ALEXANDRIN
Plus encore : la syllabe médiane peut être une simple brève. Il ne s’agit point ici seulement de la combinaison dans laquelle deux longues se trouvent en conflit, l’une à la sixième, l’autre à la septième place, de telle sorte que la première se subordonne à la seconde. Le phénomène est bien autrement saisissant : il arrive tout simplement que la césure n’est plus considérée comme le point qui doit, d’une façon constante et immuable, recevoir l'accent :
A ne te laisser point ta fuite en ton pouvoir.
le
se
pwe
ta fivit à tô pu
vicàr
KJ KJ
KJ
KJ KJ KJ KJ
(Ci,,., I, 6 J.)
Ta mort emportera mon âme vers la tienne.
Ta môr à
por
ra
mô nâ m(ce) ver
la tyè
KJ KJ
KJ
KJ
KJ KJ
KJ
( ib ., 12 R.)
Sans doute la coupe traditionnelle se maintient dans
un
certain
nombre d’exemples. Mais la plupart des sujets.
ou même
tous, avec, il est vrai
des variations qui se manifestent au gré des vers, ne sentent pas la nécessité de conserver au vers classique, partout et toujours, la forme que lui assignent les théoriciens.
La raison s’en découvre aisément. L’alexandrin romantique, malgré la volonté de ses créateurs, a enseigné que rien ne pourrait prédominer sur le sens. Il a montré que l’accent de la phrase régnait sans partage, et, par la force même des choses, le temps marqué refusa désormais de s’arrêter aux places Axes où l’on prétendait le contraindre. Qu’en est-il résulté ? Tout naturellement que ce qui semblait bon pour certaines constructions métriques s’est étendu aux autres, que l’alexandrin classique a marché hardiment sur la route qui lui était ouverte. S’il y a une forte suspension de sens à la sixième syllabe, dans le vers classique comme dans le vers romantique, il y a terminaison de pied et par conséquent longue. Si au contraire la suspension n’est qu’apparente, si la voix ne peut s’y maintenir que d’une manière factice et si des syllabes placées en deçà ou au delà offrent un arrêt plus convenable, qu’importent les décisions des poètes et des grammairiens ? La voix passe outre, de telle sorte qu’on aboutit à cette conclusion nécessaire : il n’y a plus aujourd'hui aucune différence essentielle et de principe entre l’alexandrin romantique et l’alexandrin classique, tout au moins au point de vue de la durée, le seul que nous ayons examiné jusqu’ici. Ce sont les mêmes groupes rythmiques, les mêmes combinaisons de brèves et de longues, et la place de l’accent n’y est soumise à aucune limitation.