (hier) indiqué par le texte.

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