‹ Études sur le vers françaisChapitre 85 sur 214 · LES DURÉES COMPARÉES · texte numérisé non relu

LES DURÉES COMPARÉES

Les rapports des groupes métriques les uns avec les autres, les relations de temps qui existent entre plusieurs vers consécutifs, non moins que l'accentuation des syllabes, ont préoccupé les théoriciens. Nous allons à notre tour rechercher si l’isochrome est de réglé, soit entre les divers pieds, soit dans une succession d’alexandrins, en un mot, si les lois formulées pour la musique s’appliquent à la poésie. Cette question, par les débats qu’elle a suscités de nos jours, est devenue l’une des bases des doctrines rythmiques courantes, tandis qu’avant le milieu du xixe siecle elle a, semble-t-il, soulevé assez peu d’intérêt. Il faut noter, d’une façon générale, que parmi les critiques contemporains, ceux-la meme n y sont pas restés indifférents, qui n’ont reconnu au temps marqué aucune valeur temporelle : tous ont voulu apporter leur réponse.

Ils tiennent généralement que les divers membres d’un même vers sont égaux en durée, et ils suivent en cela 1 opinion de Becq de Fouquières .

celui-ci apparaît en effet, à lire ses successeurs, comme le fondateur authentique de la métrique française moderne. « Un vers français, ecnt-il ', doit être considéré comme une véritable phrase musicale qui se divise en un certain nombre de mesures, et qui, suivant des rapports facilement appréciables à l’oreille, répartit un nombre déterminé de syllabes dans ces fractions égales du temps total. La théorie scientifique de la versification française repose sur le rapport qui existe entre le nombre et le temps. » Sully Prudhomme 1 2 3 est tout aussi affirmatif. Il veut que le rythme soit régulier et il définit ainsi cette régularité : « elle consiste en ce que la durée de la période qui commence est égale à la durée de la piecédente, conservée dans le mémoire. » Il appelle période l’hémistiche (6 + é) et il attribue aux deux moitiés de vers une valeur temporelle identique. « Toute unité de mesure rythmique (hémistiche) est faite des durées inégales de plusieurs syllabes; mais, par contre, la somme de ces diverses durées y demeure constante. » Cette idée est intimement liée, pour lui comme pour Becq de Fouquières, au numérisme du vers : elle lui permet

d’attribuer des rythmes différents aux combinaisons de 12, io, 8 et 6 syllabes.

Citons enfin un critique plus récent : M. M. Grammont K Selon lui, l’alexandrin-type, de construction classique, comporte quatre membres terminés chacun par un accent tonique. Les temps marqués deuxième et quatrième tombent à place fixe sur la sixième et la douzième syllabe et les autres sont variables, mais chaque hémistiche vaut la moitié de l’ensemble et chaque groupe rythmique la moitié de la durée de 1 hémistiche. « Quel que soit, dit-il, le nombre des syllabes d’une des quatre mesures, sa durée est égale au quart du temps total... ; si 1 un des intervalles était plus court ou plus long que les autres, le rythme serait détruit... Si la durée d’une mesure reste immuable alors que le nombie de ses syllabes varie, il est évident que le débit devra varier avec le nombre des syllabes, devenant plus rapide si ce nombre est plus grand, plus lent s il est plus

1. Becq de Fouquières, Traité général de versification, Préf., p. vi.

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