‹ Études sur le vers françaisChapitre 70 sur 214 · XII, S · texte numérisé non relu

XII, S

(ib., D 20.)

(ib.,D i°.)

Le premier exemple est parfaitement correct; les deux mots, qui ont dans la phrase la même importance, sont sur le tracé de même valeur et conservent leur individualité. Dans le deuxième exemple, le mot pré l’emporte sur l’initiale du vers de 9CS et le groupe iambique se trouve déjà indiqué. Dans le troisième on peut considérer l’iambe comme parfait, puisqu’il y a au profit de la longue une différence de 19“, c’est-à-dire de la durée d’une syllabe brève moyenne. Il reste cependant que le mot Biuà occupe dans le temps une plus grande place que tels autres accents du verset que par conséquent il se produit comme un effet de glissement qui n’échappe pas à l’oreille. On croit que la voix va se poser directement sur l’initiale, mais elle se dérobe pour se fixer avec plus d’insistance sur le second terme.

Le même phénomène se rencontre sans contestation dans l’étrange alexandrin de Baulaton :

Tel Satan à travers vaux, monts, rocs, bois, lacs, prés. (XI 1 1)

La plupart des sujets l’ont prononcé en isolant par un silence chacun des mots qui composent le dernier hémistiche du vers. Mais ceux qui ne l’ont pas fait ont substitué aux monosyllabes successifs un mouvement iambique :

1. On pourra le constater en comparant, dans les tableaux d’ensemble, la diction de chaque sujet pour les exemples cités. On peut ajouter : XIX; Cin., II, 12; Andr., 20 et 29; lier , 13; Hem., 6 et 8; PG., 13 et 38.

2. Du moins selon les indications du sens et d’après le texte écrit.

COMMENT S’ALTÈRENT LES GROUPES RYTHMIQUES

Tel

Sa

ta

tra

ver

VÔ

mô

rok

bwâ

lak

pré

KJ

KJ

kj

KJ

KJ

KJ

KJ

Si

kj

KJ

KJ

KJ

KJ

KJ

KJ

Soit maintenant une mesure polysyllabique suivie d’un monosyllabe. On peut rencontrer ces déclamations

Ma pensée

entraînée

erre en

tes rêveries.

Ma

bà

si à

tre

né

êr à

te

re

ri (a?)

KJ KJ

KJ

KJ

KJ

KJ

KJ KJ

KJ

KJ

KJ

KJ KJ

KJ

KJ

-ihv

(G io.)

( Hem ., 20.)

G a prononcé correctement : les deux groupes rythmiques restent distincts, comme l’exige le sens. Dans la diction de E se produit au contraire l’effet de glissement que nous signalions plus haut. R accomplit enfin la transformation qui était en germe chez E, et substitue un pied de quatre syllabes à l’anapeste et au monosyllabe qu’on attendrait. La perturbation que l’on constate est évidemment due à la construction du vers, et elle n’aurait pas eu lieu si le poète avait écrit :

Mes pensers entraînés s’égarent dans tes rêves.

Si l’on passe ensuite au pied de deux syllabes, on remarque qu’il est infiniment plus stable que le précédent, et les variations auxquelles il est soumis sont relativement peu fréquentes. Il doit être par conséquent considéré comme un des éléments fondamentaux du vers français. On note cependant quelquefois, en usant du critérium qu’on indiquera à propos des combinaisons polysyllabiques, que 1 iambe tend à s agrégei à un court membre rythmique consécutif pour former un groupe plus étendu. Nous en rencontrerons un exemple dans le vers cite plus haut :

Bois, prés, fontaines, Heurs, qui voyez mon teint blême.

Bwâ

pré

fi

tè

flœr

vwa

■yc

mô

tè

bide

ni(œ)

KJ

KJ

KJ

KJ

KJ

KJ

KJ

(XII

La première déclamation est conforme au sens. Le troisième pied de l’alexandrin ( ^ w), égal en importance à ceux dont il est encadié,

s’isole parfaitement entre deux silences et maintient son individualité. Pour S au contraire, il y a constitution dun groupe métiique de quatie syllabes dont la seconde cependant conserve encore une partie de la valeur que le sens exigerait. M. Grammont avait déjà noté que deux

Lotk. — L1 alexandrin.

l'alexandrin français

dipodies iambiques s'unissent volontiers pour former une combinaison rythmique plus étendue, et l’on peut dire que dans le trimètre romantique, le second membre n’est souvent composé que de deux iambes dont le premier marque une suspension de sens moins nette que le second et tend par conséquent à se subordonner à lui. Il se peut alors que l’assimilation soit totale ou qu’elle soit seulement plus ou moins parfaitement indiquée :

Surveillant l’âtre où bout la soupe de poisson.

Sur

yà

là

tnt

bü

la

pn.ua

SÔ

KJ

kj

KJ

KJ

KJ

to

CD

kj

KJ

KJ

KJ

KJ

KJ

Il est évident que l’hémistiche : supporterait un fort accent s'il était suivi d’un groupe rythmique plus ample.

Ce dernier exemple nous amène tout naturellement à parler des temps marqués secondaires, notés — dans les vers que nous avons cités dans ce chapitre, et sur lesquels nous avons jusqu’ici négligé d’attirer l’attention. Ils révèlent une instabilité particulière aux membres métriques de trois syllabes et au delà, de telle sorte que nous nous trouvons en présence de deux lois qu’on peut dès maintenant formuler :

i° Une mesure rythmique de peu d’étendue tend à s’agréger à celle qui la précède en privant celle-ci, plus ou moins complètement, de son accent normal;

2° Une mesure rythmique de plus de deux syllabes tend à se décomposer en fragments de moindre longueur.

Donc les sectionnements de la phrase, comme on va s’efforcer de le montrer, s’établissent volontiers à des distances moyennes. Parmi les théoriciens, il en est assez peu qui aient reconnu l’existence de ce principe. M. Guilhaume 1 2 cependant l’a défini de façon satisfaisante: «Lorsqu’au contraire les syllabes fortes sont trop éloignées l’une de l’autre, écrit-il à la suite des lignes où il traite du concours des temps marqués, le rythme cesse d’être appréciable. C’est pourquoi les mots d’une certaine longueur reçoivent plusieurs accents... D’où règle générale : entre deux syllabes fortes, il doit y avoir une syllabe faible au moins et deux au plus. » L’idée est juste, sauf que la succession des syllabes faibles n’est pas aussi étroitement limitée.

Mais le signe -, dans les exemples que nous avons présentés aussi bien que dans nos tableaux généraux, recouvre deux séries de faits bien différents, les accidents de durée secondaires proprement dits et ceux qui sont dus à l’expression oratoire; ces derniers peuvent d’ailleurs suppléer à l’absence des premierset jouent souvent le même rôle au point de vue du rythme, mais ils sont d’une autre nature et nous les étudierons plus en détail dans un chapitre spécial.

La distinction cependant doit être faite. Il y a longue secondaire toutes les fois que dans une syllabe en demi-relief la voyelle l’emporte sur la durée de la consonne; alors c’est comme si l’un des termes qui composent le membre métrique retrouvait son accent particulier, et cet accent ne peut par conséquent tomber que sur une fin de mot 3 (ou sur un monosyllabe). Ailleurs qu’à cette place, il est d’une extrême rareté et ne se

1 . Pour l’allongement de la syllabe tnt (R). Cf. ch. I, p. 25-26. De plus, les sons composants sont plus nombreux.

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