‹ Études sur le vers françaisChapitre 99 sur 214 · POURQUOI LES VERS NE SONT PAS ISOCHRONES : LE RÔLE DU SENS · texte numérisé non relu

POURQUOI LES VERS NE SONT PAS ISOCHRONES : LE RÔLE DU SENS

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On note que les temps ^marqués du premier vers^ sont en^général^ beaucoup considérable^ que 2" ^2. Cest^ue^e^.'^o con-

dèlTuneopposkL antithétique, un régi méhncolique et en même temps une volonté fortement exprimée. Entre les vers 20 et 22, le ». 2.

est d’un caractère atténué et sert pour ainsi dire de transition. Il est plus court. .

Conformément à cet exemple, les alexandrins se révèlent plus longs que l’antécédent ou le subséquent parce qu ils expnmen :

i° La décision énergique :

De quoi qu’en ta faveur notre amour m’entretienne...

2° L’horreur et le reproche :

Me quitter, me reprendre, et retourner encor... Tandis que dans son sein votre bras enfoncé...

Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée...

(. Andr ., n.) (Audr., 27.) (Andr., 29.)

30 L'horreur et la pitié :

40 La pitié seule :

50 L’abattement et la douleur :

Il livre au hasard sombre une rude bataille. (J '"•)

Comme il faut combiner sûrement les manœuvres. (ib-, 3^-)

Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres. ( -, 39-)

Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie... (R. B., 36.)

Et cinq petits enfants, nid d’âmes, y sommeillent. (P -G., 9.)

Une femme à genoux prie, et songe, et pâlit. (Jb., I2-)

Je sentis le fardeau qui m’était imposé ;

Je connus que bientôt, loin d’être à ce que j’aime... {Ber., 17-1S.)

L ALEXANDRIN FRANÇAIS

6° Une vision émue :

Nous avons sur la mer, où Dieu met ses colères... (R. B., 32.)

Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment. (P. G., 25.)

Il y a exception au cas d’élan passionné, de protestation véhémente, lorsque le sujet veut donner à ses paroles une certaine chaleur spontanée

ou b, en au début d'un développement, quand il y a reprise plus vive d’un argument déjà présenté. On constate ainsi une accélération de la vitesse déclamatoire dans les vers suivants :

Car enfin, n’attends pas de mon affection De lâches sentiments pour ta punition.

Ah ! qui n’oublierait tout à cette voix céleste ?

Ce silence est trop noir, ce calme est trop profond. Dis ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ?

(Ciel, 23-24.) {Hem., 15.)

{Hem., 21-22.)

La rapidité de la diction sert alors à rompre la monotonie d’une émotion trop égale.

Enfin 1 alexandrin qui finit une période manifeste généralement un allongement notable : la voix s’y appesantit. Le phénomène ici encore est d'ordre purement littéraire et n’a rien avoir avec la constitution interne du vers. Il s’agit uniquement d’une question de sens et d’interprétation’ Le devoir du diseur est en effet de faire sentir tout le poids des paroles qu’il profère. Or le maximum de signification de la période est souvent réa

hsé dans le vers qui la clôt, mais le fait de terminer la phrase ne serait point suffisant à lui seul pour conférer aux syllabes de conclusion le privilège dont il s’agit.

Nous citons un court fragment de Ruy Blas :

Nous avons, depuis Philippe quatre, Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ;

En Alsace, Brisach, Steinfort en Luxembourg,

Et toute la comté jusqu’au dernier faubourg ;

Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues De côte, et Fernambouc et les montagnes bleues ! Mais voyez ! — Du ponant jusques à l’Orient...

Le passage tout entier est lancé dans un même mouvement et n’est guère qu’une accumulation de reproches successifs. Le v 13 est plus Ion» non point parce qu ,1 est suivi d’une forte ponctuation, mais parce qu’il contient un détail sur lequel il faut insister (sans combattre) De même îl’n’v a point en réalité fin de phrase au v. tS, et le développement se continue ensuite : l’allongement par conséquent ne se produira pas Les’concïusions ne sont donc pas marquées forcément par des signes graphiques ; c’est l’appréciation individuelle qui décide, selon les indications du sens Au contraire, ce fragment de Cirant nous fournit l’exemple d’une augmentation de durée au terme de la période, parce que la ponctuation ne laisse plus rien attendre après elle et que le sens est réellement complet : ^

Et comme notre esprit, jusqu’au dernier soupir,

I oujours vers quelque objet pousse quelque désir,

II se ramène en soi, n’ayant plus où se prendre.

Et monte sur le faîte, il aspire à descendre.

(Cin., 11 -14.)

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