CINNA, I
Émilie
Oui, va, n’écoute plus ma voix qui te retient :
Mon trouble se dissipe, et ma raison revient.
Pardonne à mon amour cette indigne faiblesse.
Tu voudrais fuir : en vain, Cinna, je le confesse ;
1 . La ponctuation de l’édition des grands écrivains n’est d’ailleurs pas exacte. Pour les morceaux de Corneille, voici celle de l’édition de 1664, in-folio, revue par l’auteur :
Oui, va, n’écoute plus ma voix qui te retient, Pardonne à mon amour cette indigne faiblesse,
Mon trouble se dissipe et ma raison revient. Tu voudrais fuir en vain, Cinna, je le confesse,
LES TEXTES
5 Si tout est découvert, Auguste a su pourvoir A ne te laisser point ta fuite en ton pouvoir. Porte, porte chez lui cette mâle assurance,
Digne de notre amour, digne de ta naissance; Meurs, s’il y faut mourir, en citoyen romain, io Et par un beau trépas, couronne un beau dessein. Ne crois pas qu’après toi rien ici me retienne :
La mort emportera mon âme vers la tienne ;
Et mon cœur, aussitôt percé des mêmes coups....
io
CINNA, II, i.
Auguste
Cet empire absolu sur la terre et sur l’onde,
Ce pouvoir souverain que j’ai sur tout le monde, Cette grandeur sans borne et cet illustre rang, Qui m’ont jadis coûté tant de peine et de sang,
5 Enfin tout ce qu’adore en ma haute fortune D’un courtisan flatteur la présence importune, N’est que de ces beautés dont l’éclat éblouit,
Et qu’on cesse d’aimer sitôt qu’on en jouit. L’ambition déplaît quand elle est assouvie, xo D’une contraire ardeur son ardeur est suivie;
Et comme notre esprit, jusqu’au dernier soupir, Toujours vers quelqu’objet pousse quelque désir, Il se ramène en soi, n’ayant plus où se prendre, Et monté sur le faîte, il aspire à descendre.
Si tout est découvert, Auguste a su pourvoir A ne te laisser point ta fuite en ton pouvoir.
Porte, porte chez lui cette mâle assurance
Digne de notre amour, digne de ta naissance, S
Meurs, s’il y faut mourir, en citoyen romain,
Et par un beau trépas couronne un beau dessein.
Ne crois pas qu’après toi rien ici me retienne,
Ta mort emportera mon âme vers la tienne,
Et mon cœur aussitôt percé des mêmes coups. . . io
CINNA, II, i.
Cet empire absolu sur la terre et sur l’onde,
Ce pouvoir souverain que j’ai sur tout le monde, Cette grandeur sans borne, et cet illustre rang, Qui m’ont jadis coûté tant de peine et de sang, Enfin tout ce qu’adore en ma haute fortune D’un courtisan flatteur la présence importune, N’est que de ces beautés dont l’éclat éblouit,
Et qu’on cesse d’aimer sitôt qu’on en jouit. L’ambition déplaît quand elle est assouvie,
D’une contraire ardeur son ardeur est suivie,
Et comme notre esprit jusqu’au dernier soupir, Toujours vers quelqu’objet pousse quelque désir. Il se ramène en soi n’ayant plus où se prendre. Et monté sur le faîte il aspire à descendre.
l’alexandrin français